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Deux mois après : ce que la guerre en Iran a vraiment changé sur les marchés

Une rupture géopolitique majeure, annoncée mais sous-estimée

Le 28 février 2026 restera une date charnière dans l’histoire économique contemporaine. Ce matin-là, les États-Unis et Israël déclenchaient l’opération « Epic Fury » / « Roaring Lion » : une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, visant son programme nucléaire, ses capacités militaires et ses infrastructures énergétiques. Ce n’était pas la première confrontation entre ces puissances. La « guerre des Douze Jours » de juin 2025 avait déjà constitué une première escalade, et les mois de janvier-février 2026 avaient vu le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique, les déclarations tonitruantes de Donald Trump et une diplomatie en bout de course.

Mais l’intensité de l’opération du 28 février, et surtout l’objectif affiché de changement de régime à Téhéran, marquait une rupture qualitative. En quelques heures, l’Iran répliquait par l’opération « Promesse Honnête 4 » : frappes sur des monarchies du Golfe (Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis), attaque de la base britannique d’Akrotiri à Chypre, et fait décisif entre tous, fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz mérite qu’on s’y arrête un instant. C’est un passage maritime étroit, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale, dont 80 % à destination de l’Asie. Le bloquer, c’était appuyer simultanément sur les artères vitales de l’économie mondiale. Un peu comme fermer le robinet d’eau d’un immeuble entier en actionnant une seule vanne.

La réaction immédiate des marchés : un choc réel, une panique maîtrisée

Dès l’ouverture des marchés le 3 mars 2026, la réaction fut vive, sans être désordonnée. Le pétrole brut (Brent) dépassait brièvement les 80 dollars, soit une hausse d’environ 8 % en séance. Le gaz naturel européen bondissait d’environ 20 % dès les premiers jours, le choc étant amplifié par la suspension des opérations de GNL (gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire du gaz refroidi à l’état liquide pour être transporté par bateau) au Qatar, visé par des missiles iraniens. Les indices actions, c’est-à-dire les grands « baromètres » boursiers comme le CAC 40 en France ou le S&P 500 aux États-Unis, reculaient entre 1 % et 2 % selon les zones géographiques, le CAC 40 accusant une perte d’environ 4,7 % dans les premières semaines.

La géographie des pertes dessinait une carte assez claire. L’Europe souffrait davantage que les États-Unis : exposée aux prix de l’énergie importée, à la contraction du commerce mondial et à une dépendance structurelle au GNL du Golfe, elle absorbait de plein fouet les retombées du conflit. Wall Street, par contraste, faisait preuve d’une relative résilience. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets d’énergie, ce qui signifie qu’ils produisent plus de pétrole et de gaz qu’ils n’en consomment : la hausse des prix du brut bénéficiait donc directement à leurs producteurs. Les marchés émergents, c’est-à-dire les Bourses de pays en développement comme le Brésil ou le Mexique, tiraient globalement leur épingle du jeu, portés par des fondamentaux domestiques solides et une exposition favorable aux matières premières.

Côté secteurs, le schéma était prévisible dans ses grandes lignes. L’énergie et la défense progressaient, portées par le choc de prix et la perspective d’une remontée durable des budgets militaires. Les compagnies pétrolières intégrées (celles qui couvrent toute la chaîne, de l’extraction à la vente au détail), les fournisseurs de systèmes d’armes, les entreprises de cybersécurité : autant de valeurs qui surfaient sur la prime géopolitique (la « prime de risque » est le surplus de rendement que les investisseurs exigent pour compenser un risque plus élevé). À l’inverse, l’aviation, le tourisme, l’automobile et le luxe accusaient les plus fortes baisses, exposés à la fois à la hausse des coûts de carburant, aux perturbations logistiques et au repli de la demande.

Sur les marchés obligataires (c’est-à-dire le marché des emprunts émis par les États et les grandes entreprises), le scénario classique du « flight to quality » ne s’est que partiellement matérialisé. Le « flight to quality », ou fuite vers la qualité, désigne le réflexe des investisseurs qui, en période de crise, vendent leurs actifs risqués pour se réfugier dans des obligations d’État considérées comme sûres. Cette fois, les obligations d’État n’ont pas pleinement joué ce rôle de valeur refuge, car la hausse des anticipations d’inflation maintenait une pression à la hausse sur les rendements (quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse, ce qui atténue leur attrait). Les taux européens grimpaient d’environ 30 points de base au pic de la tension. Un point de base, c’est un centième de pourcent : 30 points de base correspondent donc à une hausse de 0,30 %, ce qui peut paraître faible mais représente des milliards d’euros de coûts supplémentaires pour les États endettés. Seul l’or jouait pleinement son rôle d’actif refuge, progressant de façon continue tout au long du conflit.

Ce que les investisseurs redoutaient, et ce qui s’est réellement passé

Au premier jour du conflit, la grille de lecture dominante convoquait le précédent ukrainien : une guerre qui, en 2022, avait engendré une spirale inflationniste prolongée, une récession en Europe et une série de hausses de taux sans précédent. Cette analogie a orienté les premières réactions et s’est révélée partiellement trompeuse.

Plusieurs facteurs ont contenu l’amplitude du choc. D’abord, la structure de l’économie mondiale en 2026 n’est pas celle de 2022 : l’intensité énergétique de la croissance a baissé (on produit plus de richesse avec moins d’énergie), les alternatives au gaz russe avaient déjà été développées, et les réserves stratégiques des pays du G7 constituaient un premier filet de sécurité. Ensuite, les États-Unis n’avaient aucun intérêt à laisser s’emballer indéfiniment les prix du brut, notamment à l’approche d’échéances électorales. Enfin, la Chine, premier acheteur de pétrole iranien et pays le plus dépendant du détroit d’Ormuz (environ 45 % de ses importations de pétrole y transitent), pesait discrètement mais fermement pour éviter une paralysie durable du trafic maritime.

Pour autant, la résilience n’a pas tenu sur toute la ligne. Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 constituait un premier signal de désescalade, vite relativisé par l’échec des négociations d’Islamabad (11-12 avril), le blocus naval américain des ports iraniens décrété le 13 avril, puis la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran le 18 avril. À la date du 24 avril, le Brent atteignait environ 106 à 110 dollars le baril, après cinq jours de hausse consécutifs, franchissant le seuil symbolique des 100 dollars que beaucoup d’analystes pensaient improbable en scénario central.

Ce dépassement illustre une dynamique propre aux conflits prolongés : les marchés qui « tiennent » bien dans les premières semaines peuvent se retrouver sous pression croissante si les incertitudes s’accumulent et que les mécanismes de sortie semblent se dérober.

Les banques centrales dans l’œil du cyclone

Le conflit a placé les grandes banques centrales dans une position inconfortable que les analystes qualifient de « dilemme de stagflation ». La stagflation, c’est la combinaison d’une inflation qui repart à la hausse (les prix augmentent) et d’une croissance qui ralentit en même temps (l’économie tourne au ralenti). C’est la situation la plus délicate pour une banque centrale, car les remèdes habituels de l’une aggravent l’autre : monter les taux pour freiner l’inflation risque d’étouffer encore davantage la croissance, tandis que baisser les taux pour soutenir l’économie risque d’alimenter l’inflation.

La Réserve fédérale américaine (la Fed, banque centrale des États-Unis) maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, sans signal clair d’assouplissement ou de resserrement. En Europe, l’inflation au Royaume-Uni a atteint 3,3 % en avril, portée par les coûts des importations énergétiques. La Banque centrale européenne (BCE) a revu ses projections d’inflation à la hausse (2,6 % en moyenne pour 2026, avec un scénario sévère à 4,4 % en cas de perturbations prolongées à Ormuz), pendant que la croissance de la zone euro est révisée à la baisse, autour de 0,9 % pour l’année, ce qui correspond quasi à une stagnation. La Banque d’Angleterre maintient son taux directeur à 3,75 % sans signaler de changement imminent.

Le consensus des marchés pour les prochaines réunions : une pause coordonnée des trois grandes banques centrales. Ni hausse, ni baisse. Une attente prudente dans un contexte où chaque décision risque d’amplifier les déséquilibres plutôt que de les corriger.

Recomposition géopolitique et économique : les grandes lignes

Au-delà de l’immédiat, le conflit accélère plusieurs dynamiques structurelles qui redessinaient déjà lentement l’économie mondiale.

