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Japon : marchés en hausse malgré les craintes sur la dette

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février non sans crainte sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février dernier et donnent de précieux premiers indicateurs sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Le PLD (parti libéral démocrate) avec à sa tête Sanae Takaichi (première femme à occuper ce rôle) a réussi à se défaire du bourbier politique dans lequel le pays était plongé. Depuis les déboires de son ancien leader Shigeru Ishiba lors des élections législatives d’octobre 2024 et la mise en place d’un gouvernement minoritaire, le pays était dans l’incertitude politique. Entre-temps, la défaite du PLD aux sénatoriales de juillet 2025 avait conduit Mr Ishiba à la démission et Mme Takaichi ambitionnait de remettre de la clarté par les urnes. C’est ce qu’elle a réussi à faire.

Un PLD raffermi, et dominant face aux oppositions qui montaient

Malgré une mainmise quasi continue sur la politique de Tokyo, le PLD faisait face à la montée des oppositions dans les urnes. Lors des élections d’octobre 2024 le parti d’opposition PDC (centre-gauche) glanait 148 sièges et le PLD 198 dans une assemblée fragmentée (233 sièges requis pour gouverner seul). Or, les premières estimations des élection de Dimanche donneraient 316 députés au PLD sur les 465 que comptent la chambre basse, soit une base très solide pour que le PLD puisse mettre en place son programme politique.

Sanae Takaichi a en outre réussi à calmer la méfiance grandissante à l’égard du PLD causée notamment par l’inflation (doublement du prix du riz) et le scandale politico-financier des « caisses noires ».

Visibilité politique accrue mais inquiétudes budgétaires persistantes

Cette victoire permet certes, aux investisseurs de gagner en visibilité sur le devenir de l‘économie japonaise (une alliance de plusieurs partis auraient pu rendre difficile la mise en place de politiques publiques) mais elle peut surtout être inquiétante pour le futur des finances publiques nippones.

Mme Takaichi a annoncé un plan massif de relance budgétaire de 120 mds d’euros (environ 21 300 mds de yen) avec notamment une aide pour les ménages avec enfants, des subventions pour l’électricité, le gaz et un programme de crédit d’impôt pour les ménages.

Dette élevée : stimuler la croissance malgré les risques sur la dette

Le plan de relance budgétaire est justifié par la volonté de stimuler la consommation et les investissements face à une croissance en berne. Même si le stock de PIB en fait la 4ème puissance économique mondiale, le flux, la croissance est faiblement orientée (-0,6% au T3 2025).

Or, cette politique volontariste n’est pas sans conséquence pour un pays très endetté (environ 230% de PIB). Les investisseurs commencent déja à sanctionner la dette japonaise avec une montée des taux longs (près de 60 pb sur le 10 ans japonais depuis l’arrivée de Mme Takaichi en octobre 2025), et un rétrécissement du spread avec le 10 ans américain. Cette hausse ne devrait pas ralentir avec une montée des craintes d’un « moment Liz Struss » nippon.

Graphique 1 : Ecarts des taux des obligations souveraines américaines et japonaises à échéance 10 ans depuis 2023.

sources : Investing.com, calculs de l’auteur

Politique monétaire : la BoJ contrainte d’agir pour soutenir le yen

Côté politique monétaire, la BoJ a dû monter ses taux de 25 pb en décembre dernier pour soutenir la devise nippone chahutée dans un contexte de convergence de l’inflation vers la cible des 2% (2,1% en décembre 2025).

L’USD/JPY (+6,80% depuis 6 mois) permet certes de favoriser les exportations japonaises mais l’inflation importée pourrait se répercuter sur les consommateurs japonais (l’inflation n’est toujours pas à la cible des 2% depuis mars 2022).


La hausse des taux (courts et longs) permettra certes de rapatrier des capitaux avec des meilleurs rendements pour les supports japonais et libellés en JPY, mais c’est surtout un coût de la dette qui risque de s’envoler, et des entreprises qui resteraient attentistes (coût du crédit en hausse et craintes de hausses d’impôts futurs pour financer ce plan de relance).

