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Italie : fragilité cachée des finances publiques

Entre 2020 et 2025, l’Italie a fortement réduit son déficit public, passant de 9,5 % à 3,1 % du PIB, un redressement budgétaire qui renforce la crédibilité économique du gouvernement de Meloni.

Ce succès est souvent comparé à la situation de la France, dont les finances publiques restent au-dessus des critères de l’Union européenne. Ce contraste alimente le débat sur la gestion du déficit public français, entre choix politiques, contraintes économiques et respect des règles budgétaires de Bruxelles.

Loin des discours politiques qui suggéreraient que l’Italie se tient économiquement mieux que la France, les données macroéconomiques et les investisseurs en font un constat un peu plus nuancé. 

Le déficit/pib français est certes au-dessus de celui de l’Italie mais la France résiste beaucoup mieux structurellement (115,6% vs 137,1% en dette/pib en 2025). Les marchés en ont effectivement conscience et cela se traduit empiriquement sur les taux même si les marchés actions sont mieux orientés. 

La trajectoire budgétaire de la France est négative mais le niveau de dette n’est pour l’instant pas insoutenable

La France est structurellement plus endettée que l’Italie. En 2020 la France avait une dette publique au sens de Maastricht de 2650 mds d’euros alors que l’Italie avait une dette de 2570 mds d’euros soit un écart de 80 mds. Entre 2020 et 2025 cet écart s’est considérablement creusé pour atteindre 483 mds d’euros entre la dette publique française estimée pour 2025 à 3482 mds d’euros et l’italienne à 2998 mds d’euros. 

En termes de ratio sur PIB la France affiche un niveau plutôt stable : depuis 2020 le ratio s’est même amélioré passant de 115,7% à 115,6% soit une amélioration de 10 points de base. En Italie la dette publique est quant à elle passée de 154,9% de PIB à 132,8% de PIB soit une réduction massive de plus de 30 points de pourcentage.

Concernant les conditions de financement, certaines périodes récentes ont vu la France emprunter à 10 ans à des taux légèrement supérieurs à ceux de l’Italie comme le montre la partie du graphique située sous la ligne de référence. Néanmoins, un retour à une hiérarchie plus conforme aux fondamentaux macroéconomiques s’est rapidement opéré, notamment au regard des notations souveraines attribuées par Moody’s : Aa3 pour la France contre Baa2 pour l’Italie.

Le graphique ci-dessous illustre ces évolutions et ces écarts de perception sur les marchés.


La dynamique du déficit public italien est à mettre au crédit du solde budgétaire pas du PIB

Le tableau est donc très positif mais il est plus à justifier par un meilleur solde budgétaire que par une embellie économique forte. En termes de déficit/PIB, le numérateur le déficit par année a été plus que divisé par. En 2020 le déficit public italien était d’environ -157 mds d’euros alors qu’il n’est que de -67,8 mds d’euros en 2025. En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Par ailleurs, cette stratégie, qui semble avoir contenu la croissance économique notamment en comparaison avec la forte dépendance française aux dépenses publiques aurait néanmoins permis de mieux maîtriser les déséquilibres budgétaires actuels.

En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Malgré quelques semaines durant lesquels la France s’est endettée à maturité 10 ans à un rendement plus élevé que son homologue italien (partie du graphique sous le trait et inférieur à 0) un retour vers les données macroéconomiques a eu lieu(la France est notée Aa3 et l’Italie Baa2 par l’agence Moody’s).

Surtout, le maintien des finances publiques françaises en dessous des 3% est à contextualiser. Depuis la victoire du RN aux élections européennes de juin 2024 et la dissolution qui s’en suivit, la France n’a pas pu composer avec un gouvernement issu d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. La France s’est embourbée dans des alliances qui pour certaines n’ont pas tenu (Barnier, Bayrou, Lecornu) qui ont rendu impossible la discussion et l’adoption d’un budget plus austère qui aurait sûrement limité la croissance économique (très forte dépendance en France aux dépenses publiques) mais aurait permis de limiter les difficultésbudgétaires en cours. 

