{"id":10862,"date":"2026-05-02T22:25:50","date_gmt":"2026-05-02T20:25:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.api.parlonsfinance.fr\/?p=10862"},"modified":"2026-05-02T22:26:56","modified_gmt":"2026-05-02T20:26:56","slug":"deux-mois-apres-ce-que-la-guerre-en-iran-a-vraiment-change-sur-les-marches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.api.parlonsfinance.fr\/index.php\/2026\/05\/02\/deux-mois-apres-ce-que-la-guerre-en-iran-a-vraiment-change-sur-les-marches\/","title":{"rendered":"Deux mois apr\u00e8s : ce que la guerre en Iran a vraiment chang\u00e9 sur les march\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Une rupture g\u00e9opolitique majeure, annonc\u00e9e mais sous-estim\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 28 f\u00e9vrier 2026 restera une date charni\u00e8re dans l&rsquo;histoire \u00e9conomique contemporaine. Ce matin-l\u00e0, les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl d\u00e9clenchaient l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Epic Fury\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Roaring Lion\u00a0\u00bb : une s\u00e9rie de frappes a\u00e9riennes coordonn\u00e9es contre l&rsquo;Iran, visant son programme nucl\u00e9aire, ses capacit\u00e9s militaires et ses infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re confrontation entre ces puissances. La \u00ab\u00a0guerre des Douze Jours\u00a0\u00bb de juin 2025 avait d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9 une premi\u00e8re escalade, et les mois de janvier-f\u00e9vrier 2026 avaient vu le d\u00e9ploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique, les d\u00e9clarations tonitruantes de Donald Trump et une diplomatie en bout de course.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;op\u00e9ration du 28 f\u00e9vrier, et surtout l&rsquo;objectif affich\u00e9 de changement de r\u00e9gime \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, marquait une rupture qualitative. En quelques heures, l&rsquo;Iran r\u00e9pliquait par l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Promesse Honn\u00eate 4\u00a0\u00bb : frappes sur des monarchies du Golfe (Bahre\u00efn, Qatar, \u00c9mirats arabes unis), attaque de la base britannique d&rsquo;Akrotiri \u00e0 Chypre, et fait d\u00e9cisif entre tous, fermeture de facto du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate un instant. C&rsquo;est un passage maritime \u00e9troit, situ\u00e9 entre l&rsquo;Iran et la p\u00e9ninsule arabique, par lequel transitent environ 20 millions de barils de p\u00e9trole par jour, soit pr\u00e8s de 20 % de la consommation mondiale, dont 80 % \u00e0 destination de l&rsquo;Asie. Le bloquer, c&rsquo;\u00e9tait appuyer simultan\u00e9ment sur les art\u00e8res vitales de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. Un peu comme fermer le robinet d&rsquo;eau d&rsquo;un immeuble entier en actionnant une seule vanne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9action imm\u00e9diate des march\u00e9s : un choc r\u00e9el, une panique ma\u00eetris\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l&rsquo;ouverture des march\u00e9s le 3 mars 2026, la r\u00e9action fut vive, sans \u00eatre d\u00e9sordonn\u00e9e. Le p\u00e9trole brut (Brent) d\u00e9passait bri\u00e8vement les 80 dollars, soit une hausse d&rsquo;environ 8 % en s\u00e9ance. Le gaz naturel europ\u00e9en bondissait d&rsquo;environ 20 % d\u00e8s les premiers jours, le choc \u00e9tant amplifi\u00e9 par la suspension des op\u00e9rations de GNL (gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire du gaz refroidi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat liquide pour \u00eatre transport\u00e9 par bateau) au Qatar, vis\u00e9 par des missiles iraniens. Les indices actions, c&rsquo;est-\u00e0-dire les grands \u00ab\u00a0barom\u00e8tres\u00a0\u00bb boursiers comme le CAC 40 en France ou le S&amp;P 500 aux \u00c9tats-Unis, reculaient entre 1 % et 2 % selon les zones g\u00e9ographiques, le CAC 40 accusant une perte d&rsquo;environ 4,7 % dans les premi\u00e8res semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>La g\u00e9ographie des pertes dessinait une carte assez claire. L&rsquo;Europe souffrait davantage que les \u00c9tats-Unis : expos\u00e9e aux prix de l&rsquo;\u00e9nergie import\u00e9e, \u00e0 la contraction du commerce mondial et \u00e0 une d\u00e9pendance structurelle au GNL du Golfe, elle absorbait de plein fouet les retomb\u00e9es du conflit. Wall Street, par contraste, faisait preuve d&rsquo;une relative r\u00e9silience. Les \u00c9tats-Unis sont devenus exportateurs