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Japon : marchés en hausse malgré les craintes sur la dette

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février non sans crainte sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février dernier et donnent de précieux premiers indicateurs sur le futur de la 4ème économie mondiale.

Le PLD (parti libéral démocrate) avec à sa tête Sanae Takaichi (première femme à occuper ce rôle) a réussi à se défaire du bourbier politique dans lequel le pays était plongé. Depuis les déboires de son ancien leader Shigeru Ishiba lors des élections législatives d’octobre 2024 et la mise en place d’un gouvernement minoritaire, le pays était dans l’incertitude politique. Entre-temps, la défaite du PLD aux sénatoriales de juillet 2025 avait conduit Mr Ishiba à la démission et Mme Takaichi ambitionnait de remettre de la clarté par les urnes. C’est ce qu’elle a réussi à faire.

Un PLD raffermi, et dominant face aux oppositions qui montaient

Malgré une mainmise quasi continue sur la politique de Tokyo, le PLD faisait face à la montée des oppositions dans les urnes. Lors des élections d’octobre 2024 le parti d’opposition PDC (centre-gauche) glanait 148 sièges et le PLD 198 dans une assemblée fragmentée (233 sièges requis pour gouverner seul). Or, les premières estimations des élection de Dimanche donneraient 316 députés au PLD sur les 465 que comptent la chambre basse, soit une base très solide pour que le PLD puisse mettre en place son programme politique.

Sanae Takaichi a en outre réussi à calmer la méfiance grandissante à l’égard du PLD causée notamment par l’inflation (doublement du prix du riz) et le scandale politico-financier des « caisses noires ».

Visibilité politique accrue mais inquiétudes budgétaires persistantes

Cette victoire permet certes, aux investisseurs de gagner en visibilité sur le devenir de l‘économie japonaise (une alliance de plusieurs partis auraient pu rendre difficile la mise en place de politiques publiques) mais elle peut surtout être inquiétante pour le futur des finances publiques nippones.

Mme Takaichi a annoncé un plan massif de relance budgétaire de 120 mds d’euros (environ 21 300 mds de yen) avec notamment une aide pour les ménages avec enfants, des subventions pour l’électricité, le gaz et un programme de crédit d’impôt pour les ménages.

Dette élevée : stimuler la croissance malgré les risques sur la dette

Le plan de relance budgétaire est justifié par la volonté de stimuler la consommation et les investissements face à une croissance en berne. Même si le stock de PIB en fait la 4ème puissance économique mondiale, le flux, la croissance est faiblement orientée (-0,6% au T3 2025).

Or, cette politique volontariste n’est pas sans conséquence pour un pays très endetté (environ 230% de PIB). Les investisseurs commencent déja à sanctionner la dette japonaise avec une montée des taux longs (près de 60 pb sur le 10 ans japonais depuis l’arrivée de Mme Takaichi en octobre 2025), et un rétrécissement du spread avec le 10 ans américain. Cette hausse ne devrait pas ralentir avec une montée des craintes d’un « moment Liz Struss » nippon.

Graphique 1 : Ecarts des taux des obligations souveraines américaines et japonaises à échéance 10 ans depuis 2023.

sources : Investing.com, calculs de l’auteur

Politique monétaire : la BoJ contrainte d’agir pour soutenir le yen

Côté politique monétaire, la BoJ a dû monter ses taux de 25 pb en décembre dernier pour soutenir la devise nippone chahutée dans un contexte de convergence de l’inflation vers la cible des 2% (2,1% en décembre 2025).

L’USD/JPY (+6,80% depuis 6 mois) permet certes de favoriser les exportations japonaises mais l’inflation importée pourrait se répercuter sur les consommateurs japonais (l’inflation n’est toujours pas à la cible des 2% depuis mars 2022).


La hausse des taux (courts et longs) permettra certes de rapatrier des capitaux avec des meilleurs rendements pour les supports japonais et libellés en JPY, mais c’est surtout un coût de la dette qui risque de s’envoler, et des entreprises qui resteraient attentistes (coût du crédit en hausse et craintes de hausses d’impôts futurs pour financer ce plan de relance).

Les investisseurs surpondèrent pour l’instant les marchés actions Japonais

Pour autant, les marchés actions japonais réalisent un très bon début d’année (+6,37% pour le Topix depuis janvier). Cela paraît contre-intuitif, notamment sur les valorisations de type CAPM. Avec un actif sans risque aux rendements plus hauts, le cost of Equity (rendement exigé par les investisseurs) devrait être plus élevé ce qui n’est à priori pas positif pour les marchés actions. Pour autant, les belles valeurs de l’indice (Toyota Motor, Mitsubishi Finance, Hitachi, Softbank) bénéficient entre autres côté industrie de la baisse du yen (favorable aux exportations) et le secteur financier de perspectives de meilleurs marges à venir sur les intérêts.

Graphique 2 : performance des marchés actions TOPIX (bourse de Tokyo) depuis le début de l’année

(source : Investing.com, calculs de l’auteur)

La clarté politique apportée par Mme Takaichi semblerait être réceptionnée de manière positive par les investisseurs même si l’expansion budgétaire à venir ne sera pas sans conséquence pour un pays très endetté. Surtout, la faiblesse continuelle du yen a contraint la BoJ à lever ses taux et à restreindre l’accès aux crédits ce qui ne viendra pas faciliter le plan de relance budgétaire.

En dépit d’une inflation qui n’est toujours pas à la cible, des taux courts et longs à la hausse, et un risque de « moment Liz Struss » japonais encore plus probable depuis les élections, les investisseurs restent pour l’instant surpondérés et investis positivement sur le Japon.

Sources :

Résultats électoraux et contexte politique

Données macroéconomiques (PIB, dette, croissance)

Banque du Japon (BoJ) : décisions de taux et inflation

Mitsubishi UFJ Financial Group

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États-Unis–Chine : la nouvelle guerre économique

On décrit encore la rivalité sino-américaine comme une “guerre commerciale”, comme si tout se jouait dans des surtaxes et des tableaux d’importations.

Or la séquence 2024–2026 raconte une bascule de nature : une confrontation où l’objectif n’est plus seulement de vendre plus cher ou de taxer davantage, mais de contrôler ce qui rend l’économie de l’autre possible, l’énergie qui alimente ses usines et ses data centers, les intrants sans lesquels ses technologies se figent, les routes maritimes qui sécurisent ses approvisionnements, et les cadres réglementaires qui peuvent, du jour au lendemain, casser une chaîne industrielle.

Dans ce nouveau régime, l’outil central n’est plus le tarif. Ce sont les architectures, c’est une guerre froide économique parce qu’elle est durable, économique, juridique, réciproque, et parce qu’elle finit par forcer les pays tiers à arbitrer non pas par préférence politique, mais par contrainte d’accès.

