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Santander visée par une CJIP pour blanchiment aggravé

Le mois dernier, la première banque d’Espagne a signé en France une CJIP, reconnaissant son impéritie dans le cadre d’une détection tardive de fraude.

Des opérations illégales, visant à opacifier les flux de clients de la banque, avaient été commises dans une succursale parisienne. Suite à une plainte qu’elle avait elle-même déposée et un audit qu’elle avait diligenté pour un un fait autonome, la banque Santander fut mise en examen en 2017 pour avoir laissé sa petite agence française mettre en place, à son insu, un système de blanchiment.

La défense du groupe bancaire et le choix d’une responsabilité négociée

Le groupe bancaire fit alors valoir qu’il ignorait le stratagème fomenté par quelques salariés à Paris qui contournaient les règles de conformité, et ce, malgré des visites sur site. Aucune instruction, directe ou indirecte, n’avait été donnée à ces derniers pour favoriser l’opacité des dépôts et des flux opérés, afin de masquer l’origine des fonds. Les sommes litigieuses, sur plusieurs années, semblaient provenir de la fraude fiscale et du travail dissimulé.

La banque a toutefois préféré reconnaître une forme de responsabilité en signant cette CJIP, l’obligeant à payer une amende de 22,5 millions d’euros, lui évitant un procès médiatique et à l’issue incertaine.

Vigilance anti-blanchiment et responsabilité pénale des établissements de crédit

En matière de vigilance bancaire anti-blanchiment, force est de constater que la législation française ne permet que très peu de facteurs excluants de responsabilité. Vers une évolution de l’infraction de blanchiment applicable aux banques n’ayant pas tout mis en œuvre pour l’éviter ?
Un organe financier et de crédit présentant des défaillances dans son dispositif n’est généralement pas passible de poursuites pénales, mais de sanctions administratives.

Une banque peut toutefois être pénalement sanctionnée si ses représentants ou organes ont réalisé des opérations sur des sommes dont ils ne pouvaient ignorer qu’elles provenaient d’une infraction pénale, au regard des informations dont ils disposaient (Cass. crim. 19-6-2024 n° 22-81.808). Ici, c’est bien le manque de vigilance, couplé à une réaction tardive, qui ont été sanctionnés.

Le Cabinet David Decharron conseille les structures soumises à la réglementation anti-blanchiment.

Sources :

Reuters : Article sur l’accord à 22,5 M€

France 24 : Banque espagnole accepte de payer une amende en France

EFL : CJIP signée après reconnaissance de détection tardive

Justice.gouv.fr : Acte de CJIP (PDF)

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Réforme fiscale à Bruxelles sous forte contrainte budgétaire

La Ville de Bruxelles met en œuvre une véritable réforme fiscale : baisse de l’impôt des personnes physiques, contribution équitable des épaules les plus larges

Dans le cadre de son budget 2026, la Ville de Bruxelles a engagé une véritable réforme fiscale, avec une refonte en profondeur des taxes communales.

L’Échevin des Finances Anas Ben Abdelmoumen (PS) souligne que le cœur de cette réforme consiste à réduire la pression fiscale sur les habitants de la Ville, afin de renforcer leur pouvoir d’achat.

Baisse de l’impôt des personnes physiques pour les Bruxellois

Concrètement, l’impôt communal additionnel à l’impôt des personnes physiques (IPP) passe de 6 % à 4,9 %. La Ville de Bruxelles applique ainsi désormais le taux d’IPP le plus bas de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Fédération Wallonie- Bruxelles, et figure parmi les cinq taux les plus bas du pays.

« Alors que le gouvernement fédéral Arizona choisit de rendre le quotidien de nos concitoyens plus chère en augmentant, entre autres, les taxes sur les repas à emporter et sur les billets de cinéma ou de festival, nous faisons le choix, à la Ville de Bruxelles, de renforcer le pouvoir d’achat de nos habitants grâce à une baisse de l’impôt des personnes physiques » , déclare l’échevin Ben Abdelmoumen.

Protection des propriétaires-occupants grâce à une compensation
automatique

La réforme prévoit également une adaptation du taux du précompte immobilier (PRI). Concrètement, la Ville augmente le précompte immobilier à 3.457 centimes additionnels, contre 2.950 actuellement.

Pour les propriétaires-occupants, cette différence sera toutefois automatiquement compensée par une prime compensatoire (BeHome), combinée également à une réduction supplémentaire de 100 euros par
an accordée automatiquement.

L’objectif est ainsi de protéger les propriétaires habitants, tout en faisant contribuer davantage les épaules les plus larges.

L’Échevin précise : « Avec cette mesure, dans un contexte budgétaire difficile, nous demandons un effort équitable à celles et ceux qui disposent de plusieurs biens immobiliers. Dans le même temps, nos projections montrent que près de 90 % de ces propriétaires ne connaîtront qu’une augmentation très limitée de l’impôt, que nous estimons à environ 30 euros supplémentaires par mois. Les propriétaires-occupants de la Ville de Bruxelles, eux, ne ressentiront pas cette hausse. Au contraire, nous leur accordons une réduction supplémentaire de 100 euros par an sur le précompte immobilier. Cette compensation se fait sans aucune démarche administrative et est directement déduite et visible sur l’avertissement- extrait de rôle. Nous allégeons ainsi, une fois de plus, la pression fiscale pour celles et ceux qui vivent ici et contribuent au tissu social de notre ville. »

Taxe sur la « domiciliation fictive »

La Ville de Bruxelles instaure également une nouvelle taxe sur la domiciliation fictive des entreprises. Il s’agit d’entreprises qui disposent certes d’une adresse officielle dans la Ville, mais qui, en réalité, n’y exercent aucune activité économique.

« Ces entreprises bénéficient, via leur domiciliation dans la Ville, du rayonnement bruxellois, sans pour autant contribuer à notre tissu économique. Cette contribution corrige ainsi une inégalité existante par rapport aux nombreuses entreprises de notre ville qui, elles, doivent s’acquitter, entre autres, de la taxe sur les bureaux », explique l’Échevin Anas Ben Abdelmoumen.

Cette taxe sur la « domiciliation fictive des entreprises » devrait rapporter environ 150.000 euros à la Ville en 2026.

L’échevin des Finances Anas Ben Abdelmoumen (PS) conclut : « Élaborer un budget et réformer les taxes communales, c’est bien plus que faire coïncider des tableaux Excel. Il s’agit de choix politiques et d’une vision de la société. À la Ville de Bruxelles, avec cette réforme fiscale, nous faisons résolument le choix de renforcer le pouvoir d’achat de nos habitants et de demander une contribution équitable aux épaules les plus larges. Nous poursuivrons sur cette voie tout au long de la présente législature. »

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Comment le Venezuela pèse dans la guerre du baril utile

Le Venezuela dispose de la première réserve mondiale de pétrole, mais cela n’a jamais suffi à en faire une puissance énergétique au sens où l’entendent les marchés.

Dans l’économie réelle du pétrole, ce qui compte n’est pas la géologie mais le flux : la capacité à produire de manière continue, à stabiliser les opérations, à exporter, à encaisser des revenus, à investir, puis à recommencer. À cette aune, Caracas n’est pas un « géant endormi ». C’est un producteur structurellement contraint, dont la production oscille depuis plusieurs années autour de 0,9 à 1,1 million de barils par jour selon les sources et les périodes, très loin des 3,5 millions b/j atteints durant les décennies de gloire. Ce différentiel n’est pas accidentel ; il est le produit d’une dégradation industrielle profonde.

De la prise de ressources à la capture des systèmes

C’est précisément ce décalage entre réserves et production qui rend la séquence géopolitique actuelle plus intéressante qu’une lecture simpliste du type « ils interviennent pour le pétrole ». Il ne s’agit pas de s’emparer d’un pétrole qui coulerait déjà à plein régime. La vraie question est celle de savoir qui, demain, aura la main sur la reconstruction du flux : les infrastructures, les intrants critiques, les conditions d’export, la destination des barils, et donc la formation des prix et des marges industrielles. On n’est pas face à une opération sur un stock, mais à une tentative de reconfiguration d’un système pétrolier complet.

Janvier 2026 : un signal stratégique plus qu’un simple épisode coercitif

Les événements de début janvier 2026 mettent ce mécanisme à nu. Le fait que Nicolás Maduro ait rencontré une délégation chinoise quelques heures avant sa capture lors de l’intervention américaine confère à l’épisode une portée particulière. Ce moment fonctionne comme un signal stratégique, adressé autant à Pékin qu’à Caracas. La condamnation officielle chinoise importe moins que le précédent créé : un acte de coercition directe sur un État pétrolier du « Sud global » intervient dans une période où la compétition de puissance est déjà pleinement débridée.

Changer d’unité d’analyse : des réserves aux qualités de brut

Pour comprendre pourquoi le Venezuela est un nœud géoéconomique, il faut changer d’unité d’analyse. On parle trop des réserves et pas assez des qualités de brut et des architectures de raffinage. Le pétrole vénézuélien est lourd, visqueux et souvent sulfuré. Il intéresse avant tout des raffineries complexes, notamment sur la côte du golfe des États-Unis, historiquement conçues pour traiter des bruts lourds.

La révolution du shale américain a principalement ajouté des barils légers au système mondial, alors même qu’une partie importante des capacités de raffinage américaines reste optimisée pour des mélanges plus lourds. Dans cette configuration, le Venezuela n’est pas un simple fournisseur parmi d’autres : il joue le rôle de correcteur industriel.

Le paradoxe américain : l’abondance n’élimine pas le besoin

La conséquence est contre-intuitive. Un pays devenu premier producteur mondial de pétrole peut conserver un intérêt structurel pour du brut lourd importé. Il ne s’agit pas de dépendance énergétique au sens classique, mais de rendement des unités de raffinage, de composition des produits finis, de marges industrielles et, en dernière instance, d’inflation domestique et de politique intérieure.

Les raffineries américaines de la côte du golfe pourraient absorber davantage de brut vénézuélien. Une hausse de ces flux permettrait de réduire la dépendance à d’autres bruts lourds, notamment canadiens, tout en détournant des volumes aujourd’hui captés par la Chine. Mais ce « baril utile » n’existe pas sans condition.

Le verrou technique : diluants, logistique et permissions politiques

Le Venezuela ne peut pas exporter son extra-lourd de l’Orénoque comme un brut conventionnel. Il doit être dilué, allégé ou mélangé à l’aide de naphta, de condensats ou de pétroles plus légers pour produire des grades exportables comme le Merey. Ce détail technique est en réalité central. Il signifie que le pays n’est pas seulement dépendant d’investissements, mais aussi de chaînes logistiques complexes et de permissions politiques.