Les marchés actions supposeraient de meilleures perspectives en Italie

Les marchés actions ont cependant un discours très positif sur l’Italie. Il y a un peu plus d’1 an, Donald Trump annonçait le Liberation Day avec ses droits de douane dits « réciproques ». Pour rappel, l’Italie exporte environ 60 mds d’euros (environ 10% des exportations totales italiennes) de biens vers les Etats-Unis (principalement des produits pharmaceutiques et des équipements industriels) ce qui aurait pu l’impacter de manière similaire à la France qui exporte ses produits dans les mêmes ordres de grandeur. Pourtant Le FTSE MIB (Italie) progresse de 24,61% le CAC (France) de 3,91% et le DAX(Allemagne) de 2,55% en euros, dividendes nets réinvestisentre le 02 avril 2025 et le 02 avril 2026.

Cette divergence suggère que les investisseurs anticipent des perspectives économiques plus favorables pour l’Italie, malgré un environnement externe potentiellement contraignant.

Le graphique ci-joint met en évidence cet écart de performance et traduit ce biais de marché en faveur des actifs italiens.

La Cour Suprême a certes remis en cause les tariffs réciproques mais une baseline de 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis est encore en cours depuis le 24 février dernier et cela pour 150 jours maximums soit jusqu’au 24 juillet prochain. Cette situation aurait pu impacter l’indice italien mais cela semble à priori limité.

Ces belles performances seraient donc plutôt à aller chercher suivant une approche bottom-up et micro qui se concentre principalement sur les résultats financiers des entreprises et leurs santés financières que grâce à un dynamisme macro-économique surperformant les autres pays de la zone euro. 

Conclusion :

L’Italie va donc mieux mais une approche plus pragmatique et « data-dependant » permet de se rendre compte que le bilan est un peu plus nuancé : les finances publiques italiennes restent fortement sous pression surtout si le PIB ne progresse pas plus rapidement. Le spread avec les autres crédits souverains se stabilisent défavorablement pour l’état Italien et les récents revers politiques de Giorgia Meloni ne devrait pas l’influencer à mettre en place des programmes de politiques publiques structurels d’envergure. 

En outre, l’Italie reste un pays fracturé géographiquement et économiquement avec le Nord industriel très porteur en création de richesses et le Sud dont le PIB/habitant est environ inférieur de moitié à celui du Nord. 

Pour autant, une vision « action-centrée » rappelle que la bonne dynamique budgétaire actuelle ainsi que les belles valeurs de l’indice boursier italien sont soutenues positivement par les investisseurs. 

Sources :

Situation des pays de l’Union européenne au regard des critères de convergence 

Les finances publiques des pays de la zone euro en 2024

La dette publique atteint 88,2 % du PIB dans la zone euro | Eurostat

Situation économique et financière de l’Italie

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Japon : marchés en hausse malgré les craintes sur la dette

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février non sans crainte sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février dernier et donnent de précieux premiers indicateurs sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Le PLD (parti libéral démocrate) avec à sa tête Sanae Takaichi (première femme à occuper ce rôle) a réussi à se défaire du bourbier politique dans lequel le pays était plongé. Depuis les déboires de son ancien leader Shigeru Ishiba lors des élections législatives d’octobre 2024 et la mise en place d’un gouvernement minoritaire, le pays était dans l’incertitude politique. Entre-temps, la défaite du PLD aux sénatoriales de juillet 2025 avait conduit Mr Ishiba à la démission et Mme Takaichi ambitionnait de remettre de la clarté par les urnes. C’est ce qu’elle a réussi à faire.

Un PLD raffermi, et dominant face aux oppositions qui montaient

Malgré une mainmise quasi continue sur la politique de Tokyo, le PLD faisait face à la montée des oppositions dans les urnes. Lors des élections d’octobre 2024 le parti d’opposition PDC (centre-gauche) glanait 148 sièges et le PLD 198 dans une assemblée fragmentée (233 sièges requis pour gouverner seul). Or, les premières estimations des élection de Dimanche donneraient 316 députés au PLD sur les 465 que comptent la chambre basse, soit une base très solide pour que le PLD puisse mettre en place son programme politique.

Sanae Takaichi a en outre réussi à calmer la méfiance grandissante à l’égard du PLD causée notamment par l’inflation (doublement du prix du riz) et le scandale politico-financier des « caisses noires ».

