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Dons en crypto sujet d’avenir ?

On a longtemps vu la crypto comme un terrain de spéculation. Depuis quelques années, une autre histoire s’écrit en parallèle : celle du don. ONG, fondations, plateformes spécialisées, le secteur caritatif s’y met. Simple tendance, ou nouvelle manière de faire le bien ?


Deux mondes qui se parlaient peu

La philanthropie et la blockchain ne semblaient à priori avoir aucun point commun. D’un côté, une branche qui se fonde sur la confiance, la durée, le reçu fiscal. D’un autre côté, un univers technique, un peu sulfureux, et connu pour son instabilité. Et pourtant les ponts se multiplient.

La raison n’est pas seulement idéologique. C’est une donnée démographique. The Giving Block, indique que plus de 100 000 milliards de dollars seront transférés au cours des deux prochaines décennies, passant des baby-boomers aux générations suivantes. Mais ces nouveaux propriétaires de patrimoine sont souvent nés avec le numérique, parfois même avec les crypto-actifs. Une association qui veut encore compter dans vingt ans a tout intérêt à savoir recevoir un don en bitcoin aussi simplement qu’un virement.

Reste à comprendre ce que « donner en crypto » veut dire aujourd’hui. Car le geste a beaucoup évolué.

Ce qui se fait déjà, et ce n’est pas rien

Le premier grand test en grandeur nature date de 2022. Selon la société d’analyse Elliptic, dans les premiers jours de l’invasion russe, l’Ukraine et les ONG qui la soutenaient ont collecté plus de 50 millions de dollars en cryptomonnaies, provenant de plus de 100 000 dons. La leçon a fait son effet : si un réseau bancaire est saturé ou bloqué, une transaction crypto part en quelques minutes, sans frontière et sans autorisation à demander. C’est exactement ce qui rend l’outil utile dans les situations de crise.

Depuis, le mouvement s’est structuré. L’UNICEF a lancé son CryptoFund, capable de recevoir, conserver et redistribuer des dons en bitcoin (BTC) et en ether (ETH) sans repasser systématiquement par la monnaie classique. La Human Rights Foundation finance, via son Bitcoin Development Fund, des outils de liberté financière pour les militants sous régimes autoritaires. Des organisations comme OpenSats ou la plateforme Geyser soutiennent les logiciels libres et les projets communautaires directement en bitcoin. Côté français, la liste s’allonge : Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, le CCFD-Terre Solidaire, Asmae, ou encore l’UNICEF France acceptent désormais les dons en cryptomonnaies. Et des levées de fonds en crypto-actifs se sont déjà produits, comme celle de Planète Enfants et Développement qui a eu lieu dans l’année.

Surtout, la crypto-philanthropie ne se résume plus à « envoyer du bitcoin ». Plusieurs mécanismes cohabitent : les stablecoins, des jetons calés sur une monnaie réelle, souvent le dollar, pour envoyer une valeur stable sur le terrain ; le don de rendement, où l’on garde son capital et où l’on reverse les intérêts d’un placement (le staking) ; les fonds de dotation « on-chain », cousins des Donor-Advised Funds américains, où l’on place ses actifs avant de désigner peu à peu les causes à soutenir ; les NFT caritatifs ; ou encore l’aide programmable, où un contrat automatique (smart contract) débloque des fonds dès qu’une condition vérifiable est remplie.

Ces outils ne sont pas des gadgets. Un chiffre l’illustre bien : selon le rapport Aides, Charité et Philanthropie 2026 de l’association Blockchain for Good, l’utilisation de stablecoins pour acheminer de l’aide en Zone de guerre a divisé de 60 % les coûts et de 96 % les délais de transfert.

Sujet d’avenir, vraiment ?

Les volumes racontent une montée en puissance. The Giving Block a traité plus de 100 millions de dollars de dons crypto sur la seule année 2025, et plus de 300 millions depuis 2018. À l’échelle mondiale, les dons crypto pesaient environ 1 milliard de dollars en 2024 et pourraient atteindre 90 milliards cumulés d’ici 2035. Une prévision, pas une certitude, mais la pente est claire.

Le frein véritable n’est pas technologique, il est humain. En un mot, c’est la confiance. Tant que la crypto restera associée aux escroqueries et aux montagnes russes des cours dans l’imaginaire collectif, une partie des donateurs hésitera, et une partie des associations aussi. On y ajoute des questions très concrètes, notamment en France : un flou fiscal encore mal tranché sur le traitement des dons, des reçus fiscaux que tous les organismes ne délivrent pas pour la crypto, et des intermédiaires qui réintroduisent frais et vérifications d’identité.

La question n’est donc pas de savoir si l’outil fonctionne, il fonctionne. Elle est de savoir s’il deviendra un canal de financement banal, ou s’il restera l’apanage d’une minorité de donateurs initiés.

Pour comprendre le sujet : Blockchain for Good

Sur un thème aussi mouvant, un repère mérite d’être connu : l’association Blockchain for Good. Loi 1901, à but non lucratif, active depuis 2018, elle a un objet précis, documenter et analyser les projets à impact construits sur des blockchains publiques.

Ce qui la distingue, c’est le sérieux de la démarche. elle s’appuie sur un comité scientifique d’universitaires et de praticiens, avec des chercheurs de l’INRIA, de l’École polytechnique ou de l’Institut Louis Bachelier, et bénéficie du soutien de la chaire Blockchain de Polytechnique, de Bpifrance et de la Caisse des dépôts. Sa méthode se veut ouverte : les travaux sont publics, gratuits, et qui veut peut contribuer.

C’est de ce travail de fond que sortent ses rapports d’« acculturation », dont celui consacré en 2026 à l’aide, à la charité et à la philanthropie, l’une des rares sources francophones à cartographier le sujet sans le survendre. Pour qui veut creuser au-delà des gros titres, c’est un bon point de départ.


La crypto-philanthropie n’est ni un miracle ni une mode. C’est un outil qui fonctionne déjà, mais son avenir dépendra moins de la technologie que de quatre conditions très concrètes.

1. La clarté fiscale. En France, tant que le régime des dons en crypto n’est pas stabilisé et le reçu fiscal généralisé, l’avantage reste théorique pour beaucoup de donateurs. C’est le premier verrou à faire sauter.

2. La confiance du grand public. Chaque scandale crypto rejaillit sur les dons honnêtes. La normalisation du secteur conditionne celle du don : sans image apaisée, pas d’adoption large.

3. Le passage au « vrai » on-chain. Aujourd’hui, presque tous les dons sont reconvertis en euros dans la foulée. Les rares organisations qui conservent réellement des cryptos, diront si le modèle tient dans la durée.

Reste à savoir s’il deviendra un mode de financement banal ou l’apanage d’une minorité d’initiés. La réponse tient en un mot, celui qui manque encore : la confiance. Et elle, elle ne se code pas.

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