Les investisseurs surpondèrent pour l’instant les marchés actions Japonais

Pour autant, les marchés actions japonais réalisent un très bon début d’année (+6,37% pour le Topix depuis janvier). Cela paraît contre-intuitif, notamment sur les valorisations de type CAPM. Avec un actif sans risque aux rendements plus hauts, le cost of Equity (rendement exigé par les investisseurs) devrait être plus élevé ce qui n’est à priori pas positif pour les marchés actions. Pour autant, les belles valeurs de l’indice (Toyota Motor, Mitsubishi Finance, Hitachi, Softbank) bénéficient entre autres côté industrie de la baisse du yen (favorable aux exportations) et le secteur financier de perspectives de meilleurs marges à venir sur les intérêts.

Graphique 2 : performance des marchés actions TOPIX (bourse de Tokyo) depuis le début de l’année

(source : Investing.com, calculs de l’auteur)

La clarté politique apportée par Mme Takaichi semblerait être réceptionnée de manière positive par les investisseurs même si l’expansion budgétaire à venir ne sera pas sans conséquence pour un pays très endetté. Surtout, la faiblesse continuelle du yen a contraint la BoJ à lever ses taux et à restreindre l’accès aux crédits ce qui ne viendra pas faciliter le plan de relance budgétaire.

En dépit d’une inflation qui n’est toujours pas à la cible, des taux courts et longs à la hausse, et un risque de « moment Liz Struss » japonais encore plus probable depuis les élections, les investisseurs restent pour l’instant surpondérés et investis positivement sur le Japon.

Sources :

Résultats électoraux et contexte politique

Données macroéconomiques (PIB, dette, croissance)

Banque du Japon (BoJ) : décisions de taux et inflation

Mitsubishi UFJ Financial Group

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Le Point sur les Marchés : élections américaines et performances des géants des semi-conducteurs

Cette semaine, les marchés financiers ont été animés par deux événements majeurs : l’élection présidentielle américaine et les gains spectaculaires de certaines grandes entreprises technologiques, notamment Nvidia, AMD, et Intel.

Examinons de plus près ces développements et leur impact sur les marchés.

Victoire de Donald Trump aux élections américaines

Donald Trump a remporté l’élection présidentielle de 2024 face à Kamala Harris, soutenu par une majorité républicaine au Sénat. Cette victoire pourrait influencer les marchés de plusieurs manières. Trump est souvent perçu comme pro-business, ce qui signifie que des politiques fiscales favorables aux entreprises et une réduction des réglementations pourraient être à l’ordre du jour.

Toutefois, l’incertitude demeure sur la manière dont sa politique commerciale pourrait affecter les relations avec des pays comme la Chine, un marché important pour l’industrie technologique.

Nvidia – N°1

Au cours des cinq derniers jours, Nvidia a vu son action progresser de 10,52 %, atteignant 148,88 USD. Cette hausse est liée à la forte demande en technologies d’intelligence artificielle et aux investissements croissants dans les centres de données.

L’administration Trump pourrait offrir un contexte économique propice à des investissements technologiques aux États-Unis, ce qui serait avantageux pour Nvidia.

AMD

L’action AMD a progressé de 3,78 % pour atteindre 149,82 USD. AMD continue de profiter de la demande accrue pour les puces destinées aux ordinateurs et aux serveurs, ainsi que de la concurrence croissante avec Intel. La politique de Trump pourrait bénéficier à AMD en stimulant la production locale, grâce à des avantages fiscaux ou des incitations pour les entreprises américaines.

Intel

Intel se distingue avec une hausse de 13,94 % sur les cinq derniers jours, portant son action à 26,23 USD. Cette performance impressionnante pourrait s’expliquer par des attentes positives concernant une politique américaine favorable à l’industrie nationale.

