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Euro numérique : dix semaines pour trancher

Bruxelles s’est donné jusqu’au 31 décembre pour boucler le règlement sur l’euro numérique. Trois tours de négociation plus tard, le plafond de détention et la rémunération des banques bloquent toujours.


La semaine où les deux euros numériques se sont croisés

Le 13 octobre, la Banque des règlements internationaux publie en ligne un discours de Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE. Le message est clair : le cadre législatif doit être bouclé avant la fin de l’année, sinon le calendrier saute.

Le lendemain, 14 octobre, la banque centrale néerlandaise autorise Qivalis, la société créée à Amsterdam par un consortium bancaire européen, à devenir établissement d’émission de monnaie électronique et à émettre un stablecoin en euros. Derrière le projet, trente-sept banques de quinze pays, dont BNPParibas, BPCE et le Crédit Mutuel.

Vingt-quatre heures d’écart, deux visions de la monnaie numérique européenne. L’une, publique, émise par la banque centrale, pas avant 2029. L’autre, privée, bancaire, émise dans le cadre du règlement européen sur les crypto-actifs, MiCA, et attendue « dans les prochains mois ». Ce qu’elles ont en commun, c’est qu’aucune des deux n’est encore en circulation.

Où en est vraiment le texte

Rappel du parcours, parce qu’on lit souvent que l’euro numérique est « adopté ». Il ne l’est pas.

La Commission européenne a déposé sa proposition en juin 2023. Le Conseil de l’UE, qui représente les États membres, a arrêté sa position de négociation en décembre 2025. La commission des affaires économiques du Parlement (ECON) a voté la sienne le 23 juin 2026, par 43 voix contre 14 et une abstention, confirmée en séance plénière le 9 juillet par 416 voix contre 169.

Depuis, place au trilogue, la négociation à huis clos entre Parlement, Conseil et Commission qui donne naissance au texte final. Trois réunions politiques ont eu lieu à ce jour : le 13 juillet, le 10 septembre et le 30 septembre. Selon Europe Agency, les négociateurs du 30 septembre ont travaillé tard dans la soirée sur le modèle de rémunération, les plafonds de détention et le cours légal des espèces, mais sans trouver de compromis.

La présidence irlandaise du Conseil, qui pilote la négociation jusqu’au 31 décembre, s’est engagée à décrocher un accord politique d’ici là. Si elle échoue, le dossier bascule à la présidence lituanienne en janvier 2027, et l’horizon 2029 commence à vaciller. Car rien ne se déclenche sans le règlement : le Conseil des gouverneurs de la BCE ne décidera d’émettre ou non qu’une fois le texte adopté.

En parallèle, la technique avance. La BCE a sélectionné en juillet 36 prestataires de paiement pour un pilote de douze mois prévu au second semestre 2027, et ouvert le 15 septembre un appel aux commerçants du e-commerce. Un pilote, pas un lancement.

Le plafond de 3 000 € n’existe pas (pas encore)

C’est le chiffre qui circule partout. Il mérite une mise au point.

Le règlement ne prévoit aucun montant. Il prévoit la mise en place d’un plafond, afin d’empêcher l’euro numérique de devenir un produit d’épargne qui siphonnerait les dépôts bancaires. Le vrai sujet de friction dans le trilogue, ce n’est pas le niveau, c’est de savoir qui tient le stylo. Le Parlement souhaite contrôler la BCE par le texte, tandis que le Conseil préfère lui laisser les mains libres, dans les limites fixées par les colégislateurs.

Les 3 000 €, eux, viennent d’une étude. À la demande du Parlement, la BCE a modélisé l’effet de plafonds allant de 500 à 3 000 € sur les bilans de 2 025 banques. Résultat : avec un plafond à 3 000 €, le ratio de liquidité agrégé du secteur passerait de 166 % à 163 %. Dans un scénario de crise volontairement sévère, treize banques, 0,3 % des actifs bancaires européens, verraient ce ratio tomber à 100 %. Cipollone le précise noir sur blanc : ces chiffres sont illustratifs et ne préjugent d’aucune décision.

Sur le fond, deux autres paramètres sont déjà tranchés. L’euro numérique ne sera pas rémunéré, ni par des intérêts positifs, ni par un taux négatif. En principe, les entreprises ne pourront pas en détenir : le Parlement souhaite inscrire cette interdiction dans le règlement, le Conseil préfère la laisser à la BCE, mais les deux textes fixent un plafond à zéro pour les personnes morales. Les commerçants encaisseront sans stocker.

Reste la question qui fâche côté bancaire : qui paie. Les banques, via la Fédération bancaire européenne et ses partenaires, chiffrent à environ 18 milliards d’euros le coût initial de branchement de leurs systèmes. Le modèle de compensation, combien les prestataires touchent, combien les commerçants paient, est le point le plus disputé du trilogue, devant le plafond.

Pourquoi ce dossier est aussi un dossier crypto

Les chiffres de souveraineté donnent le ton. Deux tiers des paiements par carte en zone euro passent par des schémas internationaux ; sur 21 pays de la zone, 13 n’ont aucun système domestique. L’euro numérique est d’abord une réponse à ça.

Mais la pression vient maintenant d’ailleurs. Le marché des stablecoins pèse autour de 300 milliards de dollars, massivement libellés en dollar. Les stablecoins en euro, eux, plafonnaient autour de 810 millions de dollars début août, soit moins de 0,3 % du total. Le registre de l’ESMA recensait 22 émetteurs autorisés sous MiCA au 8 août, dont Circle (L’USDC et EURC), Société Générale-FORGE (EURCV) et Banking Circle (EURI). Détail qui pique : le premier stablecoin euro agréé en Europe est américain.

D’où la bataille parallèle sur la révision de MiCA. Le 22 septembre, le Système européen de banques centrales a rendu une réponse de 57 pages à la consultation de la Commission. Il demande que l’interdiction de rémunérer les stablecoins soit maintenue et élargie au prêt, à l’emprunt et au staking, ces services qui produisent du rendement sans être couverts par l’interdiction actuelle. En face, plus de 50 000 Européens ont écrit à la Commission pour demander l’inverse, via la campagne de Stand With Crypto EU. La consultation s’est fermée le 30 septembre.

Et dans l’ombre du détail, le gros : l’Eurosystème a lancé Pontes le 21 septembre, un service qui permet de régler en monnaie de banque centrale des transactions sur actifs tokenisés. Rien à voir avec le grand public, tout à voir avec la tokenisation de la finance.

Et pour un détenteur français

Le calendrier parisien est serré lui aussi. Le projet de loi de finances pour 2027 porte un amendement adopté en commission qui taxerait les plus-values lors de la conversion de crypto-actifs en stablecoins régulés sous MiCA, au taux de 31,4 %, à compter du 1er janvier 2027. Attention toutefois : la séance publique repart du texte du gouvernement, pas de celui de la commission. Rien n’est acquis, et le vote solennel sur la partie recettes est fixé au 20 octobre.

Le paradoxe. Alors que la BCE met en avant l’euro numérique comme la réponse à la « dollarisation numérique » (l’expression est d’Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France depuis le 2 juin), Paris se prépare à taxer le passage vers les stablecoins euro régulés, les seuls instruments européens aujourd’hui opérationnels. Deux niveaux de décision, deux raisonnements.

Pour l’utilisateur, la conclusion est prosaïque : rien ne change dans un portefeuille avant plusieurs années. L’euro numérique est conçu comme un moyen de paiement, pas comme un placement, et il ne touche en rien au fonctionnement de Bitcoin ou à l’auto-conservation.

À surveiller

  • D’ici le 31 décembre : accord politique en trilogue, ou report à la présidence lituanienne. C’est l’échéance qui commande tout le reste.
  • Le 20 octobre : vote solennel de la partie recettes du PLF 2027 à l’Assemblée, taxe sur les conversions en stablecoins comprise.
  • Le whitepaper MiCA de Qivalis : tant qu’il n’est pas publié, le jeton n’existe pas. Et une licence ne garantit ni liquidité ni cotation.
  • La suite de la révision MiCA : la Commission dira si elle suit les banques centrales sur l’extension de l’interdiction des rendements.
  • Le pilote BCE : candidatures des commerçants, puis démarrage au second semestre 2027.