Pendant des décennies, les États-Unis ont dominé l’ordre économique mondial par un avantage rarement assumé comme tel : la capacité à transformer un écosystème technique et financier en mécanisme de contrainte. Les sanctions, l’accès au dollar, les restrictions sur les technologies sensibles, le droit extraterritorial, l’interopérabilité des chaînes logistiques, tout cela formait une architecture dont Washington gardait la clé. La bascule, aujourd’hui, est que cette architecture n’est plus un monopole, la Chine a commencé à construire un miroir.

La fin du monopole de l’extraterritorialité

La preuve la plus nette se lit dans la séquence des contrôles export : côté américain, l’extension progressive des restrictions sur les semi-conducteurs avancés, le calcul haute performance et les outils de fabrication, puis l’idée d’un cadre de diffusion globale de l’IA, avant son retrait et son remplacement par une logique de durcissement ciblé. Cette trajectoire n’est pas qu’un conflit commercial : elle vise le cœur de la puissance contemporaine, la capacité à produire et entraîner des modèles, à fabriquer des puces de pointe, à accéder aux équipements et au savoir-faire qui permettent de réduire les nœuds technologiques à quelques pays.

La réponse chinoise est plus récente, mais son langage est identique : licences, listes, contrôle des usages finaux, et surtout, extension de facto au-delà du territoire national. Les régimes de contrôle sur les terres rares, les aimants permanents et les technologies associées, et l’idée même que des produits fabriqués hors de Chine puissent être soumis à licence s’ils incorporent des intrants, des équipements ou des procédés chinois, constituent une rupture doctrinale. Autrement dit, Pékin ne se contente plus de « riposter », elle construit un miroir : l’équivalent d’un droit extraterritorial industriel, mais adossé non pas à une monnaie, plutôt à des goulots matériels.

Le point décisif, pour comprendre la logique « guerre froide », est que chaque camp tente désormais de prendre l’autre par les contraintes de ses propres transitions. Washington cherche à ralentir l’accès chinois au calcul et aux équipements ; Pékin rappelle que la transition électrique, la défense, l’automobile et l’éolien reposent sur des matériaux dont elle contrôle le raffinage et la transformation, et qu’elle peut transformer cette position en instrument politique.

Énergie : l’avantage américain, la vulnérabilité chinoise

Dans ce duel, l’énergie n’est pas un secteur : c’est une condition de puissance. Les États-Unis disposent d’un atout structurel que la plupart des Européens continuent de sous-estimer : l’ampleur de leur production d’hydrocarbures, portée par le schiste et par une capacité d’ajustement que les producteurs conventionnels n’ont pas à la même vitesse. Les données publiques américaines montrent des records de production d’énergie et, sur certaines périodes, de production de brut.

En miroir, la Chine reste le grand importateur net, donc l’acteur pour qui « la géopolitique » se traduit immédiatement en risque de rupture de flux. D’où une stratégie à deux étages.

Le premier étage est diplomatique : l’objectif est de réduire la prime de risque géopolitique autour des routes énergétiques. La médiation chinoise qui a permis la reprise des relations entre Arabie saoudite et Iran n’est pas un trophée symbolique : c’est une politique d’assurance sur les détroits, les terminaux, les pipelines et les cargaisons.

Le deuxième étage est énergétique domestique : Pékin construit de la capacité, massivement, et pas seulement en solaire. Les données publiques convergent sur une accélération spectaculaire des ajouts photovoltaïques en 2024, pendant que la Chine continue de renforcer une base charbon comme filet de sécurité, au nom de la stabilité du réseau. Cela prend un relief particulier à l’ère de l’IA : la demande électrique des data centers devient un facteur de souveraineté, et l’IEA projette une forte hausse mondiale de cette consommation. Dit autrement, la Chine réduit son exposition aux chocs de flux par deux mouvements simultanés : sécuriser ses importations, et électrifier sa résilience.

Dans ce contexte, les théâtres « périphériques » comme Venezuela ou l’Iran ne sont plus des crises locales ; ce sont des nœuds de flux dans une rivalité systémique. Les épisodes récents autour des sanctions, des licences, et des routes d’export montrent que l’énergie n’est pas seulement une question de prix : c’est une question de contrôle de destination, de transport, d’assurance, de paiement, et donc de souveraineté sur la cargaison.

Le calcul comme frontière stratégique : semi-conducteurs, IA, et plafond technologique

Le premier front est celui du calcul, parce que le calcul est devenu une infrastructure de puissance : IA, simulation, cryptographie, optimisation militaire et industrielle. Les restrictions américaines sur les puces avancées et sur l’écosystème de fabrication ont été pensées comme une politique de plafond : limiter l’accès de la Chine aux capacités qui comptent, non pas marginalement, mais structurellement.

La réponse chinoise a consisté à transformer une vulnérabilité en mobilisation nationale. L’exemple le plus parlant est l’accélération de l’industrial policy : création et recapitalisation de grands véhicules de financement dédiés aux semi-conducteurs, avec un saut d’échelle assumé pour compenser des années de dépendance aux technologies et équipements étrangers.

Ce duel n’est pas abstrait. Il se traduit par une fragmentation du monde du calcul : des chaînes “autorisées” et des chaînes “à risque”, des projets d’usines relocalisés, des restrictions sur les talents, une bataille sur les équipements, et une course à l’autonomie qui coûte cher à tout le monde mais qui, précisément, devient rationnelle dès lors que l’autre camp a la capacité de couper.

Ainsi,  l’énergie, les paiements, les intrants, tout remonte à la même question. Qui peut faire tourner, à l’échelle industrielle, les infrastructures qui rendent l’IA productive ?

Métaux critiques : l’avantage chinois n’est pas la mine, c’est la transformation

Le levier chinois est d’autant plus puissant que, dans les métaux critiques, la domination ne se joue pas d’abord sur la mine : elle se joue sur l’étape où l’on transforme un minerai diffus et hétérogène en matière industrialisable, séparation, purification, métallurgie, puis fabrication d’aimants. C’est là que la Chine a construit sa rente stratégique. Elle représente environ 70 % de la production minière mondiale de terres rares et autour de 90 % des opérations de raffinage et de séparation. Or ces aimants, notamment le NdFeB, ne sont pas un usage marginal : ils sont au cœur des moteurs de véhicules électriques, des éoliennes, de multiples systèmes militaires, des robots industriels, et plus largement de toute l’électrification.

La concentration chinoise à ce niveau transforme donc un avantage industriel en instrument politique : en contrôlant l’étape qui convertit la ressource en flux industriel, Pékin ne contrôle pas seulement “un marché”, elle contrôle des calendriers de production.

C’est ici que la rivalité avec Washington prend sa forme la plus froide, et la plus dangereuse : la Chine n’a pas besoin d’un embargo spectaculaire pour peser. Une licence retardée, un contrôle renforcé, une interprétation plus stricte de l’utilisateur final, quelques semaines de friction sur des volumes modestes, et c’est toute une chaîne qui se grippe, parce que ces intrants ont rarement des substituts immédiats, et parce que les stocks industriels ont été optimisés pour l’efficacité, pas pour la résilience. 

