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Deux mois après : ce que la guerre en Iran a vraiment changé sur les marchés

Une rupture géopolitique majeure, annoncée mais sous-estimée

Le 28 février 2026 restera une date charnière dans l’histoire économique contemporaine. Ce matin-là, les États-Unis et Israël déclenchaient l’opération « Epic Fury » / « Roaring Lion » : une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, visant son programme nucléaire, ses capacités militaires et ses infrastructures énergétiques. Ce n’était pas la première confrontation entre ces puissances. La « guerre des Douze Jours » de juin 2025 avait déjà constitué une première escalade, et les mois de janvier-février 2026 avaient vu le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique, les déclarations tonitruantes de Donald Trump et une diplomatie en bout de course.

Mais l’intensité de l’opération du 28 février, et surtout l’objectif affiché de changement de régime à Téhéran, marquait une rupture qualitative. En quelques heures, l’Iran répliquait par l’opération « Promesse Honnête 4 » : frappes sur des monarchies du Golfe (Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis), attaque de la base britannique d’Akrotiri à Chypre, et fait décisif entre tous, fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz mérite qu’on s’y arrête un instant. C’est un passage maritime étroit, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale, dont 80 % à destination de l’Asie. Le bloquer, c’était appuyer simultanément sur les artères vitales de l’économie mondiale. Un peu comme fermer le robinet d’eau d’un immeuble entier en actionnant une seule vanne.

La réaction immédiate des marchés : un choc réel, une panique maîtrisée

Dès l’ouverture des marchés le 3 mars 2026, la réaction fut vive, sans être désordonnée. Le pétrole brut (Brent) dépassait brièvement les 80 dollars, soit une hausse d’environ 8 % en séance. Le gaz naturel européen bondissait d’environ 20 % dès les premiers jours, le choc étant amplifié par la suspension des opérations de GNL (gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire du gaz refroidi à l’état liquide pour être transporté par bateau) au Qatar, visé par des missiles iraniens. Les indices actions, c’est-à-dire les grands « baromètres » boursiers comme le CAC 40 en France ou le S&P 500 aux États-Unis, reculaient entre 1 % et 2 % selon les zones géographiques, le CAC 40 accusant une perte d’environ 4,7 % dans les premières semaines.

La géographie des pertes dessinait une carte assez claire. L’Europe souffrait davantage que les États-Unis : exposée aux prix de l’énergie importée, à la contraction du commerce mondial et à une dépendance structurelle au GNL du Golfe, elle absorbait de plein fouet les retombées du conflit. Wall Street, par contraste, faisait preuve d’une relative résilience. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets d’énergie, ce qui signifie qu’ils produisent plus de pétrole et de gaz qu’ils n’en consomment : la hausse des prix du brut bénéficiait donc directement à leurs producteurs. Les marchés émergents, c’est-à-dire les Bourses de pays en développement comme le Brésil ou le Mexique, tiraient globalement leur épingle du jeu, portés par des fondamentaux domestiques solides et une exposition favorable aux matières premières.

Côté secteurs, le schéma était prévisible dans ses grandes lignes. L’énergie et la défense progressaient, portées par le choc de prix et la perspective d’une remontée durable des budgets militaires. Les compagnies pétrolières intégrées (celles qui couvrent toute la chaîne, de l’extraction à la vente au détail), les fournisseurs de systèmes d’armes, les entreprises de cybersécurité : autant de valeurs qui surfaient sur la prime géopolitique (la « prime de risque » est le surplus de rendement que les investisseurs exigent pour compenser un risque plus élevé). À l’inverse, l’aviation, le tourisme, l’automobile et le luxe accusaient les plus fortes baisses, exposés à la fois à la hausse des coûts de carburant, aux perturbations logistiques et au repli de la demande.

Sur les marchés obligataires (c’est-à-dire le marché des emprunts émis par les États et les grandes entreprises), le scénario classique du « flight to quality » ne s’est que partiellement matérialisé. Le « flight to quality », ou fuite vers la qualité, désigne le réflexe des investisseurs qui, en période de crise, vendent leurs actifs risqués pour se réfugier dans des obligations d’État considérées comme sûres. Cette fois, les obligations d’État n’ont pas pleinement joué ce rôle de valeur refuge, car la hausse des anticipations d’inflation maintenait une pression à la hausse sur les rendements (quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse, ce qui atténue leur attrait). Les taux européens grimpaient d’environ 30 points de base au pic de la tension. Un point de base, c’est un centième de pourcent : 30 points de base correspondent donc à une hausse de 0,30 %, ce qui peut paraître faible mais représente des milliards d’euros de coûts supplémentaires pour les États endettés. Seul l’or jouait pleinement son rôle d’actif refuge, progressant de façon continue tout au long du conflit.

Ce que les investisseurs redoutaient, et ce qui s’est réellement passé

Au premier jour du conflit, la grille de lecture dominante convoquait le précédent ukrainien : une guerre qui, en 2022, avait engendré une spirale inflationniste prolongée, une récession en Europe et une série de hausses de taux sans précédent. Cette analogie a orienté les premières réactions et s’est révélée partiellement trompeuse.

Plusieurs facteurs ont contenu l’amplitude du choc. D’abord, la structure de l’économie mondiale en 2026 n’est pas celle de 2022 : l’intensité énergétique de la croissance a baissé (on produit plus de richesse avec moins d’énergie), les alternatives au gaz russe avaient déjà été développées, et les réserves stratégiques des pays du G7 constituaient un premier filet de sécurité. Ensuite, les États-Unis n’avaient aucun intérêt à laisser s’emballer indéfiniment les prix du brut, notamment à l’approche d’échéances électorales. Enfin, la Chine, premier acheteur de pétrole iranien et pays le plus dépendant du détroit d’Ormuz (environ 45 % de ses importations de pétrole y transitent), pesait discrètement mais fermement pour éviter une paralysie durable du trafic maritime.

Pour autant, la résilience n’a pas tenu sur toute la ligne. Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 constituait un premier signal de désescalade, vite relativisé par l’échec des négociations d’Islamabad (11-12 avril), le blocus naval américain des ports iraniens décrété le 13 avril, puis la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran le 18 avril. À la date du 24 avril, le Brent atteignait environ 106 à 110 dollars le baril, après cinq jours de hausse consécutifs, franchissant le seuil symbolique des 100 dollars que beaucoup d’analystes pensaient improbable en scénario central.

Ce dépassement illustre une dynamique propre aux conflits prolongés : les marchés qui « tiennent » bien dans les premières semaines peuvent se retrouver sous pression croissante si les incertitudes s’accumulent et que les mécanismes de sortie semblent se dérober.

Les banques centrales dans l’œil du cyclone

Le conflit a placé les grandes banques centrales dans une position inconfortable que les analystes qualifient de « dilemme de stagflation ». La stagflation, c’est la combinaison d’une inflation qui repart à la hausse (les prix augmentent) et d’une croissance qui ralentit en même temps (l’économie tourne au ralenti). C’est la situation la plus délicate pour une banque centrale, car les remèdes habituels de l’une aggravent l’autre : monter les taux pour freiner l’inflation risque d’étouffer encore davantage la croissance, tandis que baisser les taux pour soutenir l’économie risque d’alimenter l’inflation.

La Réserve fédérale américaine (la Fed, banque centrale des États-Unis) maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, sans signal clair d’assouplissement ou de resserrement. En Europe, l’inflation au Royaume-Uni a atteint 3,3 % en avril, portée par les coûts des importations énergétiques. La Banque centrale européenne (BCE) a revu ses projections d’inflation à la hausse (2,6 % en moyenne pour 2026, avec un scénario sévère à 4,4 % en cas de perturbations prolongées à Ormuz), pendant que la croissance de la zone euro est révisée à la baisse, autour de 0,9 % pour l’année, ce qui correspond quasi à une stagnation. La Banque d’Angleterre maintient son taux directeur à 3,75 % sans signaler de changement imminent.

Le consensus des marchés pour les prochaines réunions : une pause coordonnée des trois grandes banques centrales. Ni hausse, ni baisse. Une attente prudente dans un contexte où chaque décision risque d’amplifier les déséquilibres plutôt que de les corriger.

Recomposition géopolitique et économique : les grandes lignes

Au-delà de l’immédiat, le conflit accélère plusieurs dynamiques structurelles qui redessinaient déjà lentement l’économie mondiale.

La fracture énergétique s’approfondit entre les États-Unis, qui bénéficient de la hausse des prix via leur production domestique et leurs exportations de GNL, et l’Europe, qui subit une double peine : facture énergétique alourdie et risque de récession industrielle. L’Union européenne a mobilisé plus de 9 milliards d’euros de mesures d’urgence, mais a absorbé plus de 13 milliards de surcoûts d’importations fossiles en quelques semaines seulement.

La Chine joue une partition singulière. Elle a constitué des réserves stratégiques considérables pour lisser le choc, et affiche une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, dépassant les attentes. Mais sa façade de solidité masque une vulnérabilité structurelle : 45 % de ses importations pétrolières transitent par Ormuz, et l’exposition de ses exportateurs à la baisse de la demande mondiale commence à se faire sentir dans les données de mars. En coulisses, Pékin exerce une pression directe sur Téhéran pour préserver la liberté de navigation, sans prendre parti officiellement.

L’Iran lui-même voit son économie basculer dans une logique de guerre. Avec une inflation qui dépassait déjà 50 % sur les douze mois précédant le conflit, la désorganisation productive et la destruction d’infrastructures clés (raffineries, terminaux, pipelines) fragilisent durablement ses capacités exportatrices.

Enfin, des soupçons d’insider trading ont émergé sur les marchés. L’insider trading, c’est le fait d’utiliser des informations confidentielles non publiques pour réaliser des transactions boursières et en tirer un profit illicite. Des transactions massives sur le pétrole brut auraient été réalisées quelques minutes avant des annonces officielles de négociations, suggérant que des informations privilégiées auraient filtré. Ces scandales potentiels n’ont pas déclenché de crise de confiance majeure, mais alimentent un sentiment de défiance structurelle qui pèsera sur les primes de risque à moyen terme.

Gagnants et perdants : la cartographie du conflit vue des marchés

Deux mois après le déclenchement des hostilités, les grandes tendances sectorielles sont nettes.

Du côté des gagnants : les compagnies pétrolières et gazières (en particulier les producteurs américains, saoudiens et norvégiens), les groupes d’armement et de défense européens et américains, les sociétés d’infrastructures énergétiques, et les producteurs d’or. Le dollar américain a également joué son rôle traditionnel de « war money » (monnaie de guerre, car les échanges internationaux de matières premières, notamment le pétrole, sont libellés en dollars), se renchérissant face à l’euro, tandis que le franc suisse bénéficiait d’un regain d’attrait en tant que valeur refuge historique.

Du côté des perdants : l’aviation (American Airlines a révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026 en raison des coûts de carburant), les compagnies de fret maritime exposées aux routes du Golfe, les industriels très dépendants des pétrochimiques (matières plastiques, engrais, solvants, tous dérivés du pétrole), le tourisme et l’hôtellerie. L’Europe, prise en étau entre dépendance énergétique et ralentissement économique, paie l’addition la plus lourde parmi les économies développées non belligérantes.

Perspectives : naviguer dans le brouillard

À ce stade, trois scénarios structurent les anticipations du marché.

Le scénario de désescalade rapide (résolution du conflit d’ici l’été 2026) permettrait une détente rapide des prix de l’énergie et un rebond des actifs risqués. Ce scénario est soutenu par la logique politique : Washington n’a aucun intérêt à gérer un choc pétrolier durable à l’approche des élections de mi-mandat américaines.

Le scénario d’enlisement (quelques mois de conflit de basse intensité avant une désescalade déclarée « victoire » par toutes les parties) maintiendrait une prime de risque géopolitique persistante sur les marchés, sans déclencher de déroute boursière majeure. C’est le scénario central de la plupart des grandes maisons de gestion.

Le scénario du chaos (fragmentation de l’Iran, milices incontrôlables, perturbations durables du transport maritime) est le plus redouté. Il justifierait une hausse prolongée du brut bien au-delà de 100 dollars et une nouvelle spirale inflationniste. Il reste minoritaire dans les anticipations de marché, mais non négligeable.

Pour les investisseurs, les arbitrages en cours convergent vers plusieurs thèmes : surpondération de l’énergie et de la défense, maintien de positions en or et en franc suisse, réduction de l’exposition aux actifs européens et aux secteurs à forte intensité énergétique. La volatilité sur les marchés pétroliers et les devises émergentes devrait rester élevée tant qu’Ormuz n’est pas pleinement rouvert et tant que les négociations irano-américaines n’ont pas abouti à un accord stable.

Conclusion : deux mois de leçons, une incertitude persistante

Le bilan à deux mois de la guerre en Iran 2026 dessine un tableau nuancé : ni l’effondrement que certains redoutaient au premier jour, ni la simple correction géopolitique rapidement résorbée que les optimistes espéraient.

Le choc a été réel, profond et différencié. L’Europe en absorbe l’essentiel, coincée entre sa dépendance énergétique et sa croissance anémique. Les États-Unis jouent une partition plus confortable, bénéficiant structurellement de la hausse des prix de l’énergie. La Chine tient pour l’instant grâce à ses stocks stratégiques, mais sa vulnérabilité à moyen terme reste intacte. Et le coût global du conflit, estimé par certains analystes à plus de 600 milliards de dollars d’impact sur l’économie mondiale depuis le déclenchement des hostilités, continue de s’alourdir chaque semaine.

Le message clé pour les investisseurs est celui de la vigilance calibrée : éviter les réactions de panique comme les excès d’optimisme prématuré. Historiquement, les crises géopolitiques ne génèrent pas de marchés baissiers durables, sauf lorsqu’elles créent un choc d’offre structurel, comme en 1973 avec le premier choc pétrolier. La question centrale des prochaines semaines est donc simple à formuler, difficile à trancher : le détroit d’Ormuz va-t-il rester fermé assez longtemps pour transformer ce choc temporaire en disruption structurelle ? La réponse à cette question conditionnera l’évolution des marchés pour le reste de l’année 2026.

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Iran–États-Unis : la mécanique d’une escalade régionale

La séquence actuelle autour de l’Iran n’est plus une répétition de rhétorique. Elle ressemble à une montée en puissance logistique qui, par sa nature même, crée du risque, même si la Maison-Blanche espère encore un accord.

Les discussions indirectes se heurtent à un mur structurel, Washington veut un paquet qui englobe nucléaire, missiles, “proxys”, Téhéran peut accepter des ajustements sur le nucléaire mais refuse d’ouvrir ce qu’il considère comme sa profondeur stratégique et sa souveraineté, missiles et alliances régionales. Les divergences ne sont pas seulement techniques, elles sont identitaires. Et quand les objectifs deviennent maximalistes, la négociation cesse d’être un mécanisme de désescalade : elle devient un prétexte à la préparation.

Ces dernières semaines, plusieurs signaux convergent vers un fait central : les États-Unis veulent disposer d’une option militaire crédible, potentiellement calibrée pour durer, pas seulement pour “envoyer un message”.

Des responsables américains évoquent une mobilisation préparant des opérations sur plusieurs semaines si un ordre d’attaque était donné, avec un objectif de pleine capacité de déploiement à l’horizon mi-mars.

Dans le même temps, l’Iran a publiquement annoncé qu’en cas de frappe il viserait les bases américaines dans la région, en insistant sur le fait que ces frappes ne devraient pas être interprétées comme une attaque contre les pays hôtes, ce qui est précisément la manière iranienne de rendre la riposte “utilisable” sans élargir immédiatement en guerre inter-États avec les monarchies du Golfe.

Une option militaire crédible, mais logistiquement moins disponible.

Le problème, pour Washington, est que la région n’est plus celle de 2003. Les bases existent, la puissance de feu aussi, mais le théâtre est devenu saturé de vulnérabilités, et surtout politiquement moins disponible. Riyad a officiellement indiqué qu’il n’autoriserait ni son territoire ni son espace aérien à être utilisés pour des actions militaires contre l’Iran, et Abou Dhabi, Doha et Ankara ont communiqués une position similaire.

Ce verrou politique change la géométrie de la campagne. Il force l’US Air Force à penser ses sorties depuis des points plus éloignés, avec davantage de ravitaillement en vol, des cycles plus longs, donc moins de sorties, donc moins d’endurance. Autrement dit, même une campagne “sans invasion” devient plus coûteuse en munitions, en logistique, en temps, ce qui augmente mécaniquement le risque d’enlisement et donc la tentation d’élargir les cibles.

