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Pourquoi l’or n’est plus une valeur refuge

Pendant longtemps, le réflexe semblait évident : lorsque la guerre éclate, les investisseurs se précipitent pour quitter les actifs à risque, à la recherche du canot de sauvetage en or.

Mais les marchés modernes sont devenus plus complexes.

Au cours des dernières années, plusieurs crises géopolitiques ont mis en lumière ce que l’on peut qualifier de paradoxe inverse de l’or : lors des phases de panique, l’or a aussi été vendu. Le métal précieux a chuté en mars 2020, au plus fort des turbulences liées au Covid-19, avant de se reprendre quelques semaines plus tard. Certaines tensions au Moyen-Orient ont également provoqué ce type de mouvement. les investisseurs ont alors privilégié le dollar et la liquidité plutôt que les actifs refuges traditionnels.

La logique est simple : en cas de crise, le marché se précipite d’abord vers le cash.

Les principaux acteurs de la finance doivent réagir rapidement aux appels de marge, réduire l’effet de levier et rechercher des garanties lorsque survient un choc. Pendant ces périodes, tout ce qui peut être vendu finit par l’être même l’or, parfois.

Une fois la panique retombée, ce n’est plus la même logique. Les investisseurs commencent alors à réallouer leur capital vers les secteurs qui devraient mieux s’en sortir dans ce nouvel environnement. Lors de ces grandes crises géopolitiques, l’Énergie et la défense reçoivent généralement la plus grande part des flux.

  • le dollar.
  • les taux d’intérêt réels.
  • le pétrole.

Le rôle du dollar reste intact Dans de tels épisodes de stress, il s’apprécie généralement face au reste du monde entier, ce qui pèse souvent, au minimum, sur l’or, les matières premières, les marchés émergents et, d’un même mouvement, sur les actifs présentant du risque.

Les banques centrales jouent également un rôle décisif. Des taux élevés finissent par rendre peu attrayants les actifs qui ne rapportent pas de rendement, comme l’or. À l’inverse, une politique monétaire plus accommodante favorise souvent les métaux précieux.

La guerre de 2022 en Ukraine a mis en scène un mécanisme assez typique :

  • choc initial.
  • hausse de l’énergie.
  • rotation sectorielle.
  • stabilisation progressive des marchés.

La crise du Covid-19 suivait une logique différente, il obéissait à une autre logique non plus un choc énergétique, mais un effondrement de l’état de la demande mondiale.

Les réflexes simplistes ne suffisent plus pour comprendre les crises modernes. Le jour même, les marchés réagissent moins à ce qui se passe qu’aux flux de capitaux que cela déclenche.

Car, au final, ce ne sont pas tant les guerres qui font bouger les marchés.

Ce sont les réactions des investisseurs à ces conflits.

Sources :

ECB – Financial Stability Review (impact des taux réels, du dollar et des tensions géopolitiques sur les marchés européens)

World Gold Council – Gold and market stress during Covid-19 (chute puis rebond de l’or durant la crise de mars 2020)

Baur & Lucey – Is Gold a Hedge or a Safe Haven? (travail académique majeur sur le rôle refuge de l’or)

Federal Reserve – Dollar liquidity and global funding stress (rôle central du dollar dans les périodes de stress financier)

IMF – Global Financial Stability Report (flux de capitaux, liquidité mondiale et réallocation des portefeuilles.

Reuters Markets Coverage (exemples récents de réactions de marché aux tensions géopolitiques)

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Comment les présidents de la Fed ont changé les marchés

À chaque changement de président de la Réserve fédérale, les marchés entrent souvent dans une nouvelle ère.

Depuis près de cinquante ans, chaque dirigeant de la Fed a dû faire face à une crise majeure. Et à chaque fois, ses décisions ont profondément influencé les marchés mondiaux, le dollar, les taux et les flux de capitaux.

Paul Volcker : casser l’inflation à tout prix

L’inflation dépasse 11 % lorsque Paul Volcker prend la direction de la Fed en 1979. Pour réaffirmer son contrôle, il met en place politique monétaire très restrictive qui contraint les taux d’intérêt à atteindre environ 20 %.

Le choc provoque une forte récession, mais restaure durablement la crédibilité de la Fed et lance un cycle haussier des obligations qui dure près de 40 ans.

Alan Greenspan : la Fed devient le filet de sécurité des marchés

Greenspan est nommé en 1987 et se heurte immédiatement au krach du « Black Monday ». Dès que le Dow Jones plonge de manière historique, la Fed injecte des liquidités sur le marché. Les investisseurs finissent alors par intégrer l’idée suivante : s’il survient une crise, la Fed interviendra toujours. C’est à ce moment-là que la célèbre « Greenspan Put » a vu le jour.

Ben Bernanke : l’ère du Quantitative Easing

La crise des subprimes en 2008 et le fait de sauver le système bancaire mondial Ben Bernanke doit empêcher l’effondrement du système bancaire mondial.

Ensuite, la Fed lance un assouplissement quantitatif (QE), achetant une grande quantité d’obligations pour injecter de la liquidité. Le bilan de la Fed augmente à 4 500 milliards de dollars, contre 900 milliards précédemment.

La politique ci-dessus a été très bénéfique pour les marchés boursiers dans les années 2010

Janet Yellen : le retour progressif à la normalité

Première femme à diriger la Fed, Janet Yellen hérite d’un défi délicat : remonter progressivement les taux sans provoquer de panique sur les marchés.

Chaque déclaration de la Fed devient alors un événement surveillé dans le monde entier, notamment par les économies émergentes sensibles aux mouvements de capitaux.

Jerome Powell : du Covid au retour brutal de l’inflation

Avec la pandémie de 2020, Jerome Powell déclenche des mesures sans précédent, où Jerome Powell déclenche des actions sans précédent :

  • Des taux d’intérêt proches de zéro,
  • Un soutien massif aux marchés,
  • Une explosion du bilan de la Fed au-delà de 8000 milliards de dollars.

Cependant, la reprise des marchés est rapidement freinée par une inflation renouvelée, forçant la Fed à engager un cycle de hausses de taux le cycle de hausse des taux le plus agressif depuis l’ère Volcker, que ce qu’elle n’a jamais fait auparavant.

Une institution qui façonne toujours les marchés mondiaux

Depuis 1979, chaque changement de président à la Fed a marqué le début d’un nouveau régime économique et financier.

Car au-delà des personnalités, la véritable question reste toujours la même :

jusqu’où la Fed est-elle prête à aller pour préserver l’équilibre entre inflation, croissance et stabilité financière ?

Sources et références

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IA : un entrepreneur défend les emplois qualifiés

Le marché du travail des jeunes diplômés connaît une contraction mesurable et continue. En France, environ 17 % des diplômés de grandes écoles se retrouvent sans emploi quelques mois après leur sortie, en hausse rapide sur les dernières années.

Dans le même temps, près de 70 % des entreprises déclarent réduire leurs recrutements de profils juniors, et une large majorité anticipe une baisse supplémentaire liée à l’automatisation des tâches d’entrée de carrière.

Cette dynamique est particulièrement visible dans les secteurs traditionnellement ciblés par les écoles de commerce et d’ingénieurs. Entre 2023 et 2025, les recrutements de cadres dans l’IT reculent d’environ 21 %, avec une baisse de 20 % des offres pour développeurs et de 26
% pour les chefs de projet. Chez les moins de 30 ans, l’emploi diminue de 7,4 % dans l’IT et de 3,7 % dans le conseil. Le taux de chômage des 15–24 ans atteint 21,5 %, soit un niveau structurellement élevé par rapport au reste de la population active.

En parallèle, les coûts de formation continuent d’augmenter. Intégrer une grande école de commerce en France ou à l’international représente souvent un investissement total compris entre 150 000 et 300 000 euros, en incluant frais de scolarité et coût d’opportunité. Le retour sur investissement devient plus incertain lorsque l’accès au premier emploi se contracte.

Le facteur déterminant de cette évolution est l’intégration rapide de l’intelligence artificielle dans les processus de travail.

Claude, développé par Anthropic, illustre particulièrement ce changement. Les derniers modèles ne se limitent plus à assister les équipes. Ils exécutent directement des tâches complètes : analyse de documents, rédaction de notes stratégiques, synthèse de données, structuration de présentations, production de livrables.

Ce sont précisément les missions historiquement confiées aux juniors.

Le modèle économique change alors de structure. Une entreprise peut désormais produire ces livrables sans recruter de profils en phase d’apprentissage. Le coût marginal devient quasi nul, et la vitesse d’exécution augmente fortement. Le besoin de juniors, qui servaient
principalement de force d’exécution et de formation, se réduit mécaniquement.

Avec l’arrivée des nouveaux modèles de Claude et des agents IA plus autonomes, ce mouvement ne fait que s’amplifier. Les systèmes deviennent capables d’enchaîner des tâches complexes, d’intégrer des outils externes et de produire des résultats exploitables sans supervision constante.

Le déplacement ne touche donc plus uniquement les tâches simples,
mais progressivement les premiers niveaux d’analyse et de production intellectuelle.

