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FinTech : levier de puissance pour l’Europe

La souveraineté est longtemps restée associée aux États, à leur capacité à défendre leurs frontières, à battre monnaie ou à décider de leur politique budgétaire.

Pourtant, à l’ère de la mondialisation et de la numérisation accélérée de l’économie, cette notion s’est profondément transformée. Pour l’Union européenne, la souveraineté se joue désormais aussi dans la maîtrise de ses infrastructures économiques, financières et technologiques.

Dans ce contexte, la finance occupe une place centrale. Elle structure les échanges, conditionne le financement de l’économie réelle et repose sur des systèmes de plus en plus numériques. La FinTech, qui désigne l’ensemble des innovations technologiques appliquées aux services financiers, s’impose ainsi comme un acteur clé de cette transformation. Paiements numériques, plateformes d’investissement, solutions basées sur la blockchain ou encore néobanques : ces nouveaux acteurs redessinent les circuits financiers traditionnels et déplacent les centres de contrôle.

Le lien entre FinTech et souveraineté apparaît alors évident. Selon qu’elles soient développées, hébergées et contrôlées en Europe ou dépendantes d’acteurs extra-européens, ces technologies peuvent renforcer l’autonomie stratégique de l’Union ou accentuer ses vulnérabilités. Or, la finance et la FinTech mondiales sont aujourd’hui dominées par des acteurs américains (infrastructures de paiement, fournisseurs de technologies critiques, plateformes financières numériques, etc.), ce qui pousse le Vieux Continent à s’interroger sur sa capacité à conserver un contrôle effectif sur ses propres flux financiers.

Le projet européen reste inabouti, en témoigne : en 2024, l’Amérique du Nord a concentré à elle seule près de 67 % des investissements mondiaux en FinTech, contre seulement 18 % pour l’Europe, un écart significatif qui illustre le déséquilibre structurel du financement et la difficulté pour l’écosystème européen de rivaliser avec la puissance de feu américaine.

La FinTech se trouve donc au croisement de plusieurs enjeux de puissance : innovation, compétitivité, sécurité et souveraineté. Comprendre comment cet écosystème fonctionne constitue une étape essentielle pour penser l’avenir de la souveraineté financière de l’Union européenne.

Paiements numériques et blockchain : réduire la dépendance

Les paiements numériques, comme les stablecoins basés sur la blockchain, permettent des échanges rapides, peu coûteux et transfrontaliers, sans dépendre de SWIFT ou des réseaux de cartes comme Visa et Mastercard. Plus de 90 % des stablecoins sont adossés au dollar (USDT, USDC), combinant programmabilité et stabilité pour des règlements instantanés ou l’usage en finance décentralisée. Ces innovations ouvrent la voie à des solutions européennes plus autonomes, bien que la réglementation et l’adoption restent des freins.

Néo-banques et plateformes alternatives : une finance plus proche des citoyens

Les néo-banques et plateformes FinTech challengent le modèle bancaire traditionnel. Elles introduisent davantage de concurrence, améliorent l’accès au crédit pour les petites entreprises et proposent des services financiers souvent plus adaptés aux besoins numériques. La France, par exemple, s’affirme comme le premier écosystème FinTech de l’Union européenne, avec plus de 1 200 entreprises, près de 50 000 emplois créés et 14 licornes.

Lien avec la souveraineté : moins dépendre des réseaux bancaires historiques dominés par quelques grands groupes internationaux signifie plus de diversité et de résilience dans l’offre de services financiers européens.

Financement participatif : soutenir l’économie réelle

Le crowdfunding, le peer-to-peer lending et d’autres formes de financement participatif permettent aux PME et projets locaux de lever des fonds sans dépendre exclusivement des grandes institutions financières. Entre 2018 et 2023, le marché européen du crowdfunding a plus que doublé, passant de moins de 5 milliards d’euros levés par an à environ 10–12 milliards d’euros annuels. Cette inclusion financière est un facteur de résilience économique : elle dilue les dépendances à quelques grands prêteurs et élargit l’accès au capital.