C’est ici que le précédent de la “guerre des douze jours” devient un repère utile, non pas pour imaginer un copier-coller, mais pour mesurer le durcissement du théâtre. En juin dernier, les États-Unis avaient déjà frappé des cibles nucléaires iraniennes en fin de campagne israélienne de douze jours. Cette séquence a montré deux choses que beaucoup d’analyses grand public minimisent.

D’abord, même quand une partie des tirs est interceptée, des impacts réels peuvent frapper des infrastructures sensibles, y compris des sites liés à l’appareil de défense. Ensuite, l’Iran apprend, adapte ses salves, varie ses vecteurs, cherche moins le symbole que l’usure des défenses. Or, une coalition qui vise une campagne plus longue doit compter non seulement ses plateformes, mais ses stocks de munitions à distance, ses intercepteurs, et le tempo politique domestique qui supporte une crise prolongée.

À ce stade, il faut clarifier une ambiguïté qui pèse sur les marchés. Une frappe “punitive” courte est une chose. Une stratégie visant à profiter d’un pouvoir fragilisé pour tenter un changement de comportement stratégique, voire un basculement interne, en est une autre. Or l’environnement régional peut donner à certains, à Washington comme à Tel-Aviv, le sentiment que la fenêtre est favorable : affaiblissement relatif de certains relais, pression sociale intérieure, et perception d’un moment de déséquilibre. Le risque, pour Téhéran, est existentiel. Et quand un pouvoir estime qu’on cherche sa fin, il ne raisonne plus en “règles d’engagement”, il raisonne en dissuasion par escalade.

C’est dans ce cadre que l’attitude des États du Golfe devient une variable centrale, non pas accessoire. Leur refus de servir de plateforme opérationnelle n’est pas un détail diplomatique : c’est une contrainte stratégique qui dit une vérité nouvelle, les monarchies veulent éviter d’être aspirées dans une guerre qui détruirait leur stabilité économique au moment même où elles essaient de sortir de la dépendance pétrolière. Une partie de leur message à l’Iran, déjà visible dans la communication publique, consiste à poser une frontière nette entre “l’attaque américaine” et “la responsabilité de l’État hôte”. Dit plus brutalement, elles cherchent à neutraliser l’équation iranienne classique, frapper les bases pour frapper la politique des capitales qui les accueillent.

Mais ce verrou n’élimine pas le risque. Il le déplace. Si les bases du Golfe deviennent politiquement “inutilisables” pour lancer l’offensive, elles restent physiquement vulnérables pour encaisser des représailles, ce qui alimente une autre dynamique, l’élargissement du théâtre malgré la volonté affichée de neutralité. Plusieurs capitales arabes expriment d’ailleurs leur inquiétude face à l’hypothèse que l’Iran mette sa menace à exécution en cas d’attaque américaine.

Ormuz, Bab el-Mandeb, Vulnérabilité commerciale et élargissement régional

Le second déplacement, plus dangereux encore, concerne les infrastructures énergétiques et logistiques. Les commentateurs évoquent toujours Ormuz comme un interrupteur, mais l’économie moderne ne se résume pas à un détroit. Le vrai risque est une combinaison : un détroit sous pression, Bab el-Mandeb remis sous tension via le théâtre yéménite, et des hubs de stockage et de soutage transformés en “actifs stratégiques” dans une escalade. On peut rappeler que le port de Fujairah, côté Émirats, concentre environ 80 millions de barils de capacité de stockage, renforcée par des cavernes ADNOC d’environ 42 millions de barils : c’est un point névralgique par définition. Et, dans une logique d’escalade, la tentation de frapper une infrastructure située aux Émirats peut apparaître politiquement moins coûteuse qu’hier pour Téhéran, précisément parce qu’Abou Dhabi est aujourd’hui davantage isolé dans son environnement régional, en friction ouverte avec Riyad et sous suspicion durable de plusieurs capitales du Golfe, ce qui réduit mécaniquement les risques de solidarité automatique autour de lui.

 La question n’est pas de savoir si des dizaines de millions de barils “brûleraient” dans un scénario extrême, mais de comprendre ce que représente, pour les marchés, la simple crédibilité d’un risque sur un tel nœud : hausse de la prime d’assurance, re-pricing des routes, stress sur les stocks, et donc volatilité auto-entretenue.

Ajoutez à cela la dimension des proxys, qui est précisément l’une des pierres d’achoppement des négociations. Washington veut réduire l’influence iranienne via les réseaux armés, notamment en Irak, au point d’utiliser la pression financière comme levier, ce qui montre que le front irakien n’est pas périphérique, il est central. Une escalade contre l’Iran a donc toutes les chances de réactiver, en miroir, une escalade “contre les implantations américaines” via des relais difficiles à neutraliser sans ouvrir une guerre plus large. Et dans un tel schéma, la Jordanie, par sa géographie et ses contraintes politiques, peut cesser d’être un simple couloir logistique pour devenir un théâtre exposé, au même titre qu’Israël. Ce basculement aurait une portée politique lourde : il fragiliserait durablement le roi Abdallah II, dans un pays où la marge d’autonomie diplomatique vis-à-vis de Washington demeure plus limitée que celle des monarchies du Golfe, capables, malgré leur dépendance sécuritaire, de poser des lignes rouges. Dans le contexte actuel, où la société jordanienne est déjà fortement mobilisée et critique sur la posture du royaume face à Gaza, l’idée même d’une Jordanie transformée en arrière-base, donc en cible potentielle, pourrait devenir un facteur de déstabilisation interne autant qu’un risque militaire.

Reste un facteur trop souvent traité comme une note de bas de page : la Chine. Une guerre contre l’Iran n’est pas un Venezuela. Dans l’économie réelle des sanctions, l’énergie iranienne est déjà une énergie sous contrainte, et donc un flux où la Chine est l’acteur le plus structurant, parce qu’elle sait absorber, financer, transporter, et contourner. En clair, perturber durablement l’Iran, c’est perturber une partie du système d’approvisionnement à prix décoté qui sert la Chine. 

Cela crée, pour Pékin, un incitatif clair à s’impliquer davantage, non pas par un engagement ostensible qui l’exposerait politiquement, mais par une montée en gamme discrète de l’assistance : apports technologiques, soutien en renseignement, capacités de surveillance et d’alerte, et intrants qui accroissent la résilience du dispositif iranien. Le déploiement de bâtiments chinois spécialisés dans la collecte et l’observation, y compris des navires de surveillance, dans l’environnement élargi du théâtre, s’inscrit dans cette logique : améliorer la connaissance de situation iranienne tout en densifiant le brouillard tactique pour l’adversaire.

Mais il y a un second objectif, rarement formulé publiquement. Aider l’Iran sur un théâtre où les États-Unis et Israël opèrent, c’est aussi, pour la Chine, un laboratoire grandeur nature : un stress test de ses capteurs, de ses liaisons, de ses systèmes de navigation et de renseignement, de ses chaînes de transmission, face à des standards occidentaux. Sans tirer un coup de feu, Pékin peut observer, mesurer, calibrer, apprendre, et ajuster. Et dans un monde où la question taïwanaise demeure l’horizon stratégique, la valeur de ces retours d’expérience dépasse largement l’Iran : elle nourrit la préparation d’un éventuel affrontement futur, en testant ses équipements, ses procédures et sa capacité à opérer indirectement dans un environnement contesté.

Le point le plus important, pour une analyse de risque, est le suivant : l’option “pas de troupes au sol” réduit le coût politique, mais elle réduit aussi la capacité à atteindre des objectifs maximalistes. Les responsables américains le savent, l’Iran est une forteresse géographique et démographique, et une campagne aérienne, même intense, n’a pas mécaniquement la capacité de “changer le pouvoir en place” si elle n’est pas adossée à une architecture interne prête à prendre le relais. Cela ouvre une zone grise très dangereuse : on peut frapper sans gagner, et dans ce cas, la seule manière de “ne pas perdre” devient d’élargir, de durer, ou de redéfinir les objectifs en cours de route. C’est là que les marchés se trompent souvent : ils réagissent aux premières 72 heures, alors que le vrai risque est dans le jour 10, quand les stocks s’érodent, que la fatigue politique monte, que les proxys se réveillent, que l’énergie se reprice, et que chaque acteur cherche une sortie sans humiliation.

Si l’on veut résumer les risques concrets, ils s’agrègent en trois couches. D’abord, une couche militaire, vulnérabilité des bases américaines, saturation possible des défenses, multiplicité des vecteurs, et incertitude sur l’endurance des stocks de munitions. Ensuite, une couche énergétique, Ormuz comme symbole, mais surtout l’ensemble du système, Bab el-Mandeb, ports, assurances, hubs de stockage, où la simple crédibilité d’un risque suffit à faire bouger la prime. Enfin, une couche politique, l’escalade reconfigure la diplomatie du Golfe, teste l’autonomie des capitales hôtes, et expose les États de transit comme la Jordanie à devenir, malgré eux, partie du théâtre.

La conclusion est simple et inconfortable. Une guerre est loin d’être certaine, et il existe encore des signaux de diplomatie, mais la mécanique de préparation, elle, est déjà une mécanique de risque. Plus le paquet américain reste maximaliste, plus l’Iran interprète l’option militaire comme un projet existentiel, plus il cherchera à dissuader par la menace de régionalisation, bases, Israël, routes maritimes, et nœuds énergétiques. Et plus les États du Golfe verrouillent leurs bases et leur espace aérien, plus l’architecture opérationnelle américaine devient complexe, donc potentiellement plus longue, donc plus exposée à l’élargissement.

Dans un Moyen-Orient déjà tendu, le danger n’est pas seulement l’événement. C’est la durée, parce qu’une crise longue transforme toujours l’économie en politique, et la politique en instabilité.

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La dégradation des finances publiques américaines

Les finances publiques des États-Unis affichent une trajectoire de plus en plus préoccupante. En 2025, le déficit fédéral s’élève à environ 7 % à 8 % du PIB, soit plus de 2 000 milliards de dollars, avant même l’éventuelle adoption de nouvelles lois fiscales ou budgétaires.

La dette publique brute dépasse les 34 000 milliards de dollars, représentant 122 % du PIB, selon les projections du FMI. Hors contexte de crise comme celle de 2020, il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré dans l’histoire économique du pays.

Ces chiffres traduisent un désalignement croissant entre les dépenses publiques, structurellement élevées, et des recettes fiscales qui peinent à suivre.

Les déséquilibres budgétaires américains trouvent leurs racines dans plusieurs causes durables. La première est démographique : le vieillissement de la population pèse fortement sur les programmes sociaux, notamment Social Security (retraites) et Medicare (santé des seniors). En parallèle, les dépenses liées à Medicaid, le programme de couverture pour les plus modestes, continuent de croître après son extension sous l’administration Obama.

À cela s’ajoute une contrainte fiscale héritée des baisses d’impôts de 2017, qui ont réduit la base imposable sans compensation suffisante. Enfin, la remontée rapide des taux d’intérêt menée par la Réserve fédérale depuis 2022 a provoqué une explosion du coût de la dette, qui représente désormais 3,2 % du PIB, un niveau supérieur à celui observé après le choc Volcker dans les années 1980. Dans ce contexte, le Congressional Budget Office projette un ratio dette/PIB supérieur à 140 % d’ici 2035, même sans choc externe majeur.

Le cadre institutionnel américain, quant à lui, ajoute une instabilité politique permanente aux tensions financières. Le plafond de la dette, qui limite juridiquement le volume d’endettement fédéral, a de nouveau été atteint début 2025. Le Trésor américain recourt depuis à des mesures exceptionnelles et puise dans son compte auprès de la Réserve fédérale, dont l’épuisement est attendu autour d’août 2025. Sans accord du Congrès pour relever ce plafond, les États-Unis pourraient techniquement se retrouver en situation de défaut sur leurs engagements financiers. Ce scénario serait d’autant plus explosif que les investisseurs surveillent déjà de près la soutenabilité de la dette américaine.

Par ailleurs, le projet de loi budgétaire proposé par Donald Trump, surnommé « Big, Beautiful Bill », pourrait aggraver considérablement la situation. Cette réforme prévoit l’extension des baisses d’impôts de 2017 jusqu’en 2028, de nouvelles exonérations ciblées, ainsi que des coupes dans les dépenses sociales à partir de 2029. Le CBO (Congressional Budget Office) estime que ce plan ferait grimper le déficit de 2 300 milliards de dollars supplémentaires sur dix ans, avec un pic attendu entre 2026 et 2028. Si elle était adoptée dans son intégralité, cette réforme porterait le déficit au-delà de 9 % du PIB hors période de récession, un niveau sans précédent.

Cette trajectoire soulève des risques macroéconomiques majeurs. D’une part, le ratio dette/PIB pourrait continuer à croître structurellement si les déficits primaires se maintiennent et si les taux d’intérêt restent supérieurs à la croissance nominale. D’autre part, la dépendance croissante du financement aux investisseurs étrangers, en particulier japonais et chinois – expose les États-Unis à un risque de désaffection. Des adjudications récentes de bons du Trésor ont déjà montré une demande plus faible, traduisant une montée du « term premium ». De plus, le récent abaissement de la note de crédit par Moody’s (de Aaa à Aa1 en mai 2025) reflète une dégradation de la confiance dans la trajectoire fiscale américaine.

Enfin, les États-Unis sont désormais vulnérables au moindre choc macroéconomique externe. En cas de récession, les recettes fiscales chuteraient, les stabilisateurs automatiques joueraient à plein régime, et le déficit dépasserait facilement 10 % du PIB, risquant de déclencher une crise de financement.

Le scénario d’un emballement de la courbe des taux et d’un désordre financier mondial, déjà évoqué dans le contexte japonais, devient alors crédible, surtout si les taux longs s’emballent et que le Trésor américain se retrouve contraint dans ses capacités d’émission.

Pour l’instant, les États-Unis conservent plusieurs leviers de résilience : leur capacité unique à émettre en monnaie de réserve mondiale (USD), une croissance encore positive, et une maturité moyenne de la dette relativement courte, qui permet des ajustements rapides en cas de besoin. Toutefois, sans réforme fiscale ou discipline budgétaire crédible, le pays s’expose à une crise de confiance majeure.

D’ailleurs, c’était dans cet objectif que Trump a créer le DOGE et a lancé à plusieurs reprises l’idée d’un « External Revenue Service », dans le cadre duquel le pays supprimerait l’impôt sur le revenu et s’appuierait plutôt sur les taxes aux frontières, les étrangers finançant, du moins en théorie, le gouvernement américain.

Cependant, les droits de douane ont de nombreux points négatifs. Les économistes déplorent les distorsions qu’ils infligent au commerce. Ils sont généralement payés non pas par des entreprises « extérieures », mais par les consommateurs nationaux. En 2020, un rapport de la Réserve fédérale de New York, a constaté que la quasi-totalité des taxes imposées par Trump lors de son premier mandat étaient finalement supportées par les entreprises américaines, sous la forme de marges plus faibles, et par les acheteurs, sous la forme de prix plus élevés.

De plus, les accords avec la Grande-Bretagne et la Chine ont réduit le niveau global des droits de douane par rapport aux sommets récents, ce qui réduira les recettes qu’ils génèrent. Leurs niveaux continueront de baisser à mesure que les États-Unis concluront de nouveaux accords.

Pourtant, les droits de douane imposés par Trump continueront de rapporter des sommes considérables. À quel point ? L’an dernier, sur les 4 900 milliards de dollars perçus par le gouvernement fédéral, seuls 100 milliards provenaient des droits de douane. Or, ce chiffre est déjà en hausse. Les données quotidiennes du Trésor montrent une forte hausse. Au 13 mai, les recettes douanières brutes avaient atteint 47 milliards de dollars depuis le début de l’année, soit environ 15 milliards de dollars de plus que l’an dernier.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure cela est dû aux dernières taxes imposées par Trump et dans quelle mesure les entreprises se précipitent pour importer des marchandises en prévision de nouvelles hausses ; la deuxième hypothèse est probablement en grande partie imputable à cette dernière. Plusieurs économistes ont néanmoins tenté de prévoir les recettes douanières.

Peter Navarro, président du conseil économique de Trump, affirme que les taxes aux frontières pourraient générer plus de 6 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, soit 600 milliards de dollars par an. Son calcul est d’une simplicité déconcertante : prendre les 3 300 milliards de dollars d’importations de marchandises de l’année dernière et appliquer un tarif effectif de 20 %.