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Politique

Entretien exclusif avec Karine Lalieux, ministre des Pensions et de la lutte contre la pauvreté à Bruxelles

Dans cet entretien exclusif, Karine Lalieux, ministre des Pensions, de l’Intégration sociale, en charge des personnes en situation de handicap, de la lutte contre la pauvreté et de Beliris à Bruxelles, nous dévoile les réformes majeures qu’elle a mises en place pour améliorer la vie des citoyens belges. Elle aborde des sujets cruciaux tels que la revalorisation des pensions, les mesures pour lutter contre la pauvreté, et les initiatives pour renforcer l’emploi.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? Quel est votre parcours professionnel et comment êtes-vous devenue ministre des Pensions et de l’Intégration sociale ?

Je suis Karine Lalieux, ministre des Pensions, de l’Intégration sociale, en charge des personnes en situation de handicap, de la lutte contre la pauvreté et de Beliris. J’ai étudié la sociologie et suis criminologue de formation.

J’ai commencé ma carrière à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) en tant que chercheuse assistante, puis chargée de cours. Engagée en politique à l’ULB, je militais chez le groupe socialiste et, progressivement, j’ai été proposée comme candidate par le parti.

En mai 2000, grâce à l’initiative d’Elio Di Rupo d’équilibrer la représentation des femmes et des hommes sur les listes, je suis devenue députée fédérale. En 2007, j’ai été élue échevine à la Ville de Bruxelles, en charge de l’informatique, de la propreté, de la culture et présidente du CPAS. En octobre 2020, Paul Magnette m’a appelée pour devenir ministre alors que j’étais présidente du CPAS de Bruxelles.

Quelles sont les principales réformes que vous avez mises en œuvre ou que vous comptez mettre en œuvre dans le domaine des pensions ?

  • Revalorisation des pensions : Nous avons augmenté la pension minimum à 1641 euros par mois, affirmant que nos aînés méritent une vie digne. En quatre ans, toutes les pensions minimums ont augmenté de 30%, représentant une augmentation de 350 euros nets par mois pour un pensionné isolé avec une carrière complète. Plus d’un million de personnes touchent une pension minimum, dont 60% de femmes. Nous voulons des réformes positives pour les travailleurs d’aujourd’hui et les futurs pensionnés, sans augmenter l’âge de la pension de manière punitive.
  • Réintroduction du bonus pension : En réponse à la droite qui proposait un malus pension, nous avons introduit un bonus. Les personnes qui, à l’âge de la pension, choisissent de continuer à travailler peuvent recevoir un montant net en versement unique pouvant atteindre 22.400 euros.
  • Pensions pour les femmes : Nous travaillons à réduire l’écart de 20% entre les pensions des hommes et des femmes, en tenant compte des carrières souvent irrégulières des femmes. Les femmes sont souvent pénalisées par des interruptions de carrière dues à des raisons personnelles, ce qui impacte leurs pensions.
  • Indépendants : Nous avons supprimé le coefficient de correction injuste pour les indépendants, de sorte qu’une année de travail indépendant équivaut désormais à une année de salarié. Cela permet aux indépendants de bénéficier des mêmes droits à la pension que les salariés.

À l’horizon 2070, la réforme des pensions permet de réduire de 0,2% du PIB le coût du vieillissement. Donc nous ne maîtrisons pas seulement ce coût, nous le diminuons ! Il est donc tout à fait possible d’allier le bien-être de nos pensionnés et des finances saines. C’est le choix que j’ai fait. D’autres, à droite, auraient opté pour réduire le pouvoir d’achat de nos aînés. Chacun sa manière de faire de la politique.

Comment évaluez-vous l’impact de la crise sanitaire sur l’économie belge et sur le pouvoir d’achat des pensionnés ?

La crise sanitaire a creusé notre déficit, mais nous avons soutenu l’économie via le droit au chômage économique, le droit passerelle et des mesures spécifiques pour l’HoReCa.