Un écosystème dynamique mais fragmenté

L’écosystème FinTech européen a connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie. En France par exemple, cette dynamique s’est traduite par une croissance estimée à près de 20 % entre 2023 et 2024.

Toutefois, derrière ce dynamisme apparent, l’écosystème FinTech européen demeure confronté à plusieurs fragilités structurelles. La concurrence des acteurs américains et chinois, les déséquilibres persistants en matière de financement et la fragmentation du marché européen limitent encore l’émergence de champions capables de s’imposer à l’échelle mondiale.

L’Europe compte plus de 8 000 start-ups FinTech, principalement à Londres, Berlin, Amsterdam et Paris, actives dans les paiements numériques, l’insurtech, le crédit et la finance décentralisée. La richesse de ce tissu entrepreneurial et des cadres réglementaires communs stimule l’innovation et la concurrence. Cependant, la fragmentation persiste : différences juridiques, fiscales et opérationnelles entre États membres, disparités d’accès au financement et exigences locales freinent l’expansion paneuropéenne des FinTech.

Malgré ses atouts, l’écosystème FinTech européen reste limité par plusieurs faiblesses structurelles. Selon le Pulse of Fintech 2025 de KPMG, les Amériques ont attiré 66,5 milliards de dollars de financements FinTech en 2025, dont 56,6 milliards aux seuls États-Unis, contre 29,2 milliards pour l’ensemble de la région EMEA. Cet écart illustre la domination persistante des États-Unis dans le financement de l’innovation financière et souligne le défi auquel l’Europe est confrontée pour rivaliser à l’échelle mondiale. Enfin, l’Europe dépend fortement de technologies étrangères : cloud dominé par AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud, réseaux de paiement extra-européens et écosystèmes mobiles contrôlés par des acteurs étrangers.

Concurrence mondiale : États-Unis et Chine en tête

Sur la scène internationale, deux pôles concentrent l’essentiel de la puissance FinTech : les États-Unis, leader incontesté du secteur, et la Chine.

Cette dernière est une rivale puissante, qui a massivement adopté des méthodes de paiements mobiles et des écosystèmes numériques intégrés. Une stratégie étatique volontariste en faveur des champions nationaux a permis l’essor d’acteurs comme Alipay ou WeChat Pay (représentant ensemble plus de 90 % du marché des portefeuilles mobiles chinois). Néanmoins, à l’inverse du marché européen, le marché chinois reste largement cloisonné grâce à un protectionnisme éducateur qui protège les entreprises nationales et leur permet de se développer et d’innover.

Régulation européenne : un équilibre stratégique

La régulation occupe une place centrale dans le développement de l’écosystème FinTech européen. Souvent perçue comme un frein à l’innovation, elle constitue en réalité l’un des piliers du modèle financier européen.

L’Union européenne a fait le choix d’un cadre exigeant, reposant sur la protection des consommateurs, la résilience du système financier et la maîtrise des risques technologiques. Ce choix contraste avec des approches plus permissives observées ailleurs dans le monde, mais il confère à l’écosystème européen un avantage structurel en matière de crédibilité et de robustesse.

En France, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) joue un rôle clé dans l’encadrement et l’accompagnement des acteurs FinTech. C’est un organe de la Banque de France, reconnu au niveau international pour son haut niveau d’exigence en matière de supervision bancaire, financière et assurantielle. Son objectif est de permettre l’émergence de solutions innovantes tout en garantissant un haut niveau de sécurité pour les utilisateurs et le système financier dans son ensemble.

À l’échelle européenne, plusieurs textes structurants illustrent cette volonté de concilier innovation et souveraineté. La directive DSP2 a favorisé l’essor de l’Open Banking, et le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) vise à encadrer les crypto-actifs et les stablecoins, pour limiter les risques de fragmentation réglementaire et renforcer la stabilité financière.

Cette vision contraste avec celle des États-Unis, où l’innovation FinTech s’est longtemps développée dans un cadre réglementaire plus fragmenté et souvent plus permissif (il existe plus de 50 autorités étatiques de licences financières aux États-Unis), pouvant mener à une incertitude juridique et économique. En Chine, c’est l’État qui contrôle et oriente les innovations financières, en soutenant ses champions nationaux et en ne laissant qu’une moindre liberté aux acteurs privés.