Le contrôle du pétrole vénézuélien passe donc par le contrôle des intrants et des autorisations, bien plus que par la simple possession des gisements.

Les sanctions comme ingénierie des flux

Dans ce contexte, la levée ou l’assouplissement des sanctions ne relève pas d’un geste moral ou humanitaire. Il s’agit d’un instrument de structuration des flux industriels. Washington l’a déjà montré en 2023-2024, en conditionnant un allègement temporaire à une trajectoire électorale avant de revenir en arrière.

Les restrictions imposées à l’action de Chevron dans les joint-ventures vénézuéliennes, via des licences limitées et des dispositifs de « wind down », illustrent la même logique : autoriser suffisamment pour garder la main, jamais assez pour libérer pleinement le système.

La réalité des volumes face aux projections

Oui, une levée durable des contraintes et un retour de capitaux pourraient faire remonter la production. Des estimations évoquent un retour vers 1,3 à 1,4 million de barils par jour en deux ans, et jusqu’à 2,5 millions b/j sur un horizon d’une décennie. Cela constituerait déjà un changement significatif à l’échelle de l’OPEP et des équilibres marginaux de prix.

Mais l’idée qu’il suffirait de quelques dizaines de milliards de dollars pour retrouver rapidement 3 millions b/j relève davantage du discours politique que de l’ingénierie pétrolière. Une telle remontée impliquerait une reconstruction sur plus de dix ans, avec des investissements colossaux et des risques juridiques, techniques, sociaux et sécuritaires considérables. Le Venezuela n’est pas un nouveau Guyana à montée rapide ; il est un chantier de réhabilitation systémique.

La vraie valeur stratégique : la destination des barils

Cette réalité ne diminue pas l’importance du Venezuela, elle la requalifie. Le pays n’est pas une promesse de volumes immédiats, mais une promesse de capacité industrielle future, donc un levier stratégique sur la décennie. En 2025, la Chine importait environ 470 000 barils par jour de brut vénézuélien, souvent via des circuits indirects, dont une partie servait au remboursement d’une dette encore supérieure à 10 milliards de dollars.

Si Washington reprend la main sur les conditions de production et de commercialisation, l’objectif n’est pas simplement d’ajouter du pétrole au marché mondial. Il s’agit de faire basculer des barils de la Chine vers l’Atlantique et de réduire la marge de manœuvre de Pékin sur un flux énergétique intégré à sa stratégie envers le « Global South ».

Chaînes contre chaînes : pétrole, terres rares et puissance

C’est ici que la comparaison avec les terres rares prend tout son sens. Les États-Unis disposent d’un avantage pétrolier non seulement par leur production, mais par leur capacité à transformer un brut étranger en atout industriel domestique compatible avec leur appareil de raffinage. La Chine, de son côté, conserve un levier structurel sur les minerais critiques grâce à sa domination des segments de transformation, de raffinage et de métallurgie.

L’affrontement n’est donc pas « pétrole contre terres rares », mais « contrôle des chaînes contre contrôle des chaînes ». Le Venezuela devient un terrain d’expérimentation d’une stratégie américaine plus offensive, proche d’une Monroe Doctrine modernisée, où la puissance s’exerce par la capture des nœuds de flux plutôt que par l’occupation territoriale.

Le signal politique et l’environnement régional

Enfin, la lecture strictement pétrolière ne doit pas écraser la dimension de signal politique. L’intervention américaine est observée à Pékin à travers le prisme des revendications territoriales et des analogies possibles, même si certains scénarios restent improbables à court terme. Le message implicite n’est pas seulement « nous voulons ce brut », mais « nous pouvons encore imposer une réarchitecture politique dans une zone que nous considérons comme stratégique ».

Cette dynamique s’inscrit dans un environnement régional déjà sous tension, notamment autour de l’Essequibo avec le Guyana, où l’énergie offshore devient elle-même un facteur de souveraineté disputée.

La guerre du pétrole est devenue une guerre de compatibilité

Au fond, le Venezuela n’est pas l’histoire d’un pays assis sur un trésor qu’on viendrait lui prendre. C’est l’histoire d’un système mondial où la puissance se mesure à la capacité de transformer des ressources en flux, des flux en marges, et des marges en souveraineté. Dans ce monde, l’arme décisive n’est pas toujours la possession géologique, mais la compatibilité industrielle.

Le brut vénézuélien n’est pas seulement un baril. C’est un composant d’un assemblage industriel américain. Et c’est précisément pour cela qu’il obsède Washington, à l’heure où la compétition avec la Chine se joue sur des chaînes complètes mêlant pétrole, raffinage, métaux critiques, logistique, finance, sanctions et normes.

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L’impact des fintechs sur les banques traditionnelles

Inventée par Schumpeter, revisitée par Aghion et Howitt (Prix Nobel 2025), la destruction créatrice, c’est l’innovation qui remplace l’ancien monde.

Dans ce modèle, seules les entreprises capables de s’adapter et d’innover survivent. Les autres disparaissent, remplacées par de nouveaux acteurs plus dynamiques.

L’exemple de Nokia : quand l’innovation renverse un géant

L’exemple de Nokia illustre bien ce phénomène. Dans les années 2000, l’entreprise dominait le marché du téléphone mobile et incarnait la réussite industrielle européenne.

Mais en 2007, Apple bouleverse le secteur avec le premier iPhone, un téléphone tactile, connecté à Internet, doté d’un écosystème d’applications et d’une interface inédite.

En quelques années, cette innovation rend le modèle de Nokia obsolète, faute d’adaptation à cette révolution technologique.

De la téléphonie à la finance : la révolution des fintechs

Ce concept permet d’établir un parallèle clair entre les services bancaires traditionnels et l’essor des fintechs, qui bouleversent aujourd’hui un secteur longtemps resté figé.

Pendant des décennies, le modèle bancaire s’est imposé comme une référence de stabilité et de confiance, fondé sur la présence d’agences physiques et une relation client essentiellement humaine.

Mais, à l’image des révolutions industrielles évoquées par Schumpeter, l’arrivée des fintechs marque une rupture profonde.

Les limites du modèle bancaire traditionnel

Les banques traditionnelles reposent sur leur solidité, le contact humain des agences et une offre complète (comptes, épargne, crédits, assurances).

Ce modèle a longtemps inspiré la confiance, mais il montre ses limites : lenteur, horaires restreints, frais élevés et manque de flexibilité.

L’essor des fintechs : rapidité, accessibilité et innovation

Face à un monde de plus en plus digitalisé, les banques ont vu apparaître de nouveaux concurrents : les fintechs.

Issues de la rencontre entre finance et technologie, ces entreprises ont transformé le secteur en proposant des services plus rapides, accessibles et peu coûteux.

Des acteurs comme Revolut, N26 ou Lydia ont, en une quinzaine d’années, révolutionné la banque avec une expérience simple, rapide et 100 % digitale.

Leur succès repose sur la praticité, l’innovation et l’adaptation aux nouveaux usages, des qualités qui séduisent particulièrement les jeunes générations.

Comment réagissent les banques traditionnelles ?

Reste une question : comment les banques traditionnelles peuvent-elles réagir face à cette nouvelle vague technologique ?

Certaines banques, comme BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole, ont compris qu’il fallait évoluer pour rester compétitives.

Certaines ont créé leurs propres offres digitales, comme Hello Bank! ou Eko, tandis que d’autres ont racheté des fintechs comme Shine afin d’accélérer leur modernisation.

Ces initiatives traduisent une volonté de concilier la stabilité du modèle bancaire classique avec l’agilité technologique des nouveaux acteurs.

Un retard numérique pour certains acteurs

Mais d’autres ont tardé à réagir.

Selon une étude de Sia Partners menée sur 17 banques françaises, plusieurs établissements sont jugés “en retard numérique”, dont La Banque Postale, LCL et le Crédit Mutuel.

Ces banques souffrent d’un retard technologique : applications peu ergonomiques, mises à jour rares et absence de services modernes comme les virements instantanés ou la gestion personnalisée des comptes.

Ce manque d’adaptation a entraîné une perte d’attractivité, surtout auprès des jeunes, qui se tournent vers des acteurs 100 % digitaux comme Revolut ou N26.

L’Europe face à la dynamique schumpétérienne

En Europe, le secteur des fintechs illustre parfaitement cette dynamique schumpétérienne.

Ces entreprises incarnent une nouvelle phase de croissance, portée par l’innovation numérique et la concurrence.

Elles créent de la valeur, stimulent la productivité du secteur financier et favorisent l’inclusion économique en rendant les services bancaires plus accessibles.

Vers une croissance durable et collaborative

Pour que cette croissance par l’innovation se maintienne, il est essentiel que les politiques publiques européennes soutiennent davantage la recherche, la formation numérique et l’investissement dans les technologies financières.

Encourager les collaborations entre banques, fintechs et régulateurs permettrait aussi de combiner la fiabilité du modèle bancaire traditionnel avec la souplesse technologique des nouveaux acteurs.

Ainsi, dans l’esprit de Schumpeter et d’Aghion, la destruction créatrice ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme une opportunité de transformation vers une économie plus innovante, compétitive et durable.

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Réforme des retraites : un enjeu budgétaire ?

Adoptée en 2023 au prix d’un bras de fer social, la réforme des retraites devait “sauver le système”. En repoussant l’âge légal de départ à 64 ans, le gouvernement assure garantir des économies et préserver l’équilibre budgétaire. Mais alors que la dette publique est à plus de 3 300 milliards d’euros, une question s’impose : cette réforme est-elle une vraie solution ou un simple répit ?

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Annonce surprise : suspension jusqu’en 2028 ?

Le 16 octobre, c’est avec stupéfaction que Sébastien Lecornu a annoncé la suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028. Cette décision provoque un séisme politique et social, car :

  • Elle ouvre une période d’incertitude : comment combler les déficits sans les économies attendues de la réforme ?
  • Elle revient sur le principal pilier budgétaire du quinquennat.
  • Elle relance un débat explosif sur le financement du système.

Un modèle sous tension démographique

Le système français fonctionne par répartition : les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités. Sauf que le déséquilibre entre cotisants et retraités s’aggrave. Dans les années 1960, quatre travailleurs cotisaient pour une personne à la retraite. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 1,7. Et selon les projections, ils pourraient tomber à 1,3 d’ici 2040.

En parallèle, les Français vivent plus longtemps. L’espérance de vie atteint 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes. Résultat : les pensions doivent être versées sur une période bien plus longue. En 2025, les retraites pèsent près de 14 % du PIB, soit plus de 340 milliards d’euros par an, l’un des niveaux les plus élevés parmi les pays développés.