Ce levier pèse désormais directement dans la course à l’IA, non pas parce que les terres rares “font” l’IA, mais parce qu’elles conditionnent les infrastructures qui rendent l’IA industrialisable. À mesure que l’IA bascule du laboratoire vers l’infrastructure, elle se matérialise dans des chaînes de production, et ces chaînes sont précisément celles où les aimants permanents et certains matériaux critiques deviennent des points d’étranglement.

Enfin, ce levier a une vertu stratégique supplémentaire : il est politiquement “propre”. Là où une sanction américaine assume frontalement la coercition, le contrôle chinois peut se présenter comme un acte administratif ordinaire, une mesure de conformité, un dispositif de sécurité nationale, une normalisation. C’est le même geste que Washington a perfectionné dans la technologie, mais déplacé en amont des chaînes industrielles.

Monnaie et rails de paiement : le signal compte autant que le basculement

Reste le dernier étage, souvent mal traité parce qu’il attire les prophéties : la monnaie. Ce qui compte, dans une guerre économique, n’est pas qu’un acteur “renverse” le système en un jour. C’est qu’il multiplie les options qui rendent la dépendance moins absolue. Quand les acteurs énergétiques majeurs ouvrent ou testent des voies de règlement alternatives, ils ne détrônent pas immédiatement le dollar ; ils fabriquent un monde où la domination du dollar n’est plus le seul scénario opérationnel, et où la sanction financière américaine rencontre des poches de résistance de plus en plus organisées.

C’est précisément cela, le signal : l’économie mondiale se réorganise non pas autour d’un nouvel hégémon, mais autour de la possibilité que l’accès, à la technologie, aux intrants, à l’énergie, au paiement, devienne conditionnel.

En somme, la meilleure façon de décrire le moment n’est plus “course à l’hégémonie”. C’est encerclement mutuel. Les États-Unis cherchent à verrouiller le sommet technologique et la finance de conformité ; la Chine verrouille les intrants matériels et électrifie sa résilience tout en densifiant ses rails de règlement. Chaque coup appelle une contre-mesure, chaque contre-mesure devient un précédent, et chaque précédent se transforme en doctrine.

Le résultat, c’est une mondialisation qui change de nature. Elle ne disparaît pas ; elle se militarise. Les entreprises ne lisent plus le risque seulement en “stabilité politique”, elles le lisent en licences, en utilisateurs finaux, en origine des intrants, en conformité export, en monnaie de règlement, en vulnérabilité à une liste. C’est cela, la guerre froide économique : une économie où l’on ne commerce plus seulement pour être efficace, mais pour rester stratégiquement autonome.

Sources :

OECD : Economic Security and Globalisation

U.S. Department of Commerce : Bureau of Industry and Security (BIS)

Ministry of Commerce of the PRC : Export Control Announcements

CSIS : China’s Export Controls and Strategic Materials

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Actualité Economie Macro

La Fed sous pression politique : l’indépendance menacée

Sous pression directe de la Maison Blanche pour baisser ses taux, la Réserve fédérale américaine traverse l’un des moments les plus délicats de son histoire récente.

Derrière ce bras de fer inédit se joue bien plus qu’un simple débat de politique monétaire : la crédibilité de la Fed, la maîtrise de l’inflation et l’équilibre financier mondial sont désormais en question.

La Fed, pilier de la stabilité monétaire américaine

La Réserve fédérale américaine n’est pas une banque centrale comme les autres. Chargée de piloter la politique monétaire de la première économie mondiale, elle régule la masse monétaire et fixe les taux directeurs, ces taux de référence qui déterminent le coût du crédit pour l’ensemble de l’économie ; des prêts immobiliers aux financements des entreprises.

Son mandat, défini par le Congrès, repose sur un double objectif : la stabilité des prix et le plein emploi. Deux missions parfois contradictoires, qui exigent des arbitrages complexes et surtout une vision de long terme.

C’est précisément pour garantir cette capacité d’arbitrage que la Fed a été conçue comme une institution indépendante du pouvoir politique. Ses dirigeants disposent de mandats longs, déconnectés du calendrier électoral, et l’institution bénéficie de son propre budget. L’idée est simple : protéger la politique monétaire des pressions politiques de court terme.

L’histoire économique a montré à maintes reprises pourquoi cette indépendance est essentielle. Lorsqu’un pouvoir politique prend la main sur la monnaie, la tentation est grande de privilégier la croissance immédiate, souvent à l’approche d’échéances électorales au détriment de la stabilité future. Le résultat est presque toujours le même : inflation, déséquilibres financiers, perte de crédibilité.

À l’inverse, une banque centrale indépendante peut prendre des décisions impopulaires mais nécessaires, comme relever les taux pour contenir l’inflation. Les données empiriques sont sans appel : les pays dotés de banques centrales indépendantes connaissent, sur le long terme, une inflation plus faible et plus stable.

Un bras de fer politique sans précédent

Ce consensus historique est aujourd’hui mis à rude épreuve. Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, Donald Trump exerce une pression ouverte et répétée sur la Fed pour obtenir des baisses rapides de taux d’intérêt. Les critiques publiques à l’encontre de Jerome Powell se sont multipliées, rompant avec la tradition de retenue observée par les précédents présidents américains.

Les attaques ne se limitent plus aux déclarations. Deux événements récents ont marqué une rupture profonde. D’abord, la tentative de révocation de la gouverneure Lisa Cook en cours de mandat ; une démarche sans précédent depuis plus d’un siècle, désormais entre les mains de la Cour suprême. Ensuite, l’ouverture d’une enquête pénale visant Jerome Powell par le Département de la Justice, officiellement pour des questions de conformité, mais dans un contexte qui interroge sur sa réelle motivation.

Pour le président de la Fed, le message est clair : la pression politique est désormais frontale. Jerome Powell a d’ailleurs dénoncé publiquement une instrumentalisation de la justice à des fins de politique monétaire.

Parallèlement, Donald Trump prépare déjà l’après-Powell. Le mandat du président de la Fed s’achève en mai 2026, et la Maison Blanche affiche sa volonté de nommer un successeur beaucoup plus accommodant, favorable à des baisses de taux rapides. Plusieurs nominations récentes au Conseil des gouverneurs vont déjà dans ce sens.

La Fed a certes procédé à une première baisse de taux à l’automne 2025, officiellement justifiée par le ralentissement économique. Mais pour de nombreux observateurs, ce geste apparaît aussi comme une tentative de désamorcer un conflit politique devenu explosif.

Inflation, crédibilité, marchés : les risques d’un recul

Si la Fed devait céder durablement à ces pressions, les conséquences pourraient être lourdes. Le premier risque est celui d’un retour de l’inflation. Malgré son ralentissement, celle-ci reste supérieure à l’objectif de 2 %. Un assouplissement prématuré de la politique monétaire pourrait relancer la dynamique inflationniste, au détriment du pouvoir d’achat des ménages.