Un texte déposé en 2023, une première émission possible en 2029 : six ans pour passer la monnaie publique au format numérique. Sur la même période, les stablecoins adossés au dollar sont passés du statut de curiosité à celui d’infrastructure de marché. L’Europe ne joue pas à la vitesse, elle joue au cadre. Il reste à voir si le terrain sera encore libre à son arrivée.


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CPI, PPI, Fed : la crypto ne se regarde plus le nombril

Deux chiffres publiés à Washington ont suffi à envoyer le Bitcoin sous les 80 000 dollars cette semaine, puis à l’en faire ressortir. Pas un hack, pas une faillite de plateforme, pas une décision de la SEC : de l’inflation américaine. Le marché crypto a changé de pilote.

Deux jours, deux chocs

Mercredi 14 octobre, le Bureau of Labor Statistics (l’institut américain des statistiques du travail, qui publie les grands indices de prix) sort le CPI de septembre, l’indice des prix à la consommation. Il ressort à 3,7 % sur un an, contre 3,6 % attendu et 3,4 % en août. L’inflation sous-jacente, celle qui exclut l’alimentation et l’énergie, pointe à 2,6 %.

Vingt-quatre heures plus tard, rebelote, en pire. Le PPI de septembre, l’indice des prix à la production qui mesure ce que les entreprises facturent avant que ça n’arrive en rayon, grimpe de 6,3 % sur un an là où le consensus tablait sur 5,3 %. Sur un mois : +1,3 %, plus du double des 0,6 % prévus. Le BLS précise que c’est la plus forte progression mensuelle depuis mars 2022, et la plus forte hausse sur douze mois depuis décembre 2022.

La réaction a été immédiate. Bitcoin est descendu jusqu’à environ 79 800 dollars jeudi, cassant brièvement le seuil des 80 000. Ethereum a lâché 5 à 6 %, XRP et Solana reculant jusqu’à 6,6 %.

Les décomptes de liquidations divergent selon les agrégateurs et les fenêtres retenues, de l’ordre de 930 millions de dollars sur vingt-quatre heures pour FXStreet, « près d’un milliard » ailleurs. La répartition, elle, est sans ambiguïté : environ 780 millions côté positions acheteuses. Les vendeurs à découvert n’ont perdu que 150 millions.

Et puis le marché a ravalé sa peur. Vendredi matin, Bitcoin ouvrait vers 82 130 dollars, en hausse de 0,7 % sur la veille, et remontait au-dessus de 82 700 dans la matinée. Ethereum autour de 2 440. Sur sept jours, le Bitcoin est à peu près à l’équilibre.

Pourquoi un chiffre d’inflation fait tomber le Bitcoin

Le mécanisme n’a rien de mystérieux, et il vaut la peine d’être posé à plat.

Une inflation plus chaude que prévu pousse la banque centrale américaine à garder ses taux élevés, voire à les remonter. La Fed l’a déjà fait : le 16 septembre, elle a relevé son taux directeur d’un quart de point, dans la fourchette 3,75 %-4 %, par un vote unanime à 12 voix. Sa première hausse depuis trois ans.

Quand les taux montent, l’argent sans risque rapporte davantage. Le rendement du Trésor américain à dix ans tourne autour de 5,2 %. Face à ça, un actif qui ne verse aucun intérêt, Bitcoin, or, action de croissance, doit justifier sa place dans un portefeuille. Les gérants réduisent la voilure. Et ils commencent par ce qui bouge le plus.

Deuxième couche : l’effet de levier. Une large part du marché crypto se traite avec de l’argent emprunté. Quand le prix décroche de quelques pour cent, les positions les plus tendues sont fermées de force par les plateformes. Ces ventes automatiques font baisser le prix, ce qui déclenche la vague suivante. Un mouvement macro de 2 % devient une chute de 4 % en une heure. C’est exactement ce qui s’est joué jeudi.

Les paris sur la Fed racontent la suite. Avant le CPI, les contrats à terme donnaient environ 22 % de chances à une hausse des taux lors de la réunion du 27-28 octobre. Dans les heures qui ont suivi, cette probabilité a bondi au-dessus de 40 %, jusqu’à 54 % selon l’outil FedWatch du CME, avant de refluer vers 30 %. Pour décembre, les marchés sont beaucoup plus affirmatifs : autour de 90 % de probabilité d’un nouveau tour de vis. Détail qui compte, le prochain CPI est attendu le 10 novembre.

Ce n’est pas un accident isolé

Cette semaine prolonge un mois entier passé sous perfusion macro.

Début octobre, l’attaque de pétroliers au large d’Ormuz a propulsé le Brent au-delà de 105 dollars le baril. Le 7 octobre, les ETF Bitcoin au comptant américains, ces fonds cotés qui permettent d’acheter du Bitcoin via un compte-titres classique, ont enregistré près de 487 millions de dollars de sorties nettes en une seule séance. Leur pire journée depuis fin juin. Sur la semaine du 5 au 9 octobre, 678,9 millions sont sortis des ETF Bitcoin et 542 millions des ETF Ethereum selon SoSoValue et Farside, soit environ 1,22 milliard au total, après trois semaines d’entrées.

Le 14 octobre encore, 261 millions sont sortis des ETF Bitcoin, menés par Fidelity et BlackRock. La veille, ces mêmes fonds avaient pourtant collecté 176 millions. Des flux en dents de scie, qui suivent les taux plutôt que les nouvelles du secteur.

Le signal le plus parlant ne vient même pas de la crypto. Jeudi, la Bourse de Séoul a clôturé en baisse de 7,6 %, le Nikkei perdant près de 5 %. Tokyo, Séoul, les ETF américains, le Bitcoin : tout le monde a vendu la même chose au même moment, pour la même raison.

Ce que ça change pour un détenteur français

D’abord un point très pratique : la diversification crypto protège moins qu’on ne le croit. Détenir du Bitcoin à côté d’un portefeuille d’actions ne met pas à l’abri d’un choc de taux américain, ça y expose deux fois. Les deux lignes baissent ensemble.

Ensuite, le calendrier utile pour suivre le marché n’est plus seulement celui du secteur. Les dates qui comptent sont désormais celles du BLS et du FOMC, le comité de politique monétaire de la Fed.

Et puis il y a Paris. Pendant que le marché encaisse ces chocs, l’Assemblée nationale débat du budget 2027 depuis le 13 octobre. La commission des finances avait adopté début octobre trois mesures qui touchent directement les détenteurs : la taxation des plus-values lors de la conversion de crypto-actifs en stablecoins régulés sous MiCA (le règlement européen sur les crypto-actifs) à compter du 1er janvier 2027, une exit tax élargie aux portefeuilles supérieurs à 800 000 euros, et le report des moins-values sur dix ans.

Prudence toutefois : la séance publique repart du texte du gouvernement, pas de celui de la commission. Rien n’est acquis. Le vote solennel sur la partie recettes est fixé au 20 octobre, le vote d’ensemble au 17 novembre, avant passage au Sénat.

Autrement dit : votre prix d’achat se joue à Washington, votre fiscalité se joue à Paris.

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Ledger : le danger n’était pas dans le portefeuille, mais dans le colis

Un implant électronique caché sous l’écran, un revendeur agréé d’Asie du Sud-Est, et entre 86 et 93 millions de dollars envolés. L’affaire Ledger-CryptoBilis ne dit rien de mauvais sur le matériel du fabricant français, elle dit tout du maillon qu’on ne vérifie jamais : le trajet entre l’usine et votre salon.

Un appareil neuf, sous blister, et déjà piégé

Le 9 octobre, Ledger annonce enquêter sur des vols de cryptomonnaies signalés par des utilisateurs d’Asie du Sud-Est. Point commun entre les victimes : toutes avaient acheté leur appareil chez CryptoBilis, un revendeur agréé de la marque présent en Malaisie, en Indonésie et aux Philippines. À 13h32 UTC, le support officiel du fabricant demande au revendeur de suspendre ventes et expéditions.

Le même jour, Mark Karpelès, l’ex-PDG de la plateforme Mt. Gox, effondrée en 2014, publie des photos d’un Ledger Nano X reçu de Malaisie. Emballage thermorétractable en bon état. À l’œil nu, rien de bizarre. Et pourtant, à l’intérieur, à l’endroit même où devrait se trouver la mousse de calage de l’écran, un module étranger : une puce LTE (communication mobile), une antenne, une eSIM, un microcontrôleur connecté au bus de données de l’écran.