Trente ans de réformes… et toujours des déficits

Depuis 1993, plusieurs gouvernements ont tenté de corriger la trajectoire :

  • 1993 (réforme Balladur) : 40 annuités dans le privé, pensions calculées sur 25 meilleures années.
  • 2003 (réforme Fillon) : alignement public/privé, indexation sur l’espérance de vie.
  • 2010 (réforme Woerth) : recul de l’âge légal de 60 à 62 ans.
  • 2014 (réforme Touraine) : passage progressif à 43 annuités d’ici 2035.
  • 2023 (réforme Borne-Macron) : âge légal repoussé à 64 ans, 43 ans de cotisation anticipés à 2027.
  • 2025 (réforme Borne-Macron annulé par Lecornu) : le premier ministre Lecornu suspend la réforme de 2023 jusqu’à 2028.

Chaque réforme était présentée comme indispensable. Pourtant, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), le système resterait déficitaire jusqu’à au moins 2030, entre –0,5 % et –1 % du PIB par an.

Le graphique ci-dessous illustre l’évolution de l’âge légal de départ à la retraite en fonction de l’année de naissance. On observe une progression constante de cet âge au fil des générations, ce qui a été au cœur des débats autour de la réforme.

La réforme de 2023 (courbe orange) prévoit un décalage progressif de l’âge légal jusqu’à 64 ans, tandis que les annonces du Premier ministre (courbe bleue) proposaient un ajustement légèrement différent, notamment un passage à 63 ans pour la génération 1965 à partir d’avril 2028.

En revanche, dans l’hypothèse d’un gel de la réforme (ligne verte), l’âge légal resterait figé à 62 ans et ne progresserait plus, au moins jusqu’en 2028. Cela marque une rupture nette avec la trajectoire d’augmentation prévue par la réforme.

Source : Alternatives Economiques

Des économies limitées face à une dette massive

Le gouvernement met en avant 12 milliards d’euros d’économies annuelles grâce à la réforme 2023. Mais ces économies restent modestes au regard de l’ampleur de la dette publique et des autres dépenses sociales (santé, dépendance, chômage). Pour certains économistes, il ne s’agit que d’un « pansement sur une plaie profonde ».

En réalité, la réforme soulage temporairement les comptes, mais ne garantit pas la stabilisation à long terme. D’autant que France et Europe restent sous la surveillance des marchés financiers et des agences de notation, attentifs au sérieux budgétaire du pays.

Des leviers impopulaires mais inévitables

Pour garantir la pérennité du système de retraites, plusieurs options sont régulièrement mises sur la table, même si aucune n’est consensuelle. La première consiste à reculer encore l’âge légal de départ, éventuellement vers 65 ou 67 ans, à l’image de pays comme l’Allemagne. Mais ce choix se heurte à une forte résistance sociale, la question du “travailler plus longtemps” restant explosive en France.

Une autre solution serait d’augmenter les cotisations, c’est-à-dire les prélèvements sur les salaires. Toutefois, cette voie est jugée risquée, car elle pourrait peser davantage sur le coût du travail et nuire à la compétitivité des entreprises.

Certains évoquent également la possibilité d’agir directement sur les pensions, en les désindexant temporairement de l’inflation ou en limitant leur progression. Mais cela entraînerait mécaniquement une baisse du pouvoir d’achat des retraités, une population déjà sensible face à l’augmentation du coût de la vie.

Enfin, le gouvernement mise sur l’emploi des seniors, avec des incitations et des aménagements spécifiques. Cependant, la France part de loin : le taux d’emploi après 60 ans n’atteint que 36 %, bien en dessous de pays comme la Suède, où il dépasse 60 %.

Ainsi, chaque levier comporte ses limites : économique, sociale ou politique. Aucune solution ne peut être appliquée sans compromis, ce qui explique la difficulté à réformer durablement.

Une réforme nécessaire… mais loin d’être suffisante

Pour beaucoup d’experts, la réforme des retraites est une condition nécessaire mais non suffisante. Elle donne de l’air, sans résoudre la question centrale : comment financer durablement la protection sociale dans une société vieillissante ?

La France devra tôt ou tard trancher :
Travailler plus, payer plus… ou accepter de recevoir moins.
La réforme de 2023 a repoussé l’échéance. Elle n’a pas clos le débat.

Et maintenant ?

Le débat ne fait que commencer. Certains défendent l’idée de diversifier les financements (fonds de pension, capitalisation partielle), d’autres plaident pour un nouveau “pacte social” entre générations. Une certitude : la retraite restera un sujet explosif, où se croisent arithmétique budgétaire et justice sociale.

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Rapport Hebdomadaire- Semaine du 06 au 10 octobre 2025

Introduction

La dynamique hebdomadaire a été dictée par trois chocs successifs qui ont réellement déplacé les prix. D’abord la décision de la Banque de Nouvelle-Zélande de réduire son taux directeur de cinquante points de base à 2,50 %, signal fort d’un cycle d’assouplissement plus agressif alors que l’économie locale ralentit et que l’inflation revient vers la cible. Ensuite la publication des Minutes du FOMC du 16–17 septembre, qui ont validé un biais plus accommodant tout en reconnaissant un affaiblissement progressif du marché du travail, ce qui a redonné la main au front de courbe américain. Enfin la séance de vendredi 10 octobre a provoqué une cassure de régime, avec une accélération de l’aversion au risque après l’annonce de nouveaux relèvements tarifaires envisagés par Washington vis-à-vis de Pékin, catalysant un sell-off du pétrole à un plus bas de cinq mois et une poussée de l’or vers de nouveaux sommets, tandis que les actions mondiales ont effacé une partie de leurs gains en clôture hebdomadaire. Ces trois impulsions, additionnées à l’amputation statistique liée au shutdown fédéral américain, ont façonné une semaine typique de transition de cycle où les devises réagissent d’abord aux banques centrales, puis aux chocs de flux et de risque. 

Marchés des devises (FX)

USD: Le dollar a d’abord tenu sur le portage réel, avant de refluer en fin de semaine lorsque la combinaison Minutes plus accommodantes, baisse des rendements longs et choc pétrole-commerce a favorisé une demande de duration et d’or au détriment du billet vert, avec un marché qui re-pricait davantage de baisses de la Fed pour la fin d’année. 

EUR: L’euro a surtout suivi les spreads des emprunts d’État de la zone et la détente du dollar, profitant par épisodes d’un resserrement Bund versus UST au milieu de semaine, mais restant bridé par un ton de croissance atone en Europe et par des épisodes de nervosité politique intra-UE. 

JPY: Le yen est resté arrimé aux différentiels de taux longs et s’est raffermi sur la jambe risk-off de vendredi, alors que le rendement du JGB dix ans est demeuré voisin de 1,69 pour cent, reflet d’un Japon en phase de normalisation graduelle et d’un policy-mix orienté vers davantage de soutien budgétaire. 

GBP: La livre a bénéficié d’un carry encore élevé via les Gilts tout en cédant du terrain quand la baisse du pétrole et la glissade des actions ont ravivé l’aversion au risque, avec une sensibilité marquée aux attentes de salaires et d’activité programmées la semaine suivante. 

AUD: Le dollar australien a joué le bêta du risque mondial, soutenu en milieu de semaine par le rebond technologique américain puis pénalisé en fin de semaine par le décrochage du baril, tandis que la courbe ACGB est restée haute mais sans emballement, la RBA laissant le volant aux données. 

NZD: Le dollar néo-zélandais a été la devise la plus directionnelle de la semaine, décrochant après la réduction de cinquante points de base de l’OCR à 2,50 pour cent, qui a déclenché un bull-steepening de la courbe et un re-pricing d’un cycle d’assouplissement plus ample sur l’horizon six à douze mois. 

CAD: Le dollar canadien a été tiraillé entre un rapport sur l’emploi robuste en septembre et l’effondrement du pétrole vendredi, de sorte que la devise finit neutre à légèrement négative contre les pairs portés par l’or et la duration, alors que le dix ans Canada s’est maintenu dans une zone proche de 3,2 pour cent. 

CHF: Le franc est resté en range à faible bêta, s’appréciant modérément sur le repli du risque en fin de semaine alors que la stabilité des taux helvétiques et la prudence des investisseurs européens ont restauré son rôle de valeur refuge.

Equities

S&P500: L’indice américain a d’abord inscrit des plus hauts en début de semaine sur la thématique intelligence artificielle et la perspective d’une Fed plus conciliante, avant de rendre ces gains et d’afficher sa plus forte baisse hebdomadaire depuis mai après l’annonce tarifaire de vendredi qui a frappé la techno, relevé la volatilité et fait baisser les rendements. 

Nasdaq: Le Nasdaq a surperformé mercredi avec un flux acheteur sur les mégacaps technologiques, puis a nettement sous-performé vendredi sur l’intensification du choc commercial, la chute des semi-conducteurs et la remontée de l’aversion au risque, ce qui lui vaut une clôture hebdomadaire en fort repli. 

Dow Jones: Le Dow a suivi la trajectoire globale avec une sensibilité accrue des valeurs industrielles et exportatrices au durcissement du discours commercial, terminant la semaine en baisse marquée sur un recul de la visibilité mondiale. 

Euro Stoxx 50: L’Euro Stoxx 50 a évolué en dents de scie, porté en milieu de semaine par la détente du dollar et la résistance des valeurs de qualité, puis entraîné à la baisse en fin de semaine par le choc pétrole et la faiblesse de Wall Street, avec un biais défensif accru dans les flux. 

FTSE 100: Le FTSE a mieux résisté que les indices continentaux grâce à son exposition défensive et à la baisse du sterling intra-semaine, mais a tout de même cédé du terrain vendredi avec la capitulation des valeurs énergie et matières premières. 

Nikkei 225: Le Nikkei est resté soutenu par les attentes de soutien budgétaire domestique mais a été freiné par un yen un peu plus ferme en fin de semaine et par la dégradation du ton mondial, ce qui a rogné la performance initialement positive. 

Commodities:

Brent: Le Brent a décroché jusqu’à environ 62 à 63 dollars vendredi, un plus bas de cinq mois, la dissipation de la prime géopolitique après les avancées au Proche-Orient se combinant au choc commercial États-Unis Chine et aux inquiétudes d’offre excédentaire. 

WTI: Le WTI a suivi la même trajectoire en passant sous 59 dollars, confirmant un changement de régime de court terme où les opérateurs coupent les positions longues et réévaluent la demande mondiale dans un contexte de tension commerciale. 

Or: L’or a profité tout au long de la semaine d’une demande de couverture et a testé la barre des 4 000 dollars l’once mardi, avant d’être de nouveau recherché vendredi sur le choc risk-off et la baisse des rendements, validant un régime de prix historiquement élevé. 

Cuivre: Le cuivre est resté hésitant, sensible au mix chinois fait de données industrielles mixtes et de durcissement géopolitique, avec un positionnement prudent des traders en amont des publications macro de la semaine suivante.