Une telle approche ignore la dynamique économique. Des droits de douane plus élevés réduisent la demande de biens étrangers, rétrécissant ainsi l’assiette fiscale. Ils réduisent également les recettes fiscales et salariales, annulant jusqu’à 25 % des gains, selon la plupart des estimations. Si l’on ajoute à cela les représailles et l’évasion fiscale, les recettes anticipées chutent encore davantage. Les projections de M. Navarro, qui tablent sur des milliards de dollars, reposent sur un fantasme de stagnation, dans lequel acheteurs, vendeurs et partenaires commerciaux ignorent les signaux de prix.

Les estimations indépendantes des recettes douanières sont bien inférieures. Le modèle budgétaire de Penn Wharton estime que l’ensemble des tarifs proposés, y compris les prélèvements « réciproques » actuellement suspendus, rapporterait environ 290 milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie.

Ses calculs tiennent compte d’une demande d’importations plus faible, ainsi que de ses effets sur les recettes fiscales des sociétés et des salaires. D’autres prévisions sont encore plus basses. Le Budget Lab de Yale, un centre de recherche non partisan, prévoit des recettes annuelles de 180 milliards de dollars ; la Tax Foundation, un groupe de réflexion, estime ce chiffre à environ 140 milliards de dollars.

En outre, le DOGE a été un échec total que reconnaît aujourd’hui Elon Musk. Cette agence avait pour objectif de couper de 2000 milliards de dollars dans les dépenses publiques américaines, mais depuis sa création, celle-ci n’a réussit à couper que pour 160 milliards de dollars et donc le projet semble être mort-né. Pour rappel, en 2024, les dépenses s’élevaient à 5 870 milliards de dollars (20 % du PIB), auxquels il faut ajouter 880 milliards de paiements d’intérêts nets. Une part importante (4 060 milliards) est constituée de dépenses dites obligatoires, puisqu’il s’agit de transferts vers les ménages liés au système social et de santé.

Ainsi, une combinaison de taux élevés, d’un blocage politique sur le plafond de la dette, et d’une baisse des souscriptions aux adjudications du Trésor pourrait provoquer une correction violente des marchés financiers avec répercussions globales.

On voit justement les taux mondiaux qui montent de plus en plus. On voit les rendements de la dette publique américaine à 30 ans qui dépassent les 5%, et le 10 ans qui se rapproche des 4,7%. Ce dernier bond est survenu peu avant que la Chambre des représentants n’adopte, par une seule voix, le projet de loi budgétaire du président Donald Trump, qui creuse le déficit. Conjugué à l’élaboration chaotique des politiques ces derniers mois et aux menaces de Trump contre les institutions américaines, cela a remis en question le statut autrefois incontestable de valeur refuge des bons du Trésor.

Mais pour les gérants de fonds cherchant à diversifier leurs placements, un autre casse-tête se présente. La dette des autres États apparaît également risquée, avec des rendements à long terme en hausse dans une grande partie du monde riche. Le coût de l’emprunt britannique à 30 ans a atteint 5,5 %, son plus haut niveau depuis 1998, hormis un pic en avril. À 3,1 %, celui de l’Allemagne est à deux doigts de son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro au début des années 2010. Le 21 mai, en séance, le rendement des obligations d’État japonaises à 30 ans a atteint près de 3,2 %, établissant un nouveau record.

Tout cela s’explique en partie par le fait que ce qui se passe aux États-Unis ne reste pas aux États-Unis. L’économie américaine est si importante, représentant 26 % de la production mondiale, que son déficit public démesuré déséquilibre l’épargne et l’investissement à l’échelle mondiale, augmentant ainsi le coût du capital.

La hausse des rendements des bons du Trésor pourrait également inciter les traders à les préférer aux autres dettes souveraines, à moins qu’ils ne rapportent eux aussi davantage. Par ailleurs, les politiques de Trump ne menacent pas uniquement l’économie américaine. L’incertitude entourant les droits de douane, par exemple, brouille les perspectives d’inflation et de croissance partout dans le monde, incitant les investisseurs à exiger une prime de risque plus élevée. Certains pourraient également en conclure que les responsables politiques d’autres pays seront tentés d’imiter la prodigalité américaine.

Pourtant, le reste du monde est tout à fait capable d’exercer sa propre pression. Une partie de cette pression provient de bonnes nouvelles plutôt que de mauvaises. La hausse des coûts d’emprunt allemands a en grande partie suivi l’annonce, début mars, d’un investissement considérablement accru du gouvernement dans les infrastructures et la défense. L’opinion populaire ayant longtemps soutenu que l’Allemagne dépensait trop peu plutôt que trop, cela a renforcé les attentes quant à sa croissance future, et donc au rendement de sa dette souveraine.

En Grande-Bretagne et au Japon, les rendements augmentent pour des raisons plus inquiétantes. L’une d’elles est que l’inflation a de nouveau connu une hausse surprenante. Les prix à la consommation au Royaume-Uni ont augmenté de 3,5 % sur un an jusqu’en avril, soit plus rapidement que prévu par le marché et bien au-dessus des 2,6 % du mois précédent.

Au Japon, les prix à la consommation « de base » ont augmenté de 3,5 % sur un an jusqu’en avril, soit la plus forte hausse depuis la poussée inflationniste de 2022 et 2023. L’inflation incite les traders à surenchérir sur les rendements obligataires, à la fois parce qu’elle érode la valeur de leurs coupons et du remboursement du principal, et parce qu’elle les conduit à anticiper des taux d’intérêt plus élevés de la part des banques centrales.

De plus, au Japon, depuis plusieurs semaines, les tensions sur le marché obligataire japonais s’intensifient. De fait, en 45 jours, le rendement des obligations d’État japonaises à 30 ans a bondi de 100 points de base, atteignant un niveau record de 3,20 %. Cette poussée de taux reflète une défiance croissante des investisseurs à l’égard de la trajectoire budgétaire et monétaire du pays.

Cette rupture de confiance s’est matérialisée par une adjudication désastreuse de titres à 20 ans, qualifiée par certains acteurs comme la pire depuis 1987. Dans le même temps, des institutions financières soulignent que les « fissures » observées dans les marchés obligataires mondiaux pourraient bien être en train de se transformer en fractures systémiques.

Le point de bascule vient d’un changement radical de politique monétaire. Après des années d’interventionnisme massif, notamment via l’achat d’obligations souveraines pour contrôler la courbe des taux, la Banque du Japon (BoJ) a brusquement cessé ces achats. Ce retrait a laissé un vide béant sur le marché primaire, provoquant un afflux d’offre et une envolée des taux.

Aujourd’hui, la BoJ détient encore 52 % de l’ensemble des obligations d’État japonaises, soit 4 100 milliards de dollars d’actifs publics. À titre de comparaison :

– Les assureurs-vie détiennent 13,4 %,
– Les banques : 9,8 %,
– Les fonds de pension : 8,9 %.

La dette publique totale du Japon atteint 7 800 milliards de dollars, avec un ratio dette/PIB supérieur à 260 %. Le Premier ministre japonais lui-même a récemment reconnu que la situation budgétaire du pays était pire que celle de la Grèce.

Les signaux économiques sont de plus en plus contradictoires : le Japon entre dans une phase de stagflation, où la croissance ralentit tandis que l’inflation accélère.
– PIB réel (T1 2025) : -0,7 % (vs -0,3 % attendu), première contraction depuis un an.
– Inflation (avril 2025) : 3,6 %, avec un bond de +0,7 % mensuel sur l’IPC hors produits frais, la plus forte hausse depuis octobre 2023.
– Salaires réels : -2,1 % sur un an, la pire chute depuis plus de deux ans.

Autrement dit : les ménages perdent en pouvoir d’achat alors que les prix montent. Cela place la Banque du Japon dans une impasse : relever les taux pour freiner l’inflation pourrait asphyxier une économie déjà en récession technique, mais ne rien faire alimente la spirale de défiance sur les marchés de la dette.

Depuis des décennies, les investisseurs institutionnels japonais, portés par des taux domestiques quasi nuls, ont utilisé les marchés étrangers comme relais de rendement via d’immenses carry trades. Ils empruntaient à taux très bas au Japon pour acheter des bons du Trésor américain, des obligations européennes, ou des actions internationales. Mais si les rendements japonais remontent, ces flux pourraient s’inverser massivement. Cela pourrait provoquer un risque de revalorisation brutale sur les marchés d’actifs américains et une chute des actifs risqués.

Dans le même temps, écrivent les analystes de la banque Goldman Sachs, une source structurelle de demande de dette publique à long terme se tarit. Les « gestionnaires actif-passif », c’est-à-dire des institutions comme les fonds de pension à prestations définies qui utilisent les flux de revenu fixe des obligations pour garantir leurs engagements futurs, sont depuis longtemps d’importants acheteurs.

Mais les rendements sont désormais suffisamment élevés pour leur permettre de bloquer ces flux de trésorerie à des prix attractifs pendant des années, ce qui signifie que beaucoup peuvent se permettre de se retirer du marché. L’offre d’obligations restant élevée, alimentée par les déficits budgétaires et la réduction des bilans des banques centrales, cela ouvre la voie à une nouvelle hausse des coûts d’emprunt à long terme.

Cette pression s’applique aussi bien aux bons du Trésor américain qu’à la dette publique d’autres pays. Pendant des années, l’idée reçue parmi les négociants en obligations était que le rendement à 30 ans « ne pouvait » pas dépasser 5 %, ni s’y maintenir longtemps. L’argument était qu’à ce niveau, les investisseurs à long terme, comme les fonds de pension et les fonds de dotation universitaires, s’empareraient de toutes les obligations qu’ils pourraient trouver.

Or, c’est là que se situent actuellement les rendements à 30 ans. Si les gros acheteurs ont déjà fait le plein, les inquiétudes budgétaires actuelles pourraient s’aggraver considérablement.

Ces incertitudes sont dues notamment aux événements en lien avec le plafond de la dette et le risque de fermeture des services de l’État américain faute d’accord parlementaire sur le budget (government shutdown), devenus plus fréquent ces dernières années. Enfin, l’absence de progrès sur le rétablissement des finances publiques pourrait finir par réduire l’attrait des Bons du Trésor américains et, plus généralement, des actifs américains aux yeux des investisseurs étrangers.

Cela pourrait affaiblir le dollar et exercer une pression à la hausse sur l’inflation et les taux d’intérêt aux États-Unis, ce qui compliquerait encore les efforts de consolidation budgétaire. En conclusion, pour des raisons ayant trait à des facteurs tant nationaux qu’internationaux, il importe que l’objectif d’assainissement des finances publiques figure parmi les priorités politiques les plus urgentes des États-Unis.

Les marchés commencent à en prendre conscience.

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La première rencontre entre l’Iran et les Etats-Unis depuis 2015

Lundi 8 avril, alors que le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou était à la Maison Blanche pour essayer de réduire ou d’éliminer les droits de douane de 17 % imposés à Israël, Donald Trump en a profité pour faire une annonce « surprise ».

En effet, celui-ci a déclaré que les diplomates américains et iraniens se rencontreront à Oman ce samedi 12 avril pour avancer sur la question nucléaire iranienne.

Selon des fonctionnaires au fait de la planification des négociations, la délégation iranienne pour les pourparlers indirects de samedi avec les États-Unis à Oman devrait être dirigée par le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, tandis que la délégation américaine sera dirigée par l’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff. Les discussions se dérouleront dans des salles séparées, en présence d’un médiateur qui transmettra des notes entre les délégations.

Il a également rajouté : “Espérons que ces discussions auront du succès. Si elles n’aboutissent pas, je pense que l’Iran sera en grand danger. C’est dans le meilleur intérêt de l’Iran. Tout le monde peut s’accorder sur le fait qu’un accord serait préférable à l’évidence”, a déclaré Donald Trump. “Il n’a pas précisé ce qu’il entendait par évidence”souligne le Washington Post. Toutefois, on peut supposer qu’avec la préparation militaire en cours, Trump affirme de nouveau sa position de force en faisant passer le message que soit la diplomatie fonctionne, sinon la force militaire sera potentiellement utilisée.

En effet, selon le site spécialisé dans les affaires du Moyen-Orient Al-Monitor, “l’armée américaine a déployé (ces dernières semaines) plusieurs bombardiers B-2” sur la base Diego Garcia, dans l’océan Indien, située à 5 300 kilomètres de l’Iran. Avec une portée pouvant atteindre 11 000 kilomètres, ces avions sont “conçus pour transporter la ‘mère de toutes les bombes’, pesant 900 kilos et […] capable de détruire les installations nucléaires souterraines iraniennes”, précise le site.

De son côté, l’Iran cherche aussi à montrer ses muscles. Deux hauts responsables ont ainsi effectué le 4 avril une visite dans la zone de défense aérienne du sud-est du pays, dans la ville portuaire de Bandar Abbas, la plus proche de la base américaine de Diego Garcia, pour “une évaluation opérationnelle de la préparation au combat”. Un haut général des Gardiens de la révolution, Alireza Sabahifard, a affirmé à cette occasion que l’Iran se préparait à une “réponse décisive et écrasante” en cas d’“agression” américaine, rapporte Al-Monitor.

Malgré le récent renforcement militaire, une attaque militaire américaine contre l’Iran ne semble pas imminente et sert plutôt d’outil par lequel Trump peut pousser l’Iran à la table des négociations et parvenir rapidement à l’accord qu’il recherche.

Étant donné la vaste étendue des bases de défense aérienne de l’Iran, davantage d’équipements, d’avions et de main-d’œuvre semblent nécessaires si les États-Unis décident finalement de lancer une frappe qui pourrait paralyser les installations nucléaires du pays et immobiliser ses centres militaires pour contrecarrer une réponse de représailles immédiate.

La question de savoir si les États-Unis vont intensifier leurs déploiements pour une guerre à grande échelle, au-delà de simples gestes de flexion, dépend encore largement de la manière dont l’Iran choisira de répondre aux menaces de Trump.

Par ailleurs, un haut responsable iranien a déclaré dimanche 6 avril à Reuters que l’Iran avait averti ses voisins qu’ils pourraient devenir des cibles s’ils autorisaient les États-Unis à utiliser leur territoire ou leur espace aérien pour attaquer ses installations nucléaires.

Selon le rapport, l’avertissement a été adressé aux Émirats arabes unis, à Bahreïn, à la Turquie, au Koweït et à l’Irak, précisant que tout soutien à une frappe américaine, y compris l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire (par exemple, le Qatar abrite la plus grande base américaine de la région), serait considéré comme un acte hostile.

Un tel acte « entraînerait de graves conséquences pour eux », a averti le responsable, ajoutant que le guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait placé les forces du pays « en état d’alerte maximale », selon le rapport.

“Si Trump veut placer l’Iran devant le dilemme ‘capitulation ou guerre’, […] les intérêts occidentaux dans les champs énergétiques, les voies de transport internationales et les bases militaires situées dans les pays du golfe Persique risquent de ne plus être en sécurité”, a ainsi mis en garde le quotidien Javan, proche des Gardiens de la révolution.

Les États-Unis comptent au moins 40 000 soldats au Moyen-Orient. La majorité d’entre eux sont déployés dans les États pétroliers du Golfe, où ils sont basés sur une série de bases aériennes et navales stratégiques.

La base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, abrite la 378e escadre expéditionnaire aérienne américaine, qui exploite des chasseurs F-16 et F-35. Les États-Unis exploitent des drones MQ-9 Reaper et des chasseurs à réaction depuis la base aérienne d’Al Dhafra, aux Émirats arabes unis. La base aérienne d’Ali al-Salem, au Koweït, abrite la 386e escadre expéditionnaire aérienne.

La base aérienne d’Al Udeid, au Qatar, abrite le quartier général régional du Commandement central américain. Le royaume insulaire de Bahreïn abrite environ 9 000 soldats américains appartenant au quartier général du commandement central des forces navales américaines et à la cinquième flotte américaine.

En réponse, l’Arabie Saoudite et d’autres États du Golfe ont interdit aux avions de guerre américains d’utiliser leurs aérodromes ou leur ciel pour attaquer l’Iran après que le président américain Donald Trump a menacé ce week-end de bombarder le pays.

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont tous déclaré aux États-Unis qu’ils ne permettraient pas que leurs espaces aériens ou leurs territoires soient utilisés comme rampe de lancement contre l’Iran, y compris pour des opérations de ravitaillement et de sauvetage, a déclaré un haut responsable américain à Middle East Eye.

Cependant, si les États-Unis utilisent Diego Garcia pour attaquer l’Iran, ils pourraient éviter complètement l’espace aérien des États du Golfe, ou à tout le moins, donner aux monarques du Golfe une possibilité plausible de nier leur implication dans les frappes. Cela réduit les possibilités pour l’Iran de dissuader les frappes américaines ou israéliennes en menaçant le Golfe.