Le principe est d’une inquiétante simplicité. L’implant ne vise pas à briser la cryptographie de l’appareil. Il regarde l’écran. Pendant la configuration, lorsque le Ledger affiche les 24 mots de la phrase de récupération, cette suite qui permet d’accéder à la totalité des fonds, le module lit les caractères affichés, les stocke puis les transmet par le réseau mobile. Il ne reste plus au pirate qu’à attendre.

Samedi 11 octobre, Ledger a confirmé avoir trouvé un implant matériel non autorisé dans l’appareil d’un utilisateur touché. CryptoBilis a suspendu la vente de l’ensemble de son stock de portefeuilles. L’entreprise coopère avec les autorités.

Pourquoi l’appareil passait le contrôle d’authenticité

C’est le détail qui fait mal. Ledger propose une vérification, le Genuine Check, censée confirmer que l’appareil est bien d’origine. Les Ledger trafiqués la passaient sans broncher.

Logique : l’implant ne modifie pas l’élément sécurisé, la puce blindée qui génère et protège les clés privées. Il ne modifie pas non plus le firmware, le logiciel embarqué. Il se borne à écouter un signal, l’affichage, qui n’a jamais été conçu pour être confidentiel. Le firmware ne peut pas détecter un composant qui se contente de lire par-dessusl’épaule.

Selon 23pds, le responsable de la sécurité de l’information chez SlowMist (société d’analyse blockchain), un montage de ce type suppose un attaquant d’un très bon niveau technique. Ce n’est pas du bricolage de week-end. C’est une opération industrielle, calibrée sur un canal de distribution précis.

Combien, et pour qui ?

Les estimations varient selon les sociétés d’analyse on-chain, et aucune n’est validée par Ledger :

  • plus de 86 millions de dollars selon les premières investigations relayées par CoinDesk, sur Bitcoin, Ethereum et Tron ;
  • 92,9 millions d’après Bitquery, réparties sur 311 portefeuilles ;
  • 93,2 millions sur 315 portefeuilles et six réseaux au 10 octobre, selon un autre décompte.

Selon un décompte partiel, la moyenne s’élève à environ 890 000 dollars par portefeuille touché. Donc des particuliers aisés ou de petits gestionnaires, pas le détenteur du dimanche. Une partie des fonds, environ 10 millions en USDT, aurait été bloquée par Tether, mais ce chiffre n’est mentionné que par une seule source et doit encore être confirmé.

Et un point d’honnêteté s’impose : Ledger n’a établi aucun lien formel entre l’implant trouvé et les portefeuilles vidés. Les deux faits coexistent, la corrélation est forte, la démonstration manque encore. Le fabricant répète de son côté qu’il n’a aucun signe de compromission de ses propres systèmes, de son infrastructure ou de ses services.

Ce que ça change pour vous, ici

L’affaire se joue à 10 000 kilomètres, mais elle concerne directement le détenteur français, et pas seulement parce que Ledger est une entreprise tricolore de 800 salariés, qui revendique la sécurisation de plus de 20 % des cryptomonnaies dans le monde et prépare une levée de fonds ou une cotation à New York.

Elle concerne le lecteur pour une raison plus terre à terre : l’auto-conservation déplace la responsabilité sur l’utilisateur, et aucun règlement ne vient la rattraper. MiCA, le cadre européen sur les crypto-actifs pleinement applicable en France depuis cet été, encadre les prestataires, plateformes, conservateurs, émetteurs de stablecoins. Un portefeuille matériel que vous détenez vous-même n’entre pas dans ce périmètre. Pas de fonds de garantie, pas de recours réglementaire. En cas de vol, il reste la plainte et l’enquête pénale.

Les gestes concrets, maintenant :

  • Acheter en direct chez le fabricant ou chez un revendeur dont la chaîne logistique est traçable. Un site marchand tiers, une marketplace, un vendeur régional : autant de maillons que vous ne contrôlez pas.
  • Ne jamais utiliser une carte de récupération pré-remplie livrée avec l’appareil. La phrase de 24 mots doit être générée par vous, sur l’appareil, à la première configuration.
  • Si vous avez acheté chez CryptoBilis ces 90 derniers jours : ne pas initialiser un appareil encore neuf ; s’il est déjà configuré, transférer les fonds vers un appareil neuf avec une phrase entièrement nouvelle.
  • Rappel qui ne vieillit pas : Ledger ne demande jamais vos 24 mots. Personne ne les demande, jamais.
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MiCA rattrape la DeFi : ce qui attend les Français en 2026

Ce mercredi soir, Bruxelles referme la consultation qui doit dire si MiCA s’étend à la finance décentralisée. Rien ne bascule avant 2027, au mieux. Mais la direction se dessine, et elle vise d’abord les portes d’entrée de la DeFi : les applis par lesquelles vous y accédez.

23h59 à Bruxelles

Ce 30 septembre à 23h59, la Commission européenne arrête de recevoir les réponses à sa consultation sur la révision de MiCA, le règlement européen qui encadre les crypto-actifs. Ouverte le 20 mai, prolongée d’un mois fin juin, elle pose 86 questions. Tout un volet porte sur ce que MiCA ne couvre pas encore : la DeFi (la finance décentralisée, c’est-à-dire des services financiers rendus par des programmes sur la blockchain, sans banque ni plateforme au milieu), le staking et le prêt de crypto-actifs.

Six jours plus tôt, l’Autorité bancaire européenne (EBA) a donné le ton. Dans sa réponse publiée le 24 septembre, elle invite la Commission à envisager d’encadrer le prêt de crypto-actifs. Y compris quand une plateforme régulée donne à ses clients un accès direct à des protocoles de prêt décentralisés. Son argument : les risques pour les consommateurs.

Si vous déposez des stablecoins sur un protocole de prêt ou alimentez un pool d’échange depuis Paris ou Lyon, la question devient très concrète. La fête est-elle finie ? Réponse courte : pas encore. Réponse longue : ça dépend de la porte par laquelle vous entrez.

Une exemption que personne n’a jamais définie

MiCA s’applique pleinement depuis le 30 décembre 2024. Sa période de transition s’est refermée le 1er juillet 2026 : depuis, une plateforme qui sert des clients européens sans agrément de PSCA (prestataire de services sur crypto-actifs) est dans l’illégalité. La DeFi, elle, est restée dehors. Le considérant 22 du règlement exclut les services fournis « de manière totalement décentralisée, sans intermédiaire ».

La logique se tient. MiCA a été pensé pour des acteurs identifiables, avec un siège, des dirigeants, des fonds propres. Quand un smart contract (un programme qui s’exécute tout seul sur la blockchain) fait le travail, à qui délivrer l’agrément ?

Sauf que « totalement décentralisé » n’est défini nulle part. Et très peu de protocoles le sont vraiment. Il y a presque toujours une équipe de développement, une interface web, des clés d’administration capables de modifier le code, ou une gouvernance tenue par une poignée de gros détenteurs de jetons. D’après la couverture de la presse spécialisée, ce sont justement ces indices (clés d’admin, contrôle du front-end, captation des revenus) qui pèsent dans la réflexion de Bruxelles.

La Commission ne propose pas de supprimer l’exemption, relève le cabinet Skadden. Elle cherche plutôt à la baliser, et teste plusieurs pistes :

  • des diligences obligatoires pour les PSCA sur les protocoles auxquels ils connectent leurs clients ;
  • l’obligation de ne connecter qu’à des protocoles certifiés ;
  • une responsabilité de la plateforme en cas d’incident ;
  • une certification des protocoles et des smart contracts eux-mêmes, objet de la question 63 du document de consultation.

Cette dernière idée a un accent français. L’AMF et l’ACPR ont animé en 2024 un groupe de travail sur la certification des smart contracts dans la DeFi, puis mis ses conclusions en consultation début 2025, avec l’objectif affiché de nourrir la suite de MiCA. Dès 2023, l’AMF défendait pour la DeFi une approche « progressive et proportionnée », sur le principe « même activité, même risque, même réglementation ».