Obligations d’État

États Unis: Le dix ans américain a reculé vers la zone autour de 4,04 pour cent en fin de semaine, porté par la lecture accommodante des Minutes et par le flight to quality lié à l’escalade commerciale, alors que le shutdown empêche la publication de plusieurs statistiques de référence. 

Allemagne: Le Bund dix ans est resté proche de 2,7 pour cent en moyenne hebdomadaire, balise de référence pour les spreads intra-zone dans un environnement où l’appétit pour le risque s’est détérioré en fin de semaine. 

Royaume Uni: Le Gilt dix ans est demeuré élevé et volatil, reflet d’un portage encore conséquent et d’une attente focalisée sur les salaires et le PIB à venir, avec un biais d’aplatissement sur stress de risque. 

Japon: Le JGB dix ans a clôturé autour de 1,69 pour cent vendredi, illustrant une normalisation maîtrisée et la sensibilité du marché au futur calibrage du mix budgétaire et monétaire. 

Australie: Le dix ans australien a évolué dans une fourchette élevée mais stable, l’AUD jouant le bêta mondial et la RBA restant data-dependent dans un contexte de confiance des ménages fragile. 

Canada: Le dix ans Canada a tenu près de 3,17 pour cent malgré un rapport sur l’emploi solide, la chute du pétrole et le risk-off de vendredi tempérant l’impact haussier sur les taux. 

Suisse: La courbe helvétique est restée peu volatile, validant le rôle du franc et des emprunts suisses comme couverture lors des épisodes de stress en fin de semaine.

Nouvelle Zélande: La courbe NZGB s’est bull-steepen après la réduction de l’OCR à 2,50 pour cent, le marché intégrant un sentier d’assouplissement plus prononcé et un soutien plus fort à l’activité domestique. 

Banques centrales et politique monétaire

Réserve fédérale: Les Minutes du FOMC du 16–17 septembre publiées mercredi ont confirmé une majorité inclinant vers davantage d’assouplissement, ce que le marché a immédiatement traduit par une baisse des rendements et une moindre prime de risque sur le dollar, tandis que l’absence de publications officielles liée au shutdown a accru la dépendance aux signaux de la Fed. 

RBNZ: La Banque de Nouvelle Zélande: a livré le signal clef de la semaine en réduisant l’OCR de cinquante points de base à 2,50 pour cent et en se disant prête à en faire davantage si nécessaire pour ancrer l’inflation à moyen terme, ce qui a pesé durablement sur le NZD et détendu la courbe. 

BCE, BoE, BoJ, RBA, BoC, BNS: Les autres grandes banques centrales n’ont pas modifié leur politique cette semaine mais leurs anticipations ont été re-séquencées par l’effet combiné Fed plus conciliante, choc pétrole-commerce et flux risk-off, avec des marchés de taux qui privilégient désormais des trajectoires d’assouplissement plus proches et un rythme prudent. 

Données à venir

Mardi 14 octobre: Australie  Publication des Minutes de la RBA
Le marché observera attentivement le ton du compte rendu après plusieurs réunions prudentes. Un message légèrement plus ferme soutiendrait le dollar australien à court terme, alors qu’un ton attentiste confirmerait un statu quo prolongé et maintiendrait la pression sur la devise.

Mardi 14 octobre:  Royaume Uni  Salaires moyens sur trois mois et variation du nombre de demandeurs d’emploi
Des salaires plus dynamiques ou une stabilité du marché du travail soutiendraient la livre sterling via le front de courbe. À l’inverse, un ralentissement de la progression salariale ou une hausse des inscriptions au chômage renforceraient les anticipations d’assouplissement de la Banque d’Angleterre.

Mardi 14 octobre:  Allemagne  Indice ZEW de confiance économique
Une amélioration notable de la composante attentes indiquerait un regain d’optimisme sur le cycle industriel européen et offrirait un appui technique à l’euro. Une dégradation prolongerait la faiblesse du sentiment sur la zone euro et pèserait sur la monnaie unique.

Mardi 14 octobre:  États-Unis  Allocution de Jerome Powell
L’intervention du président de la Fed sera scrutée comme un test de crédibilité post publication des Minutes. Un ton clairement orienté vers davantage de soutien monétaire accélérerait la détente des rendements et affaiblirait le dollar, tandis qu’un message plus équilibré pourrait stabiliser les anticipations à court terme.

Mardi 14 octobre:  Royaume-Uni  Allocution d’Andrew Bailey
Le gouverneur pourrait préciser la lecture de la Banque d’Angleterre face à la dynamique salariale. Un discours prudent renforcerait la détente des Gilts, un message plus ferme soutiendrait la livre.

Mercredi 15 octobre:  Chine  Publication du CPI et du PPI
Une inflation des prix à la consommation faible confirmerait la lente reprise de la demande intérieure et pèserait sur les devises liées au commerce mondial. Une amélioration du PPI serait perçue comme un signe d’amorce de redressement industriel et soutiendrait le cuivre et les devises asiatiques.

Mercredi 15 octobre:  États-Unis  Empire State Manufacturing
Un nouvel affaiblissement du climat manufacturier accentuerait les anticipations de baisse de taux et soutiendrait la duration américaine. Une surprise haussière redonnerait de la vigueur au dollar et limiterait le repli des rendements.

Mercredi 15 octobre:  Australie  Discours de Michele Bullock
La gouverneure de la RBA pourrait orienter les anticipations de taux à moyen terme. Un ton confiant soutiendrait l’AUD, un message plus prudent favoriserait la stabilisation de la courbe.

Jeudi 16 octobre:  Australie  Données d’emploi et taux de chômage
Un marché du travail robuste renforcerait l’idée d’une économie résiliente et soutiendrait l’AUD. Une détérioration de l’emploi pèserait sur la devise et détendrait la courbe obligataire.

Jeudi 16 octobre:  Royaume-Uni  Produit intérieur brut mensuel
Un PIB en hausse offrirait un appui à la livre et tendrait les rendements. Une contraction renforcerait les anticipations de ralentissement et pèserait sur la devise.

Jeudi 16 octobre:  États-Unis  Philly Fed Manufacturing
Un recul de l’indice amplifierait le sentiment de modération de l’activité et soutiendrait les anticipations d’assouplissement de la Fed. Une amélioration relancerait temporairement le dollar et les rendements à moyen terme.

Jeudi 16 octobre: États-Unis  Indice PPI global et PPI de base mensuel
Des chiffres supérieurs aux attentes raviveraient les craintes d’inflation persistante et soutiendraient le dollar. Des chiffres plus faibles détendraient la courbe et profiteraient à l’or.

Jeudi 16 octobre:  États-Unis  Ventes au détail globales et ventes au détail de base
Une consommation robuste confirmerait la résilience de la demande américaine et pèserait sur la duration. Une faiblesse inattendue accentuerait la baisse du dollar et le rebond des valeurs refuges.

Jeudi 16 octobre:  États-Unis  Nouvelles inscriptions au chômage
Une remontée des demandes traduirait un début d’essoufflement du marché du travail et pèserait sur le dollar, alors qu’un chiffre plus bas que prévu prolongerait la résistance économique.

Jeudi 16 octobre:  États-Unis  Allocution de Christopher Waller
Les marchés attendent un message précisant la tolérance de la Fed face à l’inflation. Un discours ferme soutiendrait le dollar, une tonalité plus conciliante renforcerait la détente obligataire.

Jeudi 16 octobre:  Zone euro  Allocution de Christine Lagarde
La présidente de la BCE pourrait évoquer la trajectoire d’inflation de fin d’année. Un discours confiant soutiendrait l’euro, un ton plus modéré entretiendrait la prudence.

Samedi 18 octobre:  Zone euro et Royaume-Uni  Nouvelles allocutions de Christine Lagarde et d’Andrew Bailey
Les propos de fin de semaine pourraient donner le ton pour la réouverture de lundi, avec un impact potentiel sur les écarts de taux courts et les devises européennes.

Conclusion

La semaine du 6 au 10 octobre a marqué un tournant clair dans la trajectoire des marchés mondiaux. La décision inattendue de la Banque de Nouvelle-Zélande d’abaisser son taux directeur de cinquante points de base à 2,50 % a donné le signal d’un cycle global d’assouplissement plus prononcé. Cette initiative a entraîné un net repli du NZD et une détente de la courbe océanienne. En parallèle, la publication des Minutes du FOMC a confirmé qu’une majorité de membres de la Réserve fédérale s’inquiète désormais du ralentissement de l’emploi américain et de la fragilité de la demande, ouvrant la voie à un possible abaissement des taux dès la fin du trimestre.

Sur les marchés, la progression des actions en début de semaine a été brutalement interrompue par la dégradation du climat commercial entre les États-Unis et la Chine. La chute du pétrole, tombé sous 63 dollars le baril, a ravivé la crainte d’un ralentissement mondial. L’or, lui, a retrouvé ses sommets, preuve que la recherche de valeur refuge domine à nouveau les flux. Le dollar américain s’est replié en fin de semaine, tandis que le yen, le franc suisse et les obligations d’État à long terme ont servi d’ancrage défensif aux investisseurs.

Pour la semaine à venir, l’attention se portera sur la confirmation de ce changement de régime. Les Minutes de la RBA et les données d’emploi australiennes permettront de juger si la dynamique de détente monétaire s’étend réellement au Pacifique. En Europe, le ZEW et le PIB britannique donneront un aperçu du momentum économique avant les réunions de novembre. Aux États-Unis, la batterie de statistiques sur les ventes, la production et le marché du travail sera déterminante pour valider ou non la trajectoire d’assouplissement déjà anticipée par le marché obligataire. L’ensemble de ces données composera un test clé pour la stabilité des devises et pour la capacité des marchés à absorber un environnement de taux durablement plus bas.

Sources

https://www.rbnz.govt.nz/hub/news/2025/10/ocr-reduced-to-2-5-percent

https://www.reuters.com/business/energy/oil-little-changed-amid-fading-risk-premium-after-gaza-deal-2025-10-10

https://www.reuters.com/world/china/global-markets-wrapup-1-2025-10-10

https://www.marketwatch.com/story/bond-market-flashes-signs-of-worry-over-shutdown-induced-economic-damage-2b17760e

https://www.ft.com/content/markets/economy-global-weekly-summary

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Actualité Banque & Finance En vedette Macro Monde Nos analyses

Rapport hebdomadaire – Semaine du 22 au 26 septembre 2025

Introduction

La semaine du 22 au 26 septembre 2025 s’est inscrite dans une atmosphère de rééquilibrage prudent : après un début de mois marqué par les anticipations de coupes de taux « agressives », les investisseurs ont dû composer avec des données macro favorables aux États-Unis (révision à la hausse du PIB T2, consommation robuste, PCE conforme aux attentes) qui ont actualisé les attentes de la Fed vers un profil plus modéré et conditionnel. Sur les marchés financiers, cette semaine a créé des vagues les devises majeures ont affiché des divergences notables, les courbes de taux ont réagi à la fois aux tensions budgétaires (notamment au Royaume-Uni) et à la lecture des anticipations inflationnistes, et les actions ont oscillé entre prises de bénéfice et rebonds en fin de semaine. Le tout dans un cadre géopolitique morcelé (tarifs US, tensions russes / ukrainiennes, incertitudes budgétaires européennes) qui a servi de fil conducteur aux flux de capitaux.