Selon l’OCDE, la Belgique a bien résisté en termes de croissance et de pouvoir d’achat. Nous avons élargi le tarif social, réduit la TVA sur le gaz et l’électricité à 6%, et renforcé les liens sociaux pour les personnes âgées. Le taux de croissance de la Belgique a même dépassé celui de l’UE, avec un taux de chômage historiquement bas. En outre, nous avons préservé le pouvoir d’achat des citoyens en augmentant les pensions et en soutenant les travailleurs via l’enveloppe bien-être.

Quelles sont les mesures que vous avez prises ou que vous envisagez de prendre pour lutter contre la pauvreté, notamment à Bruxelles ?

Nous avons augmenté le revenu d’intégration sociale de 30%, soit 329 euros de plus pour un isolé, et l’allocation de remplacement de revenus pour les personnes en situation de handicap a augmenté de 32%, soit 362 euros de plus pour une personne isolée. Nous avons lancé un plan transversal de lutte contre la pauvreté et fait voter une loi imposant aux futurs gouvernements de faire de même.

À Bruxelles, nous nous concentrons sur l’emploi de qualité, la revalorisation du salaire minimum à 2800 euros brut par mois (17 euros brut/heure, et 2400 euros nets par mois en tenant compte de l’augmentation du bonus à l’emploi) et l’accompagnement des chômeurs et des femmes au CPAS.

Grâce à Pierre-Yves Dermagne, nous avons déjà augmenté le salaire minimum de 400 euros nets par mois sous cette législature, alors que le salaire minimum n’avait plus été revalorisé depuis 2008 (hors indexation). Nous voulons aussi un Actiris plus performant, centré sur les jeunes et les chômeurs de longue durée. Nous mettons en place des mesures pour accompagner les personnes vers l’emploi, tout en sanctionnant celles qui refusent de s’engager dans cette démarche.

Comment conciliez-vous les objectifs de solidarité sociale et de soutenabilité budgétaire dans votre politique ?

Notre réforme des pensions maîtrise les coûts et ne les augmente pas à l’horizon 2070. Nous finançons nos programmes par de nouvelles recettes sur le capital, évitant de couper dans les dépenses publiques essentielles.

Par exemple, nous prévoyons une taxe sur les plus-values et l’augmentation de la taxe sur les comptes-titres pour les plus riches. Nous évaluons également les aides à l’emploi pour les réorienter selon les besoins spécifiques de notre tissu économique, différent de celui de la Flandre, en soutenant la Wallonie et Bruxelles.

Quelle est votre vision de l’avenir du système de pension belge, face aux défis du vieillissement de la population, de la transition écologique et de la digitalisation ?

Nous devons soutenir nos aînés, augmenter le taux de remplacement (différence entre le dernier revenu et la pension), et généraliser le second pilier des pensions. Il est crucial de développer les services de soins et les habitats intergénérationnels adaptés.

La transition numérique doit inclure des mesures contre la fracture numérique, avec 30 millions d’euros du plan de relance européen dédiés à cet enjeu. La transition écologique ne doit pas être punitive, mais doit soutenir les initiatives d’isolation des logements et les projets collectifs de quartier.

En parallèle, il est essentiel de préserver et d’étendre l’indexation automatique à tous les travailleurs, un acquis socialiste quasi unique au monde, mis en place par le ministre socialiste Joseph Wauters en 1921.

Quel est votre avis sur la proposition de créer un revenu universel de base ?

Je suis contre. Un revenu universel de base profiterait surtout aux riches et réduirait les droits sociaux comme le chômage et les soins de santé. Il est préférable de cibler les politiques de soutien pour ceux qui en ont vraiment besoin. Les politiques ciblées permettent une meilleure allocation des ressources disponibles et garantissent une aide efficace pour ceux qui en ont le plus besoin.

Comment comptez-vous renforcer la participation et l’intégration des personnes issues de l’immigration dans la société belge, notamment sur le marché du travail ?