Le deuxième danger concerne la crédibilité de la Fed. Une banque centrale n’est efficace que si les agents économiques croient en sa capacité à défendre la stabilité des prix. Si cette confiance se fissure, les anticipations d’inflation se désancrent, les taux d’intérêt à long terme augmentent et le coût du crédit grimpe, paradoxalement, même en cas de baisse des taux directeurs.

Les marchés financiers ne sont pas en reste. Une politique de taux artificiellement bas peut alimenter des bulles sur les actions ou l’immobilier, tandis que l’incertitude institutionnelle accroît la volatilité. La récente envolée du cours de l’or et la nervosité des marchés obligataires américains illustrent cette inquiétude croissante.

Plus inquiétant encore, certaines agences de notation ont commencé à intégrer ces tensions institutionnelles dans leur analyse du risque souverain américain, soulignant l’érosion progressive des contre-pouvoirs.

Une onde de choc à l’échelle mondiale

Les enjeux dépassent largement les frontières américaines. La Fed pilote le dollar, pierre angulaire du système monétaire international. Sa crédibilité conditionne la confiance mondiale dans la monnaie américaine.

Un affaiblissement de l’indépendance de la Fed fragiliserait ce rôle central. Déjà, le dollar s’est nettement déprécié face aux autres grandes devises, en partie sous l’effet des anticipations de baisses de taux dictées par des considérations politiques. Cette évolution pousse les investisseurs internationaux à diversifier leurs réserves et alimente les débats sur un système monétaire mondial moins centré sur le dollar.

Au-delà des marchés, l’exemple américain fait école. Les États-Unis ont longtemps promu l’indépendance des banques centrales comme standard international. Une remise en cause de ce principe au sommet pourrait encourager d’autres gouvernements à intervenir davantage dans leur propre politique monétaire, avec des conséquences potentiellement déstabilisantes.

Conclusion : un test historique pour la Fed

La confrontation actuelle entre la Fed et le pouvoir politique constitue l’un des plus grands tests de crédibilité de la politique monétaire américaine depuis plusieurs décennies. À court terme, céder à la pression pourrait offrir un soutien artificiel à la croissance ou aux marchés. À long terme, le coût serait bien plus élevé : inflation persistante, perte de confiance et instabilité financière.

La Fed joue aujourd’hui un rôle de boussole dans une tempête politique. Sa capacité à rester indépendante conditionne non seulement la stabilité économique des États-Unis, mais aussi celle du système financier mondial. Un capital de crédibilité patiemment construit, et qui pourrait se fissurer beaucoup plus vite qu’il ne s’est forgé.

Sources :

La Fed maintient ses taux malgré la pression politique

Pressions de Trump et tentative de limoger Lisa Cook

La Cour suprême entend l’affaire sur l’indépendance de la Fed

Powell et la Cour suprême : défense de l’indépendance

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Actualité Economie Entreprises

Licenciements massifs : un choc pour l’emploi mondial

Depuis plusieurs années, et plus encore depuis 2024, les grandes entreprises internationales multiplient les plans de licenciements.

Technologie, logistique, industrie, finance : aucun secteur n’est épargné. Derrière les annonces de restructuration, d’automatisation ou de recentrage stratégique, ce sont des dizaines de milliers d’emplois supprimés à l’échelle mondiale, révélant une transformation profonde du capitalisme contemporain.

Une vague globale de suppressions d’emplois

Amazon, Meta, Google, Microsoft, UPS, Nike, IBM, Ubisoft, Autodesk… La liste des entreprises concernées s’allonge mois après mois.
Ces groupes, pourtant souvent rentables, annoncent des réductions d’effectifs allant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de postes, touchant aussi bien les fonctions administratives que les équipes techniques ou créatives.

Pour les directions, le discours est récurrent : réduction des coûts, efficacité opérationnelle, adaptation à un nouvel environnement économique. Pour les salariés, la réalité est plus brutale : pertes d’emploi, incertitude et précarisation accrue du travail.

Ce graphique met en évidence une forte volatilité des licenciements dans le secteur technologique sur l’année, avec des pics très marqués à certains moments clés. Le mois de juillet se distingue nettement comme un point culminant, avec plus de 46 000 employés touchés, illustrant des vagues de restructuration massives concentrées sur des périodes précises plutôt qu’un phénomène linéaire.

D’autres pics significatifs apparaissent en mai, octobre et novembre, confirmant que les suppressions d’emplois s’inscrivent dans une dynamique récurrente.

À l’inverse, les débuts et fins d’année affichent des niveaux plus faibles, suggérant une stratégie de communication et de gestion des effectifs souvent alignée sur les cycles financiers et budgétaires des entreprises. Dans l’ensemble, ces données confirment que les licenciements dans la tech relèvent d’un phénomène structurel et planifié, davantage que d’ajustements ponctuels liés à une conjoncture immédiate.

Des entreprises profitables, mais des effectifs en baisse

Fait marquant de cette séquence économique : nombre de ces licenciements interviennent dans des groupes affichant des bénéfices solides, voire en hausse.
Amazon, par exemple, continue d’enregistrer des revenus record dans le cloud et la publicité, tout en réduisant ses équipes corporate. Meta, après avoir parlé d’« année de l’efficacité », a poursuivi ses coupes malgré le rebond de son cours de Bourse.

Cette contradiction apparente alimente les critiques : les suppressions d’emplois seraient moins dictées par la survie économique que par la pression des actionnaires et des marchés financiers, toujours en quête de marges plus élevées.

L’intelligence artificielle comme accélérateur

Un facteur revient systématiquement dans les communications officielles : l’intelligence artificielle. Automatisation des tâches, outils de génération de contenu, service client automatisé, analyse de données à grande échelle… De nombreux postes sont désormais considérés comme redondants.

Selon plusieurs études économiques, l’IA ne se contente plus d’optimiser le travail : elle modifie la structure même de l’emploi, supprimant des fonctions entières tout en créant un nombre plus limité de postes hautement qualifiés. Le déséquilibre est net.

Un impact social et territorial majeur

Derrière les chiffres globaux se cachent des réalités locales lourdes de conséquences. Dans certaines régions, la fermeture d’un site ou la réduction d’effectifs d’un grand employeur entraîne une hausse du chômage, une baisse de la consommation et un affaiblissement du tissu économique local.

Les syndicats dénoncent une déconnexion croissante entre les décisions prises par les sièges internationaux et leurs effets concrets sur les territoires. Les États, eux, disposent de marges de manœuvre limitées face à des groupes capables de déplacer activités et capitaux à l’échelle mondiale.