Devises — Analyse détaillée des huit principales monnaies

USD (Dollar américain)

Le dollar a confirmé sa position de force dominante cette semaine, clôturant sur une deuxième semaine consécutive de gains face à la majorité de ses pairs. Plusieurs éléments ont alimenté sa trajectoire :

  • La révision à la hausse du PIB américain pour le deuxième trimestre (à +3,8 % annualisé) a surpris favorablement le marché, renforçant l’idée que l’économie demeure résiliente. 
  • Le rapport PCE d’août, qui constitue la mesure favorite de la Fed pour juger de l’inflation, est ressorti en ligne avec les attentes, ce qui a freiné le repli anticipé des taux. 
  • Face à des données macro soutenues, les marchés ont ajusté leur pricing de coupes de taux, désormais plus conditionnelles ; le dollar en a bénéficié par arbitrage de portefeuilles.
  • Sur la semaine, l’indice dollar (DXY) est remonté vers des niveaux d’environ +0,6 à 0,7 % selon les paires — par exemple, le dollar a atteint un plus haut sur deux semaines face à l’euro. 
  • Toutefois, en début de semaine, le dollar avait montré une faiblesse ponctuelle face à l’euro et au franc suisse, dans l’attente des commentaires de la Fed et des indicateurs à venir. 

Cette dynamique renforce le narratif selon lequel la devise américaine reste le baromètre central du cycle monétaire mondial dans ce contexte d’ajustements graduels.

EUR (Euro)

L’euro a souffert d’un double handicap : un dollar robuste et des signes de croissance intérieure encore fragile. Sur cette semaine :

  • Les PMI flash de la zone euro ont donné un élan modéré ; le composite atteignant en rythme annualisé un plus haut de 16 mois (≈ 51,2), mais le manufacturier repassant en zone contraction (≈ 49,5). La France, notamment, a fortement déçu avec un PMI autour de 48,4.
  • L’écart de momentum entre l’économie américaine et l’Europe s’est accentué, renforçant les flows vers le dollar.
  • Par ailleurs, la BCE a confirmé qu’elle reste dans une posture de politique monétaire inchangée, à l’écoute des données, ce qui ne plaide pas pour un soutien agressif de l’euro. 
  • À l’échelle technique, l’euro a reculé vers des paliers de support autour de 1,1650 USD, flirtant avec des zones de vulnérabilité si le dollar continue d’étendre son biais haussier. 

Au total, l’euro a été l’un des paires les plus impactées cette semaine par le différentiel de dynamique macro entre les États-Unis et la zone euro.

JPY (Yen japonais)

Le yen est resté sous pression tout du long :

  • Le rebond du dollar a été particulièrement accusé face au yen : USD/JPY a grimpé vers ~149,7 lors de pics, soit un niveau élevé pour la paire. 
  • Aucun catalyseur interne significatif au Japon n’a soutenu le JPY, et la perspective d’un resserrement monétaire japonais demeure lointaine.
  • Dans ce contexte, la paire a accentué sa volatilité, notamment autour des annonces macro US.

GBP (Livre sterling)

La livre a été en proie à des mouvements plus marqués à la baisse :

  • Le marché a réagi négativement aux craintes budgétaires britanniques : lors d’une adjudication de gilts, le ratio offre-couverture a été faible, traduisant une demande limitée pour les obligations souveraines. Cela a fragilisé la confiance sur le financement public. 
  • Le discours politique demeure ambigu, et certains membres de la BoE, comme Dhingra, ont appelé à des baisses de taux plus rapides que ce que le marché imaginait. 
  • La livre s’est maintenue stable à certains moments (par exemple $1,34495) mais inquiète les investisseurs du fait des tensions structurelles sur les taux et le budget. 

CHF (Franc suisse)

La Suisse a opté pour la stabilité relative :

  • La BNS a maintenu son taux directeur à 0 % (pas de relèvement ni de baisse), justifiant cette pause par les risques externes ; notamment les incertitudes liées aux nouveaux tarifs américains.
  • Le franc a subi des fluctuations modérées, sans dynamique claire, retenu par le dollar plus fort et l’absence d’élément de différenciation positif.
  • L’anticipation d’interventions éventuelles sur le marché des changes reste un élément de discipline pour le franc.

AUD (Dollar australien)

L’AUD a suivi le mouvement général de reflux des devises « à risque » :

  • L’appétit pour le dollar US, combiné à l’absence de catalyseur pro-australien cette semaine, a pénalisé l’AUD.
  • Le marché scrute déjà la prochaine réunion RBA du 30 septembre, où un statu quo est attendu, ce qui limite le potentiel haussier immédiat.
  • La résilience relative de l’économie australienne (domestique) n’a pas suffi à contrer la force du dollar.

NZD (Dollar néo-zélandais)

La trajectoire du NZD s’est alignée avec celle de l’AUD, mais avec une plus grande faiblesse :

  • Le NZD/USD a reculé vers ~0,58, sous la pression combinée de flows vers les États-Unis et d’un contexte macro international moins favorable.
  • Comme pour l’AUD, l’absence de données nationales suffisamment solides pour contrebalancer le dollar a rendu la paire vulnérable.

CAD (Dollar canadien)

Le dollar canadien est la devise la plus affaiblie du lot :

  • Le CAD a subi une forte baisse hebdomadaire (~ –1,1 %), amplifiée par le différentiel de taux face aux États-Unis. 
  • Bien que le PIB canadien pour juillet ait montré une légère surperformance, cela n’a pas suffi à résister à la rotation de capitaux vers les actifs américains.
  • Le CAD a aussi rivalisé avec les devises « matières premières » : l’absence de catalyseur spécifique (prix du pétrole, etc.) a accentué sa vulnérabilité.

Géopolitique et événements de marché

La semaine a été ponctuée de facteurs géopolitiques et macro-réglementaires structurants :

  • Les nouveaux tarifs imposés par les États-Unis sur certains biens de consommation et industriels restent une source d’incertitude importante pour les échanges globaux, suscitant des réactions dans divers secteurs (automobile, technologie).
  • Les tensions militaires Russie-Ukraine, avec des frappes ciblées sur des infrastructures stratégiques, ont alimenté l’aversion au risque et soutenu les prix du pétrole.
  • Au Royaume-Uni, la fragilité de la demande sur les adjudications de la dette et l’appréhension autour du budget à venir ont exacerbé les risques souverains.
  • Enfin, le risque institutionnel d’un shutdown américain en fin septembre demeure dans les esprits et pourrait impacter les publications de données (notamment le rapport emploi).

Actions (Equities)

  • États-Unis : après trois séances consécutives de records, les indices ont fléchi en milieu de semaine mais ont rebondi vendredi, soutenus par des chiffres PCE en ligne. Le S&P 500 et le Nasdaq restent proches de leurs sommets, mais l’inversion interne du marché indique une prudence latente. 
  • Europe : la Bourse européenne a traversé une semaine incertaine, marquée par des variations sectorielles fortes. Le STOXX 600 affiche une performance neutre à légèrement négative sur la semaine. Le secteur financier a bénéficié d’un regain de taux, tandis que les secteurs exposés au commerce international ont pâti des incertitudes tarifaires.
  • Les prises de bénéfices dans les valeurs de croissance ont été contrebalancées par des rotations vers des valeurs à plus forte bêta.

Matières premières (Commodities)

  • Pétrole : les cours ont progressé sur la semaine, portés par les tensions géopolitiques et des draws de stocks américains surprenants. Le Brent s’est stabilisé au-delà de 69 $ le baril à la clôture hebdomadaire.
  • Or / Métaux précieux : l’or a gagné du terrain (~+1,5 à +1,8 %) en tant que valeur refuge face aux incertitudes globales. L’argent a également bénéficié de ce mouvement.
  • Cuivre : le cuivre a été soutenu par les anticipations d’un resserrement des perspectives d’offre (notamment des perturbations minières), ce qui atténue les attentes d’un excès d’offre pour fin 2025.

Taux d’intérêt & Obligations

États-Unis

  • Les Treasuries ont connu des mouvements contrastés : face à des données fortes, les rendements longs ont été vendus, tandis que les maturités plus courtes (2 ans) ont dans certains moments rebondi, commençant à refléter les primes de path dépendant.
  • Le 10 ans américain s’est ancré autour de 4,20 %, avec des pics intrajournaliers au-delà.
  • Le Fed, dans ses commentaires, est resté prudent et dépendant des données, ce qui tempère la volatilité extrême sur les taux moyens.

Zone euro

  • Les rendements souverains européens ont légèrement baissé, notamment sur le Bund 10 ans, dans un contexte d’apaisement du rythme de hausse anticipé de taux européens.
  • L’€STR reste respecté comme référence, et la BCE continue de privilégier une approche « meeting‐by‐meeting ». 

Royaume-Uni

  • Les gilts ont été très volatils, en lien direct avec les tensions budgétaires : les coûts de financement se sont tendus, augmentant la prime de risque et accentuant la pression sur la livre.
  • Le marché s’interroge sur la capacité de la BoE à soutenir le marché obligataire tout en gérant la trajectoire des taux.

Suisse

  • Les taux suisses ont eu une dynamique davantage neutre, avec peu de mouvement malgré la politique monétaire inchangée et une légère compression de la liquidité.

Conclusion

La semaine du 22 au 26 septembre 2025 a confirmé que le dollar reste au cœur du jeu monétaire mondial : dans un contexte de données macro favorables aux États-Unis, il bénéficie du flux de capitaux et de l’arbitrage des taux. Les grandes devises ont affiché des trajectoires divergentes, reflétant les différences de fondamentaux et de politique monétaire. Le marché obligataire a montré sa sensibilité aux signaux inflationnistes et aux tensions souveraines, notamment au Royaume-Uni. Enfin, les matières premières et le compartiment actions ont navigué entre nervosité et rebonds opportunistes.

Dans les jours à venir, le point focal sera le rapport emploi américain (NFP) et les discours de la Fed, lesquels pourront redéfinir les subtilités d’un cycle monétaire jugé désormais plus “data-dependent” que jamais.