Une souveraineté financière encore en construction

La FinTech est un levier clé pour renforcer la souveraineté financière européenne, en réinventant paiements, financement et infrastructures autrefois dominés par des acteurs extra-européens. Malgré le dynamisme de l’écosystème, la qualité des talents et un cadre réglementaire solide, la fragmentation du marché, les déséquilibres de financement et les dépendances technologiques freinent l’émergence de champions paneuropéens.

La régulation européenne, centrée sur la protection et la stabilité, est essentielle pour sécuriser l’innovation et instaurer la confiance, mais elle doit évoluer pour accompagner la transformation rapide du secteur. La souveraineté financière se construira en équilibrant innovation et sécurité, grâce à un effort coordonné des institutions, régulateurs, acteurs financiers et innovateurs.

Merci à Guillaume Gonnot, Axel Prissé et Julie Gautier pour leur contribution à cet article.

Sources :

KPMG : Pulse of Fintech H2 2025

France Fintech : chiffres clés 2025

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L’avenir des juniors en banque d’affaires face à l’IA

OpenAI a lancé le projet Mercury, qui mobilise plus d’une centaine de banquiers d’affaires de JP Morgan, Morgan Stanley et Goldman Sachs pour entraîner un modèle capable de réaliser des tâches complexes : modèles financiers, restructurations, IPO, LBO, etc. 

Dans le même temps, les grandes banques développent leurs propres solutions d’IA en interne (77 % d’entre elles selon EY).

Le secteur de la banque d’affaires, marqué par des horaires lourds, des tâches répétitives et une forte part de travail à faible valeur ajoutée, voit dans cette avancée technologique une opportunité pour transformer son organisation. Aucun acteur ne veut manquer ce virage, au risque de perdre en compétitivité et de devenir obsolète.

Cette révolution technologique pourrait modifier en profondeur les structures internes et le modèle économique des banques. Dans cet article, nous nous concentrons sur l’avenir des juniors, aujourd’hui responsables d’une grande partie des tâches susceptibles d’être automatisées par l’IA.

Un marché du M&A sous pression : plus de candidats, moins d’offres

Le secteur du M&A est devenu l’un des plus compétitifs pour les étudiants et jeunes diplômés. Attirés par le prestige, les rémunérations élevées et la forte visibilité du métier, ils sont de plus en plus nombreux à viser les mêmes postes. Résultat : la concurrence s’intensifie fortement. Sur JobTeaser, les candidatures en M&A ont augmenté de 41 %, alors que le nombre d’offres a reculé de 7 %.

Selon Pierre-Henri Havrin, Directeur du recrutement chez BNP Paribas en France, « nous recevons généralement plus de 1 000 CV en une semaine pour une seule offre en M&A ». Le M&A reste une voie d’excellence, mais l’accès devient de plus en plus sélectif. Si les postes juniors et stagiaires venaient à diminuer avec la venue de l’IA, le marché serait encore plus saturé, rendant l’accès à une première expérience de plus en plus difficile.

Le M&A à un poste senior

Avant d’aborder la situation des juniors, il est essentiel de rappeler la réalité du métier lorsqu’on progresse dans la hiérarchie. Comme l’a bien rappelé Stéphane Courbon (Chairman of Corporate & Investment Banking France – Bank of America) lors d’une conférence à l’ESCP, au fil des années, les missions évoluent et deviennent moins techniques. La dimension commerciale et relationnelle prend progressivement le dessus.


Les talents qui accèdent à ces postes de direction ne se distinguent pas uniquement par leur maîtrise technique. Ce sont avant tout de bons commerciaux, capables de saisir les enjeux d’un deal et de gérer les relations humaines.

En d’autres termes, plus on avance, plus le métier repose sur la dimension humaine, commerciale et la capacité à générer du business. Or ces responsabilités ne pourront jamais être remplacées par une intelligence artificielle. Cela soulève donc une question centrale : comment assurer la transmission des postes de direction si les juniors, qui constituent traditionnellement la relève, sont remplacés par l’IA ?