Un nouveau rapport de force dans le monde du travail

Ces licenciements massifs traduisent un changement plus profond : le rapport de force entre grandes entreprises et salariés s’est transformé.
La flexibilité, la sous-traitance, le travail indépendant et l’automatisation deviennent la norme, tandis que l’emploi stable recule, même dans les entreprises les plus puissantes.

Pour certains économistes, cette dynamique annonce une polarisation accrue du marché du travail : d’un côté, une élite très qualifiée et bien rémunérée ; de l’autre, une majorité de travailleurs exposés à l’instabilité et à la reconversion permanente.

Conclusion

Les licenciements massifs des grandes entreprises internationales ne sont pas de simples ajustements conjoncturels. Ils constituent un phénomène structurel, révélateur d’un modèle économique en mutation, où la performance financière, l’automatisation et la pression actionnariale priment de plus en plus sur la stabilité de l’emploi.

La question n’est désormais plus seulement économique, mais politique et sociale : comment encadrer le pouvoir de ces groupes mondiaux pour que la transformation technologique ne se fasse pas au détriment du contrat social ?

Sources :

Amazon licencie des milliers de postes : seconde grande vague mondiale de suppressions d’emplois pour rationaliser les opérations et intégrer l’IA :

Corporate America poursuit les coupes dans les effectifs sous pression d’efficacité et d’IA

Analyse des licenciements majeurs chez Amazon, Meta, Google etc. en 2025 : plus de 100 000 suppressions de postes   (Economic Times)

Amazon, Discord, Google, Meta : 2024 commence sur une nouvelle vague de licenciements

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Actualité Banque & Finance En vedette

Santander visée par une CJIP pour blanchiment aggravé

Le mois dernier, la première banque d’Espagne a signé en France une CJIP, reconnaissant son impéritie dans le cadre d’une détection tardive de fraude.

Des opérations illégales, visant à opacifier les flux de clients de la banque, avaient été commises dans une succursale parisienne. Suite à une plainte qu’elle avait elle-même déposée et un audit qu’elle avait diligenté pour un un fait autonome, la banque Santander fut mise en examen en 2017 pour avoir laissé sa petite agence française mettre en place, à son insu, un système de blanchiment.

La défense du groupe bancaire et le choix d’une responsabilité négociée

Le groupe bancaire fit alors valoir qu’il ignorait le stratagème fomenté par quelques salariés à Paris qui contournaient les règles de conformité, et ce, malgré des visites sur site. Aucune instruction, directe ou indirecte, n’avait été donnée à ces derniers pour favoriser l’opacité des dépôts et des flux opérés, afin de masquer l’origine des fonds. Les sommes litigieuses, sur plusieurs années, semblaient provenir de la fraude fiscale et du travail dissimulé.

La banque a toutefois préféré reconnaître une forme de responsabilité en signant cette CJIP, l’obligeant à payer une amende de 22,5 millions d’euros, lui évitant un procès médiatique et à l’issue incertaine.

Vigilance anti-blanchiment et responsabilité pénale des établissements de crédit

En matière de vigilance bancaire anti-blanchiment, force est de constater que la législation française ne permet que très peu de facteurs excluants de responsabilité. Vers une évolution de l’infraction de blanchiment applicable aux banques n’ayant pas tout mis en œuvre pour l’éviter ?
Un organe financier et de crédit présentant des défaillances dans son dispositif n’est généralement pas passible de poursuites pénales, mais de sanctions administratives.

Une banque peut toutefois être pénalement sanctionnée si ses représentants ou organes ont réalisé des opérations sur des sommes dont ils ne pouvaient ignorer qu’elles provenaient d’une infraction pénale, au regard des informations dont ils disposaient (Cass. crim. 19-6-2024 n° 22-81.808). Ici, c’est bien le manque de vigilance, couplé à une réaction tardive, qui ont été sanctionnés.

Le Cabinet David Decharron conseille les structures soumises à la réglementation anti-blanchiment.

Sources :

Reuters : Article sur l’accord à 22,5 M€

France 24 : Banque espagnole accepte de payer une amende en France

EFL : CJIP signée après reconnaissance de détection tardive

Justice.gouv.fr : Acte de CJIP (PDF)

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Actualité Economie En vedette

Royaume-Uni–Chine : enjeux diplomatiques et économiques

Après plusieurs années de refroidissement, les relations entre le Royaume-Uni et la Chine amorcent un net réchauffement.

Deux décisions récentes en témoignent :

  • le feu vert britannique à la construction de la plus grande ambassade chinoise en Europe à Londres,
  • et la relance d’un dialogue économique de haut niveau, hérité de la période dite de la « Golden Era » (2015-2018).

Ce double mouvement marque un tournant stratégique pour Londres, dans un contexte international tendu, entre rivalités commerciales transatlantiques et recomposition des équilibres géopolitiques.

La relance du dialogue économique Royaume-Uni–Chine

Une coopération mise en pause depuis 2018

Le UK-China CEO Council, lancé en 2018 pour structurer les relations économiques bilatérales, avait été gelé à la suite de décisions sensibles : exclusion de Huawei du réseau 5G britannique et durcissement des règles sur les investissements chinois dans les secteurs stratégiques.

Depuis, les relations économiques s’étaient nettement dégradées, alors même que la Chine demeure un partenaire commercial majeur du Royaume-Uni.

Un redémarrage stratégique en 2026

Selon Reuters, le gouvernement de Keir Starmer envisage de relancer officiellement ce dialogue lors d’un déplacement à Pékin prévu fin janvier 2026, si les conditions diplomatiques sont réunies. De grandes entreprises britanniques (finance, énergie, industrie) et chinoises devraient y participer.

D’après Eastern Eye, les discussions autour de cette relance se sont accélérées après l’approbation du projet d’ambassade chinoise, perçue comme un geste politique clé destiné à débloquer les relations bilatérales.

Les objectifs de Londres

Le Royaume-Uni cherche à :

  • attirer des investissements chinois dans la finance, l’énergie et les infrastructures,
  • rattraper son retard diplomatique vis-à-vis de pays européens comme la France ou l’Allemagne, restés en dialogue constant avec Pékin,
  • diversifier ses partenariats économiques dans un monde de plus en plus fragmenté.

Le feu vert à la nouvelle ambassade chinoise à Londres

Un projet hautement symbolique

Le 20 janvier 2026, Londres a officiellement approuvé la construction d’une nouvelle ambassade chinoise au Royal Mint Court, près de la Tour de Londres. Avec près de 55 000 m², elle deviendrait la plus grande représentation diplomatique chinoise en Europe.

Ce projet, bloqué depuis 2018, avait été rejeté en 2022 par les autorités locales de Tower Hamlets pour des raisons de sécurité et de droits humains.


Une décision politiquement sensible

Le gouvernement britannique justifie son choix par l’instauration de garanties sécuritaires renforcées, élaborées avec les services de renseignement (MI5, GCHQ). La décision intervient dans un calendrier diplomatique précis, certains responsables liant explicitement la visite de Keir Starmer en Chine à l’acceptation de l’ambassade.