Dans ce contexte, le point d’entrée sur le marché du travail se fragilise. Les entreprises recrutent moins de profils débutants, tout en maintenant une exigence élevée en termes d’autonomie immédiate. Le système se reconfigure autour d’un paradoxe : moins de formation interne, mais plus d’exigence à l’entrée.

Certaines structures choisissent pourtant de maintenir une logique différente.

C’est le cas de Clarifié, fondée par Lorenzo de Blegiers, qui continue d’intégrer des profils juniors dans ses équipes malgré la généralisation de ces outils. J’y ai été recruté à 18 ans, sans expérience préalable, dans un cadre où la logique de formation reste centrale. Dans cette
même dynamique, l’entreprise ne s’arrête pas à un cas isolé : Lorenzo de Blegiers recherche actuellement d’autres profils juniors issus de grandes écoles, notamment pour des fonctions en finance (business plan, analyse) ainsi que pour des rôles en marketing.

Ce positionnement reste minoritaire. La majorité du marché s’oriente vers une optimisation immédiate de la productivité via l’IA, en réduisant les postes nécessitant un apprentissage long.

Les écoles de commerce comme HEC Paris, ESSEC Business School, ESCP Business School ou Sciences Po continuent de former des cohortes importantes de diplômés, mais leur insertion dépend de plus en plus de la capacité des entreprises à maintenir des rôles d’entrée dans un environnement fortement automatisé.

La question centrale devient alors moins technologique qu’organisationnelle : la suppression progressive des emplois juniors est-elle une optimisation temporaire, ou une transformation
durable du modèle de formation des compétences ?

Avec l’accélération des modèles comme Claude, la réponse semble se déplacer vers la seconde hypothèse.

Par Pierre Cotteau de Simencourt

Sources :

L’insertion professionnelle des diplômés des grandes écoles en baisse : « Quand le marché de l’emploi est plus difficile, on recrute moins de jeunes »

L’essentiel sur… le chômage 

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Portrait de Jerome Powell un président de la Fed hors norme

Ce vendredi 15 mai 2026, Jerome Powell quitte la présidence de la Réserve fédérale américaine.

Son successeur, Kevin Warsh, a été confirmé par le Sénat le 13 mai avec 54 voix contre 45, dans un vote quasi intégralement partisan ; le plus partisan de toute l’histoire pour une nomination à ce poste. Un seul démocrate, John Fetterman de Pennsylvanie, a traversé l’aisle pour voter en faveur du candidat de Trump.

Avec lui s’en va l’un des présidents les plus marquants de l’histoire de la Fed. Huit ans à la tête de la banque centrale la plus puissante du monde, traversés par une pandémie mondiale, le cycle de hausse des taux le plus brutal depuis des décennies, et une offensive politique sans précédent de la part d’un président qui l’avait lui-même nommé. Powell aura tenu, jusqu’au bout.

Un profil atypique

Powell est né en 1953 à Washington. Diplômé en science politique à Princeton, puis en droit à Georgetown, il n’est ni économiste ni docteur, contrairement à tous ses prédécesseurs à la Fed. Il fait carrière comme avocat, puis banquier d’affaires à New York, avant de rejoindre le Trésor sous George H.W. Bush au début des années 1990. Barack Obama le nomme gouverneur de la Fed en 2012. C’est ce profil pragmatique, peu idéologique, qui séduit Donald Trump en 2017.

La nomination Trump et la rupture rapide

Le 2 novembre 2017, Trump le nomme à la tête de la Fed. Le Sénat confirme la nomination en janvier 2018 par 84 voix contre 13. La lune de miel est brève : dès la fin 2018, Trump commence à attaquer son propre choix parce que la Fed remonte les taux pour calmer l’économie, et ce n’est pas ce que le président veut entendre.

Le Covid-19 : le moment qui forge une réputation

En mars 2020, la pandémie paralyse l’économie. Powell réagit vite et fort : taux ramenés à zéro, rachats massifs d’actifs, programmes de prêts d’urgence. Le bilan de la Fed passe de 4 500 à plus de 7 000 milliards de dollars en quelques mois. La récession est sévère mais courte. Même Trump se dit satisfait à l’automne 2020.

L’inflation qui suit ce déversement de liquidités contraint ensuite Powell à opérer un virage à 180 degrés : entre mars 2022 et juillet 2023, la Fed relève ses taux dix fois, de zéro à 5,5 %. Controversé, mais l’atterrissage en douceur est au rendez-vous. Biden le renomme pour un second mandat en 2022.

Le second mandat de Trump : la guerre ouverte

Le retour de Trump en janvier 2025 marque le début d’une période sans précédent. Trump veut des baisses de taux rapides. Powell refuse de plier. Les insultes pleuvent : « crétin », « imbécile », « obvious Trump hater ». Trump menace même de le poursuivre en justice pour « incompétence grave ».

L’été 2025 produit une scène surréaliste : Trump se rend lui-même sur le chantier de rénovation du siège de la Fed en casque et costume, accompagné de Powell. Il affirme que les coûts sont encore plus élevés que les chiffres officiels. Powell chausse ses lunettes, regarde le document, et lui dit simplement qu’il a tort.

L’enquête pénale : franchir une ligne rouge

En janvier 2026, le département de la Justice ouvre une enquête pénale contre Powell, portant officiellement sur son témoignage au Congrès concernant les coûts de rénovation. Powell répond publiquement que cette menace est « la conséquence du fait que la Fed fixe ses taux dans l’intérêt général, plutôt qu’en se conformant aux préférences du Président. »

Le sénateur républicain Thom Tillis bloque alors la confirmation de Kevin Warsh, le successeur désigné par Trump, jusqu’à ce que l’enquête soit abandonnée. En avril 2026, le DOJ lâche l’affaire. La voie est libre pour Warsh.

Ce qu’il reste

Powell ne disparaît pas totalement : son mandat de gouverneur court jusqu’en janvier 2028 et il a annoncé son intention d’y rester. Il conserve donc un siège et une voix au FOMC, le comité qui fixe les taux ; du jamais vu depuis près de quatre-vingts ans.

Conclusion : Un héritage qui dépasse la politique monétaire

Dans l’histoire de la Fed, rares sont les présidents qui ont dû se battre sur deux fronts à la fois : gérer l’économie réelle d’un côté, et défendre l’existence même de l’indépendance de l’institution de l’autre. Powell a fait les deux.

Il n’était pas le profil académique attendu. Il n’avait pas le doctorat en économie de ses prédécesseurs. Mais il a traversé la crise sanitaire la plus grave depuis un siècle, piloté le resserrement monétaire le plus rapide depuis quarante ans, et résisté à des pressions politiques que la plupart des observateurs qualifient d’inédites dans l’histoire moderne de la banque centrale américaine. L’historien de la Fed Peter Conti-Brown résume : « Ses vrais moments d’épreuve ont été en 2020 face au Covid, puis en 2025 et 2026 lors de l’assaut de l’administration Trump contre l’indépendance de la banque centrale. Sa place dans l’histoire est assurée sur la base de l’un ou l’autre de ces deux moments. »

Adoré n’est sans doute pas le bon mot ; Powell a essuyé des critiques sévères de la gauche comme de la droite, sur la régulation financière, sur le calendrier de la lutte contre l’inflation, sur les conflits d’intérêts supposés dans ses investissements personnels. Mais respecté, oui, largement, y compris par des élus des deux partis qui ont pris sa défense lorsque la pression de la Maison-Blanche est devenue une menace institutionnelle. C’est peut-être ça, le vrai legs de Powell : avoir rappelé, au prix d’un bras de fer douloureux, pourquoi l’indépendance d’une banque centrale n’est pas un détail technique, mais une condition de confiance pour toute une économie.

Sources :

Federal Reserve Board : biographie officielle

Federal Reserve History

Britannica Money : Jerome Powell

Wikipedia FR : Jerome Powell

CNBC : confirmation de Kevin Warsh

NPR : confirmation Warsh

CNN Business :confirmation Warsh

Bloomberg : héritage de Powell

PBS Frontline :Trump vs la Fed

NPR :abandon de l’enquête DOJ

CNN : abandon de l’enquête DOJ

Le Club des Juristes : analyse de l’enquête pénale

Al Jazeera :bilan Powell

Brookings Institution : réponse Fed au Covid

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Le biopic de Michael Jackson devenu un phénomène mondial

Sorti il y a quelques semaines, Michael explose déjà tous les records au cinéma. Le film sur Michael Jackson pourrait devenir le biopic musical le plus rentable de l’histoire.

Le biopic Michael, consacré à Michael Jackson, est devenu l’un des plus gros événements cinéma de l’année 2026. Dès son premier week-end, le film a généré plus de 217 millions de dollars dans le monde, dont 97 millions uniquement aux États-Unis. C’est tout simplement le
meilleur démarrage de l’histoire pour un biopic musical.


Le film réalisé par Antoine Fuqua dépasse déjà les débuts de Bohemian Rhapsody ou encore de Elvis. Au Royaume-Uni, Michael a même explosé les records du genre avec plus de 11 millions de livres récoltés en seulement quelques jours. Pour Hollywood, le message est clair :
malgré les années, Michael Jackson reste une machine culturelle mondiale capable d’attirer des millions de personnes dans les salles.