Nous luttons contre les discriminations par des contrôles et des mesures de sensibilisation. Nous devons améliorer le taux d’emploi des personnes en situation de handicap, le plus faible d’Europe, en mettant en place des conditions favorables pour leur intégration. Cela inclut des stages, des échanges et des mesures d’accompagnement pour surmonter les préjugés et les obstacles.

Offrir un accompagnement individualisé et plus rapide dès le premier jour d’inscription au chômage est également essentiel pour éviter les délais d’attente de plusieurs mois, qui font perdre du temps précieux pour la remise à l’emploi.

Quels sont les principaux enjeux et opportunités que vous identifiez pour le développement économique et social de Bruxelles, en tant que capitale de l’Europe et de la Belgique ?

Nous devons améliorer l’emploi des Bruxellois, en particulier les jeunes. Nous soutenons la création d’entreprises et la formation des jeunes, avec un accent sur les startups et les femmes entrepreneuses. Le travail est la clé pour le développement économique.

Nous devons créer un climat positif pour l’investissement et accompagner les entrepreneurs dans leurs démarches. Cela inclut la réduction des délais pour les permis d’urbanisme et l’intensification des outils de soutien pour le développement des entreprises. Nous avançons aussi vers une réduction collective du temps de travail, avec embauche compensatoire et transmission des savoirs, en commençant par les plus de 50 ans (35 heures de travail) et pour les plus de 55 ans et les métiers pénibles (32 heures de travail).

Quels sont les projets ou les initiatives que vous soutenez ou que vous souhaitez mettre en place pour promouvoir l’éducation financière et la culture économique des citoyens ?

Nous soutenons l’éducation financière via la FSMA, la lutte contre le surendettement, et les initiatives de prévention des dépendances. Nous promouvons des cours citoyens couvrant la sécurité

sociale, l’éducation financière, numérique, et la prévention des addictions. Ces initiatives visent à renforcer la résilience économique des citoyens et à les protéger contre les risques financiers.

Un dernier message pour nos lecteurs ?

Je suis déterminée à remplir mes mandats et à réaliser notre programme socialiste. Nous nous battons pour plus d’égalité, une société juste au niveau social et fiscal. Votez utile pour un parti qui prendra ses responsabilités pour les cinq prochaines années. Ensemble, nous pouvons construire une société plus solidaire et équitable.

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Entretien Exclusif avec la Ministre de la Mobilité de Bruxelles

Entretien exclusif avec Elke, la ministre de la Mobilité Bruxelloise : Perspectives et investissements au cœur des réformes. Découverte de sa vision depuis son bureau panoramique à la Botanic Tower.

Madame la ministre, je suis ravi d’avoir l’opportunité de vous interroger sur votre rôle en tant que ministre de la Mobilité à Bruxelles et sur vos réalisations à ce poste. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à ceux qui souhaitent en apprendre davantage sur vous ?

Originaire de Ganshoren, je suis bruxelloise depuis l’âge de 18 ans, cela fait maintenant 25 ans désormais. Je suis mariée et mère de deux enfants.

Malgré sa proximité avec le centre-ville, Ganshoren est souvent sous-estimée. Ma carrière politique a débuté en 2009, lorsque j’ai été élue pour la première fois au parlement régional à l’âge de 29 ans. Je me suis spécialisée dans les domaines du logement, de l’économie, du travail et des affaires sociales. Après cinq ans au parlement bruxellois, j’ai également passé cinq années au parlement flamand, avec une spécialisation similaire axée sur le bien-être, la petite enfance, les personnes handicapées et les personnes âgées.

De retour au parlement bruxellois, je me suis sentie plus en phase avec l’âme bruxelloise, considérant que le parlement flamand était trop axé sur la Flandre. La diversité au parlement bruxellois me manquait. J’ai été nommée ministre de la Mobilité, la première partie néerlandophone après les élections avec Groen, étant tête de liste. Ce poste était totalement un choix réfléchi. à Bruxelles, nous pouvons vraiment faire mieux. Il y a un énorme potentiel dans ce domaine.