Réactions et critiques

La décision suscite :

  • une opposition politique interne,
  • des inquiétudes sécuritaires, notamment sur les risques d’espionnage à proximité du quartier financier londonien,
  • des réserves américaines, dans un contexte de durcissement de la politique de Washington vis-à-vis de Pékin.

Pour Pékin, cette ambassade représente un symbole de reconnaissance diplomatique et de rééquilibrage face aux États-Unis.

Conséquences diplomatiques et macroéconomiques

Un repositionnement britannique dans un monde fragmenté

Ce rapprochement intervient alors que :

  • les relations entre l’Europe et les États-Unis se tendent, notamment sur les questions commerciales et géopolitiques (Groenland, droits de douane),
  • plusieurs dirigeants européens, dont Ursula von der Leyen, dénoncent un durcissement unilatéral de la politique américaine.

Dans ce contexte, Londres adopte une ligne plus pragmatique, cherchant à préserver ses intérêts économiques sans s’aligner systématiquement sur Washington.

Un pari calculé

En relançant le dialogue économique et en validant le projet d’ambassade, le Royaume-Uni fait le choix :

  • d’un rééquilibrage diplomatique,
  • d’une diversification de ses partenariats économiques,
  • au prix d’un exercice d’équilibrisme sécuritaire et politique.

Conclusion : un tournant stratégique à surveiller

Le rapprochement sino-britannique ne marque ni une rupture avec les alliés occidentaux, ni un abandon des préoccupations sécuritaires. Il traduit cependant une volonté claire de repositionner le Royaume-Uni comme un acteur global pragmatique, capable de dialoguer avec des puissances rivales dans un environnement international instable.

La tenue effective du voyage de Keir Starmer à Pékin, la relance du UK-China CEO Council et la mise en œuvre concrète du projet d’ambassade seront des indicateurs clés pour juger de la portée réelle de ce virage diplomatique.

Sources :

https://apnews.com/article/britain-chinese-embassy-security-2ba7218fba9881acec81968ecf71aaaf
https://www.reuters.com/world/uk/britain-china-revive-golden-era-business-dialogue-during-starmer-visit-2026-01-21/
https://www.easterneye.biz/uk-plans-china-business-reset-as-starmer-prepares-beijing-trip/

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Le Salon de l’Investissement : pour mieux comprendre

ETF, actions, immobilier, SCPI… Jamais l’investissement n’a été aussi présent dans les conversations, les médias et les réseaux sociaux.

Mais derrière cette abondance d’informations, une question demeure pour beaucoup : par où commencer, et surtout quoi faire concrètement selon sa situation ?

C’est précisément de ce constat qu’est né le Salon de l’Investissement, un événement pensé non pas pour promettre des gains rapides, mais pour donner de la clarté, de la méthode et du recul à celles et ceux qui souhaitent investir intelligemment.

Un salon pour comprendre avant d’agir

Investir n’est pas un acte isolé, mais un chemin qui évolue avec le temps, les revenus et les objectifs de vie. Le Salon de l’Investissement s’est construit autour d’une idée simple : il n’existe pas de solution universelle, seulement des priorités différentes selon chaque profil.

Au fil des conférences, les participants découvriront notamment :

  • Pourquoi les ETF sont souvent une porte d’entrée pertinente pour débuter
  • Quand et comment intégrer des actions en direct dans sa stratégie
  • À quel moment l’immobilier ou les SCPI deviennent réellement cohérents

L’objectif n’est pas de tout faire, mais de comprendre quoi faire, quand et pourquoi.

Des conférences concrètes, accessibles et orientées action

Que l’on dispose d’un petit capital, d’un capital intermédiaire ou d’une capacité d’emprunt, le salon s’adresse à tous ceux qui veulent sortir du flou et éviter les erreurs classiques.

Les conférences ont été conçues pour :

  • Démystifier les grands concepts de l’investissement
  • Éviter les pièges fréquents des débutants
  • Construire une stratégie alignée avec ses projets personnels et professionnels

Ici, pas de discours théorique déconnecté du terrain : les intervenants parlent d’expérience, de décisions réelles et de stratégies applicables dans la vraie vie.

Une richesse de points de vue rarement réunie

Le Salon de l’Investissement se distingue aussi par la diversité de ses intervenants. Loin d’une vision unique ou dogmatique, l’événement réunit des profils complémentaires :

  • Avocats spécialisés en fiscalité et structuration
  • Investisseurs particuliers et professionnels
  • Experts en immobilier et en SCPI
  • Entrepreneurs et dirigeants d’entreprise
  • Spécialistes du private equity et des investissements non cotés

Cette pluralité permet de croiser les regards, confronter les approches et enrichir la réflexion, loin des recettes toutes faites.

Un rendez-vous majeur pour celles et ceux qui veulent investir avec discernement

Plus de 40 conférences, plus de 50 exposants, des opportunités de networking et une soirée VIP viennent compléter l’expérience. Le Salon de l’Investissement se veut un véritable point de départ, ou de recalibrage, pour toute personne souhaitant reprendre le contrôle de ses décisions financières.

📍 Informations pratiques
🗓 Du 31 janvier au 1er février 2026
📍 Palais des Congrès de Mons

🎁 Bonus exclusif Parlons Finance
10 tickets gratuits sont offerts avec le code promo (premier arrivé, premier servi !)

Code Promo: PARLONSFINANCEVIP.

Au fond, le message est clair : commencer à investir, ce n’est pas d’abord chercher le rendement, mais chercher à comprendre. Et c’est exactement la promesse du Salon de l’Investissement.

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Actualité Energie Monde

Le droit de l’environnement face à l’exigence pénale

En France, 2 000 infractions environnementales sont consignées dans 15 codes différents.

Un droit pénal de l’environnement complexe et marginal dans la délinquance globale

En France, près de 2 000 infractions environnementales sont réparties dans une quinzaine de codes, illustrant la complexité et la dispersion du droit pénal de l’environnement.
Selon les « Références Statistiques Justice 2024 » publiées par le Ministère de la Justice, sur plus de 4 millions d’affaires traitées par les parquets, seules 1 % concernent des atteintes à l’environnement, contre 50 % d’atteintes aux biens, 24 % d’atteintes à la personne et 14 % d’infractions routières.

Un contentieux encore peu poursuivi

Malgré la diversité des incriminations, les atteintes à l’environnement font l’objet d’un taux de poursuites limité à 30 %, là où les infractions pénales générales atteignent 62 %.
Cette spécificité s’explique notamment par le recours fréquent à des procédures alternatives aux poursuites : composition pénale, réparation du dommage, ordonnance délictuelle, privilégiant une logique réparatrice plutôt que strictement répressive.

