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CPI, PPI, Fed : la crypto ne se regarde plus le nombril

Deux chiffres publiés à Washington ont suffi à envoyer le Bitcoin sous les 80 000 dollars cette semaine, puis à l’en faire ressortir. Pas un hack, pas une faillite de plateforme, pas une décision de la SEC : de l’inflation américaine. Le marché crypto a changé de pilote.

Deux jours, deux chocs

Mercredi 14 octobre, le Bureau of Labor Statistics (l’institut américain des statistiques du travail, qui publie les grands indices de prix) sort le CPI de septembre, l’indice des prix à la consommation. Il ressort à 3,7 % sur un an, contre 3,6 % attendu et 3,4 % en août. L’inflation sous-jacente, celle qui exclut l’alimentation et l’énergie, pointe à 2,6 %.

Vingt-quatre heures plus tard, rebelote, en pire. Le PPI de septembre, l’indice des prix à la production qui mesure ce que les entreprises facturent avant que ça n’arrive en rayon, grimpe de 6,3 % sur un an là où le consensus tablait sur 5,3 %. Sur un mois : +1,3 %, plus du double des 0,6 % prévus. Le BLS précise que c’est la plus forte progression mensuelle depuis mars 2022, et la plus forte hausse sur douze mois depuis décembre 2022.

La réaction a été immédiate. Bitcoin est descendu jusqu’à environ 79 800 dollars jeudi, cassant brièvement le seuil des 80 000. Ethereum a lâché 5 à 6 %, XRP et Solana reculant jusqu’à 6,6 %.

Les décomptes de liquidations divergent selon les agrégateurs et les fenêtres retenues, de l’ordre de 930 millions de dollars sur vingt-quatre heures pour FXStreet, « près d’un milliard » ailleurs. La répartition, elle, est sans ambiguïté : environ 780 millions côté positions acheteuses. Les vendeurs à découvert n’ont perdu que 150 millions.

Et puis le marché a ravalé sa peur. Vendredi matin, Bitcoin ouvrait vers 82 130 dollars, en hausse de 0,7 % sur la veille, et remontait au-dessus de 82 700 dans la matinée. Ethereum autour de 2 440. Sur sept jours, le Bitcoin est à peu près à l’équilibre.

Pourquoi un chiffre d’inflation fait tomber le Bitcoin

Le mécanisme n’a rien de mystérieux, et il vaut la peine d’être posé à plat.

Une inflation plus chaude que prévu pousse la banque centrale américaine à garder ses taux élevés, voire à les remonter. La Fed l’a déjà fait : le 16 septembre, elle a relevé son taux directeur d’un quart de point, dans la fourchette 3,75 %-4 %, par un vote unanime à 12 voix. Sa première hausse depuis trois ans.

Quand les taux montent, l’argent sans risque rapporte davantage. Le rendement du Trésor américain à dix ans tourne autour de 5,2 %. Face à ça, un actif qui ne verse aucun intérêt, Bitcoin, or, action de croissance, doit justifier sa place dans un portefeuille. Les gérants réduisent la voilure. Et ils commencent par ce qui bouge le plus.

Deuxième couche : l’effet de levier. Une large part du marché crypto se traite avec de l’argent emprunté. Quand le prix décroche de quelques pour cent, les positions les plus tendues sont fermées de force par les plateformes. Ces ventes automatiques font baisser le prix, ce qui déclenche la vague suivante. Un mouvement macro de 2 % devient une chute de 4 % en une heure. C’est exactement ce qui s’est joué jeudi.

Les paris sur la Fed racontent la suite. Avant le CPI, les contrats à terme donnaient environ 22 % de chances à une hausse des taux lors de la réunion du 27-28 octobre. Dans les heures qui ont suivi, cette probabilité a bondi au-dessus de 40 %, jusqu’à 54 % selon l’outil FedWatch du CME, avant de refluer vers 30 %. Pour décembre, les marchés sont beaucoup plus affirmatifs : autour de 90 % de probabilité d’un nouveau tour de vis. Détail qui compte, le prochain CPI est attendu le 10 novembre.