Le junior M&A face à l’IA : la fin d’un modèle, pas d’un métier

Le métier de junior en banque d’investissement, longtemps considéré comme la porte d’entrée incontournable pour une carrière prestigieuse, est en pleine mutation. L’arrivée de l’intelligence artificielle bouleverse à grande vitesse les tâches qui constituaient traditionnellement le cœur du travail des juniors. Selon Les Échos, les offres d’emploi destinées aux jeunes talents (de 0 à 2 ans d’expérience) ont chuté de 24 % entre janvier 2024 et juillet 2025, un signal fort que le marché évolue.

Les tâches historiques du junior sont aussi les plus vulnérables face à l’IA. Celles qui constituaient la base de la formation des analystes  (vérification de conformité, saisie de données, modélisation Excel, préparation de pitchs) pourront bientôt être exécutées plus vite et plus efficacement par des systèmes automatisés. Toute la phase d’apprentissage des premières années pourrait se retrouver bouleversée. Nous verrons comment réagir face à cette transformation à la fin de cet article.

De fait, des grandes banques comme Morgan Stanley et Goldman Sachs développent elles aussi des outils internes, notamment des assistants IA capables de résumer, d’analyser des données et de rédiger du contenu. Ces outils accélèrent le travail à faible valeur ajoutée, qui constituait traditionnellement la base de la montée en compétences des juniors.

Quel avenir pour les juniors ? Entretien avec Adrien Foucault

Adrien Foucault (professeur à HEC et Sciences Po Paris spécialisé en IA et Finance) nous a partagé sa vision lors d’un échange enrichissant.

Selon lui, le rôle du junior ne va pas disparaître : il va être redéfini. Moins d’Excel, moins de slides, et plus d’analyse. En clair, les juniors vont être “seniorisés” plus tôt en développant leur esprit critique, et devront apprendre à manager des collègues digitaux.

Dans ce nouveau modèle, les seniors devront transmettre plus tôt leurs compétences clés : la relation client, la lecture fine des enjeux d’un deal, la culture du métier. Les juniors auront besoin de cette exposition rapide aux clients pour comprendre comment évoluer dans leur environnement, au-delà des fichiers Excel et des PowerPoints.

Pour les banques, cette évolution change la donne. Traditionnellement, les juniors n’ont pas vocation à intervenir dans les processus ni à formuler des recommandations. Selon Adrien Foucault, cette révolution technologique devrait pousser les banques d’investissement à davantage encourager les initiatives des juniors sur les sujets IA et de les impliquer dans cette transformation technologique. Leur regard neuf  et leur familiarité avec l’usage de l’intelligence artificielle représentent en effet une source de valeur ajoutée pour les équipes seniors. Cela peut même devenir une vraie source d’innovation, notamment grâce à une culture de l’expérimentation : une approche qui consiste à tester de nouvelles idées, apprendre de ce qui fonctionne (ou non) et ajuster en continu pour améliorer les processus.

Comment la préparation à ce métier va être transformée ?

Le métier de Junior n’étant pas réellement menacé de disparaître, sa transformation va pousser la préparation à ce métier à évoluer. En effet, il va falloir repenser la formation et les compétences à acquérir pour adapter correctement les profils. Les analystes juniors ne seront plus que très peu assignés à des tâches répétitives, mais seront amenés à être plus rapidement au contact des clients. Ainsi, il est nécessaire que dès la formation en école, les étudiants apprennent à développer leur esprit critique et à comprendre les attendus d’un client. Nous pouvons imaginer un nombre plus important de cas pratiques au sein de la formation, pour plonger les étudiants plus tôt dans la culture du deal.

Une compétence va devenir centrale pour les futurs juniors : la maîtrise des outils d’IA et des environnements informatiques. L’IA ne fera rien seule. Il faudra savoir la guider, poser les bonnes questions, comprendre comment elle raisonne et où elle peut se tromper. On ne parle donc pas d’un remplacement, mais d’un travail avec l’IA. Ceux qui sauront l’utiliser intelligemment prendront clairement l’avantage.