La fracture énergétique s’approfondit entre les États-Unis, qui bénéficient de la hausse des prix via leur production domestique et leurs exportations de GNL, et l’Europe, qui subit une double peine : facture énergétique alourdie et risque de récession industrielle. L’Union européenne a mobilisé plus de 9 milliards d’euros de mesures d’urgence, mais a absorbé plus de 13 milliards de surcoûts d’importations fossiles en quelques semaines seulement.

La Chine joue une partition singulière. Elle a constitué des réserves stratégiques considérables pour lisser le choc, et affiche une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, dépassant les attentes. Mais sa façade de solidité masque une vulnérabilité structurelle : 45 % de ses importations pétrolières transitent par Ormuz, et l’exposition de ses exportateurs à la baisse de la demande mondiale commence à se faire sentir dans les données de mars. En coulisses, Pékin exerce une pression directe sur Téhéran pour préserver la liberté de navigation, sans prendre parti officiellement.

L’Iran lui-même voit son économie basculer dans une logique de guerre. Avec une inflation qui dépassait déjà 50 % sur les douze mois précédant le conflit, la désorganisation productive et la destruction d’infrastructures clés (raffineries, terminaux, pipelines) fragilisent durablement ses capacités exportatrices.

Enfin, des soupçons d’insider trading ont émergé sur les marchés. L’insider trading, c’est le fait d’utiliser des informations confidentielles non publiques pour réaliser des transactions boursières et en tirer un profit illicite. Des transactions massives sur le pétrole brut auraient été réalisées quelques minutes avant des annonces officielles de négociations, suggérant que des informations privilégiées auraient filtré. Ces scandales potentiels n’ont pas déclenché de crise de confiance majeure, mais alimentent un sentiment de défiance structurelle qui pèsera sur les primes de risque à moyen terme.

Gagnants et perdants : la cartographie du conflit vue des marchés

Deux mois après le déclenchement des hostilités, les grandes tendances sectorielles sont nettes.

Du côté des gagnants : les compagnies pétrolières et gazières (en particulier les producteurs américains, saoudiens et norvégiens), les groupes d’armement et de défense européens et américains, les sociétés d’infrastructures énergétiques, et les producteurs d’or. Le dollar américain a également joué son rôle traditionnel de « war money » (monnaie de guerre, car les échanges internationaux de matières premières, notamment le pétrole, sont libellés en dollars), se renchérissant face à l’euro, tandis que le franc suisse bénéficiait d’un regain d’attrait en tant que valeur refuge historique.

Du côté des perdants : l’aviation (American Airlines a révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026 en raison des coûts de carburant), les compagnies de fret maritime exposées aux routes du Golfe, les industriels très dépendants des pétrochimiques (matières plastiques, engrais, solvants, tous dérivés du pétrole), le tourisme et l’hôtellerie. L’Europe, prise en étau entre dépendance énergétique et ralentissement économique, paie l’addition la plus lourde parmi les économies développées non belligérantes.

Perspectives : naviguer dans le brouillard

À ce stade, trois scénarios structurent les anticipations du marché.

Le scénario de désescalade rapide (résolution du conflit d’ici l’été 2026) permettrait une détente rapide des prix de l’énergie et un rebond des actifs risqués. Ce scénario est soutenu par la logique politique : Washington n’a aucun intérêt à gérer un choc pétrolier durable à l’approche des élections de mi-mandat américaines.

Le scénario d’enlisement (quelques mois de conflit de basse intensité avant une désescalade déclarée « victoire » par toutes les parties) maintiendrait une prime de risque géopolitique persistante sur les marchés, sans déclencher de déroute boursière majeure. C’est le scénario central de la plupart des grandes maisons de gestion.

Le scénario du chaos (fragmentation de l’Iran, milices incontrôlables, perturbations durables du transport maritime) est le plus redouté. Il justifierait une hausse prolongée du brut bien au-delà de 100 dollars et une nouvelle spirale inflationniste. Il reste minoritaire dans les anticipations de marché, mais non négligeable.

Pour les investisseurs, les arbitrages en cours convergent vers plusieurs thèmes : surpondération de l’énergie et de la défense, maintien de positions en or et en franc suisse, réduction de l’exposition aux actifs européens et aux secteurs à forte intensité énergétique. La volatilité sur les marchés pétroliers et les devises émergentes devrait rester élevée tant qu’Ormuz n’est pas pleinement rouvert et tant que les négociations irano-américaines n’ont pas abouti à un accord stable.

Conclusion : deux mois de leçons, une incertitude persistante

Le bilan à deux mois de la guerre en Iran 2026 dessine un tableau nuancé : ni l’effondrement que certains redoutaient au premier jour, ni la simple correction géopolitique rapidement résorbée que les optimistes espéraient.

Le choc a été réel, profond et différencié. L’Europe en absorbe l’essentiel, coincée entre sa dépendance énergétique et sa croissance anémique. Les États-Unis jouent une partition plus confortable, bénéficiant structurellement de la hausse des prix de l’énergie. La Chine tient pour l’instant grâce à ses stocks stratégiques, mais sa vulnérabilité à moyen terme reste intacte. Et le coût global du conflit, estimé par certains analystes à plus de 600 milliards de dollars d’impact sur l’économie mondiale depuis le déclenchement des hostilités, continue de s’alourdir chaque semaine.

Le message clé pour les investisseurs est celui de la vigilance calibrée : éviter les réactions de panique comme les excès d’optimisme prématuré. Historiquement, les crises géopolitiques ne génèrent pas de marchés baissiers durables, sauf lorsqu’elles créent un choc d’offre structurel, comme en 1973 avec le premier choc pétrolier. La question centrale des prochaines semaines est donc simple à formuler, difficile à trancher : le détroit d’Ormuz va-t-il rester fermé assez longtemps pour transformer ce choc temporaire en disruption structurelle ? La réponse à cette question conditionnera l’évolution des marchés pour le reste de l’année 2026.

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Iran–États-Unis : la mécanique d’une escalade régionale

La séquence actuelle autour de l’Iran n’est plus une répétition de rhétorique. Elle ressemble à une montée en puissance logistique qui, par sa nature même, crée du risque, même si la Maison-Blanche espère encore un accord.

Les discussions indirectes se heurtent à un mur structurel, Washington veut un paquet qui englobe nucléaire, missiles, “proxys”, Téhéran peut accepter des ajustements sur le nucléaire mais refuse d’ouvrir ce qu’il considère comme sa profondeur stratégique et sa souveraineté, missiles et alliances régionales. Les divergences ne sont pas seulement techniques, elles sont identitaires. Et quand les objectifs deviennent maximalistes, la négociation cesse d’être un mécanisme de désescalade : elle devient un prétexte à la préparation.

Ces dernières semaines, plusieurs signaux convergent vers un fait central : les États-Unis veulent disposer d’une option militaire crédible, potentiellement calibrée pour durer, pas seulement pour “envoyer un message”.

Des responsables américains évoquent une mobilisation préparant des opérations sur plusieurs semaines si un ordre d’attaque était donné, avec un objectif de pleine capacité de déploiement à l’horizon mi-mars.

Dans le même temps, l’Iran a publiquement annoncé qu’en cas de frappe il viserait les bases américaines dans la région, en insistant sur le fait que ces frappes ne devraient pas être interprétées comme une attaque contre les pays hôtes, ce qui est précisément la manière iranienne de rendre la riposte “utilisable” sans élargir immédiatement en guerre inter-États avec les monarchies du Golfe.

Une option militaire crédible, mais logistiquement moins disponible.

Le problème, pour Washington, est que la région n’est plus celle de 2003. Les bases existent, la puissance de feu aussi, mais le théâtre est devenu saturé de vulnérabilités, et surtout politiquement moins disponible. Riyad a officiellement indiqué qu’il n’autoriserait ni son territoire ni son espace aérien à être utilisés pour des actions militaires contre l’Iran, et Abou Dhabi, Doha et Ankara ont communiqués une position similaire.

Ce verrou politique change la géométrie de la campagne. Il force l’US Air Force à penser ses sorties depuis des points plus éloignés, avec davantage de ravitaillement en vol, des cycles plus longs, donc moins de sorties, donc moins d’endurance. Autrement dit, même une campagne “sans invasion” devient plus coûteuse en munitions, en logistique, en temps, ce qui augmente mécaniquement le risque d’enlisement et donc la tentation d’élargir les cibles.