Ce n’est pas un accident isolé

Cette semaine prolonge un mois entier passé sous perfusion macro.

Début octobre, l’attaque de pétroliers au large d’Ormuz a propulsé le Brent au-delà de 105 dollars le baril. Le 7 octobre, les ETF Bitcoin au comptant américains, ces fonds cotés qui permettent d’acheter du Bitcoin via un compte-titres classique, ont enregistré près de 487 millions de dollars de sorties nettes en une seule séance. Leur pire journée depuis fin juin. Sur la semaine du 5 au 9 octobre, 678,9 millions sont sortis des ETF Bitcoin et 542 millions des ETF Ethereum selon SoSoValue et Farside, soit environ 1,22 milliard au total, après trois semaines d’entrées.

Le 14 octobre encore, 261 millions sont sortis des ETF Bitcoin, menés par Fidelity et BlackRock. La veille, ces mêmes fonds avaient pourtant collecté 176 millions. Des flux en dents de scie, qui suivent les taux plutôt que les nouvelles du secteur.

Le signal le plus parlant ne vient même pas de la crypto. Jeudi, la Bourse de Séoul a clôturé en baisse de 7,6 %, le Nikkei perdant près de 5 %. Tokyo, Séoul, les ETF américains, le Bitcoin : tout le monde a vendu la même chose au même moment, pour la même raison.

Ce que ça change pour un détenteur français

D’abord un point très pratique : la diversification crypto protège moins qu’on ne le croit. Détenir du Bitcoin à côté d’un portefeuille d’actions ne met pas à l’abri d’un choc de taux américain, ça y expose deux fois. Les deux lignes baissent ensemble.

Ensuite, le calendrier utile pour suivre le marché n’est plus seulement celui du secteur. Les dates qui comptent sont désormais celles du BLS et du FOMC, le comité de politique monétaire de la Fed.

Et puis il y a Paris. Pendant que le marché encaisse ces chocs, l’Assemblée nationale débat du budget 2027 depuis le 13 octobre. La commission des finances avait adopté début octobre trois mesures qui touchent directement les détenteurs : la taxation des plus-values lors de la conversion de crypto-actifs en stablecoins régulés sous MiCA (le règlement européen sur les crypto-actifs) à compter du 1er janvier 2027, une exit tax élargie aux portefeuilles supérieurs à 800 000 euros, et le report des moins-values sur dix ans.

Prudence toutefois : la séance publique repart du texte du gouvernement, pas de celui de la commission. Rien n’est acquis. Le vote solennel sur la partie recettes est fixé au 20 octobre, le vote d’ensemble au 17 novembre, avant passage au Sénat.

Autrement dit : votre prix d’achat se joue à Washington, votre fiscalité se joue à Paris.

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Actualité Cryptomonnaies

Ledger : le danger n’était pas dans le portefeuille, mais dans le colis

Un implant électronique caché sous l’écran, un revendeur agréé d’Asie du Sud-Est, et entre 86 et 93 millions de dollars envolés. L’affaire Ledger-CryptoBilis ne dit rien de mauvais sur le matériel du fabricant français, elle dit tout du maillon qu’on ne vérifie jamais : le trajet entre l’usine et votre salon.

Un appareil neuf, sous blister, et déjà piégé

Le 9 octobre, Ledger annonce enquêter sur des vols de cryptomonnaies signalés par des utilisateurs d’Asie du Sud-Est. Point commun entre les victimes : toutes avaient acheté leur appareil chez CryptoBilis, un revendeur agréé de la marque présent en Malaisie, en Indonésie et aux Philippines. À 13h32 UTC, le support officiel du fabricant demande au revendeur de suspendre ventes et expéditions.

Le même jour, Mark Karpelès, l’ex-PDG de la plateforme Mt. Gox, effondrée en 2014, publie des photos d’un Ledger Nano X reçu de Malaisie. Emballage thermorétractable en bon état. À l’œil nu, rien de bizarre. Et pourtant, à l’intérieur, à l’endroit même où devrait se trouver la mousse de calage de l’écran, un module étranger : une puce LTE (communication mobile), une antenne, une eSIM, un microcontrôleur connecté au bus de données de l’écran.