nets d&rsquo;\u00e9nergie, ce qui signifie qu&rsquo;ils produisent plus de p\u00e9trole et de gaz qu&rsquo;ils n&rsquo;en consomment : la hausse des prix du brut b\u00e9n\u00e9ficiait donc directement \u00e0 leurs producteurs. Les march\u00e9s \u00e9mergents, c&rsquo;est-\u00e0-dire les Bourses de pays en d\u00e9veloppement comme le Br\u00e9sil ou le Mexique, tiraient globalement leur \u00e9pingle du jeu, port\u00e9s par des fondamentaux domestiques solides et une exposition favorable aux mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 secteurs, le sch\u00e9ma \u00e9tait pr\u00e9visible dans ses grandes lignes. L&rsquo;\u00e9nergie et la d\u00e9fense progressaient, port\u00e9es par le choc de prix et la perspective d&rsquo;une remont\u00e9e durable des budgets militaires. Les compagnies p\u00e9troli\u00e8res int\u00e9gr\u00e9es (celles qui couvrent toute la cha\u00eene, de l&rsquo;extraction \u00e0 la vente au d\u00e9tail), les fournisseurs de syst\u00e8mes d&rsquo;armes, les entreprises de cybers\u00e9curit\u00e9 : autant de valeurs qui surfaient sur la prime g\u00e9opolitique (la \u00ab\u00a0prime de risque\u00a0\u00bb est le surplus de rendement que les investisseurs exigent pour compenser un risque plus \u00e9lev\u00e9). \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;aviation, le tourisme, l&rsquo;automobile et le luxe accusaient les plus fortes baisses, expos\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 la hausse des co\u00fbts de carburant, aux perturbations logistiques et au repli de la demande.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les march\u00e9s obligataires (c&rsquo;est-\u00e0-dire le march\u00e9 des emprunts \u00e9mis par les \u00c9tats et les grandes entreprises), le sc\u00e9nario classique du \u00ab\u00a0flight to quality\u00a0\u00bb ne s&rsquo;est que partiellement mat\u00e9rialis\u00e9. Le \u00ab\u00a0flight to quality\u00a0\u00bb, ou fuite vers la qualit\u00e9, d\u00e9signe le r\u00e9flexe des investisseurs qui, en p\u00e9riode de crise, vendent leurs actifs risqu\u00e9s pour se r\u00e9fugier dans des obligations d&rsquo;\u00c9tat consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00fbres. Cette fois, les obligations d&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;ont pas pleinement jou\u00e9 ce r\u00f4le de valeur refuge, car la hausse des anticipations d&rsquo;inflation maintenait une pression \u00e0 la hausse sur les rendements (quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse, ce qui att\u00e9nue leur attrait). Les taux europ\u00e9ens grimpaient d&rsquo;environ 30 points de base au pic de la tension. Un point de base, c&rsquo;est un centi\u00e8me de pourcent : 30 points de base correspondent donc \u00e0 une hausse de 0,30 %, ce qui peut para\u00eetre faible mais repr\u00e9sente des milliards d&rsquo;euros de co\u00fbts suppl\u00e9mentaires pour les \u00c9tats endett\u00e9s. Seul l&rsquo;or jouait pleinement son r\u00f4le d&rsquo;actif refuge, progressant de fa\u00e7on continue tout au long du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce que les investisseurs redoutaient, et ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au premier jour du conflit, la grille de lecture dominante convoquait le pr\u00e9c\u00e9dent ukrainien : une guerre qui, en 2022, avait engendr\u00e9 une spirale inflationniste prolong\u00e9e, une r\u00e9cession en Europe et une s\u00e9rie de hausses de taux sans pr\u00e9c\u00e9dent. Cette analogie a orient\u00e9 les premi\u00e8res r\u00e9actions et s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e partiellement trompeuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs facteurs ont contenu l&rsquo;amplitude du choc. D&rsquo;abord, la structure de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale en 2026 n&rsquo;est pas celle de 2022 : l&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de la croissance a baiss\u00e9 (on produit plus de richesse avec moins d&rsquo;\u00e9nergie), les alternatives au gaz russe avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es, et les r\u00e9serves strat\u00e9giques des pays du G7 constituaient un premier filet de s\u00e9curit\u00e9. Ensuite, les \u00c9tats-Unis n&rsquo;avaient aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 laisser s&#8217;emballer ind\u00e9finiment les prix du brut, notamment \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;\u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. Enfin, la Chine, premier acheteur de p\u00e9trole iranien et pays le plus d\u00e9pendant du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz (environ 45 % de ses importations de p\u00e9trole y transitent), pesait discr\u00e8tement mais fermement pour \u00e9viter une paralysie durable du trafic maritime.