Ce que ça change pour vous, selon la porte que vous prenez

Pour un utilisateur français qui fournit de la liquidité (déposer deux jetons dans un pool pour toucher une part des frais d’échange) ou qui farme des rendements (placer ses crypto-actifs là où un protocole les rémunère), tout dépend du chemin emprunté.

Vous passez par une plateforme régulée

C’est là que ça bougera en premier. Certaines plateformes agréées proposent des offres « Earn » ou un accès DeFi intégré à leur appli. C’est exactement le cas visé par l’EBA.

Aujourd’hui, le prêt reste hors de la liste des services MiCA. L’ESMA (l’autorité européenne des marchés financiers) l’a rappelé en juin dans une réponse de questions-réponses : un PSCA peut proposer du prêt comme service non régulé, à condition de respecter ses devoirs généraux, dont une communication loyale et non trompeuse.

Si les pistes de la consultation aboutissent, attendez-vous à des catalogues de protocoles plus courts, à des avertissements plus insistants, voire à la disparition de certaines offres de rendement qu’une plateforme ne voudrait plus garantir. C’est un scénario, pas une annonce : rien n’est écrit.

Vous êtes en auto-conservation

Vous utilisez votre propre wallet et parlez directement au smart contract ? En 2026, MiCA ne change rien pour vous. Pas d’agrément, pas de vérification d’identité imposée au protocole par le règlement. Même si la Commission propose un texte à l’été 2027, il faudra le négocier, le voter, puis l’appliquer. La presse spécialisée ne voit pas de changement majeur avant 2028.

Le point à garder en tête : l’interface. Si les front-ends finissent par être traités comme des points d’accès, certains pourraient choisir de bloquer les utilisateurs européens plutôt que de se mettre en conformité. Là encore, hypothèse.

Ce qui a déjà changé, et ce n’est pas MiCA

Le vrai changement de 2026 est fiscal. La directive DAC8 s’applique en France depuis le 1er janvier : les plateformes collectent vos données sur toutes les opérations de l’année (identité, transactions, transferts). Elles les déclareront courant 2027, et le premier échange entre administrations européennes est prévu au plus tard le 30 septembre 2027.

Concrètement, votre wallet personnel n’est pas déclaré. Mais le jour où vous envoyez 10 000 USDC d’une plateforme vers ce wallet pour alimenter un pool, la sortie apparaît, d’après plusieurs guides fiscaux. Et au retour, pareil.

Côté impôt, les plus-values de cession sont taxées au PFU, passé à 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG). Les échanges crypto contre crypto restent hors champ tant qu’il n’y a pas de sortie en euros. Pour les récompenses de farming ou les frais gagnés comme fournisseur de liquidité, les textes ne visent pas ces cas explicitement. Plusieurs guides penchent pour une imposition en BNC (bénéfices non commerciaux) à la réception, mais c’est une zone grise.

Le réflexe utile, quelle que soit la suite : un historique propre. Date, montant et valeur en euros de chaque dépôt, retrait et récompense. Et la déclaration des comptes ouverts sur des plateformes étrangères (formulaire 3916-bis).

Les dates à surveiller

  • 30 septembre 2026 : clôture de la consultation. Les contributions des régulateurs et du secteur vont sortir au fil des semaines.
  • Fin 2026 : l’EBA doit livrer les conclusions de son analyse des protocoles de prêt DeFi.
  • Courant 2027 : premières déclarations DAC8 des plateformes sur vos opérations 2026, puis premier échange entre États au plus tard le 30 septembre.
  • 30 juin 2027 : rapport de la Commission sur MiCA, éventuellement accompagné d’une proposition de loi, déjà surnommée « MiCA 2 ».
  • 2028 au plus tôt : entrée en application de règles DeFi, si elles voient le jour.

La DeFi ne sera sans doute pas régulée par le haut, protocole par protocole. Tout indique qu’elle le sera par ses portes d’entrée : les plateformes, les interfaces, peut-être les wallets. Pour l’utilisateur français, la question à se poser n’est donc pas « est-ce que ma DeFi devient illégale ? » mais « par où est-ce que j’y entre ? ».

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Inflation persistante aux États-Unis : pourquoi les actions résistent

L’inflation américaine a de nouveau surpris à la hausse en août. Les prix à la consommation hors énergie et alimentation ont progressé de 0,3 % sur un mois, contre 0,2 % attendu, tandis que l’inflation totale a grimpé de 0,4 %.

Ces chiffres montrent que l’inflation reste plus persistante que prévu aux États-Unis et ravivent les interrogations sur la trajectoire des taux de la Réserve fédérale.

Sur le papier, cette statistique renforce l’argument d’une nouvelle hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale cette semaine. Pourtant, les marchés actions n’ont pas paniqué : le S&P 500 a terminé la semaine en hausse de 0,9 %.

Ce contraste entre une inflation qui déçoit et une Bourse qui tient bon n’a rien d’illogique une fois qu’on regarde d’où vient réellement cette inflation, et pourquoi les marchés actions ont, historiquement, une tolérance bien plus grande aux hausses de taux que ce que l’on croit souvent.

Une inflation qui ralentit… lentement, pas qui repart

Le détail des chiffres change beaucoup l’interprétation. Une bonne partie de la hausse vient de catégories volatiles : les prix des billets d’avion ont bondi de 2,7 % sur le mois, ceux des hôtels de 2,4 %. Les services de communication et d’éducation ont eux aussi augmenté fortement, tirés par une hausse inhabituelle des forfaits de téléphonie mobile, un mouvement que beaucoup d’économistes considèrent comme ponctuel plutôt que structurel.

Les composantes plus stables et plus surveillées, elles, restent au contraire relativement sages. Les loyers ont progressé de 0,2 %, tout comme les loyers imputés aux propriétaires, deux hausses inférieures aux tendances observées ces derniers mois. Sur un an, l’inflation sous-jacente a même légèrement reculé, passant de 2,5 % en juillet à 2,4 % en août.

Autrement dit, le ralentissement de l’inflation se poursuit, mais de façon inégale et plus lente que ce que les marchés espéraient, plutôt que de repartir de façon générale à travers l’économie. C’est une nuance importante : ce n’est pas la même histoire qu’un retour de l’inflation, et les marchés le savent.

Une leçon que les marchés actions ont déjà apprise

L’idée qu’une hausse de taux condamne automatiquement la Bourse est un raccourci que l’histoire dément régulièrement. Lors du « taper tantrum » de 2013, l’annonce d’un simple ralentissement des achats d’obligations par la Réserve fédérale avait fait bondir les taux longs américains en quelques semaines. Les marchés actions, après une correction rapide, avaient repris leur progression quelques mois plus tard, portés par une économie qui continuait de créer des emplois.

Fin 2018, un scénario inverse s’était produit : la Fed avait relevé ses taux quatre fois dans l’année, provoquant une chute brutale des actions américaines en décembre. Mais dès qu’elle avait suspendu ses hausses début 2019, la Bourse avait effacé ses pertes en quelques mois à peine.

Ce que ces épisodes montrent, c’est que ce qui compte vraiment pour les actions n’est pas le niveau des taux en lui-même, mais la capacité de l’économie et des entreprises à continuer de générer des bénéfices malgré des taux plus élevés. C’est précisément la question posée aujourd’hui.

Une économie américaine encore solide

Les chiffres de l’emploi plaident pour une économie qui peut encaisser des taux plus élevés sans basculer. Les créations d’emplois ont atteint 162 000 en août, très au-dessus des 55 000 attendus, tandis que le taux de chômage restait stable à 4,1 %. L’activité manufacturière américaine, de son côté, était en expansion pour un huitième mois consécutif.

Les propres modèles de la Réserve fédérale suggèrent qu’un resserrement supplémentaire de 50 points de base ne réduirait la croissance économique que de quelques dixièmes de point. Autrement dit, deux hausses de taux supplémentaires semblent tout à fait absorbables par une économie qui reste, pour l’instant, robuste.

Le vrai moteur : les bénéfices des entreprises

C’est là que se trouve la clé de la résistance des marchés actions. Les prévisions actuelles tablent sur une croissance des bénéfices du S&P 500 de 25 % en 2026 et de 14 % en 2027, tandis que les entreprises de la zone euro devraient croître de 15 % sur ces deux mêmes années.