Le principe est d’une inquiétante simplicité. L’implant ne vise pas à briser la cryptographie de l’appareil. Il regarde l’écran. Pendant la configuration, lorsque le Ledger affiche les 24 mots de la phrase de récupération, cette suite qui permet d’accéder à la totalité des fonds, le module lit les caractères affichés, les stocke puis les transmet par le réseau mobile. Il ne reste plus au pirate qu’à attendre.

Samedi 11 octobre, Ledger a confirmé avoir trouvé un implant matériel non autorisé dans l’appareil d’un utilisateur touché. CryptoBilis a suspendu la vente de l’ensemble de son stock de portefeuilles. L’entreprise coopère avec les autorités.

Pourquoi l’appareil passait le contrôle d’authenticité

C’est le détail qui fait mal. Ledger propose une vérification, le Genuine Check, censée confirmer que l’appareil est bien d’origine. Les Ledger trafiqués la passaient sans broncher.

Logique : l’implant ne modifie pas l’élément sécurisé, la puce blindée qui génère et protège les clés privées. Il ne modifie pas non plus le firmware, le logiciel embarqué. Il se borne à écouter un signal, l’affichage, qui n’a jamais été conçu pour être confidentiel. Le firmware ne peut pas détecter un composant qui se contente de lire par-dessusl’épaule.

Selon 23pds, le responsable de la sécurité de l’information chez SlowMist (société d’analyse blockchain), un montage de ce type suppose un attaquant d’un très bon niveau technique. Ce n’est pas du bricolage de week-end. C’est une opération industrielle, calibrée sur un canal de distribution précis.

Combien, et pour qui ?

Les estimations varient selon les sociétés d’analyse on-chain, et aucune n’est validée par Ledger :

  • plus de 86 millions de dollars selon les premières investigations relayées par CoinDesk, sur Bitcoin, Ethereum et Tron ;
  • 92,9 millions d’après Bitquery, réparties sur 311 portefeuilles ;
  • 93,2 millions sur 315 portefeuilles et six réseaux au 10 octobre, selon un autre décompte.

Selon un décompte partiel, la moyenne s’élève à environ 890 000 dollars par portefeuille touché. Donc des particuliers aisés ou de petits gestionnaires, pas le détenteur du dimanche. Une partie des fonds, environ 10 millions en USDT, aurait été bloquée par Tether, mais ce chiffre n’est mentionné que par une seule source et doit encore être confirmé.

Et un point d’honnêteté s’impose : Ledger n’a établi aucun lien formel entre l’implant trouvé et les portefeuilles vidés. Les deux faits coexistent, la corrélation est forte, la démonstration manque encore. Le fabricant répète de son côté qu’il n’a aucun signe de compromission de ses propres systèmes, de son infrastructure ou de ses services.

Ce que ça change pour vous, ici

L’affaire se joue à 10 000 kilomètres, mais elle concerne directement le détenteur français, et pas seulement parce que Ledger est une entreprise tricolore de 800 salariés, qui revendique la sécurisation de plus de 20 % des cryptomonnaies dans le monde et prépare une levée de fonds ou une cotation à New York.

Elle concerne le lecteur pour une raison plus terre à terre : l’auto-conservation déplace la responsabilité sur l’utilisateur, et aucun règlement ne vient la rattraper. MiCA, le cadre européen sur les crypto-actifs pleinement applicable en France depuis cet été, encadre les prestataires, plateformes, conservateurs, émetteurs de stablecoins. Un portefeuille matériel que vous détenez vous-même n’entre pas dans ce périmètre. Pas de fonds de garantie, pas de recours réglementaire. En cas de vol, il reste la plainte et l’enquête pénale.

