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Retraite en France : pourquoi les Français doivent progressivement apprendre à compter davantage sur eux-mêmes

À l’occasion de l’Amundi World Investment Forum organisé par Amundi, nous avons échangé avec Catherine Leroy, Directrice Epargne Salariale et Retraite chez Amundi, afin de mieux comprendre les grands enjeux actuels autour de la retraite en France, mais aussi les différences avec la Belgique.

Pendant longtemps, les Français ont considéré que le système public de retraite serait le principal pilier de leur pension. Mais aujourd’hui, cette vision évolue progressivement.

Entre vieillissement démographique, augmentation de l’espérance de vie et tensions budgétaires croissantes, la question de la préparation individuelle de la retraite prend une place de plus en plus importante.

Un système public sous pression

Pour Catherine Leroy, le constat est clair : le système de retraite français reste central, mais il est aujourd’hui sous tension.

« Les Français ont longtemps considéré que le système public serait le premier contributeur à leur pension. Mais depuis quelques années, une prise de conscience s’opère progressivement. »

Le principal problème est démographique : il y a de plus en plus de retraités et relativement moins d’actifs pour financer le système. À cela s’ajoute une espérance de vie plus longue, ce qui signifie que les pensions doivent être versées plus longtemps.

Le Conseil d’Orientation des Retraites a d’ailleurs déjà alerté sur la dégradation progressive des finances du système dans les années à venir.

Dans ce contexte, Catherine Leroy estime qu’il devient essentiel d’accompagner cette prise de conscience collective, notamment auprès des plus jeunes générations.

Le PER : la montée en puissance de l’épargne retraite individuelle

La meilleure illustration de cette évolution est sans doute le succès du PER (Plan Épargne Retraite), lancé en 2019 dans le cadre de la loi Pacte.

Aujourd’hui :

  • près d’1 Français sur 4 possède un PER ;
  • environ 150 milliards d’euros d’encours ont déjà été accumulés.

Et la dynamique continue de s’accélérer.

Deux grandes catégories se développent fortement :

  • le PER individuel ;
  • le PER d’entreprise.

Selon Catherine Leroy, cette progression montre que les Français commencent progressivement à intégrer l’idée qu’il faudra compléter le système obligatoire par une épargne personnelle.

Les entreprises jouent désormais un rôle clé

Autre élément important : les entreprises deviennent progressivement des acteurs centraux dans la préparation de la retraite.

Participation, intéressement, partage de la valeur… de nombreux dispositifs peuvent désormais être orientés vers un PER.

« Environ 80 % des salariés considèrent aujourd’hui que leur entreprise a un rôle à jouer dans la préparation de leur retraite », explique Catherine Leroy.

Le sujet devient donc également stratégique pour les directions RH et les dirigeants.

Mais pour encourager davantage les entreprises, elle estime que le cadre fiscal et social doit rester stable et lisible afin de faciliter les projections à long terme.

Pourquoi commencer tôt change tout

L’un des messages les plus importants de cette interview concerne le temps.

« La retraite est probablement le seul projet de vie dont on est certain qu’il arrivera un jour. Pourtant, beaucoup de personnes commencent à s’y intéresser trop tard. »

Commencer tôt permet pourtant plusieurs avantages majeurs :

  • investir progressivement ;
  • verser des montants plus faibles ;
  • bénéficier de l’effet du temps et de la capitalisation ;
  • investir sur des horizons plus longs avec davantage d’exposition aux marchés financiers.

En clair : plus on commence jeune, plus l’effort financier peut être réduit.

Les jeunes s’intéressent davantage à l’investissement qu’on ne le pense

Contrairement à certaines idées reçues, Catherine Leroy estime que les jeunes générations sont loin d’être déconnectées des marchés financiers et des questions liées à la retraite.

« Les jeunes s’intéressent à l’investissement. Ils aiment comprendre les marchés et les mécanismes économiques. »

Le véritable enjeu serait donc surtout pédagogique : leur proposer des solutions simples, compréhensibles et adaptées à leurs objectifs qu’ils s’agissent de diversification ou de se préparer une retraite confortable.

L’éducation financière joue ici un rôle essentiel pour permettre aux nouvelles générations de prendre des décisions plus éclairées.

Le risque d’une baisse du niveau de vie à la retraite est réel

Pour Catherine Leroy, le risque est bien réel.

Aujourd’hui, le taux de remplacement — c’est-à-dire la différence entre le dernier salaire et la pension de retraite — tourne souvent autour de 50 à 60 %.