En outre, Trump a déclaré que les États-Unis s’engageraient dans des négociations « directes », alors que dans une publication sur les réseaux sociaux, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a confirmé que des discussions auraient lieu samedi à Oman, mais a précisé qu’elles seraient indirectes, ce qui signifie que des intermédiaires collaboreraient avec les deux parties.

En effet, sur ordre de son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, l’Iran a récemment écarté toute négociation directe avec les États-Unis sous Trump, qui non seulement s’est retiré de l’accord nucléaire de 2015, mais a aussi ordonné l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani durant son premier mandat.

Néanmoins, certains initiés politiques à Téhéran suggèrent en privé que la porte pourrait être ouverte à des pourparlers directs, en fonction de l’évolution des choses à Mascate. La composition des délégations souligne également que la République islamique a chargé le ministère des Affaires étrangères de mener les négociations avec les États-Unis.

Alors, Trump brûle-t-il les étapes en révélant prématurément une diplomatie discrète encore embryonnaire ? Ou bien brouille-t-il volontairement la frontière entre messages indirects et véritables négociations pour revendiquer une dynamique et créer une pression ?

Il est notable qu’en 2012 et 2013, des pourparlers directs et secrets entre les États-Unis et l’Iran à Oman avaient discrètement préparé le terrain pour l’accord nucléaire en 2015. Ces rencontres ont abouti parce qu’elles étaient discrètes, sérieuses et fondées sur des objectifs clairs : l’Iran voulait une levée des sanctions. Les États-Unis voulaient empêcher l’Iran d’obtenir la bombe nucléaire.

Cette même dynamique pourrait être à l’œuvre aujourd’hui, mais dans un environnement politique encore plus hostile qu’en 2015. Dans les deux pays, les partisans de la ligne dure ont passé des décennies à alimenter la méfiance. Beaucoup craignent la diplomatie non pas parce qu’elle échoue, mais parce qu’elle pourrait réussir.

Pour la direction iranienne, et en particulier son Guide suprême, être perçu comme faisant des compromis avec Trump pourrait être un cauchemar politique, à moins que cela ne soit fait « dans les règles ». Il ne peut pas se permettre de paraître faible aux yeux de sa base, surtout après que Trump a déchiré le précédent accord et tué Soleimani.

De plus, le changement de ton de Trump pourrait s’expliquer par la préparation d’une visite de haute importance en Arabie saoudite, où il espère relancer des accords régionaux. Pour cela, il aurait besoin d’un calme à Gaza, d’un cessez-le-feu au Yémen, et d’une réduction des tensions avec l’Iran.

Le vrai test, c’est ce que Trump exige réellement. S’il s’agit du modèle maximaliste de la « Libye » que les néoconservateurs autour de lui préconisent, soit un démantèlement total du programme nucléaire iranien, alors les discussions seront probablement vouées à l’échec, et la probabilité d’un conflit militaire sera très élevée.

Le conseiller à la sécurité nationale de l’administration Mike Waltz a parlé de « démanteler » le programme nucléaire iranien. C’est aussi ce que Netanyahou évoque quand il exige le « modèle libyen », ce qui signifie que l’Iran devrait démanteler et expédier hors du pays l’intégralité de son infrastructure nucléaire.

Or, une grande partie des équipements d’enrichissement nucléaire libyens n’avaient jamais été déballés avant leur remise aux États-Unis en 2003 ; l’infrastructure nucléaire iranienne fonctionne depuis des décennies et est répartie sur tout le territoire, en grande partie sous terre.

Cela signifierait la fermeture du site d’enrichissement nucléaire de Natanz, attaqué par les États-Unis et Israël avec la cyber-arme Stuxnet il y a quinze ans, et saboté épisodiquement depuis par Israël. Cela impliquerait la destruction du site d’enrichissement de Fordow, situé au cœur d’une montagne sur une base militaire. Et cela impliquerait le démantèlement de plusieurs autres installations réparties dans tout le pays, sous l’œil vigilant des négociateurs internationaux.

Mais cela donnerait lieu à une négociation très brève : c’est une impasse pour l’Iran (le modèle libyen est peu attrayant quand on pense au sort final de Kadhafi). Il est quasiment certain que l’Iran résistera au démantèlement de l’ensemble de son infrastructure nucléaire, qui lui a donné la capacité de produire le combustible nécessaire à une bombe en quelques semaines, voire une arme complète en quelques mois.

De nombreux Iraniens ont commencé à évoquer ouvertement la nécessité pour le pays de se doter d’une arme, après s’être révélé relativement vulnérable lors d’une série d’échanges de missiles avec Israël l’année dernière.

Mais l’approche belliciste de Trump envers l’Iran a déclenché un débat furieux dans le monde MAGA sur la direction de la politique étrangère de la nouvelle administration et sur la question de savoir si de nouveaux engagements militaires au Moyen-Orient en valent la peine.

Trump a doté son administration de faucons iraniens de premier plan, comme le conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz et le secrétaire d’État Marco Rubio, mais aussi de personnalités qui souhaitent que les États-Unis se retirent de toute intervention militaire au Moyen-Orient. Leurs affrontements sont devenus très virulents et très médiatisés ces dernières semaines , ce qui pourrait affecter l’approche américaine envers Israël et sa campagne de pression sur l’Iran.

Cependant, si l’objectif de Trump est de vérifier que le programme nucléaire iranien reste pacifique, comme certains rapports le suggèrent, alors un accord est encore possible, et cela correspond à ce que les responsables iraniens ont dit être prêts à envisager. Steve Witkoff, l’envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, de son côté, a évoqué un programme de « vérification » pour s’assurer que l’Iran ne construit pas de bombe, et c’est aussi le cas de nombreuses figures influentes du monde MAGA.

D’ailleurs, Witkoff a ces dernières semaines fait la une des journaux en affichant une préférence apparemment simple pour s’engager avec l’Iran. La semaine dernière, il s’est retrouvé dans l’eau chaude après avoir écrit « Great » en réponse à un tweet d’Araghchi soulignant que l’Iran a respecté son engagement dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015 de ne jamais développer d’armes atomiques, même si Trump s’est unilatéralement retiré de l’accord en 2018.

Au milieu des tirs nourris des voix opposées à la diplomatie avec l’Iran, Witkoff a supprimé son tweet peu de temps après.

Witkoff a également fait des vagues à Téhéran le 21 mars, lorsqu’il a suggéré dans une interview avec le journaliste et animateur conservateur Tucker Carlson que les États-Unis seraient ouverts à une supervision plus stricte du programme nucléaire iranien plutôt qu’à son démantèlement complet. Les experts disent que ce dernier est un échec pour la République islamique, en particulier compte tenu de l’expérience d’autres pays qui ont accepté de renoncer à leurs capacités nucléaires, y compris la Libye.

Qui plus est, toujours durant l’interview, Witkoff a suggéré que Trump veut d’abord et avant tout s’assurer que les activités nucléaires de l’Iran ne seront pas militarisées.

« S’ils devaient avoir une bombe qui créerait la Corée du Nord dans le CCG [Conseil de coopération du Golfe], nous ne pouvons pas avoir cela… Nous ne pouvons jamais permettre à quelqu’un d’avoir une arme nucléaire et d’avoir une influence démesurée. »

Tout en proposant que le dialogue devrait « commencer » sur le programme nucléaire iranien, Witkoff a également été explicite sur d’autres priorités américaines. « La prochaine chose que nous devons faire avec l’Iran, c’est qu’ils sont les bienfaiteurs de ces armées par procuration. »

Alors que l’Iran a signalé qu’il ne négocierait pas sur les questions non nucléaires, les remarques de Witkoff suggèrent qu’il y a une certaine flexibilité sur ces questions, d’autant plus que la perception de la menace américaine semble se concentrer sur le programme nucléaire iranien.

Toutefois, de manière improvisée, Trump a aussi déclaré hier à la Maison Blanche qu’un nouvel accord avec l’Iran pourrait « peut-être beaucoup plus dur » que l’accord nucléaire de 2015 qu’il avait auparavant rejeté.

En même temps, il reste flou jusqu’où l’administration est prête à aller en matière de concessions. Les Iraniens, cette fois, exigeront des bénéfices tangibles et des garanties solides, et non pas seulement un soulagement temporaire des sanctions comme dans le JCPOA.

Que Trump est-il prêt à offrir ? Peut-il faire approuver un accord par le Sénat ? S’agira-t-il uniquement d’un accord nucléaire ? Une critique fréquente du JCPOA était qu’il ne traitait pas du programme de missiles balistiques de l’Iran ni de ses milices par procuration.

« Trump souhaite éviter deux choses », a déclaré Aaron David Miller, expert de la politique américaine au Moyen-Orient à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. « Premièrement : que l’Iran franchisse le seuil nucléaire sous sa direction. Deuxièmement, une opération militaire majeure des États-Unis ou d’Israël qui plongerait la région dans le chaos. »

L’Iran est toujours sur le point de se doter d’une arme nucléaire. L’Agence internationale de l’ énergie atomique (AIEA) a rapporté en février que l’Iran avait produit près de 275 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, soit près du seuil de 90 % requis pour la fabrication d’armes nucléaires. Une évaluation des services de renseignement américains, rendue publique le mois dernier par le Bureau du directeur du renseignement national, indiquait que « Khamenei n’avait pas réautorisé le programme d’armement nucléaire », mais ajoutait que « la pression s’était probablement accrue sur lui pour qu’il le fasse ».

Enfin, les acteurs extérieurs, y compris les acteurs régionaux comme Oman, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar, se sont montrés ouverts à la médiation de négociations indirectes, tandis que les partisans internationaux du programme nucléaire iranien, tels que la Chine et la Russie, soutiennent également une solution nucléaire négociée.

Cependant, si la Chine et la Russie se coordonnent avec l’Iran sur des questions telles que l’évitement du retour des sanctions et l’interdiction du retrait de l’Iran du Traité de non-prolifération, car de telles actions menaceraient leurs intérêts et créeraient de l’instabilité dans la région, elles ne veulent pas nécessairement que la question soit résolue et n’ont pas pris de mesures sérieuses jusqu’à présent.

Un Iran isolé deviendrait dépendant de la Chine et éliminerait la concurrence énergétique de la Russie, ce qui rendrait le maintien du statu quo avantageux pour les deux parties. Par conséquent, ils ne visent pas à résoudre la crise, mais préfèrent qu’elle ne s’aggrave pas.

Bien que les États-Unis puissent consulter Israël sur son accord avec l’Iran, il est peu probable qu’Israël puisse y opposer son veto, car Trump se concentre sur la négociation d’un accord qui s’aligne sur les intérêts américains.

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Opinion: Faut-il avoir peur des tarifs de Donald Trump ?

Depuis l’annonce par « l’oncle Donald » de l’instauration de tarifs douaniers à l’importation, ce mercredi après la clôture des marchés, l’indice américain S&P 500 a perdu jusqu’à 10,6% en 2 jours.

En termes de capitalisation boursière, cela représente une baisse de l’ordre de 4.500 milliards $… Tout le monde en parle,
sur toutes les chaines de télévision et de radio (même Nostalgie dont ce n’est pas la vocation première). C’est dire si la panique semble générale…

En deux mots, le président américain met en place des taxes sur les produits qui sont importés depuis la plupart de ses partenaires commerciaux avec laquelle il y a un déséquilibre commercial (plus d’achat américains que d’exportations). Son objectif est de « rendre l’Amérique à nouveau grande » (MAGA).

Mais, il y a d’autres moyens de rendre son pays plus grand, plus digne, plus respectable, plus admirable, que de se fermer dans une politique protectionniste ! En effet, la dernière fois que des mesures d’une telle ampleur ont été prises, ce fut en juin 1930, lorsqu’un de ses prédécesseurs, Herbert Hoover, fit appliquer la dénommée « Smoot-Hawley Tariff Act » frappant plus de 20.000 produits importés.

De nombreux pays réagirent par la réciproque, comme vient de le faire la Chine aujourd’hui, en appliquant des taxes symétriques. Le commerce mondial s’effondra, aggravant encore la crise économique des Etats-Unis.

La leçon fut relativement vite apprise car les tarifs douaniers furent retirés progressivement 2 ans après avoir été mis en place… La décision qu’a pris cette semaine Donald Trump l’a donc été, soit en ignorant l’histoire, soit en la connaissant et en espérant des conséquences différentes…

Les calculs qu’il a présentés pour expliquer les taux appliqués par pays sont du niveau d’un enfant de primaire, avec même des erreurs géographiques (voir article du Guardian). Quoi qu’il en soit, les conséquences seront vraisemblablement une incitation à consommer davantage « américain » et à produire aux USA, mais aussi une hausse de l’inflation et, en conséquence, une hausse des taux d’intérêt, ainsi que d’autres facteurs contreproductifs qui risqueraient de plonger l’économie américaine en récession, avec in fine un impact social et électoral…

En conclusion, Donald Trump se tire une balle dans le pied ! Mais, il n’a peut-être pas eu l’équipe suffisamment instruite pour l’en avertir ? Ou alors l’a-t-il eue, mais n’a-t-il pas voulu l’écouter ? Toujours est-il que d’autres dirigeants d’entreprises, dont certains bien plus riches que lui, et même la Fed ont dû réagir fermement ces derniers jours et son téléphone a dû carillonner !

La pression qu’il doit subir, ces dernières heures a dû être telle qu’il s’est même senti obligé de se justifier publiquement : il maintient son avis et il affirme même que la bourse va « booster »… Mais combien de temps pourra-t-il tenir? Combien de temps vat-il résister à la pression ? Combien de temps lui faudra-t-il pour retourner sa veste ?

Quoi qu’il en soit, avec une pointe du VIX (indice de la peur) à 45, un RSI qui a atteint un niveau de survente plus égalé depuis 2022, un niveau de panique médiatique assourdissant et une baisse de l’indice S&P 500 de 17% depuis son sommet de février, le moment est intéressant pour (ré)investir un peu, tout en observant une très large diversification. Pour information ou rappel, il n’y a pas de corrélation statistiquement significative entre l’économie réelle et la bourse. Quand la marée est basse en bourse, il faut en profiter, quel que soit l’état présent ou à venir de la conjoncture économique !

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Trump a un pouvoir illimité ? La théorie de l’exécutif unitaire

Pendant le week-end du President’s Day, Donald Trump a déclaré : « Celui qui sauve son pays ne viole aucune loi. », inspiré directement de Napoléon Bonaparte.

Démantèlement d’agences indépendantes, licenciements de fonctionnaires, remise en cause du droit du sol, gel unilatéral de financements octroyés par le Congrès… Depuis son retour à la tête des Etats-Unis, le 20 janvier, Donald Trump semble repousser les limites du pouvoir présidentiel.

Cependant, derrière les premiers actes de sa deuxième administration, les analystes juridiques voient un objectif commun : tester une théorie juridique autrefois marginale qui affirme que le président a un pouvoir illimité pour contrôler les actions des quatre millions de personnes qui composent le pouvoir exécutif.

En effet, pour comprendre les agissements de Trump, il faut avoir en tête les bases du système politique américain. Celui-ci repose sur le principe des checks and balances (« freins et contrepoids »). Ainsi, chacune des trois branches du gouvernement dispose de moyens de contrôle sur les autres (checks)pour viser un certain équilibre (balance). « Par exemple, le président bloque le Congrès avec son pouvoir de veto. Le Congrès, lui, peut bloquer le président par son pouvoir d’impeachment [destitution] ou bien son pouvoir sur le budget. La Cour suprême, elle, peut bloquer les deux autres pouvoirs par sa capacité de déclarer une loi constitutionnelle ou non », résume François Vergniolle de Chantal, politiste et professeur en études américaines à l’université Paris Cité.

Ici, Donald Trump, défend une vision maximaliste du pouvoir exécutif, en reprenant à son compte la doctrine dite de l’« exécutif unitaire ». Cette dernière, largement décriée, postule que le président détient un contrôle absolu sur l’exécutif, y compris sur les agences indépendantes et les fonctionnaires qui y siègent.

C’est à cette aune qu’il faut analyser l’avalanche de décrets présidentiels pris depuis son retour dans le bureau Ovale. S’il s’agit bien de l’une de ses prérogatives, elle est censée obéir à une hiérarchie des normes très précise. Ces décrets ne peuvent contredire ni la Constitution, ni les lois fédérales, ni les jurisprudences, qui sont les sources principales du droit aux Etats-Unis, et sont organisées par ordre de priorité :

  • Au sommet, la Constitution détermine les principes fondamentaux, l’organisation du gouvernement et les droits des citoyens ;
  • Inférieures, les lois fédérales adoptées par le Congrès doivent être conformes à la Constitution ;
  • Les jurisprudences des tribunaux doivent ensuite respecter les principes de la Constitution ainsi que les lois fédérales ;
  • Au pied de cette hiérarchie, les sources réglementaires, telles que les décrets, doivent respecter les trois sources normatives qui lui sont supérieures, sous peine de suspension ou d’annulation.