C’est ici que le précédent de la “guerre des douze jours” devient un repère utile, non pas pour imaginer un copier-coller, mais pour mesurer le durcissement du théâtre. En juin dernier, les États-Unis avaient déjà frappé des cibles nucléaires iraniennes en fin de campagne israélienne de douze jours. Cette séquence a montré deux choses que beaucoup d’analyses grand public minimisent.

D’abord, même quand une partie des tirs est interceptée, des impacts réels peuvent frapper des infrastructures sensibles, y compris des sites liés à l’appareil de défense. Ensuite, l’Iran apprend, adapte ses salves, varie ses vecteurs, cherche moins le symbole que l’usure des défenses. Or, une coalition qui vise une campagne plus longue doit compter non seulement ses plateformes, mais ses stocks de munitions à distance, ses intercepteurs, et le tempo politique domestique qui supporte une crise prolongée.

À ce stade, il faut clarifier une ambiguïté qui pèse sur les marchés. Une frappe “punitive” courte est une chose. Une stratégie visant à profiter d’un pouvoir fragilisé pour tenter un changement de comportement stratégique, voire un basculement interne, en est une autre. Or l’environnement régional peut donner à certains, à Washington comme à Tel-Aviv, le sentiment que la fenêtre est favorable : affaiblissement relatif de certains relais, pression sociale intérieure, et perception d’un moment de déséquilibre. Le risque, pour Téhéran, est existentiel. Et quand un pouvoir estime qu’on cherche sa fin, il ne raisonne plus en “règles d’engagement”, il raisonne en dissuasion par escalade.

C’est dans ce cadre que l’attitude des États du Golfe devient une variable centrale, non pas accessoire. Leur refus de servir de plateforme opérationnelle n’est pas un détail diplomatique : c’est une contrainte stratégique qui dit une vérité nouvelle, les monarchies veulent éviter d’être aspirées dans une guerre qui détruirait leur stabilité économique au moment même où elles essaient de sortir de la dépendance pétrolière. Une partie de leur message à l’Iran, déjà visible dans la communication publique, consiste à poser une frontière nette entre “l’attaque américaine” et “la responsabilité de l’État hôte”. Dit plus brutalement, elles cherchent à neutraliser l’équation iranienne classique, frapper les bases pour frapper la politique des capitales qui les accueillent.

Mais ce verrou n’élimine pas le risque. Il le déplace. Si les bases du Golfe deviennent politiquement “inutilisables” pour lancer l’offensive, elles restent physiquement vulnérables pour encaisser des représailles, ce qui alimente une autre dynamique, l’élargissement du théâtre malgré la volonté affichée de neutralité. Plusieurs capitales arabes expriment d’ailleurs leur inquiétude face à l’hypothèse que l’Iran mette sa menace à exécution en cas d’attaque américaine.

Ormuz, Bab el-Mandeb, Vulnérabilité commerciale et élargissement régional

Le second déplacement, plus dangereux encore, concerne les infrastructures énergétiques et logistiques. Les commentateurs évoquent toujours Ormuz comme un interrupteur, mais l’économie moderne ne se résume pas à un détroit. Le vrai risque est une combinaison : un détroit sous pression, Bab el-Mandeb remis sous tension via le théâtre yéménite, et des hubs de stockage et de soutage transformés en “actifs stratégiques” dans une escalade. On peut rappeler que le port de Fujairah, côté Émirats, concentre environ 80 millions de barils de capacité de stockage, renforcée par des cavernes ADNOC d’environ 42 millions de barils : c’est un point névralgique par définition. Et, dans une logique d’escalade, la tentation de frapper une infrastructure située aux Émirats peut apparaître politiquement moins coûteuse qu’hier pour Téhéran, précisément parce qu’Abou Dhabi est aujourd’hui davantage isolé dans son environnement régional, en friction ouverte avec Riyad et sous suspicion durable de plusieurs capitales du Golfe, ce qui réduit mécaniquement les risques de solidarité automatique autour de lui.

 La question n’est pas de savoir si des dizaines de millions de barils “brûleraient” dans un scénario extrême, mais de comprendre ce que représente, pour les marchés, la simple crédibilité d’un risque sur un tel nœud : hausse de la prime d’assurance, re-pricing des routes, stress sur les stocks, et donc volatilité auto-entretenue.

Ajoutez à cela la dimension des proxys, qui est précisément l’une des pierres d’achoppement des négociations. Washington veut réduire l’influence iranienne via les réseaux armés, notamment en Irak, au point d’utiliser la pression financière comme levier, ce qui montre que le front irakien n’est pas périphérique, il est central. Une escalade contre l’Iran a donc toutes les chances de réactiver, en miroir, une escalade “contre les implantations américaines” via des relais difficiles à neutraliser sans ouvrir une guerre plus large. Et dans un tel schéma, la Jordanie, par sa géographie et ses contraintes politiques, peut cesser d’être un simple couloir logistique pour devenir un théâtre exposé, au même titre qu’Israël. Ce basculement aurait une portée politique lourde : il fragiliserait durablement le roi Abdallah II, dans un pays où la marge d’autonomie diplomatique vis-à-vis de Washington demeure plus limitée que celle des monarchies du Golfe, capables, malgré leur dépendance sécuritaire, de poser des lignes rouges. Dans le contexte actuel, où la société jordanienne est déjà fortement mobilisée et critique sur la posture du royaume face à Gaza, l’idée même d’une Jordanie transformée en arrière-base, donc en cible potentielle, pourrait devenir un facteur de déstabilisation interne autant qu’un risque militaire.

Reste un facteur trop souvent traité comme une note de bas de page : la Chine. Une guerre contre l’Iran n’est pas un Venezuela. Dans l’économie réelle des sanctions, l’énergie iranienne est déjà une énergie sous contrainte, et donc un flux où la Chine est l’acteur le plus structurant, parce qu’elle sait absorber, financer, transporter, et contourner. En clair, perturber durablement l’Iran, c’est perturber une partie du système d’approvisionnement à prix décoté qui sert la Chine. 

Cela crée, pour Pékin, un incitatif clair à s’impliquer davantage, non pas par un engagement ostensible qui l’exposerait politiquement, mais par une montée en gamme discrète de l’assistance : apports technologiques, soutien en renseignement, capacités de surveillance et d’alerte, et intrants qui accroissent la résilience du dispositif iranien. Le déploiement de bâtiments chinois spécialisés dans la collecte et l’observation, y compris des navires de surveillance, dans l’environnement élargi du théâtre, s’inscrit dans cette logique : améliorer la connaissance de situation iranienne tout en densifiant le brouillard tactique pour l’adversaire.

Mais il y a un second objectif, rarement formulé publiquement. Aider l’Iran sur un théâtre où les États-Unis et Israël opèrent, c’est aussi, pour la Chine, un laboratoire grandeur nature : un stress test de ses capteurs, de ses liaisons, de ses systèmes de navigation et de renseignement, de ses chaînes de transmission, face à des standards occidentaux. Sans tirer un coup de feu, Pékin peut observer, mesurer, calibrer, apprendre, et ajuster. Et dans un monde où la question taïwanaise demeure l’horizon stratégique, la valeur de ces retours d’expérience dépasse largement l’Iran : elle nourrit la préparation d’un éventuel affrontement futur, en testant ses équipements, ses procédures et sa capacité à opérer indirectement dans un environnement contesté.

Le point le plus important, pour une analyse de risque, est le suivant : l’option “pas de troupes au sol” réduit le coût politique, mais elle réduit aussi la capacité à atteindre des objectifs maximalistes. Les responsables américains le savent, l’Iran est une forteresse géographique et démographique, et une campagne aérienne, même intense, n’a pas mécaniquement la capacité de “changer le pouvoir en place” si elle n’est pas adossée à une architecture interne prête à prendre le relais. Cela ouvre une zone grise très dangereuse : on peut frapper sans gagner, et dans ce cas, la seule manière de “ne pas perdre” devient d’élargir, de durer, ou de redéfinir les objectifs en cours de route. C’est là que les marchés se trompent souvent : ils réagissent aux premières 72 heures, alors que le vrai risque est dans le jour 10, quand les stocks s’érodent, que la fatigue politique monte, que les proxys se réveillent, que l’énergie se reprice, et que chaque acteur cherche une sortie sans humiliation.