Concrètement, une personne gagnant 5.000 euros avant sa retraite pourrait percevoir environ la moitié une fois retraitée.

Et ce taux pourrait encore diminuer dans les années à venir si les déséquilibres démographiques persistent.

D’où l’importance, selon elle, de rééquilibrer :

  • la retraite obligatoire ;
  • et la retraite que chacun peut progressivement se constituer individuellement.

France vs Belgique : une différence importante autour du PER

La France et la Belgique font face à des problématiques assez similaires :

  • vieillissement de la population ;
  • pression sur les finances publiques ;
  • inquiétudes sur le financement futur des pensions.

Mais Catherine Leroy souligne une différence majeure : la France a réussi à structurer une véritable épargne retraite individuelle autour du PER.

En Belgique, il existe bien des mécanismes d’épargne pension, mais souvent avec :

  • des plafonds plus limités ;
  • des avantages fiscaux plus encadrés ;
  • moins de flexibilité ;
  • et une perception davantage orientée « produit fiscal » qu’« investissement ».

Selon elle, le PER a permis en France de “cristalliser” cette nécessité de construire progressivement une retraite complémentaire.

Autre avantage important : il existe des conditions de rachats sur le PER grâce auxquelles les fonds investis ne sont pas totalement bloqués jusqu’à la retraite, ce qui rend le produit plus souple et plus attractif.

Vers une retraite plus hybride

Finalement, l’un des grands enseignements de cette interview est que les modèles de retraite évoluent progressivement partout en Europe.

Le système public reste central, mais il ne suffira probablement plus à garantir à lui seul le même niveau de vie qu’auparavant.

L’avenir semble donc s’orienter vers un modèle plus hybride :

  • une retraite publique ;
  • complétée par une épargne individuelle ;
  • avec un rôle croissant des entreprises et de l’éducation financière.

Et plus cette préparation commence tôt, plus elle devient simple à mettre en place.

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« Tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix » : Olivier Brouwers (CEO de Amundi Belgium) met en garde sur l’avenir des retraites

À l’occasion de l’Amundi World Investment Forum, nous avons rencontré Olivier Brouwers, CEO d’Amundi Belgium, afin d’échanger sur l’état du système de retraite belge, les défis démographiques à venir et les solutions pour mieux préparer son avenir financier.

Entre vieillissement de la population, pression sur les finances publiques et nécessité d’investir plus tôt, Olivier Brouwers estime qu’il devient indispensable de compléter la pension légale par une stratégie d’investissement à long terme.

« Le système belge n’est pas en danger immédiat, mais il devra évoluer »

Comment décririez-vous aujourd’hui la situation du système de retraite belge et les principaux défis auxquels il est confronté ?

Olivier Brouwers :
Le système belge existe depuis très longtemps et il reste aujourd’hui solide. Mais comme dans beaucoup de pays européens, il est confronté à un défi démographique majeur.

Notre modèle repose principalement sur un système où la population active finance les pensions des retraités. Or, l’évolution démographique va progressivement à l’encontre de cet équilibre : la population vieillit tandis que la proportion de travailleurs actifs diminue.

Ce n’est pas un système qui est en danger immédiat, mais il devra évoluer, se compléter et se réinventer pour rester pérenne dans le temps.

Les quatre piliers de la retraite belge

Quels sont aujourd’hui les différents piliers de la retraite en Belgique ?

Olivier Brouwers :
En Belgique, nous pouvons résumer le système autour de quatre piliers.

Le premier pilier est la pension légale, à laquelle chaque Belge a droit en fonction de sa carrière et de son statut professionnel.

Le deuxième pilier concerne les pensions complémentaires mises en place par les employeurs. Ce système continue de se développer, mais il ne couvre pas encore l’ensemble du secteur privé et il existe encore de fortes disparités entre les catégories de travailleurs.

Le troisième pilier repose sur l’initiative individuelle, avec l’épargne-pension ou les assurances-vie bénéficiant d’avantages fiscaux. Mais les montants restent relativement limités.

Enfin, il y a le quatrième pilier, qui correspond à l’investissement à long terme réalisé de manière plus libre et plus personnelle.

« Tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix »

Les Belges épargnent-ils suffisamment pour compléter leur pension légale ?

Olivier Brouwers :
La pension légale reste un socle important et relativement protecteur, surtout pour les revenus les plus modestes. Le taux de remplacement est encore relativement confortable pour certains profils.