Pourquoi le film attire autant de monde

Le succès du film repose évidemment sur l’aura gigantesque de Michael Jackson. Même dix- sept ans après sa mort, il reste l’un des artistes les plus connus de toute l’histoire avec plus de 500 millions d’albums vendus dans le monde. Ses chansons continuent d’être écoutées partout, et plusieurs générations connaissent encore par cœur des titres comme Thriller, Beat It ou Billie Jean.


Le casting a aussi énormément aidé à créer le buzz autour du projet. C’est Jaafar Jackson, le neveu du chanteur, qui interprète Michael à l’écran. Dès les premières bandes-annonces, les réseaux sociaux ont explosé à cause de la ressemblance physique et des mouvements quasiment identiques à ceux du “King of Pop”. Beaucoup de spectateurs parlent même d’une
performance “hallucinante”, au point que certains évoquent déjà des nominations aux Oscars.

Un succès malgré les énormes polémiques

Le film n’a pourtant pas eu une production simple. Le projet a connu des retards, des reshoots très coûteux et plusieurs polémiques autour de la manière dont seraient traitées les accusations d’abus sexuels visant Michael Jackson. Finalement, les producteurs ont décidé de concentrer
l’histoire sur les années avant 1988, évitant ainsi une grande partie des controverses liées à la fin de sa vie.


Cette décision a divisé les critiques. Certains reprochent au film d’être trop “propre” et de ne pas assez montrer les zones d’ombre de Michael Jackson. D’autres pensent au contraire que le film
réussit surtout à rappeler l’impact culturel immense de l’artiste. Malgré ces débats, le public semble complètement conquis : les notes spectateurs restent très élevées et les salles continuent d’être pleines plusieurs semaines après la sortie.

Hollywood voit déjà beaucoup plus loin

Avec un tel démarrage, Hollywood pense déjà à une suite. Plusieurs médias américains expliquent qu’une énorme partie de la vie de Michael Jackson n’a finalement pas été utilisée dans le premier film à cause des changements de scénario et des problèmes juridiques. Certaines scènes auraient même déjà été tournées avant d’être supprimées du montage final.
Le film pourrait aussi dépasser le milliard de dollars au box-office mondial, ce qui en ferait officiellement le biopic musical le plus rentable de l’histoire du cinéma.

Pour les studios, Michael prouve surtout qu’un artiste capable de marquer plusieurs générations reste une valeur énorme pour l’industrie du divertissement. Entre le cinéma, le streaming, les ventes musicales et les
produits dérivés, le phénomène dépasse largement le simple cadre d’un film.

Avec Michael, Hollywood ne raconte pas seulement la vie d’une star. Le film rappelle surtout à quel point Michael Jackson reste un phénomène culturel quasiment impossible à comparer.
Même après des décennies, sa musique et son influence continuent de générer des chiffres totalement hors normes.

Sources :

Michael fait un moonwalk pour un week-end d’ouverture de 217 millions de dollars, battant des records au box-office pour un biopic | Michael | Le Gardien

Le réalisateur de films d’action qui affronte Michael Jackson | The New Yorker

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Pourquoi tout le monde se trompe sur l’Europe en 2026

L’Europe n’a plus la cote.

Croissance faible, industrie en perte de vitesse, dépendance énergétique, tensions politiques. Depuis plusieurs années, le diagnostic semble clair : le continent est en déclin relatif face aux États-Unis et à la Chine.

Et pourtant, un scénario plus discret émerge. Derrière une croissance encore modeste autour de 1 % en 2026, plusieurs signaux laissent penser que l’Europe pourrait surprendre.

Ce ne sera pas un boom économique. Mais un rééquilibrage plus profond.

Une croissance faible… mais stabilisée

L’Europe reste dans une phase de croissance lente. Les prévisions pour 2026 tournent autour de 1 % à 1,1 %, loin des standards américains.

Mais cette faiblesse cache une réalité différente. Après plusieurs années de chocs successifs pandémie, inflation, guerre en Ukraine, crise énergétique le continent semble entrer dans une phase de stabilisation.

L’inflation ralentit progressivement. Les revenus réels se redressent. Les conditions financières cessent de se durcir.

Autrement dit, l’économie européenne ne rebondit pas encore, mais elle cesse de se dégrader.

Le retour progressif de l’investissement

Pendant deux ans, les entreprises européennes ont ralenti leurs investissements. Incertitude, coût du crédit, prix de l’énergie, tout poussait à l’attentisme.

Mais cette dynamique pourrait changer.

Les plans publics, notamment en Allemagne et au niveau européen, commencent à produire leurs effets. Les investissements dans la défense, l’énergie et l’industrie repartent progressivement.

Dans le même temps, certains secteurs industriels montrent des signes de reprise, portés par la transition énergétique et les besoins de réindustrialisation.

Ce mouvement reste fragile, mais il marque une rupture avec la phase précédente.

Une Europe plus compétitive qu’il n’y paraît

L’un des paradoxes actuels tient à la compétitivité.

L’Europe est souvent perçue comme trop chère, trop réglementée, trop lente. Mais la baisse de l’inflation a changé la donne.

Dans plusieurs pays, les coûts relatifs commencent à se stabiliser. La France, par exemple, bénéficie d’une inflation plus modérée que certains partenaires, ce qui améliore sa position compétitive.

Par ailleurs, la dépendance énergétique, longtemps considérée comme un point faible majeur, est en train de diminuer progressivement avec la diversification des sources et les investissements dans les renouvelables.

Ce ne sont pas des transformations spectaculaires. Mais elles sont structurelles.

Des réformes encore sous-estimées

Depuis la crise Covid, l’Europe a engagé plusieurs transformations importantes.

Le plan de relance européen, les investissements dans la transition énergétique, les projets industriels communs ou encore les nouvelles politiques de souveraineté économique changent progressivement le modèle.

Ces évolutions restent souvent invisibles à court terme. Elles prennent du temps.

Mais elles posent les bases d’une économie plus autonome, moins dépendante des chocs extérieurs.

Dans un contexte de tensions géopolitiques et de fragmentation du commerce mondial, ce repositionnement devient un avantage.

Un environnement mondial qui change

L’Europe bénéficie aussi d’un effet indirect.

La mondialisation ralentit. Les chaînes d’approvisionnement se régionalisent. Les tensions commerciales se multiplient.

Dans ce nouvel environnement, les économies capables de produire localement, de sécuriser leurs ressources et de maintenir une stabilité politique relative prennent de la valeur.

L’Europe coche progressivement ces cases.

Même si sa croissance reste faible, sa stabilité relative devient un atout dans un monde plus incertain.

Un rebond discret, mais réel

L’Europe ne va pas devenir la locomotive de l’économie mondiale.

Mais elle pourrait sortir de la période de stagnation qui a marqué les dernières années.

La croissance devrait rester modérée autour de 1 % en 2026 avant une légère accélération à moyen terme.

Ce scénario repose sur plusieurs conditions : stabilité énergétique, maintien de l’inflation sous contrôle, reprise progressive de l’investissement.

Si ces éléments se confirment, l’Europe pourrait surprendre non pas par sa vitesse, mais par sa résilience.

Une économie plus solide qu’elle n’en a l’air

Comme souvent en économie, la perception compte autant que la réalité.

L’Europe donne l’image d’un continent en difficulté. Mais cette image repose en grande partie sur des comparaisons avec des économies plus dynamiques à court terme.

Sur le fond, le modèle évolue.

Moins dépendant, plus régulé, plus stable.

Ce n’est pas un modèle de croissance rapide. Mais c’est un modèle qui pourrait mieux résister aux chocs futurs.

Et dans le monde actuel, c’est peut-être là que se trouve la véritable surprise.

Sources :

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Deux mois après : ce que la guerre en Iran a vraiment changé sur les marchés

Une rupture géopolitique majeure, annoncée mais sous-estimée

Le 28 février 2026 restera une date charnière dans l’histoire économique contemporaine. Ce matin-là, les États-Unis et Israël déclenchaient l’opération « Epic Fury » / « Roaring Lion » : une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, visant son programme nucléaire, ses capacités militaires et ses infrastructures énergétiques. Ce n’était pas la première confrontation entre ces puissances. La « guerre des Douze Jours » de juin 2025 avait déjà constitué une première escalade, et les mois de janvier-février 2026 avaient vu le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique, les déclarations tonitruantes de Donald Trump et une diplomatie en bout de course.

Mais l’intensité de l’opération du 28 février, et surtout l’objectif affiché de changement de régime à Téhéran, marquait une rupture qualitative. En quelques heures, l’Iran répliquait par l’opération « Promesse Honnête 4 » : frappes sur des monarchies du Golfe (Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis), attaque de la base britannique d’Akrotiri à Chypre, et fait décisif entre tous, fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz mérite qu’on s’y arrête un instant. C’est un passage maritime étroit, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale, dont 80 % à destination de l’Asie. Le bloquer, c’était appuyer simultanément sur les artères vitales de l’économie mondiale. Un peu comme fermer le robinet d’eau d’un immeuble entier en actionnant une seule vanne.