Pour moi, l’espace public représente la ville de Bruxelles que nous partageons. Je pense que actuellement, l’espace public est trop orienté vers le transport et les déplacements en voiture. Ce qui manque, ce sont les lieux de rencontre, de la végétalisation et les espaces partagés et collectifs. Bruxelles ne doit plus être vue comment une simple voie de passage mais véritablement comme une ville-salon.

J’aimerais transformer l’espace public en un lieu de rencontre où l’on se sent chez soi. C’est également une question sociale, car la plupart des Bruxellois n’ont ni jardin ni terrasse, et donc tout le monde devrait se sentir propriétaire de son espace public et de son quartier. Pour atteindre cet objectif, il est crucial de s’attaquer à la question de la mobilité. Beaucoup d’inégalités sont liées à la sécurité routière et à la qualité de l’air. C’est pourquoi j’ai travaillé avec détermination dans ce domaine depuis cinq ans.

Votre leadership et vos initiatives sont cruciaux dans la construction d’une ville plus accessible, durable et agréable à vivre pour tous ses habitants. Dans cette optique, j’aimerais maintenant vous interroger sur la priorité actuelle de votre administration en matière de mobilité et sur le grand plan que vous envisagez pour répondre aux défis de notre belle capitale.

Avec plaisir !

Le grand plan de mobilité à Bruxelles est le plan « GOOD MOVE« , souvent mal compris, notamment en ce qui concerne les plans de circulation dans les quartiers. Il comprend 50 actions, dont le plan de circulation dans les quartiers n’est qu’une partie. La mise en œuvre de ce plan a été particulièrement difficile à Schaerbeek et Anderlecht. Cependant, il est important de noter que cela ne représente qu’un cinquième du plan global. Il y a eu en effet une confusion citoyenne concernant le plan Good Move.

Nous pourrions certainement faire un bilan de la communication à ce sujet. En général, il s’agit de calmer la circulation dans les quartiers en dirigeant le trafic de transit vers les axes principaux. L’objectif est de créer des quartiers avec moins de pression automobile, moins de pollution de l’air et plus de sécurité routière, favorisant ainsi la vie sociale.

Dans le cadre de notre grand plan, nous travaillons à offrir des alternatives à la voiture individuelle, car il y a encore trop de gens qui en dépendent. Ces alternatives incluent :

  • La marche : en créant des trottoirs sécurisés et agréables, nous encourageons la marche, car la plupart des déplacements des citoyens sont de courte distance.
  • Le vélo : nous avons triplé le nombre de cyclistes en mettant en place 70 km de pistes cyclables, ce qui a attiré de nouveaux cyclistes.
  • Le transport en commun : nous avons augmenté de 15 % l’offre de transport en commun avec la STIB, qui reste très performante.
  • Les voitures partagées : nous encourageons cette alternative, notamment pour les familles, car posséder une voiture individuelle est coûteux. Toutes ces alternatives sont intégrées dans notre plan de mobilité, visant à garantir le droit à la mobilité pour tous les citoyens.

Quels sont vos incitants pour favoriser l’usage de ces alternatives ?

Nous commençons par les offrir.

Si nous construisons des pistes cyclables, les cyclistes viendront naturellement. Nous travaillons également à améliorer la sécurité routière pour que les parents et les enfants puissent se déplacer en toute sécurité. Nous avons déjà constaté une réduction de la vitesse moyenne sur les grands axes, ce qui contribue à une meilleure sécurité. Nous observons également des changements dans les modes de déplacement des Bruxellois.

La marche est devenue le premier mode de déplacement, la voiture a perdu sa première place au profit du vélo, et le transport en commun reste stable. Ces chiffres montrent que notre stratégie de diversification des modes de transport porte ses fruits.

Qu’en est-il des aides pour faciliter cette transition ?

Des subventions sont disponibles pour les entreprises et les particuliers afin d’encourager l’adoption d’alternatives à la voiture individuelle. Par exemple, des primes sont accordées pour l’achat de véhicules électriques ou le renvoi des plaques d’immatriculation. C’est la Prime Bruxell’Air. De plus, la mise en place de zones à faibles émissions contribue à réduire la pollution de l’air et à améliorer la qualité de vie des citoyens.