Mais pour les revenus moyens et élevés, l’écart entre le dernier salaire net et la pension peut devenir important. Beaucoup de personnes risquent de constater une baisse significative de leur niveau de vie au moment de la retraite.

C’est pourquoi tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix. Il devient essentiel de construire une épargne à long terme afin de préserver une qualité de vie comparable à celle de la période d’activité.

Une pression croissante sur les finances publiques

Le vieillissement de la population exerce une pression croissante sur les finances publiques. À quel point cette problématique est-elle préoccupante ?

Olivier Brouwers :
Cette problématique n’est pas nouvelle et elle est bien identifiée par les États.

L’augmentation des dépenses liées aux pensions, aux soins de santé et à l’assurance maladie est déjà intégrée dans les projections budgétaires futures. Mais cela reste un enjeu important pour la soutenabilité des finances publiques.

Le défi consiste surtout à maintenir un système pérenne sur le long terme. Cela passera probablement par différents ajustements : âge de départ à la retraite, durée de carrière ou encore évolution des montants.

« Il faut encourager les jeunes à investir très tôt »

Parlons Finance : Quels sont aujourd’hui les dispositifs les plus intéressants pour préparer sa retraite ?

Olivier Brouwers :
Au-delà des dispositifs fiscaux classiques, il faut surtout encourager les gens à investir tôt, régulièrement et même avec de petits montants.

L’éducation financière joue un rôle fondamental. Certains pays ont mis en place des systèmes très accessibles permettant aux jeunes de commencer à investir quelques euros par mois seulement. C’est ce type de culture qu’il faut développer davantage.

L’investissement à long terme reste probablement l’un des outils les plus puissants pour préparer sa retraite.

Le rôle d’Amundi

Quel rôle joue Amundi dans cette transition ?

Olivier Brouwers :
Amundi propose de nombreuses solutions d’investissement permettant de construire des portefeuilles diversifiés adaptés à différents horizons de placement et profils de risque.

Mais notre rôle ne s’arrête pas là. Nous avons aussi une responsabilité importante en matière d’éducation financière.

À travers nos partenariats avec les banques, les associations et différents acteurs du marché, nous essayons de sensibiliser davantage les investisseurs à l’importance de préparer leur avenir financier sur le long terme.

« Il n’est jamais trop tard pour commencer »

Quelles erreurs voyez-vous le plus souvent chez les personnes qui préparent leur retraite ?

Olivier Brouwers :
La plus grande erreur est probablement de penser qu’il est trop tard.

En réalité, il n’est jamais trop tard pour commencer à investir pour sa retraite, que l’on ait 30, 40 ou même 50 ans. Bien entendu, plus on commence tôt, plus l’impact est important grâce au temps et à la capitalisation.

Mais le plus important reste d’avoir une approche structurée et cohérente.

Trois actions concrètes avant 40 ans

Si vous deviez donner trois actions concrètes à mettre en place avant 40 ans pour préparer sa retraite, lesquelles seraient-elles ?

Olivier Brouwers :

  1. Mieux se connaître financièrement : comprendre son profil de risque, ses objectifs de vie et sa capacité d’épargne mensuelle.
  2. S’éduquer financièrement : prendre le temps de comprendre les mécanismes de l’investissement et du long terme.
  3. Mettre en place un plan structuré : développer une stratégie d’investissement adaptée à son profil et commencer le plus tôt possible.

“Faites-le ce soir ou demain matin”, ajoute-t-il avec le sourire.

Ce que la Belgique fait mieux que la France

Que fait la Belgique de mieux que la France sur les questions de retraite ?

Olivier Brouwers :
La Belgique dispose encore d’un système de deuxième pilier relativement performant, notamment via les fonds de pension et les assurances groupe.

De nombreuses entreprises mettent en place des mécanismes où les contributions de l’employeur doivent offrir un rendement minimum garanti aux employés, ce qui apporte une protection certaine. Il convient toutefois de nuancer cette approche : les véritables fonds de pension, dans une logique anglo-saxonne, ne garantissent pas de rendement minimum et disposent ainsi d’une plus grande liberté pour adopter une allocation d’actifs plus dynamique sur le long terme.

On observe aussi une tendance vers des fonds multi-employeurs permettant de mutualiser certains coûts opérationnels et réglementaires pour les plus petits acteurs.

Mais il reste encore du chemin à parcourir. L’un des grands défis sera probablement d’étendre davantage ces dispositifs à l’ensemble du secteur privé afin que chacun puisse bénéficier d’une véritable pension complémentaire.