Si l’on veut résumer les risques concrets, ils s’agrègent en trois couches. D’abord, une couche militaire, vulnérabilité des bases américaines, saturation possible des défenses, multiplicité des vecteurs, et incertitude sur l’endurance des stocks de munitions. Ensuite, une couche énergétique, Ormuz comme symbole, mais surtout l’ensemble du système, Bab el-Mandeb, ports, assurances, hubs de stockage, où la simple crédibilité d’un risque suffit à faire bouger la prime. Enfin, une couche politique, l’escalade reconfigure la diplomatie du Golfe, teste l’autonomie des capitales hôtes, et expose les États de transit comme la Jordanie à devenir, malgré eux, partie du théâtre.

La conclusion est simple et inconfortable. Une guerre est loin d’être certaine, et il existe encore des signaux de diplomatie, mais la mécanique de préparation, elle, est déjà une mécanique de risque. Plus le paquet américain reste maximaliste, plus l’Iran interprète l’option militaire comme un projet existentiel, plus il cherchera à dissuader par la menace de régionalisation, bases, Israël, routes maritimes, et nœuds énergétiques. Et plus les États du Golfe verrouillent leurs bases et leur espace aérien, plus l’architecture opérationnelle américaine devient complexe, donc potentiellement plus longue, donc plus exposée à l’élargissement.

Dans un Moyen-Orient déjà tendu, le danger n’est pas seulement l’événement. C’est la durée, parce qu’une crise longue transforme toujours l’économie en politique, et la politique en instabilité.

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Métaux précieux : l’or, l’argent et le platine battent des records historiques

Les marchés des métaux précieux poursuivent leur envolée.

Ce mercredi 24 décembre 2025, l’or a dépassé pour la première fois la barre symbolique des 4.500 dollars l’once, porté par des indicateurs économiques américains meilleurs qu’attendu et par un climat géopolitique toujours plus incertain.

Des chiffres de l’emploi qui soutiennent le mouvement

Selon le département américain du Travail, 214.000 nouvelles inscriptions au chômage ont été enregistrées la semaine dernière, soit 10.000 de moins que la semaine précédente et bien en dessous des 225.000 attendues par les économistes.

À la suite de cette publication, le contrat à terme sur l’or pour livraison en février a progressé jusqu’à 4.514 dollars l’once, après avoir touché un nouveau record intraday à 4.555,10 dollars.

Ce paradoxe apparent un marché de l’emploi solide soutenant l’or s’explique par les anticipations de politique monétaire et par le rôle refuge du métal jaune.

Une hausse structurelle, au-delà de la spéculation

Les tensions persistantes notamment entre les États-Unis et le Venezuela, mais aussi en Ukraine et au Moyen-Orient renforcent l’attrait pour les actifs considérés comme sans risque souverain.

L’argent, le platine et le palladium suivent le mouvement

L’or n’est pas le seul métal à battre des records :

  • L’argent a atteint un sommet à 72,75 dollars l’once, avant de se stabiliser autour de 71,94 dollars, affichant une progression de plus de 150 % depuis le début de l’année.
  • Le platine évolue autour de 2.270 dollars l’once, après avoir inscrit un record historique.
  • Le palladium, plus volatil, s’échange au-delà de 1.840 dollars, à son plus haut niveau depuis plusieurs années.

Cette envolée est soutenue par la demande industrielle (automobile, transition énergétique, solaire, intelligence artificielle) mais aussi par des contraintes d’offre minière et des anticipations de politiques monétaires plus accommodantes en 2026.

Dollar affaibli, valeur refuge renforcée

Autre facteur clé : la faiblesse du dollar américain, en baisse d’environ 10 % sur l’année 2025, sa pire performance depuis huit ans.
Un billet vert plus faible rend mécaniquement les métaux libellés en dollars plus attractifs pour les investisseurs internationaux.

Dans ce contexte, certaines grandes institutions anticipent une poursuite de la hausse. Goldman Sachs estime par exemple que l’or pourrait approcher les 4.900 dollars d’ici fin 2026, tandis que plusieurs analystes évoquent un scénario à 5.000 dollars à horizon 6 à 12 mois.

Une tendance appelée à durer ?

Entre :

  • la dédollarisation progressive,
  • les achats massifs des banques centrales,
  • les inquiétudes sur la dette mondiale,
  • et la recherche d’actifs refuges dans un monde fragmenté,

les métaux précieux s’imposent comme un baromètre des tensions économiques et géopolitiques actuelles.

Si la faible liquidité de fin d’année accentue la volatilité, la dynamique observée en 2025 semble avant tout structurelle, confirmant le retour en force de l’or et de l’ensemble des métaux précieux au cœur des stratégies d’investissement mondiales.

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L’Iran, complètement isolé sur la scène géopolitique face à Israël

Malgré que la Chine soit le principal acheteur du pétrole iranien, près de 1,1 à 1,2 million de barils par jour, représentant environ 90 % des exportations iraniennes, achetés à prix cassé, celle-ci est restée complètement silencieuse face aux frappes israéliennes ciblées contre les infrastructures stratégiques de la République islamique.

Ce silence n’est ni un oubli, ni une passivité inattendue : il s’agit en réalité d’un choix stratégique, révélateur des limites du modèle de puissance que Pékin entend incarner dans l’ordre mondial. Si la Chine affiche en façade une volonté de rééquilibrer le système international, son action concrète montre qu’elle n’est pas prête à sacrifier ses autres relations régionales pour défendre Téhéran. L’Iran n’est pour Pékin qu’un partenaire transactionnel, et non un allié stratégique.

L’une des raisons fondamentales de cette prudence réside dans les intérêts profonds et multisectoriels que la Chine entretient avec d’autres grandes puissances régionales, des partenaires bien plus stables, solvables et influents que l’Iran. À commencer par l’Arabie saoudite. Pékin et Riyad entretiennent une relation énergétique prioritaire : l’Arabie saoudite est, depuis plusieurs années, le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine, avec plus de 1,7 million de barils par jour.

Ce lien s’est renforcé par des investissements chinois dans des infrastructures de raffinage et des accords de long terme entre Aramco et des entreprises chinoises comme Sinopec. Mais la relation sino-saoudienne va bien au-delà de l’énergie. Des entreprises comme Huawei sont au cœur du projet futuriste NEOM, mégapole à 500 milliards de dollars voulue par Mohammed ben Salmane, notamment sur les volets 5G, IA, mobilité autonome et smart grids.

En outre, des éléments de coopération militaire ont émergé discrètement, notamment la construction supposée d’une usine de production de missiles balistiques avec soutien technologique chinois. Pékin ne sacrifiera pas cette relation stratégique sur l’autel d’un soutien symbolique à l’Iran.

Les Émirats arabes unis représentent une autre pièce maîtresse du jeu régional chinois. Situés à un carrefour logistique, ils sont devenus une plateforme essentielle pour les Nouvelles Routes de la Soie (BRI), via les ports de Jebel Ali ou Khalifa. Les entreprises chinoises y ont investi massivement, à travers COSCO Shipping, China Harbour Engineering ou ZPMC, tout en multipliant les accords dans les transports, l’énergie et le numérique.

Les Émirats sont également devenus un acheteur actif de drones chinois (Wing Loong), tout en confiant à Huawei l’infrastructure 5G malgré les objections américaines. Cette coopération, très complète et discrète, s’étend même au spatial, avec la participation d’Abu Dhabi au programme de station spatiale Tiangong. Là encore, l’Iran ne peut offrir ni la stabilité institutionnelle, ni la visibilité stratégique nécessaire pour rivaliser avec les EAU dans le cœur chinois.

La Turquie constitue un autre partenaire important de la Chine, notamment dans la vision eurasienne d’intégration continentale. Ankara joue un rôle central dans le corridor médian (Middle Corridor) des Routes de la Soie, qui relie la Chine à l’Europe via l’Asie centrale, le Caucase et le Bosphore.

Des investissements chinois sont visibles dans les infrastructures ferroviaires (ligne Ankara-Istanbul), les autoroutes, les ports et les projets énergétiques renouvelables. Des discussions militaires ont également eu lieu par le passé sur des systèmes de missiles (avec CPMIEC) et se poursuivent dans les domaines de la co-conception de drones ou de radars.

Malgré les tensions liées à la question ouïghoure (le Xinjiang étant culturellement turcophone), la Chine a réussi à maintenir un dialogue pragmatique avec Ankara, préférant contenir les sujets irritants pour préserver une coopération stratégique. S’aligner ouvertement avec l’Iran, ennemi déclaré de la Turquie dans plusieurs théâtres régionaux, compromettrait cette dynamique diplomatique que Pékin cherche à préserver.