Les gestes concrets, maintenant :

  • Acheter en direct chez le fabricant ou chez un revendeur dont la chaîne logistique est traçable. Un site marchand tiers, une marketplace, un vendeur régional : autant de maillons que vous ne contrôlez pas.
  • Ne jamais utiliser une carte de récupération pré-remplie livrée avec l’appareil. La phrase de 24 mots doit être générée par vous, sur l’appareil, à la première configuration.
  • Si vous avez acheté chez CryptoBilis ces 90 derniers jours : ne pas initialiser un appareil encore neuf ; s’il est déjà configuré, transférer les fonds vers un appareil neuf avec une phrase entièrement nouvelle.
  • Rappel qui ne vieillit pas : Ledger ne demande jamais vos 24 mots. Personne ne les demande, jamais.
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Opinion: Faut-il avoir peur des tarifs de Donald Trump ?

Depuis l’annonce par « l’oncle Donald » de l’instauration de tarifs douaniers à l’importation, ce mercredi après la clôture des marchés, l’indice américain S&P 500 a perdu jusqu’à 10,6% en 2 jours.

En termes de capitalisation boursière, cela représente une baisse de l’ordre de 4.500 milliards $… Tout le monde en parle,
sur toutes les chaines de télévision et de radio (même Nostalgie dont ce n’est pas la vocation première). C’est dire si la panique semble générale…

En deux mots, le président américain met en place des taxes sur les produits qui sont importés depuis la plupart de ses partenaires commerciaux avec laquelle il y a un déséquilibre commercial (plus d’achat américains que d’exportations). Son objectif est de « rendre l’Amérique à nouveau grande » (MAGA).

Mais, il y a d’autres moyens de rendre son pays plus grand, plus digne, plus respectable, plus admirable, que de se fermer dans une politique protectionniste ! En effet, la dernière fois que des mesures d’une telle ampleur ont été prises, ce fut en juin 1930, lorsqu’un de ses prédécesseurs, Herbert Hoover, fit appliquer la dénommée « Smoot-Hawley Tariff Act » frappant plus de 20.000 produits importés.

De nombreux pays réagirent par la réciproque, comme vient de le faire la Chine aujourd’hui, en appliquant des taxes symétriques. Le commerce mondial s’effondra, aggravant encore la crise économique des Etats-Unis.

La leçon fut relativement vite apprise car les tarifs douaniers furent retirés progressivement 2 ans après avoir été mis en place… La décision qu’a pris cette semaine Donald Trump l’a donc été, soit en ignorant l’histoire, soit en la connaissant et en espérant des conséquences différentes…

Les calculs qu’il a présentés pour expliquer les taux appliqués par pays sont du niveau d’un enfant de primaire, avec même des erreurs géographiques (voir article du Guardian). Quoi qu’il en soit, les conséquences seront vraisemblablement une incitation à consommer davantage « américain » et à produire aux USA, mais aussi une hausse de l’inflation et, en conséquence, une hausse des taux d’intérêt, ainsi que d’autres facteurs contreproductifs qui risqueraient de plonger l’économie américaine en récession, avec in fine un impact social et électoral…

En conclusion, Donald Trump se tire une balle dans le pied ! Mais, il n’a peut-être pas eu l’équipe suffisamment instruite pour l’en avertir ? Ou alors l’a-t-il eue, mais n’a-t-il pas voulu l’écouter ? Toujours est-il que d’autres dirigeants d’entreprises, dont certains bien plus riches que lui, et même la Fed ont dû réagir fermement ces derniers jours et son téléphone a dû carillonner !

La pression qu’il doit subir, ces dernières heures a dû être telle qu’il s’est même senti obligé de se justifier publiquement : il maintient son avis et il affirme même que la bourse va « booster »… Mais combien de temps pourra-t-il tenir? Combien de temps vat-il résister à la pression ? Combien de temps lui faudra-t-il pour retourner sa veste ?

Quoi qu’il en soit, avec une pointe du VIX (indice de la peur) à 45, un RSI qui a atteint un niveau de survente plus égalé depuis 2022, un niveau de panique médiatique assourdissant et une baisse de l’indice S&P 500 de 17% depuis son sommet de février, le moment est intéressant pour (ré)investir un peu, tout en observant une très large diversification. Pour information ou rappel, il n’y a pas de corrélation statistiquement significative entre l’économie réelle et la bourse. Quand la marée est basse en bourse, il faut en profiter, quel que soit l’état présent ou à venir de la conjoncture économique !