Des condamnations concentrées sur les activités industrielles

En 2024, 2 200 délits environnementaux ont néanmoins donné lieu à une condamnation. Les faits poursuivis concernent majoritairement les activités industrielles :
abandons et gestion irrégulière de déchets, pollutions des eaux (océans, fleuves, ruisseaux), des sols et de l’air, atteintes aux espèces protégées, ainsi que les incendies d’origine industrielle ou négligente.

Prévenir le risque pénal et financier : un enjeu stratégique pour les entreprises

Pour les entreprises industrielles et de construction, la mise en place d’une cartographie des risques environnementaux constitue aujourd’hui un outil de gouvernance indispensable. Au-delà des sanctions pénales, les conséquences financières peuvent être considérables : selon l’Agence de la transition écologique, les coûts de dépollution, de remise en état et de gestion des déchets peuvent atteindre plusieurs millions d’euros, sans compter les dommages-intérêts, les pertes d’exploitation, l’exclusion de marchés publics, ni l’atteinte durable à l’image de l’entreprise.

La Cour des comptes rappelle à cet égard que la prévention demeure très largement moins coûteuse que la réparation, faisant de l’anticipation du risque environnemental un levier essentiel de sécurisation pénale, financière et réputationnelle.

Un coût économique direct supporté par les ménages et le pouvoir d’achat

Les atteintes à l’environnement ne produisent pas uniquement des effets juridiques ou industriels : elles génèrent un coût économique diffus mais concret pour les ménages. Les pollutions des sols, de l’air et des ressources en eau entraînent une hausse des dépenses publiques (traitement de l’eau potable, dépollution, santé publique, infrastructures), lesquelles sont in fine financées par l’impôt, les taxes locales ou les factures des usagers.

Selon les travaux du Commissariat général au développement durable, les dégradations environnementales pèsent durablement sur le coût de la vie, en renchérissant l’accès à l’eau, à l’alimentation, à l’énergie ou au logement dans les zones touchées. À terme, ces charges réduisent le pouvoir d’achat des ménages, illustrant que la prévention des risques environnementaux constitue aussi un enjeu économique et social majeur, bien au-delà du seul périmètre des entreprises concernées.

Le Cabinet David Decharron conseille et assiste les sociétés exposées à ce risque. Environnement pollution déchets incendie penal cartographie

Sources :

Ministère de la Justice : Références Statistiques Justice 2024

Conseil d’État : Études sur le droit de l’environnement

Ministère de la Justice : Politique pénale environnementale

Office français de la biodiversité : Atteintes à la biodiversité

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Actualité Economie En vedette Monde

Riyad met fin au « moment émirati » au Moyen-Orient

En dix ans, les Émirats ont converti finance, logistique et rapidité d’action en une influence régionale disproportionnée.

Abu Dhabi a bâti une architecture d’action : des points d’appui sur les rivages, des alliances avec des forces locales, des capacités d’intermédiation financière, et une diplomatie transactionnelle où l’on stabilise ou l’on fragilise selon l’intérêt du moment. Cette méthode a longtemps été rentable, parce qu’elle répondait à un vide stratégique laissé par la fragmentation des États arabes après 2011.

Ce “moment émirati” est en train de se refermer. Pas parce que les Émirats seraient affaiblis financièrement, ils ne le sont pas, mais parce qu’un acteur plus lourd, l’Arabie saoudite, a décidé que ce modèle n’était plus seulement irritant ou concurrentiel : il est devenu, dans sa lecture, une menace directe. Et c’est là que la séquence devient historique. On passe d’une rivalité de puissance à une logique de neutralisation. Riyad a toléré l’activisme émirati tant qu’il semblait compatible avec un ordre minimal, contenir l’Iran, sécuriser la mer Rouge, gérer le Yémen comme un théâtre de contrôle plutôt que comme un risque existentiel.

Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la manière dont les Saoudiens relisent l’ensemble des opérations périphériques autour de la péninsule, au Yémen, au Soudan, dans la Corne de l’Afrique. Il ne s’agit plus, à leurs yeux, d’une politique “déstabilisatrice” au sens classique, désordre opportuniste, coups tactiques, jeux de relais. Il s’agit d’un arc stratégique, et l’élément qui cristallise cette perception est la conjonction d’intérêts émiratis et israéliens dans les mêmes zones. Dans la lecture saoudienne, on n’est plus face à des interventions dispersées : on est face à une mise en place de points d’appui autour de leur sécurité, et donc à une forme d’encerclement potentiel, logistique, politique, informationnel. Quand un État en vient à penser en termes d’encerclement, il ne recherche plus un compromis de concurrence ; il cherche un recul de l’autre.

Le Point de bascule du Yemen

Le premier acte visible de cette requalification s’est joué au Yémen. Les frappes saoudiennes sur Mukalla, explicitement justifiées par la volonté d’interrompre des livraisons d’armes liées aux Émirats à destination de forces séparatistes, ont marqué une rupture nette. Riyad a accepté d’accuser publiquement un partenaire, transformant un différend de coulisses en confrontation ouverte.

La suite a confirmé le changement de rapport de forces. Les Émirats ont annoncé le retrait de leurs forces restantes du théâtre yéménite, signe que le coût politique et sécuritaire d’un maintien devenait trop élevé. L’épisode Zubaidi, les accusations d’exfiltration via la Somalie et l’ouverture d’enquêtes côté somalien ont eu un effet mécanique : internationaliser la querelle et exposer les routes logistiques et aériennes, longtemps atouts majeurs d’Abu Dhabi, comme des vulnérabilités narratives.

C’est à ce moment que les signaux invisibles ont commencé à compter davantage que les communiqués officiels. Dans le Golfe, lorsqu’une rivalité devient structurelle, elle se lit d’abord dans le monde économique. Des consignes de prudence, des recommandations de limitation des déplacements et de réduction de l’exposition circulent dans les réseaux d’affaires, côté saoudien comme côté émirati. Ces signaux n’apparaissent pas lorsqu’une réconciliation rapide est attendue, mais lorsque l’on anticipe un refroidissement durable.

Nouvel ordre régional

La rivalité aurait pu rester bilatérale. Ce qui la rend plus déstabilisante pour Abu Dhabi, c’est qu’elle s’étend et qu’elle fédère. Le Soudan occupe ici une place centrale. Parce qu’il touche à la mer Rouge, au Nil et à l’Égypte, il se situe au cœur d’une équation saoudienne simple : accepter un modèle de fragmentation durable sur cet axe, c’est tolérer une zone grise aux portes de la péninsule.

Dans cette séquence, Riyad commence à apparaître comme le pôle qui cherche à réhabiliter l’État central, tandis qu’Abu Dhabi est perçu, à tort ou à raison, comme ayant entretenu des forces capables de contourner le centre. La question n’est pas morale, mais structurelle : un État soudanais fort stabilise l’axe mer Rouge–Égypte ; un Soudan fragmenté crée des corridors de dépendance et des leviers externalisables.