Même avec Israël, la Chine entretient une relation économique d’une grande densité, bien qu’empreinte de prudence géopolitique. Depuis deux décennies, Pékin investit dans les infrastructures de transport israéliennes, à l’image du terminal portuaire de Haïfa exploité par Shanghai International Port Group, ou encore des projets de tramway à Tel-Aviv.   La Chine veut un lien physique avec l’Occident. A cet égard, les ports israéliens sont un bon outil de stratégie géopolitique.

Mais l’élément central de la coopération sino-israélienne réside dans la technologie de pointe, notamment dans les semi-conducteurs, les capteurs, l’intelligence artificielle, les logiciels embarqués et la cybersécurité.

Israël est une “Silicon Valley du Moyen-Orient”, un écosystème que la Chine veut exploiter à des fins de montée en gamme industrielle. Même si certaines ventes sensibles ont été restreintes sous la pression américaine, Pékin tient à conserver cet accès technologique, tout en ménageant Washington. Soutenir l’Iran de manière trop explicite reviendrait à s’aliéner à la fois Israël et les États-Unis, un calcul que Pékin refuse.

Ainsi, la Chine marche sur des oeufs, cherchant à la fois à ménager ses relations avec Israël et les pays arabes. Alliée de ces derniers pendant la Guerre froide, soutien de la cause palestinienne et des mouvements de libération dans les années 1960 et 1970, la Chine a longtemps refusé d’établir des relations diplomatiques avec Israël.

Cet ostracisme a pris fin en 1992 et les échanges se sont depuis multipliés. Pour la Chine, Israël est un important fournisseur de technologies, lui offrant une alternative face à l’embargo américain sur les semi-conducteurs de pointe.

Plus de la moitié des exportations israéliennes vers la Chine sont des composants électroniques, notamment des puces, selon une étude de l’Institut d’études sur la sécurité nationale de l’Université de Tel Aviv.

À ce titre, les échanges bilatéraux sont passés de 51 millions de dollars en 1992, début des relations diplomatiques, à 14 milliards en 2018. L’enjeu est technologique, à travers leurs investissements dans des sociétés israéliennes, et plus particulièrement des start-up, l’implantation de centres R&D, la participation dans plusieurs gros chantiers d’infrastructures, et la coopération scientifique universitaire. 

Aujourd’hui, nombre de grandes entreprises chinoises (Lenovo, Fosun, Xiaomi, Baidu, Huawei, Haier, Alibaba) ont installé un centre de R & D en Israël. En 2018, le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, y a fait deux visites. Cela a donné un nouveau signal au monde d’affaires chinois qui continue d’investir dans une myriade de start-up de la high-tech israélienne.

En 2019, Huawei s’est notamment lancé dans l’énergie solaire et Shenzhen Hifuture Information Technology a injecté 50 millions de dollars dans Xjet, société d’impression en 3D de métal et céramique. Les entreprises chinoises ont également pris des participations dans des sociétés israéliennes de premier plan : celle de la China National Chemical Corporation dans Makhteshim, spécialiste d’engrais, est l’une des premières (2011) et des plus importantes (3,8 milliards de dollars) et celle de Bright Food dans Tnouva, en 2015, l’une des plus symboliques.

Alors, la Chine est devenue un partenaire prioritaire voire stratégique pour Israël et les Etats-Unis ne pourront rien y changer. Certains ingénieurs israéliens qui travaillaient dans des centres de R & D d’entreprises américaines travaillent désormais pour leurs équivalents chinois.

Avant la crise du coronavirus, Edouard Cukierman, président de Cukierman & Co. Investment House, ne constatait « aucune baisse d’activité entre Israéliens et Chinois. Il n’y a que trois domaines réservés où le gouvernement peut bloquer un contrat : la défense, les télécoms, les services financiers, banque et assurance. Tout le reste relève de la liberté d’entreprendre.

Et puis, les hommes politiques israéliens ont souvent été favorables à la Chine. Dans les années 1930, David Ben Gourion et Moshe Sharett étaient déjà convaincus que la Chine s’éveillerait et que l’Occident ne serait pas éternellement le maître du monde. En 1949, le jeune Etat hébreu fut l’un des premiers pays à reconnaître la République populaire de Chine. Responsables israéliens et chinois aiment à souligner que leurs civilisations sont toutes deux plurimillénaires.

Dans ce contexte, la Chine adopte une stratégie d’équilibre froid : elle entretient des relations économiques solides avec presque tous les rivaux régionaux, tout en évitant de s’engager politiquement ou militairement. Ce choix renforce sa position comme puissance commerciale incontournable, mais affaiblit sa crédibilité comme acteur stratégique capable de soutenir ses partenaires dans les moments critiques.

En refusant de soutenir l’Iran, Pékin démontre qu’elle privilégie la stabilité de ses relations avec les autres puissances du Golfe et du Levant, plutôt que la fidélité à un régime isolé sous sanctions.

Ce retrait diplomatique et sécuritaire reflète les limites du modèle chinois de puissance, fondé sur la non-ingérence, l’interdépendance économique et la neutralité tactique. Contrairement aux États-Unis, qui disposent d’un réseau d’alliances militaires et de bases régionales leur permettant de projeter leur puissance, la Chine n’a ni les moyens, ni l’intention pour l’instant de jouer un tel rôle.

Sa seule base régionale est à Djibouti, et son armée n’a pas d’expérience en matière d’opérations extérieures dans des théâtres aussi instables que le Moyen-Orient. En somme, la Chine dénonce l’unilatéralisme américain tout en s’en accommodant, car elle ne souhaite pas, ou ne peut pas, réellement le concurrencer sur le plan sécuritaire.

Cette position prudente, presque passive, laisse l’Iran seul face à Israël, dont la supériorité militaire est renforcée par un soutien tacite mais décisif des États-Unis. Pékin, malgré ses ambitions déclarées de remodeler l’ordre mondial, se contente d’un activisme diplomatique de façade, sans engagement opérationnel.

Ce retrait revient à laisser aux Etats-Unis le rôle primordial que la Chine leur conteste pourtant. Il y a une forme d’activisme diplomatique de la Chine en façade, mais derrière il n’y a pas grand-chose. L’interventionnisme ne fait pas pour l’instant partie de la conception de la puissance qu’ont les Chinois, parce qu’ils pensent qu’ils auraient beaucoup à perdre à s’engager dans une crise, qui plus est sur un sujet aussi complexe.

Mais Pékin ne souhaite pas trop s’avancer, tant pour préserver la qualité des relations avec le reste de la région et le respect des normes de non-prolifération que pour éviter d’ajouter aux contentieux avec les Etats-Unis, ce qui différencie grandement l’aide apportée à l’Iran de l’équipement complet, avions de chasse, missiles, radars, fourni par la Chine au Pakistan.

Restant ainsi en retrait tout en dénonçant les travers d’un monde américano-centré, la Chine ne peut que constater les limites de son propre modèle de puissance.

Ce choix stratégique révèle une vérité : la Chine, pour l’instant, n’a pas de véritables alliés au Moyen-Orient, mais seulement des partenaires commerciaux. Ce qui, en cas de crise, limite profondément son pouvoir d’influence.

On voit également le même sujet pour la Russie, de fait, l’Iran a aidé le Kremlin avec des drones en lui fournissant des drones kamikazes Shahed-131 et Shahed-136, qui ont permis de compenser les lacunes industrielles de Moscou face à l’attrition militaire. Ce transfert de technologie s’est accompagné de coopérations croisées en matière de munitions, d’armements terrestres et de drones à longue portée, parfois même produits sur le sol russe.  

En effet, l’Iran a aidé Moscou à construire une usine essentielle pour fabriquer des drones dans son pays et a signé un nouveau traité de partenariat stratégique cette année avec Poutine, annonçant des liens plus étroits, y compris dans le domaine de la défense.

Mais cinq mois après la signature de ce traité, le gouvernement iranien est confronté à une grave menace pour son règne en raison des attaques d’Israël. Et la Russie, au-delà des appels téléphoniques et des déclarations de condamnation, est introuvable.

Les installations nucléaires et énergétiques iraniennes ont été endommagées et de nombreux hauts dirigeants militaires du pays tués, dans une vaste offensive israélienne qui a commencé vendredi et s’est étendue depuis, sans aucun signe que Moscou viendra en aide à Téhéran.