Les décrets trumpiens, ont déjà entraîné plus de quatre-vingt-dix recours en justice, selon le site Just Security de l’université de New York. 

Alors, si les tribunaux, et plus particulièrement la majorité de la Cour suprême nommée par les républicains, confirment les arguments fondés sur la soi-disant « théorie de l’exécutif unitaire », cela donnerait à Trump un pouvoir sans précédent pour révoquer et remplacer n’importe quel employé fédéral et imposer leur volonté à chaque décision dans chaque agence.

Selon cette théorie, le président est le seul détenteur du pouvoir exécutif. Il dispose de l’administration et des agences fédérales. Il peut licencier et recruter qui il veut, utiliser ou non les crédits votés par le Congrès. Il interprète la façon dont la loi doit être appliquée par l’administration. Il peut aussi l’ignorer s’il la juge inconstitutionnelle, jusqu’à ce que la Cour suprême statue.

Ainsi, la prise de pouvoir du nouveau président pourrait être habillée d’un costume légaliste par la plus haute cour du pays, et certains universitaires et défenseurs salueront cette décision. Très bientôt, nous entendrons beaucoup parler de la « théorie de l’exécutif unitaire ».

La Théorie de l’exécutif unitaire, est une théorie constitutionnelle américaine qui propose une nouvelle lecture de la constitution des Etats-Unis, notamment de l’Article II traitant des dispositions du pouvoir exécutif.

Cette théorie trouve ses racines dans les affirmations agressives du pouvoir présidentiel au XXe siècle, en particulier sous l’administration Nixon mais elle est apparue comme un cadre juridique peu orthodoxe sous l’administration Reagan et a gagné en force avec les présidences suivantes.

Ce cadre a gagné en popularité pendant la présidence de George W. Bush fils, car il était essentiel à la tentative de son administration de légitimer des pouvoirs présidentiels sans précédent, notamment ceux concernant le recours à la force militaire, les enlèvements commandités par l’État, la détention et l’interrogatoire des prisonniers et la collecte de renseignements.

Encouragé par les idéologues du « Projet 2025 », venant du think thank conservateur américain, « Heritage Foundation » mais aussi par la bienveillance de la Cour suprême, Donald Trump a doublé la mise. Déjà, en 2018, pendant son premier mandat, il a interdit aux ressortissants de certains pays musulmans de venir aux Etats-Unis. Au lieu de dénoncer une violation de la Constitution, les juges suprêmes ont affirmé le pouvoir du président en matière d’immigration et de sécurité nationale.

Ensuite, en 2020, les magistrats ont aussi supprimé la protection du directeur du CFPB, un régulateur financier. La loi stipulait que ce responsable ne pouvait être licencié sans cause, mais la Cour a jugé que c’était une violation de la séparation des pouvoirs, le président disposant de tout le pouvoir exécutif.

Puis, en juillet 2024, les juges suprêmes ont consacré une « immunité absolue » du président pour les actions « relevant de son autorité constitutionnelle », alors que Donald Trump était poursuivi pour avoir tenté de renverser le résultat de l’élection de 2020.

Il n’existe pas d’interprétation unique de cette théorie. Au minimum, ses partisans estiment généralement que l’article II autorise le président à révoquer tous les membres du pouvoir exécutif. Cependant, certains, dont Trump et nombre de ses alliés, estiment que le président conserve tout le pouvoir exécutif et peut contrôler tous les fonctionnaires et agences.

Elle se base ainsi sur une interprétation présidentielle de la première et troisième clause de l’Article II, soit respectivement la Vesting Clause et la Take Care Clause. Cette lecture « textualiste » de la constitution prône l’idée d’un total contrôle de la branche exécutive par le pouvoir présidentiel, sans que le Congrès puisse interférer avec les décisions de ce dernier, ce qui diminue l’influence législative sur l’administration au profit de l’influence exécutive.

La théorie de l’exécutif unitaire se base donc sur les premières et deuxième clause de l’article II de la Constitution des Etats-Unis qu’elle analyse avec une lecture présidentielle. La Vesting Clause, soit la clause 1, énonce ceci : « The Executive power shall be vested in a President of the United States of America » (le pouvoir exécutif sera confié à un président des États-Unis d’Amérique).

Or, les défenseurs de la Théorie de l’exécutif unitaire considèrent la Vesting Clause comme unitariste dans le sens où elle stipule que le pouvoir exécutif n’est placé qu’entre les mains d’une personne unique, ici, le Président. De plus, à cela s’ajoute l’argument que, contrairement à l’Article I pour le pouvoir parlementaire, l’Article II présente le pouvoir présidentiel comme univoque et indifférencié.  

La clause 3 de l’Article II, la Take Care Clause, avance que le Président « shall take care that the laws be faithfully executed » (veillera à ce que les lois soient fidèlement exécutées). Les unitaristes comprennent en cela que le président, et le président uniquement, a le pouvoir de faire appliquer le droit.

En conséquence, « le président exerce un contrôle hiérarchique sur tous les fonctionnaires de l’exécutif, […] un plein pouvoir de révocation ainsi que le pouvoir souverain d’annuler ses décisions, et même de se substituer à lui si besoin ». Les pouvoirs de révocation et de nomination sont ici utilisés comme les fers de lance de la théorie ; laissant ainsi au président un plein pouvoir sur la branche exécutive.

La théorie de l’exécutif unitaire se place alors en opposition à la théorie pluraliste classique, qui défend l’importance d’un exécutif divisé entre l’exécutif présidentiel et l’exécutif administratif. À l’inverse, l’unitarisme se rapproche de la théorie de l’administration présidentielle, défendant également l’idée d’une hiérarchie au sein de la branche exécutive.

Jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle, les nominations aux postes fédéraux étaient régies par le principe « to the victor belong the spoils » (« au vainqueur reviennent les dépouilles »), c’est-à-dire que chaque administration présidentielle était libre de renvoyer la plupart des hauts fonctionnaires nommés par l’administration précédente (du moins si elle appartenait à un parti politique différent) et d’en nommer des nouveaux. Cela a non seulement conduit à la corruption et au népotisme, mais a également sapé la capacité des fonctionnaires à développer une expertise cohérente.

Au fil du temps, le Législatif a adopté diverses règles applicables à de nombreuses agences dites « quasi-indépendantes » qui respectaient le pouvoir du président de nommer des responsables de son choix, mais avec certaines limites procédurales.

L’objectif principal de ces procédures était double : d’une part, donner à certains administrateurs un degré d’indépendance limitée, et d’autre part, garantir un niveau de transparence. Pour atteindre le premier objectif, certains administrateurs, une fois nommés, devaient exercer leur mandat pour une durée déterminée et ne pouvaient être révoqués qu’en cas d’incompétence ou pour d’autres critères quasi-objectifs. Pour assurer la transparence, certains administrateurs pouvaient être révoqués par le président, mais uniquement avec un préavis (par exemple 30 jours) accompagné d’une « déclaration de motifs » soumise au Législatif et rendue publique.

Pourtant, Donald Trump a indiqué qu’il ne respecterait ni les dispositions légales adoptées par le Congrès au cours des 150 dernières années, ni les traditions qui les accompagnent. Lui et ses partisans considèrent que les agences administratives constituent un « état profond » qui va à l’encontre des traditions démocratiques car elles sont imperméables aux changements exigés par l’électorat.

C’est pourquoi, il se repose donc sur la théorie de l’exécutif unitaire qui dispose, sans limitation ni exception, que « le pouvoir exécutif sera confié à un président des États-Unis d’Amérique », impliquant ainsi que toute tentative du Congrès de limiter ce « pouvoir » serait inconstitutionnelle.

Le président Trump prend cette théorie très au sérieux. Le 18 février, il a publié un décret intitulé « Assurer la responsabilité de toutes les agences », qui réduit drastiquement les pouvoirs de nombreuses agences fédérales en imposant que toutes leurs activités soient soumises à l’examen et au contrôle de la Maison-Blanche. Dès le premier jour de sa présidence, il a systématiquement limogé de nombreux responsables normalement protégés par l’une ou l’autre des garanties procédurales mises en place par le Législatif.

La théorie de l’exécutif unitaire signifie que le président peut révoquer, à sa guise, les dirigeants de la Commission fédérale du commerce (FTC), du Conseil national des relations du travail (National Labor Relations Board) et d’autres agences indépendantes. Dans sa forme la plus aboutie, la théorie de l’exécutif unitaire signifie que le président peut contrôler les choix politiques de ces agences.

Tout le monde s’accorde à dire que, lors de la Convention constitutionnelle, les fondateurs décidèrent d’avoir un seul président, plutôt qu’un exécutif pluriel. Presque tout le monde s’accorde également à dire que le tout premier Congrès, en créant les départements du Trésor, de la Guerre et des Affaires étrangères, prit une décision capitale, connue sous le nom de Décision de 1789 : leurs dirigeants seraient des employés du président à leur gré. La Décision de 1789 est souvent considérée comme une acceptation de la théorie d’un exécutif unitaire.

Le conflit actuel autour de l’autorité du président trouve son origine dans la période du New Deal. Dans une affaire de 1935, Humphrey’s Executor v. United States, la Cour a statué que le Congrès pouvait limiter le pouvoir du président de révoquer un directeur de la FTC, et donc créer des agences indépendantes.

Jusqu’à récemment, nombreux étaient ceux qui s’accordaient à dire que, sous l’égide de Humphrey, les agences indépendantes étaient parfaitement légales et que le président n’avait guère d’autorité sur elles. Alors, les avocats du ministère de la Justice ont estimé que l’Exécuteur testamentaire de Humphrey était une loi établie, mais qu’elle laissait au président une certaine marge de manœuvre.

S’il le souhaitait, il pourrait ordonner aux agences indépendantes de soumettre leurs réglementations au Bureau de l’information et des affaires réglementaires (OIRA), l’organisme de contrôle réglementaire du président, pour un examen approfondi. Par conséquent, le président ne pouvait pas dicter aux agences indépendantes les règles à édicter, mais il pouvait les obliger à soumettre leurs réglementations à un processus d’observation et d’analyse par le bureau de réglementation.

Le président Ronald Reagan a décidé de ne pas imposer cette exigence, en partie à cause de la gravité de la question juridique, et en partie à cause de la crainte d’une forte opposition du Congrès. Au cours des quatre dernières décennies, les présidents républicains et démocrates ont suivi l’exemple de Reagan. Ils ont assurément supervisé des discussions internes sur l’opportunité d’affirmer l’unicité de l’exécutif et d’exiger des agences indépendantes qu’elles soumettent leurs règles à l’OIRA.

En effet, la Maison-Blanche a estimé que le contrôle présidentiel ne serait pas judicieux. Certains juristes du gouvernement estimaient que cela soulèverait de sérieux doutes juridiques.

D’autres responsables de la Maison-Blanche estimaient que, d’une part, les agences indépendantes évitaient une concentration excessive du pouvoir entre les mains d’une seule personne. D’autre part, elles réduisaient le risque d’abus de pouvoir.

Mais le président Trump a ordonné aux agences indépendantes de soumettre leurs règles à l’examen de l’OIRA, inversant ainsi la voie tracée par Reagan et les administrations présidentielles depuis lors.

Par exemple, l’ordre stipule que le directeur du Bureau de la gestion et du budget de la Maison Blanche, Russell T. Vought, peut retenir le financement de tout projet ou initiative qui entre en conflit avec les politiques et les priorités de Trump. Plus précisément, M. Vought aura le pouvoir « d’ajuster les répartitions de ces agences par activité, fonction, projet ou objet, si nécessaire et approprié, pour faire avancer les politiques et les priorités du président », a déclaré Peter L. Strauss , professeur émérite de droit à l’Université Columbia, notamment en leur interdisant de dépenser des fonds sur des questions que Trump n’aime pas.

Le pouvoir de M. Vought de restreindre la capacité des agences à dépenser les fonds alloués par le Congrès est, selon le décret, limité : il ne peut le faire que « tant que ces restrictions sont conformes à la loi ». Mais une autre section du décret stipule que les agences doivent accepter les points de vue de Trump et de la procureure générale Pam Bondi sur le sens de la loi.

Concernant les contre-pouvoirs, ils ne sont pas vraiment en position de contrer les actions de Trump. Effectivement, le Congrès pourrait contrôler et entraver l’action du président par le truchement de commissions d’enquête et de l’impeachment, la procédure de destitution prévue à l’article 2 de la Constitution« Mais à ce stade, comme les deux chambres ont des majorités républicaines, il est peu probable que les parlementaires engagent ces contrôles, nuance la constitutionnaliste Margaux Bouaziz. Quant à l’impeachment, il serait certainement très difficile d’obtenir les deux tiers du Congrès nécessaires. » Le cas échéant, « il faudrait encore que Trump accepte de partir », note la chercheuse.

Alors, c’est probablement la Cour suprême qui devra donc trancher pour établir les limites du pouvoir présidentiel. Mais la super-majorité conservatrice (six juges sur neuf) que Donald Trump a contribué à constituer par ses nominations lors de son premier mandat (2017-2021) semble adhérer à la vision expansive de l’exécutif.

Daniel Suhr, président du cabinet d’avocats conservateur d’intérêt public Center for American Rights, a déclaré que l’équipe Trump avait eu quatre ans depuis son premier mandat pour définir ses priorités et « établir un programme pour survivre s’il est contesté devant les tribunaux ».

« La Cour suprême des États-Unis a évolué dans ce sens », a déclaré Suhr, notamment en supprimant les restrictions imposées au président quant à sa capacité à licencier des fonctionnaires fédéraux. « Au cours des 10 à 15 dernières années, la Cour a certainement posé les bases de la reconnaissance de l’autorité présidentielle sur le pouvoir exécutif. »

Aucune décision n’incarne mieux cette tendance que la décision historique de la Cour suprême en juillet d’accorder aux présidents une immunité totale contre les poursuites pour des actes officiels, une affaire qui découle des efforts du ministère de la Justice pour poursuivre Trump pour avoir prétendument tenté de bloquer les résultats de l’élection de 2020.

Le juge en chef John G. Roberts Jr. a écrit au nom de la majorité que « contrairement à quiconque », le président « est une branche du gouvernement » et doit être libre de la crainte de poursuites pour mettre en œuvre son programme avec force. « La Constitution confère l’intégralité du pouvoir exécutif au président », a déclaré Roberts, l’un des cinq juges de la Cour suprême qui ont auparavant travaillé comme avocats pour des présidents.

« L’importance de l’affaire Trump [contre les États-Unis] comme arme du pouvoir exécutif plutôt que comme bouclier d’immunité présidentielle est apparue plus clairement avec les premiers décrets et actions du président Donald Trump, ainsi qu’avec les actions de ses principaux subordonnés », a expliqué Jack Goldsmith, ancien avocat du Bureau du conseiller juridique sous l’administration George W. Bush, « Les décisions générales de la Cour suprême sur l’étendue du pouvoir présidentiel exclusif vis-à-vis du Congrès sous-tendent nombre des actions les plus controversées de l’administration Trump. »

Les six juges conservateurs qui composaient la majorité dans l’affaire Trump c. États-Unis sont toutefois allés encore plus loin. La Cour a étendu la portée des pouvoirs « concluants et exécutoires » du président, découlant « de la Constitution elle-même », à la capacité de révoquer et d’orienter les actions du ministère de la Justice pour quelque raison que ce soit.

D’autres décisions de la Cour suprême inspirées par la théorie de l’exécutif unitaire incluent une décision 5-4 en 2020 connue sous le nom de loi Seila , dans laquelle la Cour a jugé la structure du Bureau de protection financière des consommateurs inconstitutionnelle parce qu’elle avait un seul chef qui ne pouvait être révoqué que par le président pour un motif valable.

Le Congrès avait exigé du pouvoir exécutif qu’il justifie le licenciement du directeur du Bureau afin de protéger l’agence de toute ingérence politique. Mais la Haute Cour a jugé que cette disposition violait la séparation des pouvoirs. Roberts a de nouveau adopté une vision musclée de la présidence dans son opinion majoritaire, écrivant que la Constitution confère le pouvoir exécutif,  « entièrement », au président.