La réaction immédiate des marchés : un choc réel, une panique maîtrisée

Dès l’ouverture des marchés le 3 mars 2026, la réaction fut vive, sans être désordonnée. Le pétrole brut (Brent) dépassait brièvement les 80 dollars, soit une hausse d’environ 8 % en séance. Le gaz naturel européen bondissait d’environ 20 % dès les premiers jours, le choc étant amplifié par la suspension des opérations de GNL (gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire du gaz refroidi à l’état liquide pour être transporté par bateau) au Qatar, visé par des missiles iraniens. Les indices actions, c’est-à-dire les grands « baromètres » boursiers comme le CAC 40 en France ou le S&P 500 aux États-Unis, reculaient entre 1 % et 2 % selon les zones géographiques, le CAC 40 accusant une perte d’environ 4,7 % dans les premières semaines.

La géographie des pertes dessinait une carte assez claire. L’Europe souffrait davantage que les États-Unis : exposée aux prix de l’énergie importée, à la contraction du commerce mondial et à une dépendance structurelle au GNL du Golfe, elle absorbait de plein fouet les retombées du conflit. Wall Street, par contraste, faisait preuve d’une relative résilience. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets d’énergie, ce qui signifie qu’ils produisent plus de pétrole et de gaz qu’ils n’en consomment : la hausse des prix du brut bénéficiait donc directement à leurs producteurs. Les marchés émergents, c’est-à-dire les Bourses de pays en développement comme le Brésil ou le Mexique, tiraient globalement leur épingle du jeu, portés par des fondamentaux domestiques solides et une exposition favorable aux matières premières.

Côté secteurs, le schéma était prévisible dans ses grandes lignes. L’énergie et la défense progressaient, portées par le choc de prix et la perspective d’une remontée durable des budgets militaires. Les compagnies pétrolières intégrées (celles qui couvrent toute la chaîne, de l’extraction à la vente au détail), les fournisseurs de systèmes d’armes, les entreprises de cybersécurité : autant de valeurs qui surfaient sur la prime géopolitique (la « prime de risque » est le surplus de rendement que les investisseurs exigent pour compenser un risque plus élevé). À l’inverse, l’aviation, le tourisme, l’automobile et le luxe accusaient les plus fortes baisses, exposés à la fois à la hausse des coûts de carburant, aux perturbations logistiques et au repli de la demande.

Sur les marchés obligataires (c’est-à-dire le marché des emprunts émis par les États et les grandes entreprises), le scénario classique du « flight to quality » ne s’est que partiellement matérialisé. Le « flight to quality », ou fuite vers la qualité, désigne le réflexe des investisseurs qui, en période de crise, vendent leurs actifs risqués pour se réfugier dans des obligations d’État considérées comme sûres. Cette fois, les obligations d’État n’ont pas pleinement joué ce rôle de valeur refuge, car la hausse des anticipations d’inflation maintenait une pression à la hausse sur les rendements (quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse, ce qui atténue leur attrait). Les taux européens grimpaient d’environ 30 points de base au pic de la tension. Un point de base, c’est un centième de pourcent : 30 points de base correspondent donc à une hausse de 0,30 %, ce qui peut paraître faible mais représente des milliards d’euros de coûts supplémentaires pour les États endettés. Seul l’or jouait pleinement son rôle d’actif refuge, progressant de façon continue tout au long du conflit.

Ce que les investisseurs redoutaient, et ce qui s’est réellement passé

Au premier jour du conflit, la grille de lecture dominante convoquait le précédent ukrainien : une guerre qui, en 2022, avait engendré une spirale inflationniste prolongée, une récession en Europe et une série de hausses de taux sans précédent. Cette analogie a orienté les premières réactions et s’est révélée partiellement trompeuse.

Plusieurs facteurs ont contenu l’amplitude du choc. D’abord, la structure de l’économie mondiale en 2026 n’est pas celle de 2022 : l’intensité énergétique de la croissance a baissé (on produit plus de richesse avec moins d’énergie), les alternatives au gaz russe avaient déjà été développées, et les réserves stratégiques des pays du G7 constituaient un premier filet de sécurité. Ensuite, les États-Unis n’avaient aucun intérêt à laisser s’emballer indéfiniment les prix du brut, notamment à l’approche d’échéances électorales. Enfin, la Chine, premier acheteur de pétrole iranien et pays le plus dépendant du détroit d’Ormuz (environ 45 % de ses importations de pétrole y transitent), pesait discrètement mais fermement pour éviter une paralysie durable du trafic maritime.

Pour autant, la résilience n’a pas tenu sur toute la ligne. Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 constituait un premier signal de désescalade, vite relativisé par l’échec des négociations d’Islamabad (11-12 avril), le blocus naval américain des ports iraniens décrété le 13 avril, puis la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran le 18 avril. À la date du 24 avril, le Brent atteignait environ 106 à 110 dollars le baril, après cinq jours de hausse consécutifs, franchissant le seuil symbolique des 100 dollars que beaucoup d’analystes pensaient improbable en scénario central.

Ce dépassement illustre une dynamique propre aux conflits prolongés : les marchés qui « tiennent » bien dans les premières semaines peuvent se retrouver sous pression croissante si les incertitudes s’accumulent et que les mécanismes de sortie semblent se dérober.

Les banques centrales dans l’œil du cyclone

Le conflit a placé les grandes banques centrales dans une position inconfortable que les analystes qualifient de « dilemme de stagflation ». La stagflation, c’est la combinaison d’une inflation qui repart à la hausse (les prix augmentent) et d’une croissance qui ralentit en même temps (l’économie tourne au ralenti). C’est la situation la plus délicate pour une banque centrale, car les remèdes habituels de l’une aggravent l’autre : monter les taux pour freiner l’inflation risque d’étouffer encore davantage la croissance, tandis que baisser les taux pour soutenir l’économie risque d’alimenter l’inflation.

La Réserve fédérale américaine (la Fed, banque centrale des États-Unis) maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, sans signal clair d’assouplissement ou de resserrement. En Europe, l’inflation au Royaume-Uni a atteint 3,3 % en avril, portée par les coûts des importations énergétiques. La Banque centrale européenne (BCE) a revu ses projections d’inflation à la hausse (2,6 % en moyenne pour 2026, avec un scénario sévère à 4,4 % en cas de perturbations prolongées à Ormuz), pendant que la croissance de la zone euro est révisée à la baisse, autour de 0,9 % pour l’année, ce qui correspond quasi à une stagnation. La Banque d’Angleterre maintient son taux directeur à 3,75 % sans signaler de changement imminent.

Le consensus des marchés pour les prochaines réunions : une pause coordonnée des trois grandes banques centrales. Ni hausse, ni baisse. Une attente prudente dans un contexte où chaque décision risque d’amplifier les déséquilibres plutôt que de les corriger.

Recomposition géopolitique et économique : les grandes lignes

Au-delà de l’immédiat, le conflit accélère plusieurs dynamiques structurelles qui redessinaient déjà lentement l’économie mondiale.

La fracture énergétique s’approfondit entre les États-Unis, qui bénéficient de la hausse des prix via leur production domestique et leurs exportations de GNL, et l’Europe, qui subit une double peine : facture énergétique alourdie et risque de récession industrielle. L’Union européenne a mobilisé plus de 9 milliards d’euros de mesures d’urgence, mais a absorbé plus de 13 milliards de surcoûts d’importations fossiles en quelques semaines seulement.

La Chine joue une partition singulière. Elle a constitué des réserves stratégiques considérables pour lisser le choc, et affiche une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, dépassant les attentes. Mais sa façade de solidité masque une vulnérabilité structurelle : 45 % de ses importations pétrolières transitent par Ormuz, et l’exposition de ses exportateurs à la baisse de la demande mondiale commence à se faire sentir dans les données de mars. En coulisses, Pékin exerce une pression directe sur Téhéran pour préserver la liberté de navigation, sans prendre parti officiellement.

L’Iran lui-même voit son économie basculer dans une logique de guerre. Avec une inflation qui dépassait déjà 50 % sur les douze mois précédant le conflit, la désorganisation productive et la destruction d’infrastructures clés (raffineries, terminaux, pipelines) fragilisent durablement ses capacités exportatrices.

Enfin, des soupçons d’insider trading ont émergé sur les marchés. L’insider trading, c’est le fait d’utiliser des informations confidentielles non publiques pour réaliser des transactions boursières et en tirer un profit illicite. Des transactions massives sur le pétrole brut auraient été réalisées quelques minutes avant des annonces officielles de négociations, suggérant que des informations privilégiées auraient filtré. Ces scandales potentiels n’ont pas déclenché de crise de confiance majeure, mais alimentent un sentiment de défiance structurelle qui pèsera sur les primes de risque à moyen terme.

Gagnants et perdants : la cartographie du conflit vue des marchés

Deux mois après le déclenchement des hostilités, les grandes tendances sectorielles sont nettes.

Du côté des gagnants : les compagnies pétrolières et gazières (en particulier les producteurs américains, saoudiens et norvégiens), les groupes d’armement et de défense européens et américains, les sociétés d’infrastructures énergétiques, et les producteurs d’or. Le dollar américain a également joué son rôle traditionnel de « war money » (monnaie de guerre, car les échanges internationaux de matières premières, notamment le pétrole, sont libellés en dollars), se renchérissant face à l’euro, tandis que le franc suisse bénéficiait d’un regain d’attrait en tant que valeur refuge historique.