Fait notable : cette dynamique ne repose plus uniquement sur les plus grandes valeurs technologiques. La croissance médiane des bénéfices des entreprises du S&P 500 atteint environ 14 %, portée aussi par l’industrie manufacturière, l’activité sur les marchés de capitaux et une consommation des ménages qui résiste. Cet élargissement rend la hausse des bénéfices plus solide, car elle ne dépend plus d’une poignée de sociétés.

Des bénéfices plus robustes réduisent mécaniquement la valorisation des actions par rapport à leurs profits, ce qui rend les marchés moins vulnérables à une correction provoquée uniquement par une remontée des taux. Quant à l’intelligence artificielle, elle continue de jouer un rôle de soutien structurel, avec une demande toujours forte pour les capacités de cloud et les infrastructures dédiées.

Ce que l’investisseur peut en retenir

L’inflation américaine n’est pas vaincue, mais elle ne s’emballe pas non plus. C’est cette nuance, plus que le chiffre brut, qui explique pourquoi les marchés actions continuent d’avancer malgré la perspective de nouvelles hausses de taux.

Pour un investisseur, la leçon rejoint celle de tous les grands épisodes de resserrement monétaire depuis trente ans : rester diversifié, sans dépendre excessivement d’un petit nombre de valeurs, tout en gardant une exposition aux thèmes de fond, comme l’intelligence artificielle, l’énergie et les ressources, ou les tendances démographiques de long terme, reste la meilleure façon de traverser ces phases sans s’exposer inutilement à un choc isolé.

SOURCES

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Consumer Price Index, août 2026

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Producer Price Index, août 2026

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Employment Situation, août 2026

• CME Group – CME FedWatch Tool

• Federal Reserve – projections économiques et modèles de politique monétaire

• Institute for Supply Management (ISM) – indices d’activité manufacturière

• Bloomberg, Factset – données de marché



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La crypto face à une Fed qui resserre

La banque centrale américaine vient de relever ses taux pour la première fois depuis juillet 2023. Pour beaucoup d’investisseurs crypto français, l’info est passée au second plan. C’est une erreur : le prix du bitcoin peu dépendre bien plus de Washington qu’on ne le croit.

Mercredi 16 septembre, le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale a voté à l’unanimité une hausse d’un quart de point. Le taux directeur passe dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. C’est la première décision de ce type depuis l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de l’institution, en mai.

Côté crypto, pas de krach. Le bitcoin s’est maintenu autour de 76 000 dollars, pendant que Coinbase perdait plus de 4 % en Bourse et Circle, l’émetteur de l’USDC, près de 7 %. Beaucoup d’investisseurs zappent les réunions de la Fed. Voici pourquoi c’est une erreur.

Les taux et la crypto : le lien en une image

Le taux directeur, c’est le prix de l’argent. Quand la Fed le fait baisser, emprunter ne coûte plus presque rien. Quand elle le monte, tout se trouve plus cher.

Vous disposez de 10 000 dollars à placer. Si un bon du Trésor américain rapporte 0,1% par an, vous irez chercher du rendement ailleurs, crypto comprise. S’il vous rapporte 4 % sans effort, pourquoi subir un actif qui peut perdre 30 % en un mois ?

Le bitcoin ne distribue ni dividendes ni intérêts.Plus l’argent « sans risque » rapporte, plus il coûte cher en opportunité de détenir du BTC.De là vient tout le reste.

Pourquoi la Fed resserre maintenant

Il y a quelques mois, on parlait encore de baisses. Ce qui a tout changé, c’est l’énergie : la guerre entre les États-Unis et l’Iran a fait flamber le pétrole, et l’inflation américaine atteignait 3,4 % sur un an en août, loin de l’objectif de 2 %.

Warsh avait prévenu fin août à Jackson Hole, en rappelant que l’inflation PCE, l’indicateur préféré de la Fed, restait à 3,7 %. Le bitcoin avait alors glissé sous les 77 000 dollars. Détail politique : la hausse tombe à quelques semaines des midterms, malgré les appels répétés de Donald Trump à baisser les taux.

2020-2025 : la preuve par l’histoire

Mars 2020, COVID. Zéro taux, planche à billets à plein régime. En novembre 2021, le bitcoin est passé d’environ 5 000 dollars à près de 69 000 dollars.

Ensuite l’inflation revient. En 2022, la Fed a augmenté son taux de 0,25 % à 4,50 % sur neuf mois, et le bitcoin a perdu environ 60 %. Terra, Celsius, FTX : les faillites avaient leurs propres causes, mais elles ont éclaté au moment même où la liquidité se retirait.

Le cycle suivant vient conforter la règle. Dès 2023, le marché repart en prévision de la fin des hausses, les ETF bitcoin arrivent en janvier 2024, la Fed abaisse ses taux à partir de septembre 2024, et le BTC dépasse les 120 000 dollars en octobre 2025. À retenir : les marchés bougent avant la Fed.

Pourquoi le bitcoin n’a pas plongé ?

Justement, parce que tout le monde l’attendait. Goldman Sachs, JPMorgan, UBS, Barclays et la plupart des grandes banques prévoyaient un quart de point, et les marchés à terme lui donnaient plus de 92 % de probabilité le matin même. On avait déjà vu ce travail : après un rallye d’août de 63 000 à plus de 80 000 dollars, le BTC était déjà redescendu autour de 76 000.

Tout ne va pourtant pas bien. Les ETF bitcoin américains ont connu environ 746 millions de dollars de sorties les 15 et 16 septembre. Les institutionnels font les gros yeux.

Et pour un investisseur français ?

« Je suis en euros, c’est la BCE qui compte. » Justement : elle a devancé la Fed. Le 10 septembre, la BCE a relevé ses taux pour la deuxième fois de l’année, portant le taux de dépôt à 2,50 %, avec une inflation en zone euro à 3,3 % en août. Des deux côtés de l’Atlantique, le message est le même.

La Fed pèse pourtant plus lourd sur votre portefeuille crypto, pour deux raisons :

  • La crypto vit en dollars. USDT et USDC sont adossés au dollar et placés en bons du Trésor américains. Quand la Fed resserre, c’est la liquidité de tout l’écosystème qui se contracte.
  • L’effet change. Des taux américains plus hauts soutiennent souvent le dollar. Si le BTC baisse en dollars mais que le dollar monte face à l’euro, la perte est amortie pour un investisseur en euros. L’inverse est vrai aussi.

Alors, fin de l’argent facile ?

Une hausse n’est pas un cycle, et 2026 n’est pas 2022 : on ne part pas de zéro. Mais la Fed n’a pas dit son dernier mot. Selon son « dot plot », 16 des 18 participants anticipent une nouvelle hausse d’ici la fin de l’année.

Le vrai risque, c’est le pétrole. Une hausse de taux ne fait pas baisser le prix du baril. Si l’inflation résiste, la Fed pourrait devoir aller plus loin, et c’est ce scénario qui ferait vraiment mal aux actifs risqués.

À surveiller dans les semaines qui viennent : le prix du pétrole, les chiffres d’inflation américains, le dollar, les flux des ETF bitcoin, et le niveau des 75 000 dollars, que plusieurs analystes considèrent comme le support clé à court terme.

Les dates à noter

  • 7 octobre : compte rendu de la réunion de septembre de la Fed
  • 28 octobre : prochaine décision de la Fed et conférence de presse
  • 29 octobre : prochaine décision de la BCE

Ignorer la Fed quand on détient de la crypto, c’est naviguer sans regarder la météo. Le bateau peut être excellent, le vent décide quand même d’une bonne partie du trajet.

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Stablecoins : peuvent-ils rivaliser avec les banques centrales ?

Longtemps cantonnés à l’univers des cryptoactifs, les stablecoins intéressent désormais les banques, les géants des paiements et les grandes entreprises technologiques.

Le marché mondial a dépassé 300 milliards de dollars en 2026, contre moins de 10 milliards six ans plus tôt, selon Christine Lagarde. Près de 90 % de ce marché reste concentré entre deuxémetteurs, Tether et Circle, très majoritairement libellés en dollars. La question n’est donc plus seulement technologique : elle devient monétaire etgéopolitique. Qui contrôlera les infrastructures de la monnaie numérique de demain, les banques centrales, les banques commerciales ou les acteurs privés ?