Visibilité politique accrue mais inquiétudes budgétaires persistantes

Cette victoire permet certes, aux investisseurs de gagner en visibilité sur le devenir de l‘économie japonaise (une alliance de plusieurs partis auraient pu rendre difficile la mise en place de politiques publiques) mais elle peut surtout être inquiétante pour le futur des finances publiques nippones.

Mme Takaichi a annoncé un plan massif de relance budgétaire de 120 mds d’euros (environ 21 300 mds de yen) avec notamment une aide pour les ménages avec enfants, des subventions pour l’électricité, le gaz et un programme de crédit d’impôt pour les ménages.

Dette élevée : stimuler la croissance malgré les risques sur la dette

Le plan de relance budgétaire est justifié par la volonté de stimuler la consommation et les investissements face à une croissance en berne. Même si le stock de PIB en fait la 4ème puissance économique mondiale, le flux, la croissance est faiblement orientée (-0,6% au T3 2025).

Or, cette politique volontariste n’est pas sans conséquence pour un pays très endetté (environ 230% de PIB). Les investisseurs commencent déja à sanctionner la dette japonaise avec une montée des taux longs (près de 60 pb sur le 10 ans japonais depuis l’arrivée de Mme Takaichi en octobre 2025), et un rétrécissement du spread avec le 10 ans américain. Cette hausse ne devrait pas ralentir avec une montée des craintes d’un « moment Liz Struss » nippon.

Graphique 1 : Ecarts des taux des obligations souveraines américaines et japonaises à échéance 10 ans depuis 2023.

sources : Investing.com, calculs de l’auteur

Politique monétaire : la BoJ contrainte d’agir pour soutenir le yen

Côté politique monétaire, la BoJ a dû monter ses taux de 25 pb en décembre dernier pour soutenir la devise nippone chahutée dans un contexte de convergence de l’inflation vers la cible des 2% (2,1% en décembre 2025).

L’USD/JPY (+6,80% depuis 6 mois) permet certes de favoriser les exportations japonaises mais l’inflation importée pourrait se répercuter sur les consommateurs japonais (l’inflation n’est toujours pas à la cible des 2% depuis mars 2022).


La hausse des taux (courts et longs) permettra certes de rapatrier des capitaux avec des meilleurs rendements pour les supports japonais et libellés en JPY, mais c’est surtout un coût de la dette qui risque de s’envoler, et des entreprises qui resteraient attentistes (coût du crédit en hausse et craintes de hausses d’impôts futurs pour financer ce plan de relance).

Les investisseurs surpondèrent pour l’instant les marchés actions Japonais

Pour autant, les marchés actions japonais réalisent un très bon début d’année (+6,37% pour le Topix depuis janvier). Cela paraît contre-intuitif, notamment sur les valorisations de type CAPM. Avec un actif sans risque aux rendements plus hauts, le cost of Equity (rendement exigé par les investisseurs) devrait être plus élevé ce qui n’est à priori pas positif pour les marchés actions. Pour autant, les belles valeurs de l’indice (Toyota Motor, Mitsubishi Finance, Hitachi, Softbank) bénéficient entre autres côté industrie de la baisse du yen (favorable aux exportations) et le secteur financier de perspectives de meilleurs marges à venir sur les intérêts.

Graphique 2 : performance des marchés actions TOPIX (bourse de Tokyo) depuis le début de l’année

(source : Investing.com, calculs de l’auteur)

La clarté politique apportée par Mme Takaichi semblerait être réceptionnée de manière positive par les investisseurs même si l’expansion budgétaire à venir ne sera pas sans conséquence pour un pays très endetté. Surtout, la faiblesse continuelle du yen a contraint la BoJ à lever ses taux et à restreindre l’accès aux crédits ce qui ne viendra pas faciliter le plan de relance budgétaire.

En dépit d’une inflation qui n’est toujours pas à la cible, des taux courts et longs à la hausse, et un risque de « moment Liz Struss » japonais encore plus probable depuis les élections, les investisseurs restent pour l’instant surpondérés et investis positivement sur le Japon.

Sources :

Résultats électoraux et contexte politique

Données macroéconomiques (PIB, dette, croissance)

Banque du Japon (BoJ) : décisions de taux et inflation

Mitsubishi UFJ Financial Group