Du côté des perdants : l’aviation (American Airlines a révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026 en raison des coûts de carburant), les compagnies de fret maritime exposées aux routes du Golfe, les industriels très dépendants des pétrochimiques (matières plastiques, engrais, solvants, tous dérivés du pétrole), le tourisme et l’hôtellerie. L’Europe, prise en étau entre dépendance énergétique et ralentissement économique, paie l’addition la plus lourde parmi les économies développées non belligérantes.

Perspectives : naviguer dans le brouillard

À ce stade, trois scénarios structurent les anticipations du marché.

Le scénario de désescalade rapide (résolution du conflit d’ici l’été 2026) permettrait une détente rapide des prix de l’énergie et un rebond des actifs risqués. Ce scénario est soutenu par la logique politique : Washington n’a aucun intérêt à gérer un choc pétrolier durable à l’approche des élections de mi-mandat américaines.

Le scénario d’enlisement (quelques mois de conflit de basse intensité avant une désescalade déclarée « victoire » par toutes les parties) maintiendrait une prime de risque géopolitique persistante sur les marchés, sans déclencher de déroute boursière majeure. C’est le scénario central de la plupart des grandes maisons de gestion.

Le scénario du chaos (fragmentation de l’Iran, milices incontrôlables, perturbations durables du transport maritime) est le plus redouté. Il justifierait une hausse prolongée du brut bien au-delà de 100 dollars et une nouvelle spirale inflationniste. Il reste minoritaire dans les anticipations de marché, mais non négligeable.

Pour les investisseurs, les arbitrages en cours convergent vers plusieurs thèmes : surpondération de l’énergie et de la défense, maintien de positions en or et en franc suisse, réduction de l’exposition aux actifs européens et aux secteurs à forte intensité énergétique. La volatilité sur les marchés pétroliers et les devises émergentes devrait rester élevée tant qu’Ormuz n’est pas pleinement rouvert et tant que les négociations irano-américaines n’ont pas abouti à un accord stable.

Conclusion : deux mois de leçons, une incertitude persistante

Le bilan à deux mois de la guerre en Iran 2026 dessine un tableau nuancé : ni l’effondrement que certains redoutaient au premier jour, ni la simple correction géopolitique rapidement résorbée que les optimistes espéraient.

Le choc a été réel, profond et différencié. L’Europe en absorbe l’essentiel, coincée entre sa dépendance énergétique et sa croissance anémique. Les États-Unis jouent une partition plus confortable, bénéficiant structurellement de la hausse des prix de l’énergie. La Chine tient pour l’instant grâce à ses stocks stratégiques, mais sa vulnérabilité à moyen terme reste intacte. Et le coût global du conflit, estimé par certains analystes à plus de 600 milliards de dollars d’impact sur l’économie mondiale depuis le déclenchement des hostilités, continue de s’alourdir chaque semaine.

Le message clé pour les investisseurs est celui de la vigilance calibrée : éviter les réactions de panique comme les excès d’optimisme prématuré. Historiquement, les crises géopolitiques ne génèrent pas de marchés baissiers durables, sauf lorsqu’elles créent un choc d’offre structurel, comme en 1973 avec le premier choc pétrolier. La question centrale des prochaines semaines est donc simple à formuler, difficile à trancher : le détroit d’Ormuz va-t-il rester fermé assez longtemps pour transformer ce choc temporaire en disruption structurelle ? La réponse à cette question conditionnera l’évolution des marchés pour le reste de l’année 2026.

Sources

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Italie : fragilité cachée des finances publiques

Entre 2020 et 2025, l’Italie a fortement réduit son déficit public, passant de 9,5 % à 3,1 % du PIB, un redressement budgétaire qui renforce la crédibilité économique du gouvernement de Meloni.

Ce succès est souvent comparé à la situation de la France, dont les finances publiques restent au-dessus des critères de l’Union européenne. Ce contraste alimente le débat sur la gestion du déficit public français, entre choix politiques, contraintes économiques et respect des règles budgétaires de Bruxelles.

Loin des discours politiques qui suggéreraient que l’Italie se tient économiquement mieux que la France, les données macroéconomiques et les investisseurs en font un constat un peu plus nuancé. 

Le déficit/pib français est certes au-dessus de celui de l’Italie mais la France résiste beaucoup mieux structurellement (115,6% vs 137,1% en dette/pib en 2025). Les marchés en ont effectivement conscience et cela se traduit empiriquement sur les taux même si les marchés actions sont mieux orientés. 

La trajectoire budgétaire de la France est négative mais le niveau de dette n’est pour l’instant pas insoutenable

La France est structurellement plus endettée que l’Italie. En 2020 la France avait une dette publique au sens de Maastricht de 2650 mds d’euros alors que l’Italie avait une dette de 2570 mds d’euros soit un écart de 80 mds. Entre 2020 et 2025 cet écart s’est considérablement creusé pour atteindre 483 mds d’euros entre la dette publique française estimée pour 2025 à 3482 mds d’euros et l’italienne à 2998 mds d’euros. 

En termes de ratio sur PIB la France affiche un niveau plutôt stable : depuis 2020 le ratio s’est même amélioré passant de 115,7% à 115,6% soit une amélioration de 10 points de base. En Italie la dette publique est quant à elle passée de 154,9% de PIB à 132,8% de PIB soit une réduction massive de plus de 30 points de pourcentage.

Concernant les conditions de financement, certaines périodes récentes ont vu la France emprunter à 10 ans à des taux légèrement supérieurs à ceux de l’Italie comme le montre la partie du graphique située sous la ligne de référence. Néanmoins, un retour à une hiérarchie plus conforme aux fondamentaux macroéconomiques s’est rapidement opéré, notamment au regard des notations souveraines attribuées par Moody’s : Aa3 pour la France contre Baa2 pour l’Italie.

Le graphique ci-dessous illustre ces évolutions et ces écarts de perception sur les marchés.


La dynamique du déficit public italien est à mettre au crédit du solde budgétaire pas du PIB

Le tableau est donc très positif mais il est plus à justifier par un meilleur solde budgétaire que par une embellie économique forte. En termes de déficit/PIB, le numérateur le déficit par année a été plus que divisé par. En 2020 le déficit public italien était d’environ -157 mds d’euros alors qu’il n’est que de -67,8 mds d’euros en 2025. En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Par ailleurs, cette stratégie, qui semble avoir contenu la croissance économique notamment en comparaison avec la forte dépendance française aux dépenses publiques aurait néanmoins permis de mieux maîtriser les déséquilibres budgétaires actuels.

En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Malgré quelques semaines durant lesquels la France s’est endettée à maturité 10 ans à un rendement plus élevé que son homologue italien (partie du graphique sous le trait et inférieur à 0) un retour vers les données macroéconomiques a eu lieu(la France est notée Aa3 et l’Italie Baa2 par l’agence Moody’s).

Surtout, le maintien des finances publiques françaises en dessous des 3% est à contextualiser. Depuis la victoire du RN aux élections européennes de juin 2024 et la dissolution qui s’en suivit, la France n’a pas pu composer avec un gouvernement issu d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. La France s’est embourbée dans des alliances qui pour certaines n’ont pas tenu (Barnier, Bayrou, Lecornu) qui ont rendu impossible la discussion et l’adoption d’un budget plus austère qui aurait sûrement limité la croissance économique (très forte dépendance en France aux dépenses publiques) mais aurait permis de limiter les difficultésbudgétaires en cours. 

Les marchés actions supposeraient de meilleures perspectives en Italie

Les marchés actions ont cependant un discours très positif sur l’Italie. Il y a un peu plus d’1 an, Donald Trump annonçait le Liberation Day avec ses droits de douane dits « réciproques ». Pour rappel, l’Italie exporte environ 60 mds d’euros (environ 10% des exportations totales italiennes) de biens vers les Etats-Unis (principalement des produits pharmaceutiques et des équipements industriels) ce qui aurait pu l’impacter de manière similaire à la France qui exporte ses produits dans les mêmes ordres de grandeur. Pourtant Le FTSE MIB (Italie) progresse de 24,61% le CAC (France) de 3,91% et le DAX(Allemagne) de 2,55% en euros, dividendes nets réinvestisentre le 02 avril 2025 et le 02 avril 2026.

Cette divergence suggère que les investisseurs anticipent des perspectives économiques plus favorables pour l’Italie, malgré un environnement externe potentiellement contraignant.

Le graphique ci-joint met en évidence cet écart de performance et traduit ce biais de marché en faveur des actifs italiens.

La Cour Suprême a certes remis en cause les tariffs réciproques mais une baseline de 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis est encore en cours depuis le 24 février dernier et cela pour 150 jours maximums soit jusqu’au 24 juillet prochain. Cette situation aurait pu impacter l’indice italien mais cela semble à priori limité.

Ces belles performances seraient donc plutôt à aller chercher suivant une approche bottom-up et micro qui se concentre principalement sur les résultats financiers des entreprises et leurs santés financières que grâce à un dynamisme macro-économique surperformant les autres pays de la zone euro. 