Une nouvelle bataille autour du dollar numérique

Le marché s’est longtemps structuré autour de Tether (USDT) et de l’USDC de Circle, un émetteur créant un jeton adossé à des réserves censées en garantir la stabilité. Mais une nouvelle génération de projets change la donne : Open USD (OUSD), lancé en juin 2026 par Open Standard, réunit déjà plus de 140 entreprises, dont Visa, Mastercard, Stripe,
BlackRock, Coinbase et Google.

Contrairement à un émetteur unique, Open USD fonctionne comme une infrastructure commune : la frappe et le rachat des jetons sont gratuits, et l’essentiel des revenus des réserves est reversé aux partenaires. La bataille ne porte donc plus seulement sur la taille des stablecoins, mais sur la répartition de la valeur qu’ils génèrent.

Les banques centrales face à une nouvelle concurrence

Christine Lagarde reconnaît la croissance spectaculaire des stablecoins tout en pointant les risques pour la stabilité financière et la souveraineté monétaire, la BCE redoutant une «dollarisation numérique » de l’Europe.

Le mécanisme est simple : si particuliers et entreprises déplacent leurs liquidités des banques vers les stablecoins, les établissements bancaires perdent une source de financement, ce qui peut renchérir le crédit. La Banque des règlements internationaux (BRI) partage cette inquiétude : environ 98 % de la valeur des stablecoins est libellée en dollars,un facteur qui pourrait accentuer la dollarisation numérique dans certaines économies.

L’Europe cherche une troisième voie

Plutôt que d’interdire les stablecoins, l’Europe régule la monnaie privée via le règlement MiCA, qui impose aux émetteurs de constituer des réserves séparées et protégées, tout en développant sa propre monnaie publique numérique. La BCE vise une première émission de l’euro numérique en 2029, avec un projet pilote de 12 mois à partir de 2027 et 36 prestataires déjà sélectionnés. L’objectif n’est pas d’éliminer les solutions privées, mais de faire coexister monnaie publique et moyens de paiement privés, y compris via des transactions réglées en monnaie de banque centrale sur des
infrastructures numériques (DLT).

Trois architectures en concurrence

Le stablecoin privé offre une infrastructure programmable et internationale, mais dépend de la qualité de ses réserves et de son cadre réglementaire. Le dépôt bancaire tokenisé conserve le lien avec le système bancaire tout en devenant numérique et programmable. La monnaie numérique de banque centrale, elle, reste une créance directe sur la banque centrale et pourrait servir d’ancre de confiance.

La BRI privilégie aujourd’hui les dépôts tokenisés pour les paiements courants, une manière de bénéficier de la tokenisation sans bouleverser les fondations du système monétaire existant.

Le véritable enjeu : qui captera la valeur ?

Les stablecoins ne sont plus de simples moyens de paiement : ils deviennent des infrastructures financières capables de générer des revenus, des commissions et des effets de réseau. Open USD pousse cette logique plus loin en redistribuant les revenus des réserves à l’écosystème qui contribue à son adoption.

La question n’est donc plus de savoir quel stablecoin est le plus utilisé, mais qui contrôlera l’infrastructure, les utilisateurs et les revenus de cette nouvelle économie monétaire numérique.

Vers une coexistence plutôt qu’une victoire absolue

Il serait prématuré d’annoncer la victoire des stablecoins ou celle des banques centrales. La BRI estimait le marché mondial à environ 315 milliards de dollars début avril 2026, mais leur usage réel dans les paiements du quotidien reste très inférieur à leurs volumes transactionnels globaux.

Le scénario le plus probable est celui d’une hybridation : les banques centrales fourniraient l’ancre monétaire, les banques commerciales conserveraient leur rôle dans le crédit, les stablecoins apporteraient des infrastructures programmables et transfrontalières, tandis que
les entreprises technologiques assureraient la distribution.

Conclusion

La bataille des stablecoins ne se résume pas à un affrontement entre finance traditionnelle et cryptomonnaies : elle relance une question bien plus ancienne, celle du droit de créer et de contrôler la monnaie.

L’Europe défend sa monnaie publique numérique, les acteurs privés construisent des infrastructures mondiales autour du dollar, et les banques explorent les dépôts tokenisés. La prochaine révolution monétaire ne verra sans doute pas disparaître les banques centrales, mais les obligera à partager l’infrastructure monétaire avec des acteurs privés qu’elles n’avaient encore jamais eu à affronter à cette échelle. La véritable bataille ne sera peut-être pas celle du jeton le plus populaire, mais celle de l’infrastructure qui deviendra indispensable.

SOURCES

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Jackson Hole 2026 : le premier grand test de Kevin Warsh à la Fed

Jackson Hole 2026 : Kevin Warsh prononcera son premier discours à la tête de la Fed. Un test décisif pour les taux et les marchés.

Sur le papier, c’est un rendez-vous académique parmi d’autres. Dans les faits, c’est probablement l’événement macroéconomique le plus scruté de la rentrée, et il arrive à un moment où le dollar, l’or et les taux longs américains racontent déjà trois histoires différentes.

Un symposium qui a pris une importance disproportionnée

Jackson Hole désigne le sommet économique organisé chaque année depuis 1978 par la Fed de Kansas City, dans les montagnes du Wyoming. Pendant longtemps, c’était un rendez-vous discret entre banquiers centraux et universitaires. Il a pris une tout autre dimension à partir de la fin des années 2000, quand Ben Bernanke, alors président de la Fed, s’en est servi pour annoncer les grandes orientations de politique monétaire pendant la crise financière. Depuis, chaque discours du président de la Fed y est disséqué comme une source de signal sur la trajectoire des taux.

Le précédent le plus marquant reste 2022. Jerome Powell y avait livré le discours le plus court de mémoire récente, à peine huit minutes, pour prévenir les marchés qu’une période de « douleur » économique serait nécessaire pour juguler l’inflation. Le S&P 500 avait chuté d’environ 3,4 % ce jour-là. Deux ans plus tard, en 2024, c’est au même endroit que Powell avait ouvert la porte aux premières baisses de taux. L’an dernier, en reconnaissant la montée des risques sur le marché de l’emploi, il avait provoqué une hausse de 1,5 % du S&P 500 et fait reculer le rendement du 2 ans américain de 10 points de base en une seule séance. Le thème officiel du symposium ne dit donc pas grand-chose de ce qui va réellement s’y passer. Ce que dit le président de la Fed compte davantage que ce pour quoi la réunion a été programmée.

Un contexte inhabituellement tendu pour un premier discours

Warsh a pris ses fonctions le 22 mai 2026, confirmé par le Sénat à seulement 54 voix contre 45, la confirmation la plus serrée de l’histoire du poste. Sa nomination par Donald Trump en janvier répondait pourtant à un objectif précis, celui d’installer à la tête de la Fed un président disposé à baisser rapidement les taux, dans la ligne de la pression exercée par la Maison Blanche sur Jerome Powell pendant des mois. Or Warsh, ancien gouverneur de la Fed réputé pour ses positions restrictives, a depuis surpris une partie du marché en ne cédant pas à cette pression une fois en poste. Il arrive à Jackson Hole trois semaines avant la réunion de septembre du comité de politique monétaire (le FOMC), dans un climat interne inhabituellement divisé. Lors de la réunion du 29 juillet, le comité a maintenu ses taux directeurs dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, un statu quo attendu, mais le vote s’est joué à 9 voix contre 3. Les présidentes et président des Fed régionales de Cleveland, Minneapolis et Dallas ont voté contre le statu quo, réclamant une hausse immédiate d’un quart de point. C’est la première fois depuis 2016 que trois membres du comité votent dans la même direction dissidente, un signal que l’aile la plus inquiète face à une inflation qui dépasse l’objectif de 2 % depuis plus de cinq ans (elle s’établit actuellement à 3,4 %) prend du poids.

Warsh lui-même a qualifié ce désaccord de « bagarre de famille » qu’il avait sciemment provoquée en réduisant les indications préalables que la Fed donne traditionnellement au marché. À l’époque, il avait décrit son futur discours de Jackson Hole comme une « feuille blanche », sans contenu arrêté. Il a depuis laissé entendre à des journalistes que son propos porterait davantage sur des questions structurelles de long terme que sur des indications de politique monétaire à court terme, tout en précisant que la Fed agirait indépendamment de ce que le marché anticipe.