Madame la ministre, votre travail pour améliorer la mobilité dans notre capitale est important, et cela soulève des questions essentielles sur la gestion des ressources. Pourriez-vous nous éclairer sur le budget annuel alloué à la mobilité en région bruxelloise ?

Le budget de la mobilité représente environ 25 % du budget régional qui est de 6 milliards d’euros, soit près de 1,5 milliard d’euros par an, principalement destiné à la STIB (plus d’un milliard). Le restant est destiné à d’autres aspects de la mobilité.

Ce budget est crucial pour financer de nouveaux projets de transport en commun et la rénovation des infrastructures routières, notamment des tunnels. Concernant le budget de la STIB, il s’agit d’un côté d’investissement tel que de nouvelle ligne de tram et métro, l’achat de matériel roulant ou encore l’amélioration des dépôts. Mais il y a également le budget pour la gestion tel que le personnel ou encore les services de maintenance.

Tout est fait en propre service, nous n’avons pas de sous-traitant et ainsi, cela permet de favoriser notre place en tant que plus grand employeur de la région avec des conditions de travail dignes. Pour la mobilité, hors transport public, le plus grand coût est la gestion du réseau routier tel que les tunnels et ponts qui représentent des coûts énormément élevés s’agissant de la rénovation des tunnels.

Ainsi, tous les tunnels de Bruxelles sont assez vétustes et nous devons les rénover bien que cela puisse créer des nuisances et des chantiers, j’en suis consciente mais c’est nécessaire.

Pour le prochain tunnel Art-Belliard, nous parlons d’une enveloppe budgétaire de 160 millions d’euros pour les rénovations. Ces grands budgets sont nécessaires. Il y a effectivement d’autres éléments à prendre en considération mais nous aurions besoin de davantage de temps.

Comment évaluez-vous le retour sur investissements de vos investissements dans le cadre de votre mission ministérielle ?

Les investissements dans les transports en commun ont un retour sur investissement significatif. Chaque euro investi rapporte environ deux euros, créant de l’emploi, favorisant les déplacements et améliorant la qualité de l’air.

De plus, des villes favorisant la marche et le vélo contribuent au dynamisme économique local. Notez que la qualité d’air nous coûte 1400€ par Bruxellois par an. En effet, les gains sont très présents pour la ville notamment au niveau de la santé des citoyens. Un cycliste ça ne pollue pas, il est en meilleur santé et prend moins d’espace.

La ville « Salon » est une ville rentable, ce sont les personnes qui font leurs courses. Créer des villes où les gens veulent marcher et rouler à vélo puis faire ses courses favorise le commerce local. Créer des zones comme place miroir, c’est aussi un gain pour l’élément commercial. Il faut aussi noter que les embouteillages coûtent, il y a entre 4 et 8 milliards d’euros perdus au niveau belge que ce soit liés aux retards ou de la livraison.

Auriez-vous des résultats qui démontrent l’efficacité des plans mis en place à Bruxelles ?

Regardons les statistiques, qui montrent donc que Bruxelles se porte bien dans l’ensemble :

  • Un premier indicateur est la création d’entreprises qui a augmenté de près de 20 % au cours de ces dernières années par rapport à il y a dix ans. Depuis 2019, il y a eu 12 000 créations par an, malgré la Covid-19 et la crise énergétique. Entre 2009 et 2018, il y avait environ 10 500 créations par an.

Même si chaque faillite est, bien entendu, une faillite de trop, Bruxelles était la seule région du pays à connaître une baisse des faillites en 2023 par rapport à 2022. En 2023, on compte 1 711 déclarations de faillite, soit 5,19 % de moins que l’année précédente.