Conclusion :

L’Italie va donc mieux mais une approche plus pragmatique et « data-dependant » permet de se rendre compte que le bilan est un peu plus nuancé : les finances publiques italiennes restent fortement sous pression surtout si le PIB ne progresse pas plus rapidement. Le spread avec les autres crédits souverains se stabilisent défavorablement pour l’état Italien et les récents revers politiques de Giorgia Meloni ne devrait pas l’influencer à mettre en place des programmes de politiques publiques structurels d’envergure. 

En outre, l’Italie reste un pays fracturé géographiquement et économiquement avec le Nord industriel très porteur en création de richesses et le Sud dont le PIB/habitant est environ inférieur de moitié à celui du Nord. 

Pour autant, une vision « action-centrée » rappelle que la bonne dynamique budgétaire actuelle ainsi que les belles valeurs de l’indice boursier italien sont soutenues positivement par les investisseurs. 

Sources :

Situation des pays de l’Union européenne au regard des critères de convergence 

Les finances publiques des pays de la zone euro en 2024

La dette publique atteint 88,2 % du PIB dans la zone euro | Eurostat

Situation économique et financière de l’Italie

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Iran–États-Unis : la trêve d’un empire contraint


Le cessez-le-feu annoncé entre Washington et Téhéran ne marque pas la fin d’une séquence de force américaine. Il consacre au contraire une réalité plus troublante, celle d’une puissance contrainte de négocier après avoir échoué à imposer ses objectifs militaires et stratégiques.

Mardi 7 avril 2026, à moins de deux heures de l’expiration d’un ultimatum par lequel Donald Trump menaçait de détruire « toute une civilisation », les États-Unis et l’Iran sont convenus d’un cessez-le-feu de deux semaines, médié par le Pakistan. Le président américain a déclaré avoir reçu de Téhéran un plan en dix points constituant, selon lui, « une base viable de négociation ». Vingt-quatre heures plus tôt, il qualifiait ce même plan de « pas assez bon ».

La séquence, dans sa brutalité, résume à elle seule les cinq semaines de guerre qui l’ont précédée : une escalade rhétorique sans prise sur le réel, un enlisement militaire que l’administration refuse de nommer, et un rapport de force qui, à ce stade, penche structurellement en faveur de l’Iran.

Les dix points iraniens, tels que diffusés par l’agence officielle IRNA, constituent une position de négociation maximaliste : cessation permanente des hostilités, levée totale des sanctions primaires et secondaires, contrôle iranien du transit dans le détroit d’Ormuz, retrait des forces américaines du Moyen-Orient, libération des actifs iraniens gelés, résolution contraignante de l’ONU, acceptation du droit à l’enrichissement d’uranium et compensation pour les destructions de guerre. Aucun de ces points ne représente un compromis. Tous sont des exigences de longue date que Téhéran n’avait jamais été en position d’imposer. Le fait que Washington accepte de s’asseoir à la table sur cette base, même en affirmant que la version réellement négociée diffère du texte public, traduit un rapport de force que cinq semaines de bombardements n’ont pas inversé.

L’enlisement militaire : l’impasse que l’administration ne nomme pas

Pour comprendre comment Washington en est arrivé là, il faut remonter à la réalité opérationnelle du conflit. L’objectif annoncé par l’administration Trump était la destruction des capacités balistiques et navales iraniennes, avec un horizon de quatre semaines. L’assassinat du Guide suprême Khamenei le premier jour des frappes devait, dans le calcul initial, provoquer un effondrement des structures de commandement. Cinq semaines plus tard, le programme balistique est dégradé mais non détruit, le programme nucléaire fait l’objet de revendications contradictoires entre Washington et Téhéran, et les Gardiens de la Révolution continuent de lancer des drones et des missiles à travers la région.

L’option de troupes au sol n’a jamais été sérieusement envisagée, et l’opération de sauvetage du pilote du F-15E abattu au-dessus d’Ispahan a démontré pourquoi. Le 3 avril, un Strike Eagle a été abattu par un missile sol-air iranien, forçant l’éjection de deux membres d’équipage en territoire ennemi. L’opération de sauvetage qui a suivi, impliquant des centaines de forces spéciales, plus de 150 aéronefs, des commandos DEVGRU et des équipes de la CIA, a duré quarante-huit heures et s’est soldée par la destruction de deux MC-130J, de quatre hélicoptères MH-6, la perte d’un A-10 Warthog abattu au-dessus du détroit d’Ormuz, et l’endommagement de deux Black Hawks. Le tout pour récupérer deux pilotes. Le coût estimé de cette seule opération dépasserait les deux milliards de dollars. La comparaison avec le désastre d’Eagle Claw en 1980 s’est imposée dans tous les cercles stratégiques. Si le sauvetage de deux aviateurs en territoire iranien coûte ce prix, le coût d’une intervention terrestre devient tout simplement impensable.

Et chaque intervention chirurgicale contre les structures du pouvoir iranien, loin de fragiliser le pays, a produit l’effet inverse : un ralliement patriotique autour du drapeau qui a consolidé la cohésion politique intérieure, marginalisé les contestataires, et renforcé les partisans de la ligne dure qui avaient toujours soutenu que la confrontation avec les États-Unis était inévitable. L’agression américano-israélienne a fini par leur donner raison.

L’Iran, de son côté, a adopté une « défense en mosaïque », reposant sur des cellules décentralisées, des lanceurs mobiles camouflés en véhicules civils et des drones bon marché produits en masse, qui a transformé chaque frappe américaine en un exercice coûteux d’attrition. Le ratio économique du conflit est désastreux pour Washington : des millions de dollars dépensés pour détruire des cibles que Téhéran reconstitue à moindre coût. C’est précisément la leçon de la guerre en Ukraine transposée au Moyen-Orient : dans un conflit d’usure, c’est la capacité de l’outil de production qui détermine le vainqueur, pas la sophistication de l’armement.

La fracturation du système d’alliances américain

L’acquis stratégique le plus significatif de l’Iran dans ce conflit n’est pas territorial. Il est politique. En cinq semaines, Téhéran a réussi à créer des lignes de fracture majeures au sein du système d’alliances américain.

Première fracture : le Golfe. Comme nous l’avons analysé dans ces colonnes, les monarchies du Golfe ont découvert en trois jours que la protection américaine était un mythe opérationnel. Les bases désertées de Bahreïn et du Qatar, les systèmes THAAD non réapprovisionnés, les munitions redirigées vers Israël : tout a convergé pour révéler que Washington défend ses intérêts, pas ses alliés. La confiance des capitales du Golfe dans le parapluie américain est désormais structurellement fissurée.

Deuxième fracture : l’OTAN. Contrairement au schéma afghan de 2001, où l’invocation de l’article 5 avait entraîné une mobilisation collective, l’appel à l’aide de Trump dans ce conflit est resté largement sans réponse. Le Royaume-Uni a déployé des avions en rôle défensif et autorisé un usage limité de ses bases, mais aucune coalition comparable n’a émergé. L’Espagne a été le seul gouvernement européen à condamner les frappes initiales américano-israéliennes. La France a appelé à l’inclusion du Liban dans le cessez-le-feu. L’Allemagne s’est abstenue de toute déclaration de soutien opérationnel. Washington s’est retrouvé militairement seul avec Israël. Ce qui, précisément, est le problème.

Troisième fracture : la droite américaine et l’institution militaire. La frange « America First » du mouvement MAGA est de plus en plus ouvertement hostile à une politique étrangère qui, selon elle, sert les intérêts d’Israël davantage que ceux des États-Unis. L’aveu de Rubio, reconnaissant que l’entrée en guerre avait été précipitée par une décision israélienne, a provoqué une déflagration dans la base électorale trumpiste. Matt Walsh a déclaré que c’était « la pire chose possible à dire ». Des vétérans se sont publiquement interrogés sur le fait que des soldats américains meurent pour une guerre déclenchée par un pays allié. Mais la fracture la plus révélatrice est peut-être celle qui traverse le Pentagone lui-même. Le 3 avril, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, aux côtés de deux autres généraux, David Hodne et William Green Jr., sans fournir d’explication publique. Ces limogeages s’inscrivent dans une purge en cascade de plus d’une douzaine d’officiers généraux depuis le début du second mandat de Trump. Un responsable américain cité par Axios a qualifié cette décision, en pleine guerre, de « délirante ». Le sénateur Chris Murphy a formulé l’hypothèse que des généraux expérimentés estiment les plans de Hegseth pour l’Iran « inapplicables, désastreux et meurtriers ». Que les raisons soient doctrinales ou personnelles, le signal est le même : il existe une fracture profonde entre l’exécutif politique et le commandement militaire, alors même que les États-Unis ne sont pas officiellement en état de guerre déclaré et que les troupes au sol n’ont pas été engagées. Cette érosion interne représente pour l’Iran un dividende politique bien plus précieux que n’importe quel gain territorial.