Trois marchés, trois lectures possibles

Ce qui rend ce discours particulièrement suivi, c’est qu’il arrive alors que trois classes d’actifs envoient des signaux presque contradictoires.

Le dollar est sous pression. L’indice DXY, qui mesure le billet vert face à un panier de devises, est tombé à son plus bas niveau depuis la mi-mai, en repli de plus de 3 % depuis son sommet de l’année. Une confirmation par Warsh d’une posture restrictive pourrait freiner cette baisse en rendant les actifs en dollars plus attractifs, tandis qu’un ton plus conciliant l’accentuerait.

L’or, de son côté, s’est repris ces dernières semaines, porté par le recul des probabilités de hausse de taux. Ce mouvement s’explique par la compression des taux réels, c’est-à-dire le rendement des obligations une fois l’inflation déduite. Plus les taux réels baissent, moins il coûte cher de détenir de l’or, qui ne verse aucun intérêt, ce qui pousse son prix à la hausse. Un discours qui referme la porte à un statu quo prolongé pourrait inverser ce mécanisme.

Enfin, les taux longs américains restent sous tension. Le rendement du 30 ans a rebondi à 5,27 %, non loin de ses plus hauts niveaux en deux décennies, après une brève détente à 5,17 % consécutive à une intervention du secrétaire au Trésor Scott Bessent. Cette pression s’inscrit dans un contexte budgétaire lourd, la dette publique américaine ayant franchi le seuil des 40 000 milliards de dollars la semaine dernière. Warsh lui-même a suggéré que la remontée des taux obligataires récente devait en partie à la réduction des indications préalables de la Fed, les marchés étant désormais contraints de réagir aux données plutôt qu’aux annonces anticipées.

Ce qu’il faut surveiller vendredi

Le marché ne price aujourd’hui qu’environ une chance sur trois d’une hausse de taux en septembre, contre plus d’une chance sur deux au lendemain immédiat de la réunion du 29 juillet. Cet écart montre que les investisseurs ont partiellement digéré la dissidence hawkish sans pour autant l’intégrer pleinement. Le discours de Warsh a donc une vraie valeur informationnelle plutôt que confirmatoire, contrairement à la plupart des interventions de ses prédécesseurs ces dernières années, où le marché savait globalement à quoi s’attendre avant même la prise de parole.

Trois lectures sont possibles vendredi. Un ton qui valide les inquiétudes des trois dissidents renforcerait les anticipations de hausse, soutiendrait le dollar et pèserait sur l’or. Un ton qui insiste sur la patience et la prudence face à une économie qui ralentit referait le chemin inverse. Et un discours volontairement évasif, cohérent avec la stratégie de Warsh de réduire les indications préalables, laisserait le marché continuer à trader sur les données économiques à venir plutôt que sur la parole de la Fed, ce qui serait en soi une forme de signal sur la manière dont cette Fed entend fonctionner.


Sources : 

https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-08-22/kevin-warsh-to-make-first-jackson-hole-speech-as-fed-chair

https://www.cnbc.com/2026/07/29/fed-meeting-today-live-updates.html

https://tradingeconomics.com

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Euro dollar : à 1,1590, ce que cache la hausse de l’euro

Le lundi 17 août, l’euro s’échange à 1,1590 contre le dollar, son plus haut niveau depuis deux mois. Pourquoi ce mouvement vers l’euro et quelles conséquences en tirer.

Une histoire de dollar, pas d’euro 

En réalité, ce qu’il faut comprendre est que ce n’est pas l’euro qui augmente ou qui domine le dollar en ce moment, mais c’est bien le dollar qui est en recul et ce depuis début août.

En effet depuis l’instauration de Warsh à la tête de la FED le 22 mai 2026, on a eu deux mouvements presque contradictoires quant au dollar. 

Dans un premier temps, ce qui a été appelé le rallye Warsh est le mouvement haussier sur le dollar qui s’est déroulé entre juin et juillet, période à laquelle Warsh montrait une posture plus hawkish que prévu, puisque Trump l’avait nommé pour qu’il suive son agenda de taux d’intérêt directeur bas. À ce moment-là, le DXY (Indice Pondéré du Dollar) avait pris +2%. 

Dans un second temps, on constate que depuis début août, le billet vert est en baisse face à d’autres devises comme l’euro ou encore le yen japonais. Ce mouvement s’explique par les mauvaises données économiques parues depuis le début du mois, comme la chute de l’emploi avec le NFP du 7 août, qui était attendu à 85 000 et qui est sorti à -23 000, ou encore les inscriptions au chômage, attendues à 202 000 et sorties à 209 000. Les ventes au détail (retail sales) sont elles aussi ressorties plus basses que prévu, avec une prévision à 0,1% contre un chiffre final à -0,6%. Ces mauvais chiffres pèsent sur le dollar.

De son côté, la Banque centrale européenne fait face à des pressions à la hausse persistantes sur les prix dans le secteur de l’énergie, avec des marchés qui évaluaient récemment à environ 95% la probabilité d’un relèvement de 25 points de base en septembre, lié justement au choc énergétique concernant l’Iran. Ce décalage des rendements de taux d’intérêt favorise l’euro.

Dans un troisième temps, le mouvement baissier sur le dollar se traduit également par la décision de Warsh quant à la fin du forward guidance, qui pour lui n’était pas adapté à la conjoncture politique actuelle et qui était un outil réservé aux crises. Le forward guidance de la Fed est un outil que la Fed utilisa post 2008 pour rassurer les marchés et éviter tout basculement soudain de politique monétaire en annonçant dans quelle direction elle se dirigeait. Donc pour les investisseurs, ne plus avoir accès à cet outil met leurs capitaux et leurs investissements dans le flou et de ce fait, ils rebasculent leurs capitaux vers l’euro ou d’autres devises comme le yen japonais.

Ce que ça change chez les Français

Tout simplement, pour les particuliers, un euro plus fort c’est du pouvoir d’achat qui augmente pour tout français en déplacement dans un pays où le dollar est la monnaie courante ou bien tout achat d’un produit libellé en dollar est donc moins cher en euro. Pour les entreprises françaises exportatrices aux États-Unis, cette tendance haussière de l’EUR/USD est une pénalité, puisque leur produit devient plus cher pour les acheteurs américains. 

Ce qu’il faut surveiller

Cette tendance pourrait rebasculer puisque la fin d’août promet d’être mouvementé.
Déjà, le 19 Août est une date à surveiller avec les minutes de la FED. Est-ce que la Fed va révéler une trajectoire future concernant leur politique monétaire ou bien elle restera ferme dans sa décision de ne rien dire pour rester maître ? 

Ensuite le 27 Août on aura le début du sommet Jackson Hole 2026, mais le rendez-vous intéressant se déroulera le Jour 2, le 28 ; où le sommet sera un théâtre d’un face à face crucial entre la vision stricte et pragmatique de Warsh et la posture ferme de Lagarde, un choc d’idées qui dictera la future tendance de la paire EUR/USD.

Sources :

https://tradingeconomics.com/

https://www.reuters.com/business/finance/investors-worry-leaner-fed-guidance-may-come-price-2026-08-12

https://www.cnbc.com/2026/08/17/treasury-yields-federal-reserve-fomc-minutes.html

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La Bourse nous rend-elle vraiment plus riches ?

C’est une idée profondément ancrée chez des millions d’investisseurs. Depuis des décennies, la Bourse est présentée comme l’un des meilleurs moyens de construire un patrimoine.

Des investisseurs célèbres comme Warren Buffett sont devenus milliardaires grâce aux marchés financiers, tandis que des entreprises comme Apple, Microsoft ou Amazon ont transformé de simples actionnaires en millionnaires. Sur les réseaux sociaux, les promesses sont nombreuses : « Investissez chaque mois dans un ETF et laissez votre argent travailler pour vous. »

À première vue, cela semble évident. Les grands indices boursiers montent depuis des décennies et les statistiques montrent que les actions offrent de meilleurs rendements que la plupart des autres placements.