Cette recomposition affecte également l’Égypte. Longtemps critique en silence, Le Caire était contraint par la crise de devises et par le poids des investissements émiratis. Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intervention saoudienne comme garant implicite, permettant à l’Égypte de durcir sa parole. Il ne s’agit pas d’un réalignement spontané, mais d’une extraction progressive de l’orbite émiratie, rendue possible par la reconstitution d’une coalition financière alternative.

L’épisode du Somaliland a aggravé l’isolement d’Abu Dhabi bien au-delà du Golfe. La reconnaissance israélienne, suivie d’une visite officielle, a déclenché une condamnation large Somalie, Union africaine, Ligue arabe réactivant une sensibilité régionale forte autour de la souveraineté territoriale. Pour Riyad, ce dossier est explosif car il se situe précisément sur l’anneau maritime qui encadre la péninsule, là où se superposent activisme émirati et profondeur israélienne. Dans cette lecture, le Somaliland n’est pas un fait divers africain, mais une pièce d’un arc stratégique allant de la Somalie au Yémen, en passant par la mer Rouge et le Soudan.

Le risque de l’isolement

Le dernier étage de la cascade se joue sur les alliances de sécurité. L’approfondissement du lien saoudo-pakistanais, et l’hypothèse d’un axe élargi incluant la Turquie, introduisent une masse critique contre laquelle l’agilité émiratie a moins de prise. Être isolé face à Riyad est un risque ; se retrouver face à un triptyque Riyad–Ankara–Islamabad en est un autre, d’une tout autre échelle.

Au terme de cette séquence, le constat dépasse l’idée d’un simple « divorce ». Les Émirats se retrouvent en froid avec l’Iran, en confrontation ouverte avec l’Arabie saoudite, en tension stratégique avec la Turquie, et exposés à un durcissement du lien saoudo-pakistanais. Plus grave encore, l’isolement s’étend au Golfe lui-même : le Qatar n’a pas effacé la mémoire du blocus, Oman refuse toute stratégie qui entretient l’instabilité au Yémen, Bahreïn reste structurellement arrimé à Riyad.

Ce qui est en train de s’effondrer n’est pas la richesse émiratie, mais la permissivité régionale qui rendait possible son hyper-activité. L’architecture d’influence construite en dix ans ports, relais, autorités parallèles, couloirs logistiques est progressivement démantelée par un acteur plus lourd, décidé à reprendre la main. Le refus saoudien d’offrir une sortie honorable est, dans le langage du Golfe, un signal clair : il ne s’agit pas de la fin de la crise, mais de l’ouverture d’une nouvelle normalité stratégique, beaucoup plus contraignante pour Abu Dhabi.

Sources :

SWP (German Institute for International and Security Affairs)
The UAE as a Regional Power after 2011

Le Monde
Dans la Corne de l’Afrique, le réveil diplomatique de l’Arabie saoudite

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Réforme fiscale à Bruxelles sous forte contrainte budgétaire

La Ville de Bruxelles met en œuvre une véritable réforme fiscale : baisse de l’impôt des personnes physiques, contribution équitable des épaules les plus larges

Dans le cadre de son budget 2026, la Ville de Bruxelles a engagé une véritable réforme fiscale, avec une refonte en profondeur des taxes communales.

L’Échevin des Finances Anas Ben Abdelmoumen (PS) souligne que le cœur de cette réforme consiste à réduire la pression fiscale sur les habitants de la Ville, afin de renforcer leur pouvoir d’achat.

Baisse de l’impôt des personnes physiques pour les Bruxellois

Concrètement, l’impôt communal additionnel à l’impôt des personnes physiques (IPP) passe de 6 % à 4,9 %. La Ville de Bruxelles applique ainsi désormais le taux d’IPP le plus bas de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Fédération Wallonie- Bruxelles, et figure parmi les cinq taux les plus bas du pays.

« Alors que le gouvernement fédéral Arizona choisit de rendre le quotidien de nos concitoyens plus chère en augmentant, entre autres, les taxes sur les repas à emporter et sur les billets de cinéma ou de festival, nous faisons le choix, à la Ville de Bruxelles, de renforcer le pouvoir d’achat de nos habitants grâce à une baisse de l’impôt des personnes physiques » , déclare l’échevin Ben Abdelmoumen.

Protection des propriétaires-occupants grâce à une compensation
automatique

La réforme prévoit également une adaptation du taux du précompte immobilier (PRI). Concrètement, la Ville augmente le précompte immobilier à 3.457 centimes additionnels, contre 2.950 actuellement.

Pour les propriétaires-occupants, cette différence sera toutefois automatiquement compensée par une prime compensatoire (BeHome), combinée également à une réduction supplémentaire de 100 euros par
an accordée automatiquement.

L’objectif est ainsi de protéger les propriétaires habitants, tout en faisant contribuer davantage les épaules les plus larges.

L’Échevin précise : « Avec cette mesure, dans un contexte budgétaire difficile, nous demandons un effort équitable à celles et ceux qui disposent de plusieurs biens immobiliers. Dans le même temps, nos projections montrent que près de 90 % de ces propriétaires ne connaîtront qu’une augmentation très limitée de l’impôt, que nous estimons à environ 30 euros supplémentaires par mois. Les propriétaires-occupants de la Ville de Bruxelles, eux, ne ressentiront pas cette hausse. Au contraire, nous leur accordons une réduction supplémentaire de 100 euros par an sur le précompte immobilier. Cette compensation se fait sans aucune démarche administrative et est directement déduite et visible sur l’avertissement- extrait de rôle. Nous allégeons ainsi, une fois de plus, la pression fiscale pour celles et ceux qui vivent ici et contribuent au tissu social de notre ville. »

Taxe sur la « domiciliation fictive »

La Ville de Bruxelles instaure également une nouvelle taxe sur la domiciliation fictive des entreprises. Il s’agit d’entreprises qui disposent certes d’une adresse officielle dans la Ville, mais qui, en réalité, n’y exercent aucune activité économique.

« Ces entreprises bénéficient, via leur domiciliation dans la Ville, du rayonnement bruxellois, sans pour autant contribuer à notre tissu économique. Cette contribution corrige ainsi une inégalité existante par rapport aux nombreuses entreprises de notre ville qui, elles, doivent s’acquitter, entre autres, de la taxe sur les bureaux », explique l’Échevin Anas Ben Abdelmoumen.

Cette taxe sur la « domiciliation fictive des entreprises » devrait rapporter environ 150.000 euros à la Ville en 2026.

L’échevin des Finances Anas Ben Abdelmoumen (PS) conclut : « Élaborer un budget et réformer les taxes communales, c’est bien plus que faire coïncider des tableaux Excel. Il s’agit de choix politiques et d’une vision de la société. À la Ville de Bruxelles, avec cette réforme fiscale, nous faisons résolument le choix de renforcer le pouvoir d’achat de nos habitants et de demander une contribution équitable aux épaules les plus larges. Nous poursuivrons sur cette voie tout au long de la présente législature. »