Ormuz : le fait accompli stratégique

Au-delà des fractures politiques, l’Iran a obtenu un fait accompli d’une portée stratégique considérable : le contrôle de facto du détroit d’Ormuz. Robert Pape, qui a conseillé la Maison-Blanche pendant plusieurs années sur les questions de sécurité nationale, a longtemps argumenté que la puissance américaine reposait, en dernière instance, sur sa capacité à garantir la liberté du commerce international et la sécurité des routes maritimes. Or cinq semaines de guerre ont révélé une réalité que Washington préférait ne pas formuler : Ormuz n’est plus sous le contrôle de la 5e Flotte. Il est sous le contrôle de l’Iran.

Le fait que le plan iranien en dix points inclue un « protocole de transit sécurisé » dans le détroit et que Téhéran ait déjà institué un système de péage de facto sur le passage des navires traduit cette nouvelle réalité. Ormuz rejoint ainsi la mer de Chine méridionale, objectivement de plus en plus sous contrôle chinois, et Bab el-Mandeb dans la liste des goulots d’étranglement maritimes qui échappent progressivement au contrôle américain. Pour la première puissance navale de l’histoire, c’est une érosion existentielle.

La levée des sanctions : le véritable enjeu

Parmi les dix points iraniens, la levée totale des sanctions primaires et secondaires constitue probablement l’objectif stratégique principal de Téhéran. Et l’Iran sait qu’il dispose aujourd’hui d’un levier qu’il n’avait jamais eu auparavant : la guerre, Ormuz, les élections de mi-mandat américaines.

Il faut ici rappeler un fait que l’escalade militaire a rendu contre-intuitif : la base de la contestation politique en Iran, estimée à environ un tiers de la population, reposait en grande partie sur la frustration économique. Les sanctions, en étranglant l’économie iranienne, alimentaient un mécontentement intérieur que Washington espérait voir se transformer en levier de changement. Or, une levée des sanctions obtenue de haute lutte, par la guerre et par la capacité de nuisance stratégique, produirait l’effet exactement inverse : elle renforcerait considérablement le pouvoir iranien en lui permettant de restaurer les conditions économiques, consoliderait la cohésion nationale autour d’un récit de victoire, et assiècherait le terreau de la contestation interieure.

De surcroît, une levée des sanctions sous contrainte de force constituerait un précédent historique. Jamais les États-Unis n’ont levé un régime de sanctions économiques sous pression militaire directe. Cela signifierait, en termes de perception géopolitique, que l’outil sanctions, pilier de la politique étrangère américaine depuis trois décennies, est réversible dès lors que la cible possède suffisamment de capacités de nuisance. Ce serait, pour tout observateur à Pékin, à Moscou ou à Pyongyang, un signal d’une portée considérable.

Le Liban : le véritable test de la trêve

La fragilité du cessez-le-feu s’est révélée dès ses premières heures. Alors que le Pakistan annonçait une trêve « effective immédiatement, y compris au Liban », le cabinet Netanyahu a aussitôt déclaré que le cessez-le-feu ne s’appliquait pas aux opérations contre le Hezbollah. Quelques heures plus tard, l’armée israélienne lançait ce qu’elle a décrit comme sa plus vaste frappe coordonnée de la guerre au Liban : plus de 100 cibles en dix minutes, frappant Beyrouth, le sud du pays et la Bekaa. Le ministère libanais de la Santé a fait état d’au moins 254 morts dans la seule journée de mercredi, le bilan quotidien le plus lourd de la guerre israélo-libanaise.

L’objectif de cette escalade n’était pas militaire au sens classique du terme. Il ne s’agissait pas de poursuivre une campagne planifiée sur le temps long. Ce déluge de feu concentré en quelques heures, le lendemain même de l’annonce du cessez-le-feu, avait une fonction de provocation : obliger l’Iran à répliquer, invoquer la solidarité de l’alliance américaine, et ainsi faire capoter un accord dont Israël n’a pas défini les termes et dont il a été informé à la dernière minute, révélant au passage une fracture de plus en plus visible entre Washington et Tel-Aviv.

La réponse iranienne a été calibrée : refermer le détroit d’Ormuz, quelques heures seulement après la réouverture du trafic, et réaffirmer publiquement que l’accord inclut le Liban. Cette stratégie place les États-Unis devant un dilemme qu’ils ne peuvent pas esquiver : soit ils exercent une pression réelle sur Israël pour stopper les opérations au Liban, ce qui est la condition iranienne non négociable, soit ils laissent Netanyahu continuer et le cessez-le-feu s’effondre, ramenant Washington dans une guerre dont il veut précisément sortir.

Ainsi, le sort de cette trêve ne se joue pas à Téhéran ni à Washington. Il se joue au Liban, et plus exactement dans la capacité des États-Unis à contraindre Israël. Or c’est précisément là que réside le paradoxe le plus troublant de cette séquence. On pourrait penser que, au vu du déséquilibre objectif de l’alliance, puisque les États-Unis fournissent les armes, les munitions, le renseignement et la couverture diplomatique, Washington dispose de tous les leviers nécessaires pour obtenir d’Israël un arrêt des opérations au Liban. Mais les enquêtes accumulées depuis deux ans, du New York Times au Washington Post, sur la dynamique réelle de la relation entre le Premier ministre Netanyahu et la présidence Trump, suggèrent que le rapport de force interne à cette alliance est plus complexe qu’il n’y paraît, et que la capacité de Washington à s’imposer face à Tel-Aviv n’est ni acquise ni prévisible. C’est sur cet équilibre incertain, que personne ne maîtrise entièrement, que repose la fragile trêve de cette guerre.

Sources :

Accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran : quelles sont les conditions, et quelles sont les prochaines étapes ?

Le détroit reste fermé et les combats au Liban forcent la trêve alors que les États-Unis et l’Iran visent les premiers pourparlers


Les États-Unis et l’Iran acceptent un cessez-le-feu de deux semaines

Les États-Unis et l’Iran acceptent un cessez-le-feu de deux semaines

Guerre en Iran : la victoire insaisissable de Trump


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Iran–États-Unis : le calcul stratégique de la Chine

Derrière la posture officielle de non-ingérence, la Chine tire de la guerre en cours des bénéfices stratégiques qui dépassent de loin le coût énergétique du conflit. Analyse d’un calcul froid.

Depuis le 28 février 2026, le regard occidental sur le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran se concentre, logiquement,  sur le théâtre des opérations : frappes, ripostes, victimes civiles, détroit d’Ormuz, déstabilisation des pays du Golfe. Mais il existe un acteur qui n’apparaît sur aucune carte de bataille et qui, pourtant, engrange peut-être davantage de gains stratégiques que n’importe lequel des belligérants. Cet acteur, c’est la Chine.

La lecture dominante de la position chinoise repose sur une hypothèse simple : Pékin, premier importateur mondial de pétrole, serait structurellement vulnérable à toute fermeture ou perturbation du détroit d’Ormuz par lequel transite environ un cinquième de la consommation pétrolière mondiale. Cette lecture est correcte dans ses fondamentaux. Mais elle est incomplète, et c’est dans cet écart entre la vulnérabilité théorique et la réalité opérationnelle que se loge le véritable calcul stratégique chinois.

Une vulnérabilité énergétique réelle, mais soigneusement amortie

Il est indéniable que la Chine reste dépendante des hydrocarbures transitant par le Golfe. Mais cette dépendance a été méthodiquement atténuée au cours des dernières années. À la veille du déclenchement de la guerre, les réserves stratégiques chinoises combinant stocks gouvernementaux et stocks commerciaux sous supervision étatique atteignaient un niveau estimé à environ 1,3 milliard de barils, le plus élevé au monde, devant les États-Unis eux-mêmes. Une loi adoptée en janvier 2025 a formellement unifié réserves stratégiques et réserves commerciales sous un cadre national unique, donnant à l’État un contrôle opérationnel sans précédent sur l’ensemble de ces stocks. Au rythme de consommation chinois, ces réserves couvrent environ 80 à 90 jours d’importations nettes un matelas qui ne rend pas la Chine invulnérable, mais qui lui offre un horizon temporel qu’aucun autre grand importateur ne possède.

Par ailleurs, dans les semaines précédant le début du conflit, l’Iran avait significativement accéléré ses exportations pétrolières, atteignant environ 1,3 million de barils par jour, soit un niveau inhabituellement élevé pour un pays sous sanctions. La destination principale de ce brut : les raffineries chinoises. Pékin, acheteur de plus de 80 % du pétrole iranien, a ainsi pu constituer des stocks supplémentaires à prix décoté, anticipant le choc de la fermeture d’Ormuz. Il ne s’agit pas d’un hasard calendaire. Il s’agit d’une logistique de pré-positionnement qui en dit long sur le degré de coordination sino-iranienne en amont du conflit.

Ajoutez à cela un facteur structurel que les analyses occidentales sous-estiment systématiquement : la Chine a massivement investi dans la réduction de sa dépendance pétrolière. La pénétration des véhicules électriques sur le marché chinois a atteint 41 % en 2024, réduisant la consommation de gasoline d’environ 28 millions de tonnes. Le remplacement progressif des camions diesel par des poids lourds au gaz naturel liquéfié contribue à la même dynamique. Selon les projections du CNPC, la demande pétrolière chinoise pourrait atteindre son pic dès 2027. Autrement dit, la fenêtre de vulnérabilité énergétique chinoise, bien qu’encore réelle, se referme à un rythme que peu d’observateurs intègrent dans leurs modèles.