Sources

https://www.reuters.com/world/africa/dollar-stays-strong-fed-rate-cut-wagers-wobble-data-focus-2025-09-25/

https://www.reuters.com/world/china/global-markets-wrapup-1-2025-09-25/

https://www.reuters.com/business/euro-zone-consumers-cut-spending-tariff-fears-shun-us-goods-ecb-says-2025-09-22/

https://www.reuters.com/business/finance/ecb-can-still-frustrate-euro-surge-with-contingency-cut-2025-09-22/

https://www.reuters.com/business/finance/swiss-national-bank-keeps-interest-rate-zero-2025-09-25/

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    Economie En vedette Macro

    États-Unis : ralentissement et résilience économique

    Les premiers mois de 2025 auront confirmé une impression paradoxale : une économie américaine à la fois secouée par les vents contraires du protectionnisme, du ralentissement démographique et des tensions politiques, mais qui continue d’afficher une capacité de résistance hors norme.

    Si les chiffres de l’emploi ont envoyé des signaux d’alerte, la dynamique de consommation des ménages et les flux d’investissement, notamment dans l’intelligence artificielle, redessinent le paysage macroéconomique et laissent entrevoir un cycle moins fragile qu’il n’y paraît.

    En effet, si la perte de dynamisme est réelle, il est également modeste et ne semble plus s’aggraver. La croissance annualisée du PIB de 1,4 % enregistrée par l’Amérique au premier semestre constituerait une heureuse surprise pour beaucoup en Europe. Et la croissance de 2 % enregistrée par l’Amérique au cours de l’année écoulée semble encore meilleure en comparaison.

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    Concernant la suite, l’estimation du modèle GDPNow pour la croissance réelle du PIB (taux annuel corrigé des variations saisonnières) au troisième trimestre 2025 est de 3,1 % au 10 septembre, contre 3,0 % au 4 septembre.

    Après les récentes publications du Bureau of Labor Statistics des États-Unis et du Bureau du recensement des États-Unis, les augmentations des prévisions immédiates de la croissance des dépenses de consommation personnelle réelles et de la croissance de l’investissement intérieur privé brut réel de 2,1 % et 6,0 %, respectivement, à 2,3 % et 6,2 %, ont été en partie compensées par une baisse des prévisions immédiates de la contribution des exportations nettes à la croissance du PIB de 0,28 point de pourcentage à 0,23 point de pourcentage.

    Évolution des prévisions de GDPNow

    De plus les Américains continuent de dépenser. Les derniers chiffres, portant sur juillet, suggèrent que la consommation réelle des ménages a légèrement progressé après un début d’année poussif. Les enquêtes sur l’activité des services suggèrent une tendance similaire, les ventes au détail sont restées solides tout au long de l’année.

    L’indicateur de suivi de la Fed d’Atlanta indique que les composantes clés du PIB, dépenses privées et investissement, ​​sont en passe de progresser à un taux annualisé de plus de 2 % au troisième trimestre.

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    Les ventes au détail et des services alimentaires aux États-Unis pour juillet 2025, ont connu une hausse de 0,5 % par rapport au mois précédent et de 3,9 % par rapport à juillet 2024. La variation en pourcentage de mai 2025 à juin 2025 a été révisée, passant de +0,6 % à +0,9%.

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    Celles-ci sont soutenues par une croissance des salaires qui reste très résiliente et avec des salaires réels qui restent positifs malgré la récente hausse de l’inflation.

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    Le facteur clé est le marché du travail « ressenti ». Derrière la faiblesse des créations d’emplois, le taux de chômage reste bas à 4,3 %, proche des niveaux de plein emploi des années 2010. De plus, les marchés financiers, dopés par les anticipations de baisses de taux, créent un effet richesse qui soutient la consommation.

    À court terme, la consommation pourrait même bénéficier d’un cocktail stimulant : crédit toujours accessible, Fed sur le point d’assouplir sa politique, et fiscalité moins incertaine après la stabilisation des recettes douanières. Mais la question demeure : cette dépense est-elle soutenable sans apport migratoire, donc sans croissance de la population active ?

    Aux États-Unis, les coûts de rémunération des travailleurs civils ont augmenté de 0,9 % au deuxième trimestre 2025, soit le même taux qu’au cours de la période précédente, légèrement au-dessus des prévisions du marché qui tablaient sur une hausse de 0,8 %

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    Emploi et immigration : un marché du travail en trompe-l’œil

    Les données publiées par le Bureau of Labor Statistics (BLS), moins de 30 000 créations de postes par mois en moyenne cet été, semblent indiquer une décélération brutale. Pourtant, replacées dans le contexte démographique, ces statistiques changent de signification.

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    La véritable rupture provient du front migratoire. Le Congressional Budget Office (CBO) a révisé son estimation de solde migratoire net pour 2025 à seulement 400 000 personnes, contre 2 millions anticipés auparavant.

    Des chercheurs de l’American Enterprise Institute et de la Brookings Institution, deux groupes de réflexion, estiment ce chiffre entre -500 000 et 100 000. Les douanes et la protection des frontières n’ont signalé que 8 000 « rencontres » avec des migrants illégaux à la frontière sud en juillet, contre 100 000 le même mois l’an dernier et près de 200 000 l’année précédente.

    L’immigration a été le principal moteur de la croissance de la population active américaine au cours des 20 dernières années, selon les données du Bureau du recensement des États-Unis. Entre 2000 et 2022, les personnes nées à l’étranger ont représenté près des trois quarts de la croissance totale de la population active civile d’âge moyen (25 à 54 ans).

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    Avec le vieillissement de la population américaine et le départ à la retraite d’un nombre croissant de résidents nés aux États-Unis, l’immigration deviendra de plus en plus importante pour stimuler la croissance de la population active. En raison du vieillissement de la population, le nombre de personnes nées aux États-Unis en âge de travailler (25 à 54 ans) a peu évolué entre 2000 et 2022.

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    En revanche, le nombre de personnes nées à l’étranger en âge de travailler a augmenté de près de 7 millions au cours de cette période. Et la population âgée née aux États-Unis (65 ans et plus) a augmenté de près de 18 millions au cours de la même période.

    Rien qu’en 2023, le personnel des douanes et de la protection des frontières (CBP) a rencontré 2,54 millions de migrants à la frontière sud-ouest. Ce chiffre est à peu près identique aux 2,58 millions de migrants enregistrés en 2022, une année record. À titre de comparaison, la moyenne annuelle prépandémique était de 500 000 migrants.

    Une image contenant capture d’écran

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    Depuis le début de la pandémie aux États-Unis en février 2020, le CBP a enregistré près de 8 millions de rencontres à la frontière sud-ouest, ainsi que près de 2 millions de rencontres à la frontière nord, à la frontière côtière et dans les aéroports.

    Bien que le nombre de rencontres ne se traduise pas nécessairement directement par le nombre de migrants admis aux États-Unis, une proportion plus faible de migrants sont refoulés qu’auparavant.

    En 2023, moins d’un quart des rencontres à la frontière sud-ouest des États-Unis se sont soldées par un refus d’entrée aux États-Unis, et 58 % des rencontres ont abouti à la libération ou à la libération conditionnelle de migrants vers l’intérieur des terres.

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    Il s’agit d’un renversement de situation par rapport aux neuf années précédentes, lorsque plus de la moitié des 8,7 millions de migrants appréhendés à la frontière sud n’ont pas été admis aux États-Unis, et moins d’un quart ont été autorisés à entrer.

    La situation difficile et la dégradation des conditions de vie dans de nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dont Cuba, Haïti, le Nicaragua et le Venezuela, ont incité le gouvernement américain à étendre des programmes tels que la libération conditionnelle humanitaire pour les ressortissants de ces pays.

    De nombreux migrants prennent le risque de voyager non seulement pour échapper à des situations difficiles, mais aussi parce qu’ils croient pouvoir entrer aux États-Unis grâce à des mesures humanitaires.

    Un autre facteur d’attraction est la disponibilité du travail et la hausse des salaires. Après la pandémie, le marché du travail américain était extrêmement tendu, en particulier dans les secteurs qui ont tendance à dépendre de la main-d’œuvre immigrée.

    Le taux d’offres d’emploi, ou le nombre de postes vacants rapporté à l’emploi total d’un secteur, a atteint des niveaux records en 2021 et 2022, notamment dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration, du commerce de détail, de la santé et de l’aide sociale.

    En effet, en 2024, les travailleurs nés à l’étranger étaient plus susceptibles que les travailleurs nés au pays d’être employés dans professions de services (22% contre 15,1%) ; ressources naturelles, construction et professions de maintenance (13,9% contre 7,7%) ; et la production, le transport et professions liées au transport de matériaux (15,5 % contre 11,6 %).

    Les travailleurs nés à l’étranger étaient moins susceptibles que les travailleurs nés au pays d’être employés dans la gestion, les professions libérales et les secteurs connexes professions (35,4% contre 45,9%) et dans les professions de la vente et de bureau (13,2% contre 19,8%).

    Les salaires ont également augmenté plus rapidement dans les professions et les secteurs à forte proportion d’immigrants que dans ceux qui en comptaient une plus faible proportion. Des études ont montré que les conditions du marché du travail américain sont l’un des principaux moteurs de l’immigration clandestine.

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    Avec cette récente vague d’immigration, la population active née à l’étranger s’est complètement remise de la baisse due à la pandémie, dépassant même ce qui aurait été attendu en l’absence de pandémie. Selon l’Enquête sur la population active (Current Population Survey), la population active née à l’étranger a atteint son niveau de février 2020 en novembre 2021 et a dépassé la croissance tendancielle en août 2022.

    En 2024, les personnes nées à l’étranger représentaient 19,2 % de la main-d’œuvre civile américaine, en hausse contre 18,6% en 2023.

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    L’afflux d’immigrants prêts à travailler a stimulé la croissance démographique, la population active et l’emploi dans l’économie américaine post-pandémique. Selon les estimations du Hamilton Project, une immigration accrue a stimulé la croissance des emplois salariés de 70 000 emplois par mois en 2022, puis de 100 000 emplois par mois en 2023 et jusqu’en 2024. La limite supérieure de la fourchette de croissance de l’emploi a doublé, passant de 100 000 emplois par mois à 200 000, sans l’afflux d’immigration.

    Il n’est pas rare que l’immigration contribue largement à la croissance de l’emploi. Avant la pandémie, de 2010 à 2019, la part de la croissance de l’emploi attribuable à l’immigration s’élevait en moyenne à 45 %.

    Dans les années qui ont suivi la COVID, sous l’administration Biden, elle a atteint un sommet de 70 %. En 2022, 70 % de la croissance totale de la population active provenait de travailleurs étrangers. Ce chiffre a ralenti pour atteindre des niveaux encore très élevés en 2023, à 60 % du total.