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, la r\u00e9silience n&rsquo;a pas tenu sur toute la ligne. Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 constituait un premier signal de d\u00e9sescalade, vite relativis\u00e9 par l&rsquo;\u00e9chec des n\u00e9gociations d&rsquo;Islamabad (11-12 avril), le blocus naval am\u00e9ricain des ports iraniens d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le 13 avril, puis la nouvelle fermeture du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz par l&rsquo;Iran le 18 avril. \u00c0 la date du 24 avril, le Brent atteignait environ 106 \u00e0 110 dollars le baril, apr\u00e8s cinq jours de hausse cons\u00e9cutifs, franchissant le seuil symbolique des 100 dollars que beaucoup d&rsquo;analystes pensaient improbable en sc\u00e9nario central.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9passement illustre une dynamique propre aux conflits prolong\u00e9s : les march\u00e9s qui \u00ab\u00a0tiennent\u00a0\u00bb bien dans les premi\u00e8res semaines peuvent se retrouver sous pression croissante si les incertitudes s&rsquo;accumulent et que les m\u00e9canismes de sortie semblent se d\u00e9rober.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les banques centrales dans l&rsquo;\u0153il du cyclone<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le conflit a plac\u00e9 les grandes banques centrales dans une position inconfortable que les analystes qualifient de \u00ab\u00a0dilemme de stagflation\u00a0\u00bb. La stagflation, c&rsquo;est la combinaison d&rsquo;une inflation qui repart \u00e0 la hausse (les prix augmentent) et d&rsquo;une croissance qui ralentit en m\u00eame temps (l&rsquo;\u00e9conomie tourne au ralenti). C&rsquo;est la situation la plus d\u00e9licate pour une banque centrale, car les rem\u00e8des habituels de l&rsquo;une aggravent l&rsquo;autre : monter les taux pour freiner l&rsquo;inflation risque d&rsquo;\u00e9touffer encore davantage la croissance, tandis que baisser les taux pour soutenir l&rsquo;\u00e9conomie risque d&rsquo;alimenter l&rsquo;inflation.<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine (la Fed, banque centrale des \u00c9tats-Unis) maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 % \u00e0 3,75 %, sans signal clair d&rsquo;assouplissement ou de resserrement. En Europe, l&rsquo;inflation au Royaume-Uni a atteint 3,3 % en avril, port\u00e9e par les co\u00fbts des importations \u00e9nerg\u00e9tiques. La Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) a revu ses projections d&rsquo;inflation \u00e0 la hausse (2,6 % en moyenne pour 2026, avec un sc\u00e9nario s\u00e9v\u00e8re \u00e0 4,4 % en cas de perturbations prolong\u00e9es \u00e0 Ormuz), pendant que la croissance de la zone euro est r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 la baisse, autour de 0,9 % pour l&rsquo;ann\u00e9e, ce qui correspond quasi \u00e0 une stagnation. La Banque d&rsquo;Angleterre maintient son taux directeur \u00e0 3,75 % sans signaler de changement imminent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le consensus des march\u00e9s pour les prochaines r\u00e9unions : une pause coordonn\u00e9e des trois grandes banques centrales. Ni hausse, ni baisse. Une attente prudente dans un contexte o\u00f9 chaque d\u00e9cision risque d&rsquo;amplifier les d\u00e9s\u00e9quilibres plut\u00f4t que de les corriger.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Recomposition g\u00e9opolitique et \u00e9conomique : les grandes lignes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;imm\u00e9diat, le conflit acc\u00e9l\u00e8re plusieurs dynamiques structurelles qui redessinaient d\u00e9j\u00e0 lentement l&rsquo;\u00e9conomie mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>La fracture \u00e9nerg\u00e9tique s&rsquo;approfondit entre les \u00c9tats-Unis, qui b\u00e9n\u00e9ficient de la hausse des prix via leur production domestique et leurs exportations de GNL, et l&rsquo;Europe, qui subit une double peine : facture \u00e9nerg\u00e9tique alourdie et risque de r\u00e9cession industrielle. L&rsquo;Union europ\u00e9enne a mobilis\u00e9 plus de 9 milliards d&rsquo;euros de mesures d&rsquo;urgence, mais a absorb\u00e9 plus de 13 milliards de surco\u00fbts d&rsquo;importations fossiles en quelques semaines seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>La Chine joue une partition singuli\u00e8re. Elle a constitu\u00e9 des r\u00e9serves strat\u00e9giques consid\u00e9rables pour lisser le choc, et affiche une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, d\u00e9passant les attentes. Mais sa fa\u00e7ade de solidit\u00e9 masque une vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle : 45 % de ses importations p\u00e9troli\u00e8res transitent par Ormuz, et l&rsquo;exposition de ses exportateurs \u00e0 la baisse de la demande mondiale commence \u00e0 se faire sentir dans les donn\u00e9es de mars. En coulisses, P\u00e9kin exerce une pression directe sur T\u00e9h\u00e9ran pour pr\u00e9server la libert\u00e9 de navigation, sans prendre parti officiellement.