Le laboratoire iranien : un apprentissage en temps réel de la guerre américaine

Mais le véritable gain stratégique de Pékin dans ce conflit n’est pas énergétique. Il est militaire et technologique. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran constitue pour l’état-major chinois un laboratoire grandeur nature sans précédent une occasion de mesurer, en conditions opérationnelles réelles, les capacités, les limites et les vulnérabilités de la machine de guerre américaine.

La coopération sino-iranienne en matière d’équipements militaires et de renseignement est, à ce stade du conflit, abondamment documentée par les sources ouvertes. Avant la guerre, la Chine avait fourni à l’Iran des radars de type YLC-8B, un système UHF conçu pour détecter les avions furtifs précisément les F-35 et F-22 qui constituent le fer de lance de la puissance aérienne américaine. L’Iran a transitionné son architecture militaire de navigation du GPS américain vers le système chinois BeiDou-3, dont le signal chiffré est insensible au brouillage américain et dispose d’une fonction de messagerie courte permettant de maintenir les communications même en cas de destruction des réseaux locaux. Plusieurs analystes, dont l’ancien directeur du renseignement extérieur français Alain Juillet, estiment que l’amélioration significative de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des douze jours de juin 2025 s’explique directement par l’accès aux signaux militaires de BeiDou.

Pendant la guerre, la coopération est passée au stade opérationnel. Le JINSA (Jewish Institute for National Security of America) a documenté le déploiement, pendant la phase de montée en puissance américaine début 2026, de navires de surveillance chinois capables de traquer les mouvements de la flotte américaine et de transmettre des données de ciblage aux forces iraniennes. Des entreprises chinoises comme MizarVision, opérant la constellation Jilin-1 de plus de 120 satellites, ont publié des images haute résolution des positions de troupes américaines. Le Washington Post a rapporté, sur la base de trois sources officielles américaines, que la Russie fournissait à l’Iran les localisations précises des navires de guerre et des aéronefs américains un pipeline d’information dans lequel la composante chinoise en matière d’imagerie satellitaire et de navigation est indissociable.

Pour l’état-major de l’Armée populaire de libération, cette guerre est un stress test en temps réel. Chaque missile iranien guidé par BeiDou qui atteint ou s’approche d’une cible américaine fournit des données sur la signature radar des appareils furtifs, sur les temps de réaction des systèmes de défense antimissile, sur les seuils de saturation des intercepteurs, sur les capacités d’interférence électronique américaines, sur les vulnérabilités logistiques des groupes aéronavals. Le fait qu’une puissance régionale moyenne, dotée d’une stratégie asymétrique particulière, parvienne à tenir en échec fût-ce temporairement le fer de lance de la puissance militaire américaine, y compris les groupes aéronavals, constitue en soi une donnée stratégique majeure pour Pékin dans la perspective de tout scénario futur dans le détroit de Taïwan.

L’Armée populaire de libération ne s’en cache d’ailleurs pas. Le 3 mars 2026, l’état-major chinois a publié sur ses plateformes officielles, en chinois et en anglais, un document intitulé « Cinq leçons que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran enseigne au monde », résumant les enseignements tirés des premières soixante-douze heures du conflit. Ce degré de transparence doctrinale est inhabituel et signale clairement que Pékin considère ce conflit comme un matériau d’apprentissage stratégique de premier ordre.

L’érosion des stocks : le talon d’Achille industriel américain

Le troisième axe de bénéfice stratégique pour la Chine est peut-être le plus structurant à moyen terme : l’érosion accélérée des stocks de munitions et d’intercepteurs américains. La guerre en Ukraine avait déjà mis en lumière un fait désagréable pour Washington les États-Unis ne sont plus une puissance industrielle de défense capable de produire à l’échelle d’un conflit prolongé. La cadence de production ne suit pas la cadence de consommation. Et la guerre contre l’Iran aggrave cette asymétrie à une vitesse que peu d’analystes avaient anticipée.

Selon un rapport du Congressional Research Service, les intercepteurs THAAD ont représenté près de la moitié de l’ensemble des intercepteurs américains et israéliens utilisés pour protéger Israël durant la guerre des douze jours de juin 2025. Environ 92 intercepteurs THAAD avaient alors été consommés sur un stock estimé à 632 unités et le réapprovisionnement de ce stock prendrait, selon les estimations, de trois à huit ans. La guerre actuelle a considérablement aggravé cette situation. Les systèmes THAAD déployés au Moyen-Orient sont arrivés à épuisement, des radars AN/TPY-2 ont été endommagés ou détruits par des frappes iraniennes, et Washington a été contraint de transférer des composants THAAD depuis la Corée du Sud vers le théâtre moyen-oriental un redéploiement confirmé par le Washington Post et par les médias sud-coréens.

Ce transfert dit deux choses. D’abord, il confirme que les stocks américains sont étirés au-delà de ce que la posture de dissuasion mondiale peut absorber. Ensuite, et c’est le point stratégiquement décisif pour Pékin, il crée un momentum. Les systèmes de défense antimissile retirés de Corée du Sud sont précisément ceux qui contribuaient à la dissuasion face à la Corée du Nord mais, par extension, face à la Chine. Si les États-Unis sont incapables de maintenir simultanément leur posture de défense en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient, alors la fenêtre d’opportunité pour une action chinoise dans le détroit de Taïwan ou en mer de Chine méridionale s’ouvre mécaniquement.

Il est certain que les planificateurs militaires chinois ont pris note de cette équation. L’option militaire sur Taïwan a toujours été sur la table à Pékin. Mais la question n’a jamais été celle de la volonté : c’est celle du moment. Et le moment se définit par le rapport de forces. Or, entre le financement de la guerre en Ukraine, les livraisons de matériel à Israël, et la consommation accélérée de munitions au Moyen-Orient, la capacité américaine à défendre simultanément Taïwan avec la crédibilité nécessaire s’érode objectivement. Il est très probable que l’état-major chinois a produit une note favorable à un avancement du calendrier, non pas pour déclencher une crise immédiate, mais pour réévaluer les hypothèses de planification dans un sens plus offensif.

La fin de l’hégémonie planétaire : le parallèle soviétique

Vue de Pékin, la séquence actuelle s’inscrit dans un arc historique plus large. Les États-Unis, comme l’Union soviétique en son temps, sont en train de découvrir que la projection de puissance sur plusieurs théâtres simultanés finit par éroder la capacité à protéger chacun d’entre eux. L’Ukraine, Israël, le Golfe, et les tensions latentes dans le Pacifique constituent autant de fronts qui, pris individuellement, sont gérables, mais qui, cumulés, commencent à excéder la capacité de l’outil militaro-industriel américain.

La Chine, de son côté, concentre l’essentiel de sa puissance militaire sur un théâtre unique : la mer de Chine et le détroit de Taïwan. Face à une Amérique dispersée sur quatre fronts, la masse critique chinoise dans cette zone ne fait que croître en termes relatifs sans que Pékin ait besoin d’accélérer ses propres dépenses militaires.

Enfin, dans la course à l’hégémonie technologique, la structure des vulnérabilités s’est inversée. La Chine a toujours contrôlé l’accès aux terres rares essentielles à l’industrie de défense mondiale un avantage que Washington n’a jamais réussi à contrebalancer. Les États-Unis, en revanche, disposaient d’un avantage structurel en matière d’énergie depuis la révolution du schiste. Mais la crise actuelle fermeture d’Ormuz, flambée des prix, perturbation des chaînes d’approvisionnement révèle que cet avantage est plus fragile qu’il n’y paraît. Les États-Unis, en tant que démocratie consumériste dont l’économie est directement exposée aux chocs de prix, sont structurellement plus vulnérables à une hausse prolongée des cours de l’énergie que la Chine, dont l’appareil étatique peut administrer les prix, rationner la consommation et mobiliser des réserves stratégiques massives sans subir les contraintes du cycle électoral. Pékin le sait, et chaque jour de guerre supplémentaire au Moyen-Orient creuse cette asymétrie.

Le calcul froid de la patience stratégique

Il serait simpliste de dire que la Chine « profite » de la guerre. La formule exacte est plus subtile : Pékin a structuré sa position de sorte que le coût du conflit lui soit supportable et que les bénéfices stratégiques dépassent largement les pertes. Des réserves énergétiques au plus haut, un outil de renseignement qui s’améliore en temps réel, un concurrent stratégique qui s’épuise militairement et industriellement, un théâtre asiatique qui se découvre progressivement tout converge vers un renforcement relatif de la position chinoise.

Sans tirer un seul coup de feu, sans engager un seul soldat, la Chine est en train de transformer la guerre Iran–États-Unis en un accélérateur de basculement de l’ordre mondial. Et la question qui devrait préoccuper Washington n’est pas de savoir si Pékin est satisfait du déroulement des opérations. C’est de savoir ce que la Chine fera de cet avantage une fois que la poussière sera retombée au Moyen-Orient.

Sources :

Uncertainty faces China Inc’s projects in Iran after US–Israeli strikes : Reuters

Laden Iranian ships depart Chinese port tied to key military chemicals : The Washington Post