Les experts juridiques ont déclaré que l’avis était particulièrement remarquable car il laissait ouverte la possibilité que la Cour suprême soit disposée à aller encore plus loin, en annulant une décision historique de 1935 connue sous le nom d’Exécuteur de Humphrey qui établissait la constitutionnalité des agences indépendantes supervisées par des conseils multimembres.

Ces agences comprennent certains des régulateurs les plus puissants du pays, tels que la Réserve fédérale, la Commission fédérale des communications, la Commission électorale fédérale et la Securities and Exchange Commission. Cependant, le décret ne s’applique qu’en partie à une agence particulièrement puissante, la Réserve fédérale, couvrant les questions liées à sa supervision et à sa régulation de Wall Street, mais exemptant ses décisions relatives à la politique monétaire, comme la hausse et la baisse des taux d’intérêt.

Le principal argument des conservateurs est le suivant : la bureaucratie fédérale est devenue si importante et indépendante, disent-ils, qu’elle entrave la volonté des présidents démocratiquement élus de mettre en œuvre leur programme. L’« État administratif » ou « État profond » est devenu, selon eux, une quatrième branche du gouvernement, irresponsable devant le peuple.

En quelques semaines seulement, nous avons assisté à une série de décrets et autres mesures visant à lutter contre ces prétendues menaces et à réduire la responsabilité du gouvernement.

Ces décrets ne sont pas des lois et n’autorisent pas le président à entraver ou à subordonner le rôle constitutionnel du Congrès ou du pouvoir judiciaire. Pourtant, par ces mesures exécutives, Trump a tenté de saisir des fonds fédéraux , de suspendre des fonctionnaires de carrière, de licencier des inspecteurs généraux et des membres de commissions de réglementation indépendantes dont le mandat ne peut être écourté sans motif valable, d’annuler unilatéralement des conventions collectives déjà finalisées, de supprimer ou d’affaiblir le ministère de l’Éducation, et de donner aux citoyens le pouvoir de prendre des décisions en matière de personnel et d’accéder à des systèmes et agences gouvernementaux essentiels, voire d’en prendre le contrôle .

Lorsque le procureur général adjoint par intérim a limogé les procureurs du ministère de la Justice impliqués dans les affaires pénales fédérales de Trump, il a déclaré qu’il en avait le pouvoir en vertu de l’article II.

Ces mesures, qui ont été ou devraient être contestées devant les tribunaux, ont alarmé les démocrates et enthousiasmé les conservateurs.

Les experts juridiques ont déclaré que l’administration Trump pourrait calculer que toute lutte concernant la révocation des membres du conseil d’administration du NLRB et de l’EEOC pourrait servir de cas test pour que la Cour suprême annule l’arrêt Humphrey’s Executor , qui a établi la légalité de ces agences indépendantes.

Les conservateurs affirment séparément que l’adhésion de la Cour suprême à la théorie de l’exécutif unitaire pourrait la rendre disposée à ratifier la volonté de Trump de supprimer les protections d’emploi de dizaines de milliers de fonctionnaires, de placer les cadres fédéraux de carrière sous un contrôle présidentiel plus important et de ratifier le licenciement d’environ 17 inspecteurs généraux .

Mitchel Sollenberger, professeur de sciences politiques à l’Université du Michigan à Dearborn, a déclaré que Trump semblait prêt à poursuivre la consolidation du pouvoir, encouragée par les présidents républicains et démocrates au cours des dernières décennies. Bill Clinton, par exemple, s’est appuyé sur un décret pour lancer une campagne de bombardements en Yougoslavie dans les années 1990. Barack Obama a émis des décrets pour lutter contre le changement climatique et la crise migratoire.

Toutefois, pour conserver son rôle de garante de la Constitution, la Cour risque toutefois de retoquer les mesures trumpiennes les plus grossièrement anticonstitutionnelles, comme la remise en question du droit du sol. Néanmoins, dans le choix des cas qu’elle traite, qui est parfaitement discrétionnaire, elle risque de ne pas entrer en opposition trop frontale avec les orientations du président afin d’« éviter un désaveu », analyse Margaux Bouaziz, « ou de choisir des cas dont la résolution n’aura que peu de conséquences ».

En outre, l’administration fédérale a un moyen de pression important sur les Etats : leurs finances. En cas de désaccord, Donald Trump pourrait demander aux élus républicains du Congrès de couper les vivres aux Etats réfractaires, qui tirent une part significative de leur budget de l’Etat fédéral. Il pourrait aussi suspendre, en guise de représailles, certains programmes locaux pour lesquels une autorisation fédérale est nécessaire.

Par ailleurs, l’administration Trump a consulté l’ancien avocat du gouvernement qui a rédigé la justification juridique du waterboarding sur la manière dont le président pourrait tenter de gouverner par décret.

John Yoo a déclaré au Guardian qu’il avait discuté avec des responsables de la Maison Blanche de son point de vue selon lequel une récente décision de la Cour suprême sur l’immigration permettrait à Trump d’émettre des décrets sur l’application ou non des lois fédérales existantes.

« La Cour suprême a déclaré que le président Obama pouvait [choisir de ne pas] appliquer les lois sur l’immigration dans environ deux millions de cas. Et pourquoi l’administration Trump ne pourrait-elle pas faire de même avec l’immigration ? Créer son propre programme… mais elle pourrait le faire dans des domaines plus vastes, comme la santé, la fiscalité, la justice pénale, la politique urbaine. » 

Lors d’une interview accordée à Fox News dimanche , Trump a déclaré qu’il tenterait d’utiliser cette interprétation pour imposer des décrets sur la santé, l’immigration et « divers autres projets » au cours du mois prochain.

Les spécialistes de la Constitution et les militants des droits de l’homme ont également souligné le déploiement de forces paramilitaires fédérales contre les manifestants à Portland comme un signe que Trump est prêt à utiliser cette interprétation large des pouvoirs présidentiels comme un moyen de supprimer les droits constitutionnels fondamentaux.

Yoo est devenu célèbre pour un mémo juridique qu’il a rédigé en août 2002, alors qu’il était procureur général adjoint au bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice. Il y est stipulé : « La nécessité ou la légitime défense peuvent justifier des méthodes d’interrogatoire susceptibles de violer » l’interdiction pénale de la torture.

Les notes rédigées par Yoo ont été utilisées pour justifier le waterboarding et d’autres formes de torture sur les suspects de terrorisme dans les « sites noirs » de la CIA à travers le monde.

Dans un article paru en juin dans la National Review, il a écrit qu’une décision de la Cour suprême qui a bloqué la tentative de Trump d’abroger le programme d’action différée pour les arrivées d’enfants de Barack Obama, connu sous le nom de Daca et établi par décret exécutif, signifiait que Trump pouvait faire la même chose pour atteindre ses objectifs politiques.

Daca a suspendu les expulsions de migrants sans papiers arrivés aux États-Unis alors qu’ils étaient enfants. À titre d’exemple de ce que Trump pourrait accomplir de la même manière, Yoo a suggéré que le président pourrait proclamer un droit national au port d’armes à feu ouvert, en contradiction avec de nombreuses lois des États.

« Même si Trump savait que son projet manquait de légitimité, il pourrait s’en tirer impunément pendant toute la durée de sa présidence », a-t-il déclaré. Lors d’un entretien téléphonique, il a ajouté : « Selon la Cour suprême, le président peut désormais choisir de ne pas appliquer la loi dans certains domaines, et son successeur ne pourra revenir sur sa décision que s’il se soumet à cette lourde procédure appelée Loi sur la procédure administrative, qui prend généralement un à deux ans. »

Il reste à savoir ce qui se produirait si l’administration Trump décidait de désobéir à une décision des juges, car la Cour n’est dotée que de peu de moyens de recours ou de coercition.

Une grande partie de ces affaires se jouera devant les tribunaux dans les mois à venir. Mais les experts estiment qu’en attendant, les dommages seront immédiats et pourraient se faire sentir pendant des années.

Il faudra des années pour reconstruire certaines de ces institutions. Trump et son équipe auront donc accompli une grande partie de leurs objectifs avant que les tribunaux ne puissent réagir pleinement et efficacement. Il aura créé de nouvelles réalités sur le terrain.

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Trump convoite les terres rares en Ukraine, un enjeu stratégique majeur

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi 3 février qu’il souhaitait un accord accordant aux États-Unis l’accès aux ressources en terres rares de l’Ukraine en échange d’une aide militaire et économique continue à Kiev.

Il n’était pas immédiatement clair si Trump utilisait le terme « terres rares » pour désigner tous les types de minéraux critiques ou uniquement les terres rares.

Les terres rares sont un groupe de 17 métaux utilisés pour fabriquer des aimants qui transforment l’énergie en mouvement pour les véhicules électriques, les téléphones portables et autres appareils électroniques. Il n’existe aucun substitut connu.

Cette proposition semble s’inscrire dans la stratégie développée par l’Ukraine pour approfondir ses liens avec l’administration Trump en permettant aux États-Unis d’accéder aux minéraux essentiels utilisés dans les industries de haute technologie.

De fait, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a présenté les grandes lignes du plan à Trump à New York en septembre dernier pendant la campagne électorale américaine. Il comprend le partage de ressources naturelles essentielles avec des partenaires occidentaux, le remplacement des troupes américaines en Europe par des forces ukrainiennes et l’octroi à Trump de pouvoirs de filtrage des investissements pour bloquer les intérêts commerciaux chinois en Ukraine.

Plusieurs médias ukrainiens ont rapporté lundi que le soi-disant plan de victoire que le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a élaboré et partagé avec les dirigeants américains  l’année dernière incluait une discussion sur le partage de ces minéraux avec les alliés.

Mais les terres contenant ces ressources doivent rester sous contrôle ukrainien pour que cela se produise et c’est un point que Kiev a souligné, selon des rapports du Kyiv Independent et de RBC-Ukraine , qui ont tous deux cité des sources anonymes au sein du bureau de Zelenskyy.

D’ailleurs, les remarques de Trump sur les gisements de terres rares de l’Ukraine reflètent également son appel antérieur à l’annexion du Groenland, dans lequel certains pensaient que la richesse minérale de l’île, prometteuse mais inexploitée, selon le Pulitzer Center, était la raison derrière le pari de Trump sur le Groenland.

Klaus Dodds, professeur de géopolitique à Royal Holloway, Université de Londres, a récemment déclaré à CNN qu’il pensait que Trump avait l’intention de réduire sa dépendance à la Chine grâce aux vastes gisements minéraux du Groenland.

« Je pense que le Groenland a vraiment pour objectif de tenir la Chine à l’écart », a déclaré Dodds à ​​CNN, faisant référence à la domination actuelle de la Chine sur la production mondiale de terres rares.

Le gouvernement ukrainien a été proactif dans l’attraction des investissements étrangers pour développer ses ressources en minéraux critiques. Ces dernières années, l’Ukraine a signé des partenariats stratégiques et organisé des forums d’investissement afin de mettre en avant les opportunités de son secteur minier.

Par exemple, le Partenariat stratégique UE-Ukraine sur les minéraux critiques, signé en juillet 2021, vise à combler le déficit d’exploitation minière en Europe en développant 100 projets axés sur 10 matières premières critiques.

L’Ukraine a également commencé à mettre aux enchères des permis d’exploration pour des minéraux tels que le lithium, le cuivre, le cobalt et le nickel, offrant ainsi des opportunités d’investissement lucratives. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à accélérer la transition écologique de l’Europe et à soutenir la reprise économique de l’Ukraine.

En effet, Kiev possède de vastes réserves de titane, de minerai de fer et de charbon, ainsi qu’environ 500 000 tonnes de lithium inexploité, dont la valeur collective est estimée à des dizaines de milliers de milliards de dollars. L’Ukraine se classe également parmi les premiers producteurs mondiaux de minéraux.

En outre, le pays abrite 117 des 120 minéraux les plus utilisés, un fait qui n’échappe pas à la Russie. L’Ukraine possède les plus grandes réserves d’uranium d’Europe et de titane, les deuxièmes plus grandes réserves de minerai de fer et de manganèse, et les troisièmes plus grandes réserves de gaz de schiste.

Dès lors, la diversité des zones géologiques de l’Ukraine en fait l’un des 10 premiers fournisseurs mondiaux de ressources minérales, détenant environ 5 % du total mondial. La nation d’Europe de l’Est compte environ 20 000 gisements minéraux couvrant 116 types. Avant la guerre en 2022, 3 055 de ces gisements (15 %) étaient actifs, dont 147 gisements métalliques et 4 676 gisements minéraux non métalliques.

L’Ukraine est un important fournisseur potentiel de terres rares, notamment de titane, de lithium, de béryllium, de manganèse, de gallium, d’uranium, de zirconium, de graphite, d’apatite, de fluorite et de nickel. Malgré la guerre, l’Ukraine détient les plus grandes réserves de titane d’Europe (7 % des réserves mondiales). Elle est l’un des rares pays à exploiter des minerais de titane, essentiels pour les industries aérospatiale, médicale, automobile et marine.

Avant février 2022, l’Ukraine était un fournisseur clé de titane pour le secteur militaire. Elle possède également l’une des plus grandes réserves confirmées de lithium d’Europe (estimées à 500 000 tonnes ), vital pour les batteries, la céramique et le verre. L’Ukraine est le 5e producteur mondial de gallium, essentiel pour les semi-conducteurs et les LED, et est un producteur majeur de gaz néon, fournissant 90 % du néon hautement purifié de qualité semi-conductrice pour l’industrie américaine des puces électroniques.

Qui plus est, l’Ukraine dispose de gisements confirmés de béryllium, un élément crucial pour l’énergie nucléaire, l’aérospatiale, l’armée, l’acoustique et l’électronique, ainsi que d’uranium, essentiel aux secteurs nucléaire et militaire. Le zirconium et l’apatite sont essentiels à la production nucléaire et médicale. Le pays est également connu pour ses importantes réserves de minerai de fer et de manganèse de haute qualité, qui sont essentielles à la production d’acier vert. L’Ukraine a fourni 43 % des importations de tôles d’acier de l’UE en 2021.

L’Ukraine dispose également d’importantes réserves de métaux non ferreux tels que le cuivre (4e rang en Europe), le plomb (5e rang), le zinc (6e rang) et l’argent (9e rang). Des gisements de nickel (215 000 tonnes) et de cobalt (8 800 tonnes) se trouvent dans les régions sécurisées de Kirovohrad et de Dnipropetrovsk.

Les réserves de graphite de l’Ukraine représentent 20 % des ressources mondiales. Le pays se classe également parmi les 10 premiers au monde pour les minéraux, notamment le brome, le magnésium métallique, le manganèse, la tourbe, la fonte et le kaolin, entre autres.

Dans le même temps, plus de 70 % du montant total provient de trois régions seulement : les régions de Donetsk et de Louhansk (qui sont partiellement occupées par la Russie), ainsi que la région de Dnipro.

En outre, géographiquement, la plupart des gisements de terres rares, y compris les gisements substantiels de béryllium, de niobium et de tantale, semblent concentrés à Kruta Balka à Zaporizhzhia, à Shevchenko à Donetsk et aux champs de Polokhivske à Dobra, qui se trouvent tous dans ou à proximité des zones occupées par la Russie.

« Le contrôle des ressources minérales fait désormais partie de la guerre », a déclaré Mustafa Nayyem, ancien directeur de l’agence d’État ukrainienne pour la restauration et le développement des infrastructures. Le pays ne se bat pas seulement pour son territoire, a-t-il ajouté, « mais aussi pour le droit de gérer ses richesses stratégiques, ce qui pourrait être un facteur crucial de son redressement ».

L’institut géologique américain (US Geological Survey) considère que 50 minéraux sont essentiels à l’économie et à la défense nationale du pays, notamment plusieurs types de terres rares, le nickel et le lithium.

Selon Bloomberg, la Chine représente environ 80 % des importations américaines de métaux de terres rares, qui sont nécessaires à la production de divers biens, des smartphones aux avions de chasse. Les États-Unis ne disposent que d’une seule mine de terres rares en activité et d’une capacité de traitement très limitée, même si plusieurs entreprises travaillent à développer des projets dans le pays.

La Chine est le premier producteur mondial de terres rares et de nombreux autres minéraux essentiels. Selon l’US Geological Survey, la Chine produit plus de 80 % des terres rares et des composés de la planète. Elle détient environ 37 % des réserves mondiales et fournit 78 % des importations américaines.

En 2022, une nouvelle étude menée par le SecDev révèle que des hydrocarbures et des minéraux essentiels d’une valeur de plus de 12 000 milliards de dollars se trouvent dans les zones occupées par la Russie en Ukraine. La valeur totale des ressources nationales de l’Ukraine est estimée à plus de 26 000 milliards de dollars.