    La hausse de l’emploi, conjuguée à la consommation de biens et services par les immigrants aux États-Unis, stimule également la croissance du PIB. Selon l’étude du Projet Hamilton, la hausse de l’immigration a contribué à hauteur d’environ 0,1 point de pourcentage à la croissance annuelle du PIB en 2022 et 2023, et devrait continuer à le faire en 2024.

    Cette évolution modifie la « barre de soutenabilité » (nécessaire pour maintenir la stabilité du taux d’emploi) du marché de l’emploi. Les estimations démographiques de l’année dernière du Bureau du recensement suggèrent que 90 000 nouveaux emplois seraient nécessaires pour atteindre ce taux, selon les calculs de Jed Kolko du Peterson Institute for International Economics, un autre groupe de réflexion.

    Mais avec les nouvelles hypothèses du CBO, ce seuil chute à 50 000, voire 30 000 en cas de solde migratoire nul. Autrement dit, même les créations actuelles, faibles en apparence, suffisent à maintenir l’équilibre.

    Les économistes de Barclays qui suivent ces tendances estiment que la croissance « potentielle » des salaires privés non agricoles, ou le niveau d’emplois supplémentaires qui peuvent être créés sans entraîner de pénurie de main-d’œuvre, pourrait tomber à moins de 10 000 par mois d’ici la fin de l’année prochaine, contre plus de 100 000 aujourd’hui.

    Ces chiffres sont assez frappants si l’on considère que la croissance mensuelle moyenne des salaires privés a été d’environ 172 000 au cours des deux dernières années.

    Dans le même temps, Barclays affirme s’attendre à ce que les effets du vieillissement de la population « s’intensifient très bientôt », exerçant une pression à la baisse encore plus forte sur la croissance de l’emploi.

    La conclusion est que l’offre de travail s’est effondrée. Cela signifie que nous ne sommes tout simplement plus en mesure de créer des emplois au même rythme qu’auparavant, ce qui correspond au seuil de rentabilité, qui est tombé en dessous des niveaux de 2016. En outre, le vieillissement de la population et le faible taux de participation amplifient cette dynamique. Autrement dit, si le chômage n’explose pas, ce n’est pas parce que la demande de travail est forte, mais parce que l’offre se réduit.

    En parallèle, la demande de main-d’œuvre a peut-être été temporairement affaiblie par le fait que les employeurs ont retardé l’embauche jusqu’à la tourmente tarifaire de Trump. Mais on ne constate pas de licenciements massifs.

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    En résumé, l’immigration a eu un impact sur l’offre et la demande de main-d’œuvre. L’offre de travailleurs disponibles a fortement diminué en raison de l’immigration, ce qui entraîne naturellement une baisse des créations d’emplois.

    Le marché du travail ne peut tout simplement pas croître au rythme de ces dernières années, faute de main-d’œuvre. La demande a ralenti, conséquence naturelle de l’immigration, mais aussi du choc majeur que nous avons subi en début d’année.

    On n’écarte pas la possibilité d’un nouveau ralentissement, voire d’une contraction, de la croissance de l’emploi. Cependant, je ne pense pas qu’il faille exclure non plus la possibilité d’une amélioration par rapport aux niveaux très bas observés une fois le choc passé.

    Gardez ceci à l’esprit : malgré la croissance de l’emploi, certes infime, stagnante ces trois derniers mois, et malgré la plus forte hausse historique du nombre de nouveaux chômeurs le mois dernier, le taux de chômage est resté à 4,3%.

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    C’est le signe d’un resserrement du marché du travail, ce qui pourrait bien se produire si le pire du choc d’incertitude est derrière nous et que la demande de travail, même si elle n’atteint pas des niveaux attrayants, dépasse l’offre anémique. Un point à considérer.

    C’est précisément ce piège que la Fed doit éviter. Powell doit concilier deux objectifs contradictoires : préserver la crédibilité anti-inflation, menacée par des anticipations en hausse, des prix importés qui accélèrent et des salaires privés encore dynamiques ; et ne pas fermer la porte à un assouplissement si les prochains indicateurs, notamment sur l’emploi et l’inflation d’août, venaient à se dégrader.

    Le revers de la médaille est cependant clair : en freinant l’immigration, moteur structurel de la croissance américaine depuis les années 1990, Washington compromet le potentiel de long terme. Moins de main-d’œuvre signifie aussi moins d’innovation, moins de dynamisme entrepreneurial et une pression accrue sur certains secteurs en tension, santé, construction, services aux ménages. L’équation politique du court terme (réduire la pression migratoire) se paie en affaiblissant le socle de croissance future.

    L’IA comme pilier de l’investissement et relais de croissance

    Si le socle démographique s’effrite, c’est du côté de la productivité que les États-Unis cherchent un second souffle. L’investissement privé, mesuré par l’indicateur de suivi de la Fed d’Atlanta, se maintient à un rythme supérieur à 2 % annualisé au troisième trimestre. Une large partie de cette dynamique est portée par les dépenses massives dans l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques.

    Les big techs continuent d’annoncer des plans d’investissement colossaux dans les data centers, les semi-conducteurs et les modèles d’IA générative. Cette vague constitue à la fois une réponse aux tensions sur l’offre de travail (substituer le capital au travail) et un pari sur l’avenir : restaurer la productivité totale des facteurs, en berne depuis une décennie.

    Au deuxième trimestre, les catégories liées aux technologies ont contribué à hauteur de 4,3 points de pourcentage à la croissance globale de l’investissement, compensant les baisses observées ailleurs.

    Le secteur du matériel informatique a dominé la croissance, avec des investissements en ordinateurs et équipements connexes en hausse de 41 % sur l’année, reflétant une forte augmentation des commandes de serveurs et de systèmes GPU. La construction de centres de données a atteint un taux annuel record de 40 milliards de dollars en juin, en hausse de 30 % par rapport à l’année dernière – un point positif dans un contexte de construction par ailleurs difficile.

    Cette forte hausse des investissements est due aux hyperscalers (Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon et Oracle), qui devraient consacrer 342 milliards de dollars aux dépenses d’investissement en 2025, soit une augmentation de 62 % par rapport aux 67 % de l’année dernière. Des entreprises privées comme OpenAI et Anthropic réalisent également des investissements similaires pour soutenir le développement de nouveaux modèles de pointe.

    Du point de vue du PIB, l’impact est encore modeste, mais il devrait évoluer. Les données officielles reflètent principalement la première phase d’investissement dans l’IA, mettant l’accent sur les puces, les serveurs et les équipements réseau.

    La phase suivante cible les infrastructures de soutien telles que les centrales électriques et la modernisation du réseau, dont la planification, l’obtention des permis et la construction peuvent prendre des années. Les premiers signes de cette phase apparaissent, mais son impact complet est probablement à venir.

    Des chercheurs de Pantheon Macroeconomics ont constaté que les dépenses liées à l’IA ont représenté une différence de 0,5 point de pourcentage dans la croissance annualisée du PIB au premier semestre. Sans ces dépenses, Pantheon estime que l’économie américaine aurait progressé de moins de 1 %, signe que les entreprises technologiques soutiennent une économie en difficulté.

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    Le contraste avec l’Europe est saisissant : alors que les économies du Vieux Continent peinent à dépasser 0,5 % de croissance, l’Amérique investit dans les technologies qui définiront le prochain cycle. Même si les effets productifs sont encore incertains et concentrés dans quelques secteurs, la trajectoire est claire : compenser un déficit de main-d’œuvre par un surcroît d’innovation.

    Politique monétaire et risque politique

    La Fed, confrontée à un ralentissement modeste mais réel, s’apprête à enclencher une série de baisses de taux. Les marchés anticipent trois assouplissements d’ici décembre. Pourtant, le diagnostic n’est pas celui d’une récession : spreads de crédit faibles, disponibilité du financement bancaire, inflation au-dessus de 2 %. L’assouplissement apparaît davantage comme une réponse politique et préventive qu’un geste de sauvetage.

    La vraie incertitude réside ailleurs : la pression directe exercée par Donald Trump sur la banque centrale. Ses tentatives de limoger une gouverneure de la Fed rappellent que l’indépendance monétaire est fragile.

    Or, dans un régime de déficits budgétaires massifs et d’inflation sous-jacente encore élevée, une Fed compromise ne pourrait plus ancrer les anticipations. Le risque n’est donc pas tant la croissance que la crédibilité future de la politique monétaire.

    Conclusion : une économie en mutation lente, pas en crise

    Le pessimisme ambiant repose sur des signaux réels, ralentissement de l’emploi, tensions politiques, protectionnisme, mais il néglige trois amortisseurs puissants :

    • Le marché du travail ajusté au nouveau contexte migratoire, qui relativise la faiblesse des créations d’emplois,
    • La consommation et les ventes au détail, encore robustes malgré l’incertitude,
    • L’investissement massif dans l’IA et les infrastructures numériques, vecteur potentiel de productivité future.

    L’Amérique de 2025 n’est pas une économie en effondrement, mais une économie en recomposition : moins ouverte à l’immigration, plus dépendante de sa demande intérieure, et en quête de nouveaux moteurs via l’intelligence artificielle. Le défi sera d’équilibrer ces trois dimensions, tout en préservant l’indépendance d’une Fed plus que jamais au centre du jeu.

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    Recap hebdomadaire : Semaine du 08 au 12 septembre 2025

    Introduction

    La semaine écoulée a été rythmée par la publication de l’inflation américaine, la réunion de la Banque centrale européenne, ainsi que de nouveaux signaux de faiblesse en provenance de la Chine. Le dollar s’est renforcé, soutenu par une inflation légèrement supérieure aux attentes malgré une révision massive à la baisse des créations d’emplois. L’euro a évolué de manière volatile après la BCE, tandis que la livre sterling a souffert d’une croissance atone. Les marchés actions, obligataires et de matières premières ont reflété un environnement dominé par des politiques monétaires restrictives et par la persistance de tensions géopolitiques.

    Devises majeures

    Dollar américain (USD)

    Le billet vert a progressé à la suite de la publication du CPI d’août, ressorti à +0,4 % en global et +0,3 % en core. Les pressions sur le logement, l’énergie et l’alimentation demeurent présentes, tandis que l’impact des nouveaux tarifs douaniers reste limité pour l’instant. En parallèle, une révision massive de -911 000 créations de postes sur l’année écoulée a mis en évidence la fragilité du marché du travail. Ce contraste entre inflation persistante et emploi en repli ouvre une fenêtre d’assouplissement à la Réserve fédérale. Les marchés anticipent une baisse de 25 points de base dès septembre, suivie possiblement d’un second mouvement en octobre. Le 10 ans US est resté stable autour de 4,04 %, le dollar s’est raffermi et les indices actions ont progressé modestement.