En résumé, nous avons observé une augmentation de 6,7 % du nombre total d’entreprises à Bruxelles entre 2019 et 2022, malgré les crises. Il n’y a jamais eu autant d’entreprises à Bruxelles.

Le projet Good Move a été fortement critiqué ces dernières années. Pouvez-vous revenir sur les objectifs principaux du plan et comment les mesurez-vous ?

Le plan Good Move vise à améliorer l’attractivité de Bruxelles et la qualité de vie. Nous évaluons chaque année les progrès réalisés dans la mise en œuvre des 50 actions prévues. Par exemple, dans le cadre des « quartiers apaisés », nous avons déjà constaté une réduction significative du trafic automobile et une augmentation de l’usage du vélo. Ces résultats témoignent de l’efficacité de notre approche.

De plus, nous avons gagné plus d’espaces à réaménager. À Bruxelles, nous avons déjà des exemples de réussites du plan Good Move comme la place Fernand Cocq ou encore la chaussée d’Ixelles qui ont été réaménagées et piétonnisées.

Les commerçants étaient très opposés et aujourd’hui, ils sont très satisfaits puisque les chiffres d’affaires ont vraiment augmenté. Le piétonnier est aussi un bel exemple malgré les enjeux de sécurité, de nouveaux commerces émergent et les dynamiques sont plus denses ! Ces exemples étaient très contestés mais aujourd’hui tout est enfin accepté et satisfaisant de par leur aspect agréable. Les chantiers sont difficiles mais la vie d’après est tellement mieux.

Parfois contestés, seriez-vous prête à revenir en arrière sur certains projets à l’avenir ?

Nous avons déjà dû faire marche arrière dans certains quartiers en raison du manque d’adhésion des citoyens locaux. Il est essentiel que les habitants se sentent concernés et impliqués dans les décisions qui les concernent. Le changement est souvent difficile, mais nous devons toujours écouter les préoccupations des citoyens.

Beaucoup de non-bruxellois(e)s transitent par les routes de la capitale et y utilisent les transports en commun. Faut-il faire participer financièrement les navetteurs non-bruxellois aux coûts de mobilité ?

Je propose deux solutions à cet égard.

  • Tout d’abord, il pourrait être envisagé que les impôts des navetteurs soient partiellement payés là où ils travaillent, ce qui permettrait de financer davantage Bruxelles. Il n’est pas logique que nos impôts soient payés là où on habite. À Berlin, une partie des impôts est payée au lieu de travail et pas au lieu du domicile. À Bruxelles, si on prend que 15% de l’impôt des navetteurs sont payés à Bruxelles et le reste là où ils habitent, nous aurions déjà refinancé Bruxelles. Et cela donnerait la responsabilité à Bruxelles de continuer à accueillir les navetteurs.
  • Ensuite, je soutiens l’idée d’une taxe kilométrique (SmartMove), qui pourrait prendre en compte l’utilisation réelle des routes et encouragerait les alternatives à la voiture individuelle. Actuellement, tout le monde paie une taxe sur la possession d’une voiture. Les Flamands en Flandre, les Wallons en Wallonie et les Bruxellois à Bruxelles. Si on supprime cette taxe de circulation et on la remplace par une taxe kilométrique, alors on verra combien de kilomètres vous roulez, à quel moment et avec quelle voiture, et ainsi nous pourrions prendre en considération si vous êtes une infirmière et que vous commencez votre shift à 5h, et qu’il n’y a pas de transports, on peut mettre votre compteur à 0. Mais si vous travaillez dans un bureau et vous passez de Simonis à Rogier, vous paierez un peu plus car les transports en commun pourraient vous offrir une alternative. Les axes les plus utilisés coûtent le plus cher et ils seraient aussi financés par un système d’usage qui est un système plus moderne. Il y a beaucoup d’opposition politique mais j’espère qu’on y aboutira.

Tous nos remerciements madame la ministre, malheureusement, nous aurions aimé aller davantage en profondeur mais manque de temps nous devrons remettre cela à plus tard. Beaucoup de succès et de réussite. À bientôt !