Ce retrait diplomatique contraste avec l’image d’un axe Moscou-Téhéran resserré, notamment depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Loin de constituer une véritable alliance militaire, le partenariat russo-iranien est, en réalité, asymétrique, circonstanciel et tactique, fondé davantage sur la convergence d’intérêts contre l’Occident que sur une solidarité géopolitique réelle.

La situation reflète un calcul politique impartial de Moscou, qui donne la priorité à sa propre guerre contre l’Ukraine, ainsi qu’à son besoin de maintenir des relations chaleureuses avec d’autres partenaires au Moyen-Orient, qui ont aidé Moscou à survivre aux sanctions économiques occidentales.

De plus, Poutine ne veut pas que l’Iran ait des armes nucléaires et veut également continuer à améliorer ses relations avec le président Trump. Qui plus est, la Russie bénéficie également d’une flambée des prix du pétrole depuis le début de l’attaque.

En plus de cela, sur le théâtre moyen-oriental, la Russie n’a aucun intérêt à entrer en confrontation directe avec Israël, puissance régionale dotée de capacités militaires et de renseignement redoutables. Depuis l’intervention militaire de Moscou en Syrie en 2015, les deux pays ont mis en place un mécanisme de déconfliction militaire permanent, permettant à Israël de frapper des positions iraniennes et du Hezbollah en Syrie sans provoquer de riposte russe. Cette coordination tacite mais régulière est une ligne rouge que Moscou ne veut pas franchir, de peur de déclencher un conflit ouvert dans une région qu’elle cherche à stabiliser selon ses propres intérêts.

Il faut rappeler que la Russie et Israël entretiennent des liens diplomatiques et économiques complexes, mais réels. Plus d’un million d’Israéliens sont d’origine russe, et les deux pays coopèrent dans les domaines de la cybersécurité, de l’agriculture, de la médecine et des technologies civiles.

Moscou souhaite maintenir ce canal ouvert, notamment dans le contexte où elle est de plus en plus isolée sur la scène occidentale. Soutenir trop ouvertement l’Iran, en particulier dans des opérations contre Israël risquerait de remettre en cause l’équilibre délicat que la Russie maintient en Syrie, et plus largement dans le Levant.

La Russie est aussi consciente que l’Iran ne constitue pas un partenaire parfaitement aligné. Si les deux régimes convergent dans leur opposition à l’Occident et leur critique de l’ordre international, ils poursuivent des agendas parfois divergents au Moyen-Orient. L’Iran vise l’hégémonie chiite régionale via ses réseaux au Liban, en Irak, au Yémen et en Syrie, tandis que Moscou cherche plutôt à stabiliser les régimes en place, même autoritaires, sans nécessairement favoriser l’expansion idéologique iranienne.

Par conséquent, il est peu probable que Poutine s’implique militairement dans le conflit ou qu’il arme Téhéran de manière trop agressive. Cette prudence découle aussi en partie de la crainte de s’aliéner les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, deux partenaires de plus en plus importants pour Moscou qui n’accueilleraient pas un Iran plus puissant. Mais c’est aussi parce que ses forces sont déjà bloquées en Ukraine.

La Russie entretient depuis longtemps des relations solides avec l’Iran, devenant le plus grand investisseur étranger du pays l’année dernière. Il a fourni des armes à l’Iran pendant des années, mais n’a pas fourni la gamme complète d’armes que Téhéran veut.

« L’Iran demande des armes à la Russie depuis quelques années », a déclaré Nikita Smagin « Il a demandé des avions, des systèmes de défense aérienne. La Russie n’a pratiquement rien donné. »

Aujourd’hui, l’Iran a du mal à se défendre.

« Dans l’ensemble, cela conduit bien sûr à l’affaiblissement des positions de la Russie au Moyen-Orient », a déclaré Nikita Smagin, un expert des relations russo-iraniennes.

Ce retrait dans un moment critique souligne une vérité fondamentale : l’Iran est seul. Même ses partenaires les plus proches, la Chine et la Russien ne sont pas prêts à mettre en péril leurs propres équilibres géopolitiques pour le défendre. L’axe anti-occidental formé par Moscou et Téhéran, bien que puissant en apparence, repose sur une solidarité conditionnelle, non inconditionnelle.

Dans un monde multipolaire encore dominé par la supériorité militaire américaine et le parapluie stratégique israélo-occidental au Moyen-Orient, ni la Chine ni la Russie ne sont aujourd’hui capables, ni désireuses, de briser cette architecture par une action directe.

En somme, l’inaction de la Russie face à l’affaiblissement iranien n’est pas une surprise, mais une démonstration des limites structurelles du camp révisionniste. Elle rappelle que la puissance ne se mesure pas seulement à la rhétorique ou aux alliances tactiques, mais à la capacité à protéger ses partenaires dans les moments critiques, ce que Moscou, pour l’instant, n’est pas en position de faire.

L’Iran, isolé, reste un pivot stratégique vulnérable, dont la résilience repose davantage sur ses capacités asymétriques que sur un quelconque soutien international solide.

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Les ETF Défense : investir dans la sécurité d’un monde incertain

Entre tensions géopolitiques croissantes, guerre en Ukraine, montée des budgets militaires en Europe et réorientation stratégique des grandes puissances, le secteur de la défense s’est imposé comme un thème d’investissement à part entière.

Dans ce contexte, les ETF Défense, longtemps marginaux, connaissent un essor significatif. Ils permettent d’investir de manière simple, diversifiée et cotée en Bourse dans les grandes entreprises du secteur. Dernier exemple en date : le lancement d’un ETF 100 % défense européenne par Amundi, le 19 mai 2025.

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Qu’est-ce qu’un ETF Défense ?

Un ETF (Exchange Traded Fund) défense est un fonds indiciel coté en Bourse qui reproduit la performance d’un panier d’entreprises actives dans le secteur de la défense et de l’aérospatial.

Il peut inclure :

  • des fabricants d’armes ou de systèmes militaires (chars, missiles, drones),
  • des entreprises spécialisées en cybersécurité ou satellites militaires,
  • des groupes d’aéronautique militaire et civile,
  • des sous-traitants industriels stratégiques pour les armées.

Pourquoi un regain d’intérêt pour ces ETF ?

  1. Réarmement global : Les dépenses militaires mondiales ont dépassé 2 200 milliards de dollars en 2023, tirées par l’OTAN, la Chine, l’Inde, ou encore les pays du Golfe.
  2. Réarmement européen : L’UE revoit profondément sa doctrine de défense depuis le conflit en Ukraine, avec une volonté affirmée de reconstituer ses capacités industrielles.
  3. Souveraineté technologique : Des groupes comme Airbus, Thales ou Rheinmetall deviennent des piliers de la stratégie européenne d’indépendance.
  4. Décorrélation et performance : Les entreprises de défense évoluent souvent indépendamment des cycles économiques classiques.

Lancement d’un nouvel ETF 100 % défense européenne par Amundi

Le lundi 19 mai, Amundi a lancé officiellement son ETF Stoxx Europe Defense UCITS, un produit entièrement dédié au secteur de la défense européenne.

Accessible sur Euronext, Xetra et Borsa Italiana, cet ETF permet aux investisseurs de se positionner sur une thématique puissante : le réarmement progressif de l’Union européenne.

Il réplique l’indice Stoxx Europe Total Market Defense Capped, en hausse de +55 % depuis le début de l’année, et ne sélectionne que des entreprises européennes classées dans le secteur « Aérospatial et Défense ».

Parmi les principales valeurs composant l’ETF :

  • Airbus SE (France) : 12,5 %
  • BAE Systems (Royaume-Uni) : 11,8 %
  • Thales Group (France) : 10,7 %
  • Rheinmetall AG (Allemagne) : 9,4 %
  • Leonardo S.p.A. (Italie) : 8,2 %
  • Saab AB (Suède) : 7,1 %
  • Dassault Aviation (France) : 6,5 %
  • Hensoldt AG (Allemagne) : 5,9 %
  • Safran SA (France) : 4,3 %

Frais de gestion : 0,35 % par an.
Prix de cotation initial : 5,35 €.
Éligibilité : non éligible au PEA, mais accessible via compte-titres.

Quels avantages pour les investisseurs ?