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Iran lui-m\u00eame voit son \u00e9conomie basculer dans une logique de guerre. Avec une inflation qui d\u00e9passait d\u00e9j\u00e0 50 % sur les douze mois pr\u00e9c\u00e9dant le conflit, la d\u00e9sorganisation productive et la destruction d&rsquo;infrastructures cl\u00e9s (raffineries, terminaux, pipelines) fragilisent durablement ses capacit\u00e9s exportatrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, des soup\u00e7ons d&rsquo;insider trading ont \u00e9merg\u00e9 sur les march\u00e9s. L&rsquo;insider trading, c&rsquo;est le fait d&rsquo;utiliser des informations confidentielles non publiques pour r\u00e9aliser des transactions boursi\u00e8res et en tirer un profit illicite. Des transactions massives sur le p\u00e9trole brut auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es quelques minutes avant des annonces officielles de n\u00e9gociations, sugg\u00e9rant que des informations privil\u00e9gi\u00e9es auraient filtr\u00e9. Ces scandales potentiels n&rsquo;ont pas d\u00e9clench\u00e9 de crise de confiance majeure, mais alimentent un sentiment de d\u00e9fiance structurelle qui p\u00e8sera sur les primes de risque \u00e0 moyen terme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gagnants et perdants : la cartographie du conflit vue des march\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux mois apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s, les grandes tendances sectorielles sont nettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des gagnants : les compagnies p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res (en particulier les producteurs am\u00e9ricains, saoudiens et norv\u00e9giens), les groupes d&rsquo;armement et de d\u00e9fense europ\u00e9ens et am\u00e9ricains, les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques, et les producteurs d&rsquo;or. Le dollar am\u00e9ricain a \u00e9galement jou\u00e9 son r\u00f4le traditionnel de \u00ab\u00a0war money\u00a0\u00bb (monnaie de guerre, car les \u00e9changes internationaux de mati\u00e8res premi\u00e8res, notamment le p\u00e9trole, sont libell\u00e9s en dollars), se rench\u00e9rissant face \u00e0 l&rsquo;euro, tandis que le franc suisse b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;un regain d&rsquo;attrait en tant que valeur refuge historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des perdants : l&rsquo;aviation (American Airlines a r\u00e9vis\u00e9 \u00e0 la baisse ses pr\u00e9visions de b\u00e9n\u00e9fices pour 2026 en raison des co\u00fbts de carburant), les compagnies de fret maritime expos\u00e9es aux routes du Golfe, les industriels tr\u00e8s d\u00e9pendants des p\u00e9trochimiques (mati\u00e8res plastiques, engrais, solvants, tous d\u00e9riv\u00e9s du p\u00e9trole), le tourisme et l&rsquo;h\u00f4tellerie. L&rsquo;Europe, prise en \u00e9tau entre d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et ralentissement \u00e9conomique, paie l&rsquo;addition la plus lourde parmi les \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es non bellig\u00e9rantes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perspectives : naviguer dans le brouillard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade, trois sc\u00e9narios structurent les anticipations du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sc\u00e9nario de d\u00e9sescalade rapide (r\u00e9solution du conflit d&rsquo;ici l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2026) permettrait une d\u00e9tente rapide des prix de l&rsquo;\u00e9nergie et un rebond des actifs risqu\u00e9s. Ce sc\u00e9nario est soutenu par la logique politique : Washington n&rsquo;a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 g\u00e9rer un choc p\u00e9trolier durable \u00e0 l&rsquo;approche des \u00e9lections de mi-mandat am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sc\u00e9nario d&rsquo;enlisement (quelques mois de conflit de basse intensit\u00e9 avant une d\u00e9sescalade d\u00e9clar\u00e9e \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb par toutes les parties) maintiendrait une prime de risque g\u00e9opolitique persistante sur les march\u00e9s, sans d\u00e9clencher de d\u00e9route boursi\u00e8re majeure. C&rsquo;est le sc\u00e9nario central de la plupart des grandes maisons de gestion.