Ces chiffres, rapportés dans un article exclusif du Washington Post, suggèrent qu’une quantité considérable de richesses ukrainiennes réelles et potentielles, mesurées par les gisements, se trouve actuellement entre les mains de la Russie. 

Mais la rapidité et l’efficacité avec lesquelles l’Ukraine pourra finaliser ces accords restent incertaines. Lors d’une conférence à Kiev la semaine dernière, des chefs d’entreprise et des parlementaires ukrainiens ont souligné qu’il restait encore beaucoup à faire pour évaluer la valeur réelle des minéraux essentiels du pays. Et des obstacles administratifs et législatifs freinent toujours les investissements étrangers dans le secteur.

De plus, les avancées russes sur le champ de bataille ont permis aux troupes de Moscou de s’emparer d’importantes réserves de terres rares en Ukraine, et elles se rapprochent rapidement d’autres réserves. Les forces russes se trouvent actuellement à moins de sept miles d’une importante réserve de lithium dans la région de Donetsk, au sud-est de l’Ukraine.

En effet, la Russie cherche à dégrader et déstabiliser de manière permanente l’Ukraine et à compromettre la viabilité du pays en tant que partenaire économique de l’Europe et du reste du monde. Malgré la défense vigoureuse de l’Ukraine, les frappes de missiles russes, les attaques au sol et l’occupation militaire ont déjà profondément perturbé la production et l’exportation de minéraux, d’hydrocarbures et de produits agricoles essentiels de l’Ukraine, en particulier dans l’est et le sud. Certaines des plus grandes sociétés minières ont cessé ou arrêté leur production.

Non seulement la Russie fait dérailler la productivité économique de l’Ukraine à court et moyen terme, mais elle accroît également l’incertitude concernant les investissements actuels et futurs. Par exemple, l’Europe se préparait à diversifier ses importations de terres rares et de lithium de la Chine vers l’Ukraine pas plus tard que début 2022, mais ces projets ont été abandonnés pour l’avenir prévisible.

De fait, plus la guerre se prolonge, plus il est probable que la Russie mette fin au statut de superpuissance de l’Ukraine dans les secteurs minier et agricole. Cela contribuera à la hausse des prix de toute une série de matières premières et compromettra la transition vers les énergies renouvelables. 

Si la sécurité régionale et les griefs historiques motivent Poutine à occuper de vastes étendues de l’Ukraine, cette guerre est aussi motivée par une forte logique économique sous-jacente. Au minimum, les dirigeants russes ont l’intention d’éroder la capacité de l’Ukraine à produire et à exporter du pétrole et du gaz , des produits agricoles essentiels et d’autres matières premières.

De fait, environ 80% des réserves de pétrole, de gaz naturel et de charbon de l’Ukraine se trouvent dans la région du Dniepr-Donetsk, qui a été la principale cible des opérations militaires russes. Tout aussi important, l’Ukraine est considérée comme possédant les deuxièmes plus grands gisements de gaz naturel d’Europe, estimés à 1,2 billion de mètres cubes de réserves prouvées, et peut-être jusqu’à 5,4 billions de mètres cubes, dont une grande partie se trouve dans la région offshore désormais contestée de la mer Noire.

D’ailleurs, près de 80 % des gisements de charbon ukrainiens se trouvent dans des régions occupées par la Russie . L’ensemble de l’anthracite ukrainien, ou charbon noir, qui a une forte densité énergétique, est actuellement sous contrôle russe. Cela signifie que l’Ukraine est obligée d’importer du charbon de pays comme les États-Unis et l’Afrique du Sud.

Ces importations sont particulièrement coûteuses en raison du blocus russe des ports ukrainiens de la mer Noire . Les ressources sont donc acheminées vers des ports de Pologne ou de Roumanie voisins, puis transportées par voie ferrée.

En plus de détruire des installations et malgré les accords récents visant à ouvrir des livraisons limitées depuis l’Ukraine, la Russie refuse l’accès aux ports et vend le maïs et les céréales capturés sur les marchés internationaux. Elle est également susceptible de tirer de généreux bénéfices des ressources minières agricoles annexées.

La plupart des exportations agricoles, minérales et d’hydrocarbures ukrainiennes transitent par les principales villes portuaires de la mer Noire et de la mer d’Azov, notamment via Marioupol et Odessa.

Mais ces ports étant attaqués ou occupés, peu de navires entrent ou sortent d’Ukraine. Des centaines de navires ont été bloqués depuis le début de la guerre et la plupart des compagnies maritimes et de conteneurs ont suspendu leurs activités car elles ne peuvent pas obtenir d’assuranceLes ports étant fermés, le reste est expédié par voie terrestre , avec des volumes plus faibles et des coûts plus élevés

Ainsi, au minimum, la Russie punira l’Ukraine sur le plan économique en limitant sa capacité à extraire, traiter, raffiner et exporter des ressources naturelles. Au fil du temps, la Russie pourrait également commencer à exploiter elle-même certaines d’entre elles.  

Alors, la guerre en Ukraine entraîne des conséquences directes sur la sécurité énergétique occidentale et l’accès aux terres rares. Les pays occidentaux envisageaient activement d’investir dans le pétrole et le gaz ukrainiens en 2013 et dans les terres rares en 2021. L’annexion de la Crimée par la Russie début 2014 et la guerre en Ukraine en 2022 ont mis un terme à ces efforts.

Effectivement, au moment de l’annexion de la Crimée en 2014, l’Ukraine était en pourparlers avec les entreprises anglaise et américaine Shell et Chevron pour développer les réserves de la mer Noire, des projets qui ont été avortés en raison des actions de la Russie. La mer Noire est une source énorme de gaz naturel qui a été découverte à l’époque soviétique.

De cette façon, la prise de contrôle de la Crimée par la Russie en 2014 et d’une grande partie du reste de la côte ukrainienne de la mer Noire cette année signifie que Moscou contrôle désormais environ 80 % des énormes gisements d’hydrocarbures offshore ukrainiens, dont plus de 37 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

Par conséquent, à moins qu’ils ne diversifient rapidement leurs sources de pétrole et de gaz et ne se tournent vers les énergies renouvelables et le nucléaire, les pays européens resteront dangereusement dépendants des hydrocarbures russes. De même, l’Europe restera également très dépendante de la Chine pour les terres rares, un pays qui fournit déjà la région à 98 % de son approvisionnement actuel. 

En définitive, la Russie a des avantages stratégiques et économiques en refusant à l’Ukraine l’accès à ses vastes ressources agricoles et minières. La baisse des rendements de la production alimentaire et minière a des conséquences dévastatrices sur l’économie ukrainienne, diminuant sa capacité à attirer des investissements, à accéder au crédit et à rembourser ses prêts.

Elle contribuera également à la hausse des prix des denrées alimentaires et du carburant en Ukraine et dans le monde entier. Ainsi, en réduisant la capacité de l’Ukraine à exporter des produits agricoles et minéraux, la Russie a également tout à gagner de la hausse des prix des matières premières, puisqu’elle exporte également une grande partie des mêmes produits que son voisin.  

D’ailleurs, Zuzanna Nowak, de l’Institut polonais des affaires internationales, a déclaré qu’elle croyait également que la motivation première de la guerre était enracinée dans le mythe d’une « Grande Russie » et dans le patriotisme, mais elle ne pouvait s’empêcher de remarquer comment la ligne historique de la guerre et la carte de bataille actuelle peuvent être liées aux ressources.

« Tous les problèmes que nous avons vus depuis 2014 ont toujours été liés à la question de la libéralisation du marché ukrainien du gaz », a déclaré Nowak, qui a également noté que l’Ukraine dispose d’un énorme potentiel de stockage d’hydrocarbures et que les dirigeants européens étaient intéressés à le développer pour améliorer la capacité globale de l’Europe.

Mais il est trop simpliste de dire que la guerre en Ukraine est uniquement une question de ressources. Cela étant dit, « toutes les guerres sont en fin de compte liées à une certaine forme de ressource », a déclaré Rafal Rohozinski, le fondateur de SecDev.

Il a déclaré qu’il était difficile d’ignorer les bénéfices économiques que la Russie tirerait d’une victoire dans la guerre et du partage des richesses minérales et en hydrocarbures de l’Ukraine.

« Les zones d’occupation, non seulement maintenant mais depuis 2014, englobent vraiment la partie orientale du pays, qui, ce n’est pas une coïncidence, se trouve également être l’endroit où se trouve la plus grande dotation en ressources naturelles de l’Ukraine », a déclaré Rohozinski.

Il a décrit les gisements de terres rares comme « le véritable joker », alors que de nombreux pays s’efforcent discrètement de sécuriser leur propre approvisionnement. 

L’idée que Moscou considère son voisin comme une menace économique stratégique ne doit pas être écartée, et Rohozinski estime que plus la guerre se prolonge, plus la Russie ressentira le besoin de trouver un avantage pour justifier le coût énorme.

« Une grande partie de la stratégie de sécurité de la Russie au cours des deux dernières décennies s’est construite sur ces deux piliers que sont la sécurité militaro-politique, mais aussi la sécurité énergétique », a-t-il déclaré. 

Par conséquent, l’objectif militaire annoncé par la Russie de conquérir les régions orientales et les côtes méridionales de l’Ukraine n’est pas une coïncidence. Ces régions, y compris la partie ukrainienne de la mer Noire, aujourd’hui principalement contrôlée par la Russie, représentent environ la moitié du pétrole conventionnel ukrainien, 72 % de son gaz naturel et presque toute sa production et ses réserves de charbon.

La majeure partie des minéraux essentiels de l’Ukraine, en particulier les terres rares qui sont aujourd’hui très demandées, se trouvent également à Donetsk et dans d’autres régions d’Ukraine occupées ou menacées par la Russie.

La Russie a commencé à s’intéresser à deux gisements de lithium ukrainiens. On estime qu’il en existe quatre dans le pays. L’un d’eux, Kruta Balka, se trouve dans la région de Zaporijia, occupée par la Russie depuis le printemps 2022. L’autre, Shevchenko, se trouve dans la région de Donetsk, à quelques kilomètres seulement de la ligne de front.

Un certain nombre de cultures agricoles essentielles pour alimenter les marchés mondiaux, notamment le blé, le maïs, l’orge et l’huile de tournesol, sont récoltées dans l’est et le sud-est de l’Ukraine. La guerre a non seulement perturbé la production de ces ressources, mais elle a également interrompu l’approvisionnement en intrants vitaux, bloqué les voies d’exportation et rendu les investissements futurs incertains.

De la sorte, non seulement les zones d’extraction d’hydrocarbures, d’exploitation minière et de production agricole sont affectées par les combats, mais leurs perspectives sont incertaines en raison des destructions, des dégâts et du manque d’investissements à grande échelle.

En déstabilisant ou en occupant les principales zones de production de l’Ukraine, la Russie est en mesure d’obtenir un degré élevé d’influence et de contrôle sur une part importante des matières premières mondiales, notamment les denrées alimentaires, l’énergie et les minéraux stratégiques sur lesquels repose la transition énergétique verte.

Par conséquent, comme l’a récemment déclaré Murray Brewster, journaliste spécialisé dans la défense à CBC News, la fin de la guerre « a le potentiel de sécuriser l’avenir économique de l’Ukraine ou de la Russie pour le siècle prochain ». Le contrôle du Kremlin sur ces réserves minérales essentielles changerait la donne, permettant à la Russie d’accroître son influence sur de multiples facettes du spectre de la sécurité énergétique des pays occidentaux.

Cependant, le contrôle de ces réserves n’est pas synonyme de leur commercialisation immédiate, car les processus d’extraction et de raffinage ne sont pas des tâches simples. De fait, bien que bénéficiant des quatrièmes plus grandes réserves de terres rares au monde, la Russie a toujours eu du mal à développer sa production dans ce secteur. Bien que le pays soit un important fournisseur mondial de palladium, de scandium et de titane, ainsi qu’un important vendeur de nickel et de cobalt, il n’était pas perçu comme l’un des principaux acteurs sur les marchés mondiaux, dominés en premier lieu par la Chine.

En 2020, le Kremlin a promis l’équivalent de 1,5 milliard de dollars d’investissements dans les terres rares, pour tenter de devenir le deuxième producteur mondial après la Chine, d’ici 2030. Mais les fruits de cette initiative n’ont pas encore été concrétisés.

Enfin, la quête de Donald Trump pour les métaux stratégiques en Ukraine illustre une fois de plus la centralité des ressources naturelles dans les rivalités géopolitiques contemporaines.

Derrière les discours de soutien ou de prudence vis-à-vis de Kiev se cachent des intérêts économiques et industriels colossaux, notamment autour des terres rares et autres métaux critiques essentiels aux technologies de défense et aux industries de pointe.

Si l’Ukraine constitue un enjeu stratégique pour l’Occident dans sa confrontation avec la Russie, elle représente aussi une opportunité pour les États-Unis de sécuriser leur approvisionnement en ressources clés, réduisant ainsi leur dépendance à la Chine.

La posture de Trump, oscillant entre isolationnisme et pragmatisme économique, pourrait redéfinir les rapports de force dans la région, tout en mettant en lumière les tensions entre souveraineté nationale et impératifs industriels globaux.

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Donald Trump et l’Iran : Vers une nouvelle crise pétrolière ?

Le retour imminent de Donald Trump à la Maison Blanche a remis au premier plan l’essor des flux pétroliers iraniens, ainsi que la possibilité que le président élu tente à nouveau de fortement les réduire comme lors de son premier mandat.

En effet, en 2019, Trump avait mené une campagne de pression maximale, destinée à étouffer les exportations de l’Iran et, par là même, l’accès de Téhéran aux pétrodollars. Sous la direction de Joe Biden, les flux ont cependant explosé à nouveau, l’accent étant mis sur des politiques qui provoquent des frictions avec les expéditions iraniennes, mais ne les limitent pas afin de ne pas provoquer de hausse des prix du pétrole, notamment après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

La « politique de pression maximale » de Trump était une stratégie visant à restreindre le programme nucléaire iranien, limiter le soutien de l’Iran aux groupes militants et réduire son influence au Moyen-Orient. Cette politique reposait sur l’imposition de lourdes sanctions économiques, coupant l’Iran des systèmes financiers mondiaux et diminuant ses revenus d’exportation pétrolière.

Ainsi, l’objectif était de forcer l’Iran à renégocier l’accord nucléaire selon les conditions américaines, voire à cesser ses activités nucléaires.

Cet isolement économique a provoqué une forte chute des exportations de pétrole iranien, créant de graves conséquences économiques pour l’Iran.

Voici, les principaux impacts de la « politique de pression maximale » :

  • Impact sur l’Iran : Cette politique a lourdement impacté l’économie iranienne, causant inflation, dépréciation de la monnaie et hausse du chômage. Au lieu de mettre fin à son programme nucléaire, l’Iran a intensifié ses activités d’enrichissement, affirmant qu’il en avait le droit après le retrait des États-Unis du JCPOA.
  • Impact au Moyen-Orient : Cette politique a exacerbé les tensions régionales. L’Iran a renforcé son soutien à des groupes comme le Hezbollah et les Houthis au Yémen. Les risques de confrontation militaire ont augmenté, notamment après l’attaque de 2019 contre des installations pétrolières saoudiennes, pour laquelle les États-Unis ont tenu l’Iran pour responsable.
  • Impact sur les marchés mondiaux du pétrole : Les sanctions américaines ont fait baisser la production iranienne, poussant les États-Unis à coordonner avec leurs alliés pour compenser cette perte. Cependant, les prix du pétrole ont connu des fluctuations, et les tensions dans le Golfe, en particulier dans le détroit d’Ormuz, ont accentué les risques pour le commerce mondial du pétrole.

Les ventes de pétrole sont cruciales pour l’Iran, avec des exportations représentant jusqu’à 70 % des revenus du gouvernement. Cette année, l’Iran a bénéficié de profits exceptionnels grâce à une production de pétrole proche des records, en doublant presque sa production de moins de 2 millions de barils par jour en 2019 à près de 3,5 millions de barils par jour actuellement, et avec des exportations de pétrole passant de pratiquement zéro à près de 2 millions de barils par jour.

Cela représente une augmentation de revenus de 100 milliards de dollars. L’Iran a pu exporter des quantités quasi-record de pétrole malgré le fait qu’il soit officiellement sous sanctions américaines, l’Administration Biden n’ayant pas appliqué les sanctions sur le pétrole iranien avec la même rigueur que ses prédécesseurs.