Mais une question mérite d’être posée. La Bourse rend-elle réellement les investisseurs plus riches ? Ou ne fait-elle que refléter la richesse créée ailleurs ? Pour répondre à cette question, il faut comprendre ce qu’est réellement la Bourse et pourquoi elle existe.

Avant de continuer, un grand merci à notre sponsor Trade Republic pour son soutien 🤝

Wall Street : le symbole de la richesse mondiale

Lorsqu’on pense à la Bourse, une image revient presque toujours : Wall Street. Cette célèbre rue de Manhattan, à New York, abrite notamment la Bourse de New York (NYSE), créée à la fin du XVIIIᵉ siècle. Au fil des décennies, Wall Street est devenue le centre financier le plus influent du monde.

Chaque jour, des milliers de milliards de dollars y changent de mains. Des investisseurs particuliers, des fonds de pension, des banques, des assureurs et des entreprises y achètent ou vendent des actions.

Pour beaucoup, Wall Street représente le lieu où se crée la richesse. Pourtant, cette vision est trompeuse. Wall Street ne fabrique pas d’argent.

Elle met simplement en relation des entreprises qui recherchent des financements et des investisseurs prêts à leur confier leur capital.

Autrement dit, la Bourse est un immense marché où s’échangent des parts d’entreprises.

Pourquoi la Bourse existe-t-elle ?

Pour comprendre pourquoi la Bourse peut enrichir les investisseurs, il faut revenir à son rôle initial. Imaginons une entreprise qui souhaite construire une nouvelle usine.

Elle a besoin de plusieurs milliards d’euros.

Deux solutions s’offrent à elle :

  • emprunter auprès des banques ;
  • vendre une partie de son capital à des investisseurs.

En entrant en Bourse, l’entreprise peut lever d’importantes sommes d’argent afin de financer sa croissance. En échange, les investisseurs deviennent copropriétaires de l’entreprise.

Ils participent alors à ses réussites… mais aussi à ses difficultés. La Bourse est donc avant tout un outil de financement de l’économie réelle.

La Bourse ne crée pas directement de richesse

C’est probablement la plus grande confusion. Beaucoup pensent que la hausse des marchés crée de l’argent. En réalité, la Bourse ne produit rien.

Elle ne fabrique ni voitures, ni logiciels, ni médicaments. Ce sont les entreprises qui créent la richesse.

  • Elles développent des produits.
  • Elles innovent.
  • Elles recrutent.
  • Elles vendent leurs services dans le monde entier.
  • Elles réalisent des bénéfices.

Lorsque ces bénéfices augmentent durablement, les investisseurs acceptent de payer plus cher les actions. La hausse des marchés est donc une conséquence de la création de valeur par les entreprises. Et non l’inverse.

Pourquoi les actions prennent-elles de la valeur ?

Une entreprise peut accroître sa valeur de nombreuses façons.

Elle peut :

  • augmenter ses ventes ;
  • améliorer sa rentabilité ;
  • lancer un produit révolutionnaire ;
  • conquérir de nouveaux marchés ;
  • réaliser des acquisitions ;
  • réduire ses coûts ;
  • racheter ses propres actions ;
  • verser des dividendes.

Toutes ces décisions peuvent augmenter les bénéfices futurs. Or, une entreprise capable de gagner davantage d’argent vaut généralement plus cher. C’est cette progression qui fait monter le cours de l’action.

Les entreprises les plus performantes ont créé une richesse immense

L’histoire des marchés financiers est avant tout l’histoire de grandes entreprises. Apple est passée d’une petite société informatique à l’une des entreprises les plus valorisées au monde.

Microsoft domine le marché des logiciels depuis plusieurs décennies. Amazon a profondément transformé le commerce. Nvidia est devenue incontournable dans les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle. LVMH est devenu le leader mondial du luxe.

Ces entreprises ont créé des milliers de milliards d’euros de valeur économique. Leurs actionnaires en ont naturellement bénéficié. La richesse provient donc de leur capacité à innover et à développer leurs activités.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes

Depuis près d’un siècle, les actions figurent parmi les placements les plus performants. Le S&P 500, qui regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines, a généré un rendement annuel moyen d’environ 10 % par an, dividendes réinvestis. Après inflation, cela représente environ 7 % de rendement réel.

Pour mieux comprendre la puissance du temps, prenons un exemple.

Un investissement de 10 000 € placé pendant 40 ans avec un rendement annuel moyen de 10 % atteindrait environ 452 000 €.

Les intérêts composés jouent ici un rôle essentiel. Chaque gain produit à son tour de nouveaux gains. Au fil des décennies, cette croissance devient exponentielle.

Pourtant, beaucoup d’investisseurs ne profitent pas de cette performance

Voici le paradoxe. Alors que les marchés ont historiquement progressé sur le long terme, une grande partie des investisseurs obtient des résultats bien inférieurs.

Pourquoi ?

  • Parce que leurs émotions prennent souvent le dessus.
  • Ils vendent lors des krachs.
  • Ils achètent après plusieurs années de hausse.
  • Ils essaient de prévoir les marchés.
  • Ils changent constamment de stratégie.
  • Ils recherchent l’action miracle.

En réalité, le principal obstacle n’est souvent pas la Bourse. C’est le comportement de l’investisseur.

Wall Street a aussi connu de nombreuses crises

On oublie souvent que la Bourse traverse régulièrement des périodes difficiles. En 1929, Wall Street s’effondre et provoque la Grande Dépression. En 1987, le « Lundi noir » voit les marchés chuter de plus de 20 % en une seule séance. En 2000, la bulle Internet éclate. En 2008, la crise des subprimes entraîne une chute des marchés mondiaux. En 2020, la pandémie de Covid-19 provoque l’un des krachs les plus rapides de l’histoire.

À chaque fois, beaucoup pensent que la Bourse est définitivement condamnée. Pourtant, les marchés ont toujours fini par retrouver leurs plus hauts niveaux. Non pas parce que les investisseurs étaient optimistes. Mais parce que les entreprises ont continué à produire, innover et générer des bénéfices.

Les intérêts composés : le véritable moteur

La plupart des investisseurs surestiment l’importance du rendement annuel. Ils sous-estiment en revanche l’importance du temps.

Investir pendant cinq ans ne produit généralement pas de résultats spectaculaires. Investir pendant trente ou quarante ans change complètement la donne. Plus le temps passe, plus les intérêts composés accélèrent la croissance du patrimoine. C’est pourquoi les investisseurs les plus performants sont souvent ceux qui restent investis le plus longtemps.

La Bourse n’est pas sans risque

Investir en actions comporte des risques. Le marché peut perdre 10 %, 20 % ou même 50 % sur une courte période. Certaines entreprises peuvent faire faillite. D’autres ne retrouveront jamais leur niveau passé. C’est pourquoi la diversification est essentielle.

Détenir un ETF mondial ou un portefeuille diversifié permet de réduire le risque lié à une entreprise ou à un secteur particulier. La patience est également indispensable. Les investisseurs qui paniquent à chaque correction risquent de vendre au pire moment.

Alors, la Bourse nous rend-elle vraiment plus riches ?

La réponse est oui, mais pas pour les raisons que beaucoup imaginent.

La Bourse ne crée pas de richesse par magie. Elle permet simplement aux investisseurs de devenir copropriétaires d’entreprises qui créent de la valeur. Lorsque ces entreprises innovent, augmentent leurs bénéfices et développent leurs activités, leurs actionnaires en récoltent les fruits.

Autrement dit, la Bourse est un formidable outil pour participer à la croissance de l’économie mondiale.

Mais elle ne garantit pas l’enrichissement. Les résultats dépendent du temps, de la discipline, de la diversification et de la capacité à rester investi malgré les périodes de turbulences.

Au final, la vraie question n’est donc pas :

« La Bourse rend-elle riche ? »

La vraie question est plutôt :

« Êtes-vous prêt à devenir propriétaire des entreprises qui construiront l’économie de demain… et à leur laisser suffisamment de temps pour créer de la valeur ? »

Car, sur le long terme, ce ne sont ni Wall Street ni les fluctuations quotidiennes des marchés qui enrichissent les investisseurs. Ce sont les entreprises capables d’innover, de produire, de s’adapter et de créer durablement de la richesse.