Une part non négligeable de cette préparation doit être faite en autonomie : les étudiants doivent rester curieux, en constante veille sectorielle (lecture d’articles, écoute de podcasts, suivi des deals) afin de comprendre les enjeux du secteur.

Quelles évolutions pour l’enseignement supérieur ?

Selon une étude d’Alumneye, 47 % des étudiants en école de commerce se disent attirés par une carrière en finance, et notamment par le M&A. À l’inverse, seuls 26 % des étudiants en école d’ingénieur envisagent cette voie. A l’avenir, les banques seront plus à même de recruter des profils qui maîtrisent l’intelligence artificielle. Pour rester compétitif, un candidat se doit de rester à la pointe de la technologie en s’intéressant et en testant les nouveaux modèles. L’aspect technique, qui va devenir moins central, sera dépassé par la compréhension fine du deal et la culture métier. D’où l’importance de développer son esprit d’analyse : les tâches techniques ne suffiront plus pour se démarquer.

Ainsi, les formations supérieures  (et en particulier les écoles de commerce) doivent pousser les étudiants à développer leurs compétences numériques, mais aussi à renforcer leur esprit critique notamment à travers des cas pratiques.

Que faut-il retenir ?

L’IA ne met pas fin au rôle de junior en banque d’investissement, mais elle le transforme. Les tâches répétitives disparaissent au profit d’un travail plus analytique et plus exposé. Banques comme étudiants doivent s’adapter : renforcer les compétences numériques, l’esprit critique et la culture du deal.

Ceux qui sauront combiner maîtrise des outils technologiques et compréhension des enjeux humains du M&A resteront les mieux armés pour réussir.

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L’impact des fintechs sur les banques traditionnelles

Inventée par Schumpeter, revisitée par Aghion et Howitt (Prix Nobel 2025), la destruction créatrice, c’est l’innovation qui remplace l’ancien monde.

Dans ce modèle, seules les entreprises capables de s’adapter et d’innover survivent. Les autres disparaissent, remplacées par de nouveaux acteurs plus dynamiques.

L’exemple de Nokia : quand l’innovation renverse un géant

L’exemple de Nokia illustre bien ce phénomène. Dans les années 2000, l’entreprise dominait le marché du téléphone mobile et incarnait la réussite industrielle européenne.

Mais en 2007, Apple bouleverse le secteur avec le premier iPhone, un téléphone tactile, connecté à Internet, doté d’un écosystème d’applications et d’une interface inédite.

En quelques années, cette innovation rend le modèle de Nokia obsolète, faute d’adaptation à cette révolution technologique.

De la téléphonie à la finance : la révolution des fintechs

Ce concept permet d’établir un parallèle clair entre les services bancaires traditionnels et l’essor des fintechs, qui bouleversent aujourd’hui un secteur longtemps resté figé.

Pendant des décennies, le modèle bancaire s’est imposé comme une référence de stabilité et de confiance, fondé sur la présence d’agences physiques et une relation client essentiellement humaine.

Mais, à l’image des révolutions industrielles évoquées par Schumpeter, l’arrivée des fintechs marque une rupture profonde.

Les limites du modèle bancaire traditionnel

Les banques traditionnelles reposent sur leur solidité, le contact humain des agences et une offre complète (comptes, épargne, crédits, assurances).

Ce modèle a longtemps inspiré la confiance, mais il montre ses limites : lenteur, horaires restreints, frais élevés et manque de flexibilité.

L’essor des fintechs : rapidité, accessibilité et innovation

Face à un monde de plus en plus digitalisé, les banques ont vu apparaître de nouveaux concurrents : les fintechs.

Issues de la rencontre entre finance et technologie, ces entreprises ont transformé le secteur en proposant des services plus rapides, accessibles et peu coûteux.

Des acteurs comme Revolut, N26 ou Lydia ont, en une quinzaine d’années, révolutionné la banque avec une expérience simple, rapide et 100 % digitale.