✔️ Thématique d’actualité : Les tensions mondiales soutiennent le secteur
✔️ Exposition ciblée et sectorielle : Accès à des entreprises européennes spécialisées
✔️ Frais limités et accessibilité : Un ticket d’entrée bas pour une stratégie long terme
✔️ Produit liquide et transparent, en phase avec la stratégie d’Amundi

Quels sont les risques ?

⚠️ Risques éthiques : Certains investisseurs peuvent être réticents à financer des activités militaires
⚠️ Volatilité : Le secteur est sensible aux décisions politiques, aux cycles de commandes publiques et aux conflits
⚠️ Concentration sectorielle : En cas de retournement, l’ETF peut être fortement affecté

En résumé

Longtemps mise de côté, la thématique défense revient au cœur des marchés financiers. Le lancement de l’ETF Stoxx Europe Defense UCITS par Amundi illustre parfaitement cette évolution : un produit simple, accessible, centré sur une tendance lourde et durable.

Pour les investisseurs à la recherche d’un levier de diversification géopolitique, d’un rendement potentiel solide et d’un positionnement stratégique à long terme, l’ETF défense devient une piste à étudier sérieusement.

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Donald Trump et l’Iran : Vers une nouvelle crise pétrolière ?

Le retour imminent de Donald Trump à la Maison Blanche a remis au premier plan l’essor des flux pétroliers iraniens, ainsi que la possibilité que le président élu tente à nouveau de fortement les réduire comme lors de son premier mandat.

En effet, en 2019, Trump avait mené une campagne de pression maximale, destinée à étouffer les exportations de l’Iran et, par là même, l’accès de Téhéran aux pétrodollars. Sous la direction de Joe Biden, les flux ont cependant explosé à nouveau, l’accent étant mis sur des politiques qui provoquent des frictions avec les expéditions iraniennes, mais ne les limitent pas afin de ne pas provoquer de hausse des prix du pétrole, notamment après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

La « politique de pression maximale » de Trump était une stratégie visant à restreindre le programme nucléaire iranien, limiter le soutien de l’Iran aux groupes militants et réduire son influence au Moyen-Orient. Cette politique reposait sur l’imposition de lourdes sanctions économiques, coupant l’Iran des systèmes financiers mondiaux et diminuant ses revenus d’exportation pétrolière.

Ainsi, l’objectif était de forcer l’Iran à renégocier l’accord nucléaire selon les conditions américaines, voire à cesser ses activités nucléaires.

Cet isolement économique a provoqué une forte chute des exportations de pétrole iranien, créant de graves conséquences économiques pour l’Iran.

Voici, les principaux impacts de la « politique de pression maximale » :

  • Impact sur l’Iran : Cette politique a lourdement impacté l’économie iranienne, causant inflation, dépréciation de la monnaie et hausse du chômage. Au lieu de mettre fin à son programme nucléaire, l’Iran a intensifié ses activités d’enrichissement, affirmant qu’il en avait le droit après le retrait des États-Unis du JCPOA.
  • Impact au Moyen-Orient : Cette politique a exacerbé les tensions régionales. L’Iran a renforcé son soutien à des groupes comme le Hezbollah et les Houthis au Yémen. Les risques de confrontation militaire ont augmenté, notamment après l’attaque de 2019 contre des installations pétrolières saoudiennes, pour laquelle les États-Unis ont tenu l’Iran pour responsable.
  • Impact sur les marchés mondiaux du pétrole : Les sanctions américaines ont fait baisser la production iranienne, poussant les États-Unis à coordonner avec leurs alliés pour compenser cette perte. Cependant, les prix du pétrole ont connu des fluctuations, et les tensions dans le Golfe, en particulier dans le détroit d’Ormuz, ont accentué les risques pour le commerce mondial du pétrole.

Les ventes de pétrole sont cruciales pour l’Iran, avec des exportations représentant jusqu’à 70 % des revenus du gouvernement. Cette année, l’Iran a bénéficié de profits exceptionnels grâce à une production de pétrole proche des records, en doublant presque sa production de moins de 2 millions de barils par jour en 2019 à près de 3,5 millions de barils par jour actuellement, et avec des exportations de pétrole passant de pratiquement zéro à près de 2 millions de barils par jour.

Cela représente une augmentation de revenus de 100 milliards de dollars. L’Iran a pu exporter des quantités quasi-record de pétrole malgré le fait qu’il soit officiellement sous sanctions américaines, l’Administration Biden n’ayant pas appliqué les sanctions sur le pétrole iranien avec la même rigueur que ses prédécesseurs.

Effectivement, l’Administration Biden craignait qu’une application plus stricte des sanctions pétrolières contre l’Iran n’entraîne une hausse des prix mondiaux du pétrole, alors que les Etats-Unis faisaient déjà face à une forte inflation. Mais cette crainte ne reflète pas la réalité des dynamiques du marché mondial du pétrole.

Premièrement, l’Iran représente une fraction minime de la production pétrolière du Moyen-Orient, environ 12,5 % de la production régionale, soit presque quatre fois moins que celle de l’Arabie Saoudite.

Deuxièmement, les prix du pétrole ont en fait baissé entre 2018 et 2019 alors que l’application des sanctions pétrolières contre l’Iran s’intensifiait, en partie parce que les pays du Golfe, qui considèrent également l’Iran comme une menace pour la paix régionale, ont compensé la perte de pétrole iranien en augmentant leur propre production.

Avec une capacité de production de réserve record, notamment l’Arabie Saoudite produisant un tiers de moins de pétrole qu’à l’époque de Trump, la production pétrolière iranienne peut facilement être remplacée.

D’ailleurs, les sanctions pétrolières contre l’Iran ont prouvé leur efficacité par le passé. Sous l’administration Trump, avec Jared Kushner, architecte des Accords d’Abraham, et l’envoyé spécial pour l’Iran Brian Hook, une attention accrue à l’application des sanctions par le gouvernement américain a réduit le volume des exportations de pétrole iranien de 95 %, passant de 2,5 millions de barils par jour en 2018 à un minimum de 70 000 barils par jour en 2020, réduisant ainsi les revenus pétroliers iraniens de 50 milliards de dollars.

Par conséquent, le retour de Trump à la Maison Blanche en janvier, ainsi que ses déclarations de campagne selon lesquelles il se montrerait dur envers l’Iran, soulèvent la question de savoir s’il ciblera à nouveau ces flux. Pour contourner les mesures américaines, l’Iran s’appuie de plus en plus sur une flotte de pétroliers fantôme et des pratiques commerciales qui échappent au contrôle de l’Occident.

« Je pense que cela aura un impact important sur les exportations de pétrole iranien », a déclaré Ben Cahill , directeur des marchés et de la politique énergétique à l’Université du Texas, à propos du retour de Trump. « Il est difficile de remettre le génie dans la bouteille après le développement du marché noir pendant des années et l’évasion et la dissimulation des sanctions qui ont progressé. Mais je soupçonne que Trump s’appuiera sur la Chine. »

Cahill estime que les flux iraniens pourraient être réduits de 750 000 à 1 million de barils par jour. Si cela s’avérait exact, cela ramènerait les flux à environ 1 million de barils par jour, comme cela a été observé au début de la pandémie de Covid-19.

Alors que l’on s’attend généralement à ce que les marchés du pétrole et du diesel soient excédentaires l’année prochaine, le nouveau président pourrait également avoir une marge de manœuvre. En effet, si nous avons effectivement une production de pétrole au-dessus de la demande l’année prochaine, alors si Trump met de nouveau en place ses sanctions, cela aura assez peu de conséquences sur les prix du marché.

D’ailleurs, Bob McNally, président de Rapidan Energy Group, a déclaré que Trump ciblerait les ports qui transportent le pétrole iranien et ferait du pays du Moyen-Orient une priorité dans ses négociations avec la Chine, son principal acheteur.

Une politique de sanctions sévères pourrait perturber jusqu’à 1,3 million de barils par jour de flux de brut iranien, estime Rapidan.

En outre, le changement de dynamique mondiale depuis le dernier mandat de Trump pourrait également obliger le prochain président à réévaluer son approche des relations avec l’Arabie saoudite, a déclaré McNally. Le leader de facto de l’OPEP a conclu un accord en 2023 pour normaliser ses relations avec Téhéran pour la première fois en sept ans, et les liens sont devenus moins tendus ces dernières années.