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sc\u00e9nario du chaos (fragmentation de l&rsquo;Iran, milices incontr\u00f4lables, perturbations durables du transport maritime) est le plus redout\u00e9. Il justifierait une hausse prolong\u00e9e du brut bien au-del\u00e0 de 100 dollars et une nouvelle spirale inflationniste. Il reste minoritaire dans les anticipations de march\u00e9, mais non n\u00e9gligeable.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les investisseurs, les arbitrages en cours convergent vers plusieurs th\u00e8mes : surpond\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9nergie et de la d\u00e9fense, maintien de positions en or et en franc suisse, r\u00e9duction de l&rsquo;exposition aux actifs europ\u00e9ens et aux secteurs \u00e0 forte intensit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. La volatilit\u00e9 sur les march\u00e9s p\u00e9troliers et les devises \u00e9mergentes devrait rester \u00e9lev\u00e9e tant qu&rsquo;Ormuz n&rsquo;est pas pleinement rouvert et tant que les n\u00e9gociations irano-am\u00e9ricaines n&rsquo;ont pas abouti \u00e0 un accord stable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion : deux mois de le\u00e7ons, une incertitude persistante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan \u00e0 deux mois de la guerre en Iran 2026 dessine un tableau nuanc\u00e9 : ni l&rsquo;effondrement que certains redoutaient au premier jour, ni la simple correction g\u00e9opolitique rapidement r\u00e9sorb\u00e9e que les optimistes esp\u00e9raient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choc a \u00e9t\u00e9 r\u00e9el, profond et diff\u00e9renci\u00e9. L&rsquo;Europe en absorbe l&rsquo;essentiel, coinc\u00e9e entre sa d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique et sa croissance an\u00e9mique. Les \u00c9tats-Unis jouent une partition plus confortable, b\u00e9n\u00e9ficiant structurellement de la hausse des prix de l&rsquo;\u00e9nergie. La Chine tient pour l&rsquo;instant gr\u00e2ce \u00e0 ses stocks strat\u00e9giques, mais sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 moyen terme reste intacte. Et le co\u00fbt global du conflit, estim\u00e9 par certains analystes \u00e0 plus de 600 milliards de dollars d&rsquo;impact sur l&rsquo;\u00e9conomie mondiale depuis le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s, continue de s&rsquo;alourdir chaque semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message cl\u00e9 pour les investisseurs est celui de la vigilance calibr\u00e9e : \u00e9viter les r\u00e9actions de panique comme les exc\u00e8s d&rsquo;optimisme pr\u00e9matur\u00e9. Historiquement, les crises g\u00e9opolitiques ne g\u00e9n\u00e8rent pas de march\u00e9s baissiers durables, sauf lorsqu&rsquo;elles cr\u00e9ent un choc d&rsquo;offre structurel, comme en 1973 avec le premier choc p\u00e9trolier. La question centrale des prochaines semaines est donc simple \u00e0 formuler, difficile \u00e0 trancher : le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz va-t-il rester ferm\u00e9 assez longtemps pour transformer ce choc temporaire en disruption structurelle ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question conditionnera l&rsquo;\u00e9volution des march\u00e9s pour le reste de l&rsquo;ann\u00e9e 2026.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sources<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Pictet Asset Management France&nbsp;: <em>Conflit en Iran et impacts<\/em> <a href=\"https:\/\/am.pictet.com\/fr\/fr\/individuals\/perspectives-investissement\/multi-actifs\/2026\/impact-guerre-iran\">https:\/\/am.pictet.com\/fr\/fr\/individuals\/perspectives-investissement\/multi-actifs\/2026\/impact-guerre-iran<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Generali Investments \/ Club Patrimoine&nbsp;:&nbsp; <em>Conflit en Iran : quels impacts sur les march\u00e9s financiers ?<\/em> <a href=\"https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/conflit-iran-impacts-marches\">https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/conflit-iran-impacts-marches<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Club Patrimoine&nbsp;: <em>Conflit Iran\u2013\u00c9tats-Unis : quels sc\u00e9narios pour les march\u00e9s et le p\u00e9trole ?