    Euro (EUR)

    L’euro a été animé par la réunion de la BCE. Si les taux ont été maintenus inchangés, Christine Lagarde a réaffirmé la nécessité de conserver une politique restrictive afin d’ancrer la trajectoire désinflationniste. Le ton hawkish a temporairement soutenu la monnaie unique, mais les perspectives économiques fragiles en zone euro limitent son potentiel d’appréciation.

    Livre sterling (GBP)

    La livre a été fragilisée par la publication d’un PIB mensuel stagnant, confirmant l’absence de croissance au Royaume-Uni. Cette faiblesse structurelle entretient les doutes quant à la capacité de la Banque d’Angleterre à resserrer davantage sa politique monétaire. Les investisseurs se tournent désormais vers la réunion décisive de la semaine prochaine.

    Yen japonais (JPY)

    Le yen a évolué au gré des différentiels de taux et du sentiment global de risque. La devise est restée sous pression face au dollar et à l’euro, mais a regagné de l’attrait lors des phases de repli des marchés. La prochaine réunion de la Banque du Japon, prévue le 19 septembre, sera déterminante pour la trajectoire de la politique monétaire.

    Dollar canadien (CAD)

    Le dollar canadien est resté stable, faute de données domestiques. La devise a suivi les tendances globales, en attendant les publications d’inflation et la décision de la Banque du Canada attendues la semaine prochaine.

    Dollar australien (AUD)

    L’AUD a subi la pression des signaux déflationnistes venus de Chine, principal partenaire commercial. En l’absence de catalyseurs domestiques, la devise a reflété les inquiétudes sur la demande mondiale de matières premières.

    Dollar néo-zélandais (NZD)

    Le kiwi est resté sans dynamique propre malgré une intervention de la RBNZ. La banque centrale a maintenu une posture prudente et dépendante des données, laissant la devise évoluer au gré des tendances régionales et du dollar américain.

    Franc suisse (CHF)

    Le franc suisse a évolué de manière neutre. Les déclarations du président de la BNS n’ont pas apporté de nouveauté, laissant la devise réagir principalement au sentiment global de risque.

    Géopolitique

    Moyen-Orient : Les tensions dans le Golfe continuent d’alimenter une prime de risque sur le marché pétrolier, rappelant la vulnérabilité des routes d’approvisionnement énergétiques.

    Europe de l’Est : Le conflit Russie–Ukraine se poursuit sans évolution stratégique majeure. Les infrastructures énergétiques et logistiques demeurent exposées, maintenant une prime de risque pour les marchés européens.

    Asie-Pacifique : La Chine a intensifié sa coopération militaire avec la Russie à travers des exercices conjoints, ce qui accroît les inquiétudes des partenaires occidentaux. Par ailleurs, les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Europe s’accentuent.

    OPEP+ et commerce mondial : Les discussions au sein de l’OPEP+ sur d’éventuels ajustements de production maintiennent une incertitude élevée. Les flux commerciaux stratégiques restent sensibles aux tensions géopolitiques globales.

    Actions

    • États-Unis : Les indices ont clôturé de manière contrastée. Le S&P 500 et le Nasdaq ont bénéficié de la résilience du secteur technologique, tandis que le Dow Jones est resté plus fragile.
    • Europe : Les marchés européens ont évolué prudemment, dominés par la réunion de la BCE. Le ton ferme de Christine Lagarde a limité l’appétit pour le risque.
    • Asie : Les actions chinoises ont reculé après de nouvelles données décevantes, tandis que Tokyo a bénéficié d’un yen faible qui soutient les exportateurs.

    Matières premières

    • Énergie : Le pétrole est resté volatil, partagé entre inquiétudes sur la demande mondiale et incertitudes liées à l’OPEP+ et au Moyen-Orient.
    • Métaux précieux : L’or a été recherché comme valeur refuge, soutenu par la volatilité obligataire et les tensions géopolitiques.
    • Métaux industriels : Le cuivre et l’aluminium ont reculé, affectés par la faiblesse persistante de la demande chinoise.

    Obligations souveraines

    • États-Unis : Les rendements à court terme se sont tendus après l’inflation, tandis que le 10 ans est resté stable autour de 4,04 %. La courbe demeure inversée.
    • Zone euro : Les Bunds ont été volatils après la BCE, avec des taux courts en hausse et des taux longs contenus par la faiblesse économique.
    • Royaume-Uni : Les Gilts restent sous pression, les maturités longues reflétant l’incertitude budgétaire et monétaire.
    • Japon & Suisse : Stabilité des JGBs avant la réunion de la BoJ ; légère baisse des rendements suisses confirmant leur statut refuge.
    • Canada, Australie, Nouvelle-Zélande : Peu de mouvements autonomes, les marchés suivant les dynamiques américaines.

    Taux d’intérêt

    • Réserve fédérale (Fed) : Le marché anticipe une baisse de 25 points de base en septembre, avec une probabilité croissante d’un second mouvement en octobre.
    • Banque centrale européenne (BCE) : Taux inchangés mais ton hawkish, confirmant un statu quo prolongé.
    • Banque d’Angleterre (BoE) : Dilemme entre croissance nulle et inflation élevée. La réunion de la semaine prochaine sera décisive.
    • Banque du Japon (BoJ) : En attente de la réunion du 19 septembre, où des ajustements du YCC pourraient intervenir.
    • Banque du Canada (BoC) : Attentisme avant la décision à venir.
    • RBA, RBNZ, BNS : Pas de changement, profils attentistes.

    Agenda à venir (15–19 septembre 2025)

    • Lundi : Chine (production industrielle, ventes au détail), discours Lagarde (BCE).
    • Mardi : Royaume-Uni (revenus et chômage), Allemagne (ZEW), Canada (CPI), États-Unis (ventes au détail).
    • Mercredi : Royaume-Uni (CPI), Banque du Canada (taux et conférence), Fed (taux, projections, conférence Powell).
    • Jeudi : Nouvelle-Zélande (PIB), Australie (emploi), Banque d’Angleterre (taux).
    • Vendredi : Japon (BoJ – décision et conférence), Royaume-Uni (ventes au détail), Canada (ventes au détail).

    Sources

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    Inflation US : Rapport CPI du 11 septembre 2025

    Le 11 septembre 2025, le Bureau of Labor Statistics (BLS) a publié les données d’inflation pour le mois d’août. Très attendu par les marchés financiers, ce rapport sur l’Indice des Prix à la Consommation (CPI) éclaire la dynamique des prix à quelques jours de la réunion de la Réserve fédérale (16-17 septembre), où une baisse des taux est largement anticipée.

    Des chiffres en ligne avec les attentes

    En août, l’inflation globale (CPI-U) a progressé de 0,4 % sur un mois, soit le double de la hausse de juillet (+0,2 %). En rythme annuel, elle s’établit à 2,9 %, contre 2,7 % en juillet, conformément au consensus.

    L’inflation sous-jacente (core CPI), qui exclut l’énergie et l’alimentation, a augmenté de 0,3 % en rythme mensuel et de 3,1 % sur un an. Ces chiffres, attendus, traduisent néanmoins des tensions persistantes dans certains secteurs.

    Les moteurs de la hausse des prix

    • Logement et loyers : principaux contributeurs à l’inflation, confirmant la pression durable des coûts liés à l’immobilier résidentiel.
    • Alimentation : progression marquée, alimentée par des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
    • Énergie : les prix de l’essence se redressent, reflétant la volatilité des coûts énergétiques.
    • Biens manufacturés : certains segments, comme l’électroménager, affichent au contraire des baisses de prix.

    Les tarifs douaniers introduits par l’administration Trump commencent également à peser sur les biens importés. Pour l’instant, leur impact demeure modéré, mais les économistes anticipent un effet plus marqué dans les prochains mois si la tendance se confirme.

    Conséquences pour la Fed et réactions de marché

    Ce rapport intervient dans un contexte où la Fed est appelée à assouplir sa politique monétaire afin de soutenir une économie fragilisée.

    • Malgré la légère accélération de l’inflation, les chiffres ne constituent pas un frein à une baisse des taux, d’autant que les dernières données sur l’emploi ont révélé une révision à la baisse de 911 000 créations de postes sur l’année écoulée.
    • Les marchés restent confiants : la probabilité d’une baisse de 25 points de base en septembre est largement intégrée, avec 67 % de chances d’un second mouvement en octobre (CME FedWatch).

    Les réactions immédiates ont été mesurées :

    • Le S&P 500 a progressé de 0,2 % en contrats à terme,
    • Le dollar s’est légèrement renforcé,
    • Les rendements à 10 ans sont restés stables autour de 4,04 %.

    Une trajectoire d’inflation encore incertaine

    Si l’inflation globale se maintient dans une zone relativement maîtrisée, l’inflation sous-jacente à 3,1 % reste au-dessus de la cible de la Fed. Plusieurs tendances pourraient cependant limiter les pressions à venir :

    • Le ralentissement progressif des loyers (données Zillow et Fed de Cleveland),
    • La récente modération des prix de l’énergie,
    • Des anticipations d’inflation des ménages stables, évitant un dérapage psychologique.

    Conclusion : une fenêtre pour l’assouplissement

    Le rapport CPI d’août 2025 confirme un environnement de prix légèrement plus tendu, mais sans remettre en cause la trajectoire de la Fed vers une politique monétaire plus accommodante. L’équilibre reste délicat : soutenir un marché du travail en perte de vitesse tout en préservant la stabilité des prix.

    Les prochaines publications, notamment l’indice PCE, indicateur de référence pour la Fed; seront déterminantes pour confirmer la marge de manœuvre dont disposent Jerome Powell et ses collègues dans leur stratégie de normalisation.

    Sources :  

    – Bureau of Labor Statistics, Consumer Price Index, August 2025 
    https://www.cnbctv18.com/market/us-august-cpi-data-dollar-index-federal-reserve-cut-rate-inflation-ppi-interest-rate-decision-economy-policy-all-eyes-on-us-inflation-numbers-ahead-of-next-weeks-fed-decision-liveblog-19671054.htm

    – The New York Times, “U.S. Inflation Report Shows Effects of Trump’s Tariffs” https://www.nytimes.com/live/2025/08/12/business/cpi-inflation-tariffs-fed

    – TD Economics, U.S. Consumer Price Index (July 2025) 
    https://economics.td.com/us-cpi

    – CNBC, US CPI Data LIVE Updates
    https://www.cnbctv18.com/market/us-august-cpi-data-dollar-index-federal-reserve-cut-rate-inflation-ppi-interest-rate-decision-economy-policy-all-eyes-on-us-inflation-numbers-ahead-of-next-weeks-fed-decision-liveblog-19671054.htm