Leur succès repose sur la praticité, l’innovation et l’adaptation aux nouveaux usages, des qualités qui séduisent particulièrement les jeunes générations.

Comment réagissent les banques traditionnelles ?

Reste une question : comment les banques traditionnelles peuvent-elles réagir face à cette nouvelle vague technologique ?

Certaines banques, comme BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole, ont compris qu’il fallait évoluer pour rester compétitives.

Certaines ont créé leurs propres offres digitales, comme Hello Bank! ou Eko, tandis que d’autres ont racheté des fintechs comme Shine afin d’accélérer leur modernisation.

Ces initiatives traduisent une volonté de concilier la stabilité du modèle bancaire classique avec l’agilité technologique des nouveaux acteurs.

Un retard numérique pour certains acteurs

Mais d’autres ont tardé à réagir.

Selon une étude de Sia Partners menée sur 17 banques françaises, plusieurs établissements sont jugés “en retard numérique”, dont La Banque Postale, LCL et le Crédit Mutuel.

Ces banques souffrent d’un retard technologique : applications peu ergonomiques, mises à jour rares et absence de services modernes comme les virements instantanés ou la gestion personnalisée des comptes.

Ce manque d’adaptation a entraîné une perte d’attractivité, surtout auprès des jeunes, qui se tournent vers des acteurs 100 % digitaux comme Revolut ou N26.

L’Europe face à la dynamique schumpétérienne

En Europe, le secteur des fintechs illustre parfaitement cette dynamique schumpétérienne.

Ces entreprises incarnent une nouvelle phase de croissance, portée par l’innovation numérique et la concurrence.

Elles créent de la valeur, stimulent la productivité du secteur financier et favorisent l’inclusion économique en rendant les services bancaires plus accessibles.

Vers une croissance durable et collaborative

Pour que cette croissance par l’innovation se maintienne, il est essentiel que les politiques publiques européennes soutiennent davantage la recherche, la formation numérique et l’investissement dans les technologies financières.

Encourager les collaborations entre banques, fintechs et régulateurs permettrait aussi de combiner la fiabilité du modèle bancaire traditionnel avec la souplesse technologique des nouveaux acteurs.

Ainsi, dans l’esprit de Schumpeter et d’Aghion, la destruction créatrice ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme une opportunité de transformation vers une économie plus innovante, compétitive et durable.

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Novo Nordisk du sommet boursier à la tourmente

650 Mds $ de valorisation boursière en 2024, –60 % en moins d’un an : Novo Nordisk victime de spéculation… ou d’une vraie dégradation de ses fondamentaux ?


Pour comprendre cette baisse, il faut s’intéresser au marché du traitement contre l’obésité, principal moteur de la valorisation de Novo.

  • Deux révisions successives à la baisse des prévisions de résultats pour 2025, ce qui a fortement réduit la confiance des investisseurs.
  • Annonce du départ anticipé du CEO Lars Fruergaard Jørgensen le 16 mai 2025
  • Concurrence accrue d’Eli Lilly, dont le traitement contre l’obésité dépasse désormais celui de Novo en prescriptions aux États-Unis, faisant craindre une perte de terrain pour le géant danois.
  • Novo est confronté à des contrefaçons de Wegovy, fabriquées à partir de versions mélangées ou recomposées en pharmacie

Malgré ces freins :


Novo Nordisk reste un leader du traitement de l’obésité et a enregistré une croissance solide de +18 % de ses ventes au premier semestre 2025.

Goldman Sachs estime depuis plusieurs mois que la réaction des investisseurs est exagérée et a émis des recommandations d’achat, tout en réduisant ses prévisions de hausse, jugeant que la reprise prendra plus de temps que prévu.

La guerre de l’innovation pour proposer le traitement anti-obésité le plus efficace déterminera le futur leader mondial. Si Novo parvient à s’imposer durablement sur ce marché estimé à 130 Mds $ d’ici 2030 (Goldman Sachs), son titre pourrait retrouver une trajectoire de hausse.

Selon vous, Novo Nordisk réussira-t-il à conserver son avance face à la concurrence grandissante d’Eli Lilly ?

Sources :