De plus, si les sanctions se durcissent, la Chine pourrait voir ses coûts pétroliers augmenter, ce qui aurait un impact sur son industrie de raffinage, en particulier les raffineries indépendantes, qui sont déjà confrontées à des difficultés liées à la faible demande de carburant et donc à la réduction des marges bénéficiaires.

En effet, depuis 2019, les raffineries privées chinoises sont devenues des acheteurs du brut iranien sanctionné car elles bénéficiaient de réductions de prix sur les barils, profitant d’un vide laissé par les grandes entreprises publiques méfiantes face aux sanctions américaines.

Cette décision a permis à la Chine d’économiser des milliards, consolidant son rôle de marché pétrolier majeur pour Téhéran. La Chine a économisé environ 4,2 milliards de dollars en important un volume record d’un million de b/j d’Iran l’année dernière, soit 60 % au-dessus des pics d’avant les sanctions enregistrées par les douanes chinoises en 2017 à 623 000 b/j, alors que Téhéran a augmenté sa production à des niveaux proches du maximum et a offert des réductions comme raide jusqu’à 17 dollars le baril par rapport au Brent.

Les rabais ont soulevé des questions sur la rentabilité à long terme des affaires de l’Iran avec la Chine. Mais les experts estiment que Téhéran a encore tout à y gagner.

« Même avec des rabais importants, vendre du pétrole iranien est extrêmement rentable et durable », a déclaré Steve Hanke, professeur d’économie appliquée à l’université Johns Hopkins. « C’est parce que le coût marginal de production en Iran est d’environ 15 dollars ou moins par baril. »

Gregory Brew, analyste de l’Iran et de l’énergie au groupe américain Eurasia Group, dit que les sanctions américaines étaient autrefois efficaces pour bloquer les exportations de pétrole vers la Chine, mais ce n’est plus le cas.

« La stature croissante de la Chine en tant que nouvelle puissance mondiale lui donne une plus grande liberté pour défier les sanctions américaines », a déclaré Brew.

Les données de suivi des navires collectées par Argus montrent que les exportations de pétrole de l’Iran oscillent actuellement autour de 1,5 million de barils par jour, dont environ 85 à 90 % vont à la Chine.

Plus précisément, les données douanières de la province du Shandong, qui abrite au moins la moitié des raffineries chinoises privées montrent que 88 % de ses importations de brut provenaient de Malaisie ou de Russie l’année dernière, soit une augmentation de 20 points de pourcentage par rapport à 2022.

On dit généralement que le brut iranien est transféré via des transferts de navire à navire au large de la Malaisie avant d’être rebaptisé pétrole malais.

Alors, le secteur du raffinage privé a été le secteur le plus important pour l’augmentation des approvisionnements de l’Iran. Les fournisseurs offrent de bons services et sont prêts à absorber les coûts croissants des raffineurs indépendants, tels que les frais supplémentaires d’administration des importations, les loyers de stockage et même les taxes.

L’Iran et la Chine ont mis en place un réseau commercial utilisant le yuan et divers intermédiaires pour contourner le contrôle financier américain, ce qui complique l’application des sanctions par Washington.

En revanche, avec le retour potentiel de Trump, la Chine pourrait voir un risque de voir ses approvisionnements en brut iranien bon marché, qui représentent environ 13% des importations du premier acheteur mondial de pétrole, diminuer si Donald Trump renforce l’application des sanctions contre Téhéran.

De telles restrictions pourraient viser les banques et les raffineries chinoises, ainsi que les intermédiaires malaisiens et émiratis impliqués dans le commerce. Par rapport à l’administration Biden, Trump pourrait être moins préoccupé par la flambée des prix du pétrole et les risques chinois qui accompagneraient des sanctions plus sévères.

D’ailleurs, ces derniers mois, les États-Unis ont renforcé les sanctions contre les navires de la « flotte fantôme » qui transportent le pétrole iranien, ce qui a ralenti les livraisons à la Chine depuis des centres de transbordement comme la Malaisie.

Selon un représentant d’une raffinerie indépendante qui utilise du pétrole iranien, même les opérations de transfert de navire à navire (STS) pourraient être impactées.

« L’inquiétude se concentre plus sur le transport maritime que sur les transactions bancaires », a-t-il déclaré.

Pourtant, malgré ces obstacles, les importations chinoises de pétrole iranien ont augmenté d’environ 30 % entre janvier et octobre 2024, principalement grâce aux opérations de la « flotte fantôme », selon Emma Li, analyste chez Vortexa. « Des changements plus importants pourraient survenir si de nouveaux acteurs, comme les banques, sont ajoutés à la liste des cibles », a-t-elle expliqué.

De surcroît, il est très probable que la Chine continuera à acheter du pétrole iranien. Si certaines raffineries et banques pourraient mettre un terme à leur participation, d’autres décideront probablement que leur participation au commerce du pétrole iranien en vaut la peine, même si elles sont soumises à des sanctions américaines, en particulier si Pékin les soutient. Les importations chinoises de pétrole iranien ont augmenté malgré les sanctions antérieures contre les raffineries et les banques chinoises.

De fait, les raffineries chinoises privées sont moins préoccupées par les sanctions américaines que les compagnies pétrolières nationales chinoises. Les entreprises publiques chinoise CNPC et Sinopec ont cessé d’importer du pétrole iranien après que Washington a décidé de ne pas renouveler les exemptions de sanctions pour les acheteurs de brut iranien en mai 2019, en raison des craintes de perdre l’accès au système financier américain.

Toutefois, de nombreuses raffineries privées ont une exposition minimale au système financier basé sur le dollar. Les raffineries privées qui utilisent la technologie américaine, en revanche, n’ont pas acheté de pétrole iranien. 

Ainsi, il est peu probable que Pékin empêche les entités chinoises d’acheter du pétrole iranien. Il s’oppose aux sanctions unilatérales et aux tentatives de pays tiers d’interférer dans le commerce énergétique de la Chine, ce que les responsables ont réitéré après la signature des nouvelles sanctions par le président Biden.

Dans l’ensemble, l’approche de Trump en matière de sanctions dépendra probablement de la nature du marché pétrolier lorsqu’il prendra ses fonctions, a déclaré David Goldwyn, président de Goldwyn Global Strategies et président du groupe consultatif sur l’énergie du Centre mondial de l’énergie de l’Atlantic Council. « Plus le marché est faible, plus la probabilité de sanctions plus strictes est élevée », a-t-il déclaré.

Effectivement, une répression contre l’Iran, membre de l’OPEP, soutiendrait les prix mondiaux du pétrole, mais cet effet pourrait également être compensé par d’autres politiques de Trump, comme des mesures visant à accroître les forages nationaux, l’imposition de tarifs douaniers à la Chine qui pourraient déprimer l’activité économique, ou un assouplissement des relations avec la Russie qui pourrait libérer ses expéditions de brut sanctionnées.

Les producteurs de pétrole américains s’attendent à une diminution des réglementations sur la production de brut sous la présidence de Donald Trump, ce qui pourrait signifier une offre de pétrole plus élevée et, par conséquent, des prix plus bas. Mais une nouvelle poussée vers l’ouverture de projets de forage, mettant davantage d’offre sur le marché, conduirait à une baisse des prix, diminuant ainsi les revenus des producteurs américains, a déclaré Cole Smead, président et directeur général de Smead Capital.

« Si l’administration Trump ouvre les concessions fédérales pour le pétrole et le gaz, les terres fédérales obtiendraient 25 % des revenus par baril. Vous aurez beaucoup de mal à trouver une compagnie pétrolière capable de gagner de l’argent à 52,50 dollars le baril avec ce qu’il lui reste d’un baril à 70 dollars », Smead, dans des notes envoyées par courriel. « La seule chose qui incitera les foreurs à forer, ce sont des prix du pétrole plus élevés basés sur ces marges. »

Alors, Washington devra décider comment prioriser les achats chinois de pétrole iranien par rapport à d’autres objectifs de la politique américaine, notamment entraver le soutien de la Chine à la guerre russe en Ukraine. Sanctionner des entités chinoises pour leur implication dans le commerce du pétrole iranien pourrait rendre plus difficile l’obtention d’une coopération chinoise sur d’autres questions.

Pékin a averti que la menace que représentent les sanctions pour le commerce de la Chine avec l’Iran « crée de sérieux obstacles à la coopération sino-américaine dans les domaines concernés ». De plus, si les raffineries privées chinoise cessaient d’acheter du pétrole iranien, elles en achèteraient probablement davantage à un autre pays sanctionné : la Russie.