Effectivement, l’Administration Biden craignait qu’une application plus stricte des sanctions pétrolières contre l’Iran n’entraîne une hausse des prix mondiaux du pétrole, alors que les Etats-Unis faisaient déjà face à une forte inflation. Mais cette crainte ne reflète pas la réalité des dynamiques du marché mondial du pétrole.

Premièrement, l’Iran représente une fraction minime de la production pétrolière du Moyen-Orient, environ 12,5 % de la production régionale, soit presque quatre fois moins que celle de l’Arabie Saoudite.

Deuxièmement, les prix du pétrole ont en fait baissé entre 2018 et 2019 alors que l’application des sanctions pétrolières contre l’Iran s’intensifiait, en partie parce que les pays du Golfe, qui considèrent également l’Iran comme une menace pour la paix régionale, ont compensé la perte de pétrole iranien en augmentant leur propre production.

Avec une capacité de production de réserve record, notamment l’Arabie Saoudite produisant un tiers de moins de pétrole qu’à l’époque de Trump, la production pétrolière iranienne peut facilement être remplacée.

D’ailleurs, les sanctions pétrolières contre l’Iran ont prouvé leur efficacité par le passé. Sous l’administration Trump, avec Jared Kushner, architecte des Accords d’Abraham, et l’envoyé spécial pour l’Iran Brian Hook, une attention accrue à l’application des sanctions par le gouvernement américain a réduit le volume des exportations de pétrole iranien de 95 %, passant de 2,5 millions de barils par jour en 2018 à un minimum de 70 000 barils par jour en 2020, réduisant ainsi les revenus pétroliers iraniens de 50 milliards de dollars.

Par conséquent, le retour de Trump à la Maison Blanche en janvier, ainsi que ses déclarations de campagne selon lesquelles il se montrerait dur envers l’Iran, soulèvent la question de savoir s’il ciblera à nouveau ces flux. Pour contourner les mesures américaines, l’Iran s’appuie de plus en plus sur une flotte de pétroliers fantôme et des pratiques commerciales qui échappent au contrôle de l’Occident.

« Je pense que cela aura un impact important sur les exportations de pétrole iranien », a déclaré Ben Cahill , directeur des marchés et de la politique énergétique à l’Université du Texas, à propos du retour de Trump. « Il est difficile de remettre le génie dans la bouteille après le développement du marché noir pendant des années et l’évasion et la dissimulation des sanctions qui ont progressé. Mais je soupçonne que Trump s’appuiera sur la Chine. »

Cahill estime que les flux iraniens pourraient être réduits de 750 000 à 1 million de barils par jour. Si cela s’avérait exact, cela ramènerait les flux à environ 1 million de barils par jour, comme cela a été observé au début de la pandémie de Covid-19.

Alors que l’on s’attend généralement à ce que les marchés du pétrole et du diesel soient excédentaires l’année prochaine, le nouveau président pourrait également avoir une marge de manœuvre. En effet, si nous avons effectivement une production de pétrole au-dessus de la demande l’année prochaine, alors si Trump met de nouveau en place ses sanctions, cela aura assez peu de conséquences sur les prix du marché.

D’ailleurs, Bob McNally, président de Rapidan Energy Group, a déclaré que Trump ciblerait les ports qui transportent le pétrole iranien et ferait du pays du Moyen-Orient une priorité dans ses négociations avec la Chine, son principal acheteur.

Une politique de sanctions sévères pourrait perturber jusqu’à 1,3 million de barils par jour de flux de brut iranien, estime Rapidan.

En outre, le changement de dynamique mondiale depuis le dernier mandat de Trump pourrait également obliger le prochain président à réévaluer son approche des relations avec l’Arabie saoudite, a déclaré McNally. Le leader de facto de l’OPEP a conclu un accord en 2023 pour normaliser ses relations avec Téhéran pour la première fois en sept ans, et les liens sont devenus moins tendus ces dernières années.

De plus, si les sanctions se durcissent, la Chine pourrait voir ses coûts pétroliers augmenter, ce qui aurait un impact sur son industrie de raffinage, en particulier les raffineries indépendantes, qui sont déjà confrontées à des difficultés liées à la faible demande de carburant et donc à la réduction des marges bénéficiaires.

En effet, depuis 2019, les raffineries privées chinoises sont devenues des acheteurs du brut iranien sanctionné car elles bénéficiaient de réductions de prix sur les barils, profitant d’un vide laissé par les grandes entreprises publiques méfiantes face aux sanctions américaines.

Cette décision a permis à la Chine d’économiser des milliards, consolidant son rôle de marché pétrolier majeur pour Téhéran. La Chine a économisé environ 4,2 milliards de dollars en important un volume record d’un million de b/j d’Iran l’année dernière, soit 60 % au-dessus des pics d’avant les sanctions enregistrées par les douanes chinoises en 2017 à 623 000 b/j, alors que Téhéran a augmenté sa production à des niveaux proches du maximum et a offert des réductions comme raide jusqu’à 17 dollars le baril par rapport au Brent.

Les rabais ont soulevé des questions sur la rentabilité à long terme des affaires de l’Iran avec la Chine. Mais les experts estiment que Téhéran a encore tout à y gagner.

« Même avec des rabais importants, vendre du pétrole iranien est extrêmement rentable et durable », a déclaré Steve Hanke, professeur d’économie appliquée à l’université Johns Hopkins. « C’est parce que le coût marginal de production en Iran est d’environ 15 dollars ou moins par baril. »

Gregory Brew, analyste de l’Iran et de l’énergie au groupe américain Eurasia Group, dit que les sanctions américaines étaient autrefois efficaces pour bloquer les exportations de pétrole vers la Chine, mais ce n’est plus le cas.

« La stature croissante de la Chine en tant que nouvelle puissance mondiale lui donne une plus grande liberté pour défier les sanctions américaines », a déclaré Brew.

Les données de suivi des navires collectées par Argus montrent que les exportations de pétrole de l’Iran oscillent actuellement autour de 1,5 million de barils par jour, dont environ 85 à 90 % vont à la Chine.

Plus précisément, les données douanières de la province du Shandong, qui abrite au moins la moitié des raffineries chinoises privées montrent que 88 % de ses importations de brut provenaient de Malaisie ou de Russie l’année dernière, soit une augmentation de 20 points de pourcentage par rapport à 2022.

On dit généralement que le brut iranien est transféré via des transferts de navire à navire au large de la Malaisie avant d’être rebaptisé pétrole malais.

Alors, le secteur du raffinage privé a été le secteur le plus important pour l’augmentation des approvisionnements de l’Iran. Les fournisseurs offrent de bons services et sont prêts à absorber les coûts croissants des raffineurs indépendants, tels que les frais supplémentaires d’administration des importations, les loyers de stockage et même les taxes.

L’Iran et la Chine ont mis en place un réseau commercial utilisant le yuan et divers intermédiaires pour contourner le contrôle financier américain, ce qui complique l’application des sanctions par Washington.

En revanche, avec le retour potentiel de Trump, la Chine pourrait voir un risque de voir ses approvisionnements en brut iranien bon marché, qui représentent environ 13% des importations du premier acheteur mondial de pétrole, diminuer si Donald Trump renforce l’application des sanctions contre Téhéran.

De telles restrictions pourraient viser les banques et les raffineries chinoises, ainsi que les intermédiaires malaisiens et émiratis impliqués dans le commerce. Par rapport à l’administration Biden, Trump pourrait être moins préoccupé par la flambée des prix du pétrole et les risques chinois qui accompagneraient des sanctions plus sévères.

D’ailleurs, ces derniers mois, les États-Unis ont renforcé les sanctions contre les navires de la « flotte fantôme » qui transportent le pétrole iranien, ce qui a ralenti les livraisons à la Chine depuis des centres de transbordement comme la Malaisie.

Selon un représentant d’une raffinerie indépendante qui utilise du pétrole iranien, même les opérations de transfert de navire à navire (STS) pourraient être impactées.

« L’inquiétude se concentre plus sur le transport maritime que sur les transactions bancaires », a-t-il déclaré.

Pourtant, malgré ces obstacles, les importations chinoises de pétrole iranien ont augmenté d’environ 30 % entre janvier et octobre 2024, principalement grâce aux opérations de la « flotte fantôme », selon Emma Li, analyste chez Vortexa. « Des changements plus importants pourraient survenir si de nouveaux acteurs, comme les banques, sont ajoutés à la liste des cibles », a-t-elle expliqué.

De surcroît, il est très probable que la Chine continuera à acheter du pétrole iranien. Si certaines raffineries et banques pourraient mettre un terme à leur participation, d’autres décideront probablement que leur participation au commerce du pétrole iranien en vaut la peine, même si elles sont soumises à des sanctions américaines, en particulier si Pékin les soutient. Les importations chinoises de pétrole iranien ont augmenté malgré les sanctions antérieures contre les raffineries et les banques chinoises.

De fait, les raffineries chinoises privées sont moins préoccupées par les sanctions américaines que les compagnies pétrolières nationales chinoises. Les entreprises publiques chinoise CNPC et Sinopec ont cessé d’importer du pétrole iranien après que Washington a décidé de ne pas renouveler les exemptions de sanctions pour les acheteurs de brut iranien en mai 2019, en raison des craintes de perdre l’accès au système financier américain.

Toutefois, de nombreuses raffineries privées ont une exposition minimale au système financier basé sur le dollar. Les raffineries privées qui utilisent la technologie américaine, en revanche, n’ont pas acheté de pétrole iranien. 

Ainsi, il est peu probable que Pékin empêche les entités chinoises d’acheter du pétrole iranien. Il s’oppose aux sanctions unilatérales et aux tentatives de pays tiers d’interférer dans le commerce énergétique de la Chine, ce que les responsables ont réitéré après la signature des nouvelles sanctions par le président Biden.

Dans l’ensemble, l’approche de Trump en matière de sanctions dépendra probablement de la nature du marché pétrolier lorsqu’il prendra ses fonctions, a déclaré David Goldwyn, président de Goldwyn Global Strategies et président du groupe consultatif sur l’énergie du Centre mondial de l’énergie de l’Atlantic Council. « Plus le marché est faible, plus la probabilité de sanctions plus strictes est élevée », a-t-il déclaré.

Effectivement, une répression contre l’Iran, membre de l’OPEP, soutiendrait les prix mondiaux du pétrole, mais cet effet pourrait également être compensé par d’autres politiques de Trump, comme des mesures visant à accroître les forages nationaux, l’imposition de tarifs douaniers à la Chine qui pourraient déprimer l’activité économique, ou un assouplissement des relations avec la Russie qui pourrait libérer ses expéditions de brut sanctionnées.

Les producteurs de pétrole américains s’attendent à une diminution des réglementations sur la production de brut sous la présidence de Donald Trump, ce qui pourrait signifier une offre de pétrole plus élevée et, par conséquent, des prix plus bas. Mais une nouvelle poussée vers l’ouverture de projets de forage, mettant davantage d’offre sur le marché, conduirait à une baisse des prix, diminuant ainsi les revenus des producteurs américains, a déclaré Cole Smead, président et directeur général de Smead Capital.

« Si l’administration Trump ouvre les concessions fédérales pour le pétrole et le gaz, les terres fédérales obtiendraient 25 % des revenus par baril. Vous aurez beaucoup de mal à trouver une compagnie pétrolière capable de gagner de l’argent à 52,50 dollars le baril avec ce qu’il lui reste d’un baril à 70 dollars », Smead, dans des notes envoyées par courriel. « La seule chose qui incitera les foreurs à forer, ce sont des prix du pétrole plus élevés basés sur ces marges. »

Alors, Washington devra décider comment prioriser les achats chinois de pétrole iranien par rapport à d’autres objectifs de la politique américaine, notamment entraver le soutien de la Chine à la guerre russe en Ukraine. Sanctionner des entités chinoises pour leur implication dans le commerce du pétrole iranien pourrait rendre plus difficile l’obtention d’une coopération chinoise sur d’autres questions.

Pékin a averti que la menace que représentent les sanctions pour le commerce de la Chine avec l’Iran « crée de sérieux obstacles à la coopération sino-américaine dans les domaines concernés ». De plus, si les raffineries privées chinoise cessaient d’acheter du pétrole iranien, elles en achèteraient probablement davantage à un autre pays sanctionné : la Russie. 

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Le Bitcoin pourrait bientôt atteindre le sommet historique de 100.000$ suite à l’élection de Donald Trump

Le Bitcoin a récemment franchi la barre des 90 000 dollars, atteignant ainsi un sommet historique. Cette hausse spectaculaire coïncide avec la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, événement qui a considérablement influencé les marchés financiers et le secteur des cryptomonnaies.

L’impact de l’élection de Donald Trump sur le Bitcoin

La victoire de Donald Trump a eu un effet immédiat sur le cours du Bitcoin. Dès l’annonce de sa réélection, la cryptomonnaie a connu une augmentation significative, dépassant les 75 000 dollars et poursuivant son ascension jusqu’à atteindre 90 000 dollars.

Cette réaction du marché s’explique par les positions pro-cryptomonnaies affichées par Trump durant sa campagne. Il a notamment promis de faire des États-Unis la « capitale mondiale du Bitcoin et des cryptomonnaies » et de créer une réserve stratégique de Bitcoin ​​.

Réactions des marchés financiers

Outre le Bitcoin (<– lien pour lire l’histoire du BTC), les marchés financiers ont également réagi positivement à l’élection de Donald Trump. La Bourse de New York a ouvert en forte hausse, avec le Dow Jones et le S&P 500 atteignant de nouveaux records ​​. Les actions de sociétés liées aux cryptomonnaies, telles que Coinbase et Robinhood Markets, ont également enregistré des gains notables ​​.

Perspectives pour les investisseurs

Cette hausse du Bitcoin offre des opportunités intéressantes pour les investisseurs. Cependant, il est essentiel de considérer les éléments suivants :

  • Volatilité : Malgré cette augmentation, le Bitcoin reste un actif volatil. Les investisseurs doivent être prêts à faire face à des fluctuations de prix importantes.
  • Réglementation : Bien que Donald Trump ait exprimé son soutien aux cryptomonnaies, le cadre réglementaire pourrait évoluer. Il est donc crucial de rester informé des développements législatifs.
  • Diversification : Comme pour tout investissement, il est recommandé de diversifier son portefeuille pour minimiser les risques.

Le franchissement du seuil des 90 000 dollars par le Bitcoin, en lien avec l’élection de Donald Trump, marque une étape significative dans l’histoire des cryptomonnaies. Cette situation offre des perspectives intéressantes pour les investisseurs, tout en rappelant l’importance de la prudence et de la diversification dans toute stratégie d’investissement.​​

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Le Point sur les Marchés : élections américaines et performances des géants des semi-conducteurs

Cette semaine, les marchés financiers ont été animés par deux événements majeurs : l’élection présidentielle américaine et les gains spectaculaires de certaines grandes entreprises technologiques, notamment Nvidia, AMD, et Intel.

Examinons de plus près ces développements et leur impact sur les marchés.

Victoire de Donald Trump aux élections américaines

Donald Trump a remporté l’élection présidentielle de 2024 face à Kamala Harris, soutenu par une majorité républicaine au Sénat. Cette victoire pourrait influencer les marchés de plusieurs manières. Trump est souvent perçu comme pro-business, ce qui signifie que des politiques fiscales favorables aux entreprises et une réduction des réglementations pourraient être à l’ordre du jour.

Toutefois, l’incertitude demeure sur la manière dont sa politique commerciale pourrait affecter les relations avec des pays comme la Chine, un marché important pour l’industrie technologique.

Nvidia – N°1

Au cours des cinq derniers jours, Nvidia a vu son action progresser de 10,52 %, atteignant 148,88 USD. Cette hausse est liée à la forte demande en technologies d’intelligence artificielle et aux investissements croissants dans les centres de données.

L’administration Trump pourrait offrir un contexte économique propice à des investissements technologiques aux États-Unis, ce qui serait avantageux pour Nvidia.

AMD

L’action AMD a progressé de 3,78 % pour atteindre 149,82 USD. AMD continue de profiter de la demande accrue pour les puces destinées aux ordinateurs et aux serveurs, ainsi que de la concurrence croissante avec Intel. La politique de Trump pourrait bénéficier à AMD en stimulant la production locale, grâce à des avantages fiscaux ou des incitations pour les entreprises américaines.

Intel

Intel se distingue avec une hausse de 13,94 % sur les cinq derniers jours, portant son action à 26,23 USD. Cette performance impressionnante pourrait s’expliquer par des attentes positives concernant une politique américaine favorable à l’industrie nationale.