<\/em> <a href=\"https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/moyen-orient-conflit-marches\">https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/moyen-orient-conflit-marches<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Club Patrimoine&nbsp;: <em>Guerre en Iran : quelles allocations entre p\u00e9trole, or et \u00e9mergents ?<\/em> <a href=\"https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/guerre-iran-allocations\">https:\/\/www.clubpatrimoine.com\/contenus\/guerre-iran-allocations<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>AG Assurances&nbsp;: <em>L&rsquo;\u00e9conomie mondiale et les march\u00e9s financiers sous tension<\/em> <a href=\"https:\/\/ag.be\/particuliers\/fr\/epargner-investir\/investir-conseils-experts\/2026\/olivier-colsoul-implications-conflit-iran-economie-marches-financiers\">https:\/\/ag.be\/particuliers\/fr\/epargner-investir\/investir-conseils-experts\/2026\/olivier-colsoul-implications-conflit-iran-economie-marches-financiers<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Yomoni&nbsp;: <em>Quel impact du conflit en Iran sur les march\u00e9s ?<\/em> <a href=\"https:\/\/blog.yomoni.fr\/quel-impact-du-conflit-en-iran-sur-les-marches\/\">https:\/\/blog.yomoni.fr\/quel-impact-du-conflit-en-iran-sur-les-marches\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Centaure Investissements&nbsp;: <em>Guerre en Iran : six semaines, six mois ou davantage ?<\/em> <a href=\"https:\/\/www.centaure-investissements.com\/edito-de-mars-2026\/\">https:\/\/www.centaure-investissements.com\/edito-de-mars-2026\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Euronews&nbsp;:<em>BCE face au dilemme des taux : la guerre en Iran ravive l&rsquo;inflation, la croissance cale<\/em> <a href=\"https:\/\/fr.euronews.com\/business\/2026\/04\/24\/bce-face-au-dilemme-des-taux-la-guerre-en-iran-ravive-linflation-la-croissance-cale\">https:\/\/fr.euronews.com\/business\/2026\/04\/24\/bce-face-au-dilemme-des-taux-la-guerre-en-iran-ravive-linflation-la-croissance-cale<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>BDor&nbsp;: <em>March\u00e9 du travail am\u00e9ricain stable malgr\u00e9 la guerre Iran, mais l&rsquo;inflation acc\u00e9l\u00e8re en avril 2026<\/em> <a href=\"https:\/\/www.bdor.fr\/actualites-or\/marche-du-travail-americain-stable-malgre-la-guerre-iran-mais-l-inflation-accelere-en-avril-2026\">https:\/\/www.bdor.fr\/actualites-or\/marche-du-travail-americain-stable-malgre-la-guerre-iran-mais-l-inflation-accelere-en-avril-2026<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Le Grand Continent&nbsp;: <em>Le prix r\u00e9el de la guerre en Iran<\/em> <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/23\/prix-reel-de-la-guerre-en-iran\/\">https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/04\/23\/prix-reel-de-la-guerre-en-iran\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Les Cl\u00e9s du Moyen-Orient&nbsp;: <em>Guerre(s) au Moyen-Orient : point de situation au 24 avril 2026<\/em> <a href=\"https:\/\/www.lesclesdumoyenorient.com\/Guerre-s-au-Moyen-Orient-point-de-situation-au-24-avril-2026.html\">https:\/\/www.lesclesdumoyenorient.com\/Guerre-s-au-Moyen-Orient-point-de-situation-au-24-avril-2026.html<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Wikip\u00e9dia&nbsp;: <em>Guerre d&rsquo;Iran de 2026<\/em> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guerre_d%27Iran_de_2026\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guerre_d%27Iran_de_2026<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Les Investisseurs Heureux&nbsp;: <em>Guerre en Iran : quel impact sur les march\u00e9s boursiers et l&rsquo;\u00e9nergie ?<\/em> <a href=\"https:\/\/www.investisseurs-heureux.fr\/t32901\">https:\/\/www.investisseurs-heureux.fr\/t32901<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>FranceSoir&nbsp;: <em>Crise iranienne : les bizarreries des march\u00e9s financiers<\/em> <a 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Ce matin-l\u00e0, les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl d\u00e9clenchaient l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Epic Fury\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Roaring Lion\u00a0\u00bb : une s\u00e9rie de frappes a\u00e9riennes coordonn\u00e9es contre l&rsquo;Iran, visant son programme nucl\u00e9aire, ses capacit\u00e9s militaires et ses infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques. 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