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Deux mois après : ce que la guerre en Iran a vraiment changé sur les marchés

Une rupture géopolitique majeure, annoncée mais sous-estimée

Le 28 février 2026 restera une date charnière dans l’histoire économique contemporaine. Ce matin-là, les États-Unis et Israël déclenchaient l’opération « Epic Fury » / « Roaring Lion » : une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, visant son programme nucléaire, ses capacités militaires et ses infrastructures énergétiques. Ce n’était pas la première confrontation entre ces puissances. La « guerre des Douze Jours » de juin 2025 avait déjà constitué une première escalade, et les mois de janvier-février 2026 avaient vu le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le Golfe Persique, les déclarations tonitruantes de Donald Trump et une diplomatie en bout de course.

Mais l’intensité de l’opération du 28 février, et surtout l’objectif affiché de changement de régime à Téhéran, marquait une rupture qualitative. En quelques heures, l’Iran répliquait par l’opération « Promesse Honnête 4 » : frappes sur des monarchies du Golfe (Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis), attaque de la base britannique d’Akrotiri à Chypre, et fait décisif entre tous, fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz mérite qu’on s’y arrête un instant. C’est un passage maritime étroit, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale, dont 80 % à destination de l’Asie. Le bloquer, c’était appuyer simultanément sur les artères vitales de l’économie mondiale. Un peu comme fermer le robinet d’eau d’un immeuble entier en actionnant une seule vanne.

La réaction immédiate des marchés : un choc réel, une panique maîtrisée

Dès l’ouverture des marchés le 3 mars 2026, la réaction fut vive, sans être désordonnée. Le pétrole brut (Brent) dépassait brièvement les 80 dollars, soit une hausse d’environ 8 % en séance. Le gaz naturel européen bondissait d’environ 20 % dès les premiers jours, le choc étant amplifié par la suspension des opérations de GNL (gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire du gaz refroidi à l’état liquide pour être transporté par bateau) au Qatar, visé par des missiles iraniens. Les indices actions, c’est-à-dire les grands « baromètres » boursiers comme le CAC 40 en France ou le S&P 500 aux États-Unis, reculaient entre 1 % et 2 % selon les zones géographiques, le CAC 40 accusant une perte d’environ 4,7 % dans les premières semaines.

La géographie des pertes dessinait une carte assez claire. L’Europe souffrait davantage que les États-Unis : exposée aux prix de l’énergie importée, à la contraction du commerce mondial et à une dépendance structurelle au GNL du Golfe, elle absorbait de plein fouet les retombées du conflit. Wall Street, par contraste, faisait preuve d’une relative résilience. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets d’énergie, ce qui signifie qu’ils produisent plus de pétrole et de gaz qu’ils n’en consomment : la hausse des prix du brut bénéficiait donc directement à leurs producteurs. Les marchés émergents, c’est-à-dire les Bourses de pays en développement comme le Brésil ou le Mexique, tiraient globalement leur épingle du jeu, portés par des fondamentaux domestiques solides et une exposition favorable aux matières premières.

Côté secteurs, le schéma était prévisible dans ses grandes lignes. L’énergie et la défense progressaient, portées par le choc de prix et la perspective d’une remontée durable des budgets militaires. Les compagnies pétrolières intégrées (celles qui couvrent toute la chaîne, de l’extraction à la vente au détail), les fournisseurs de systèmes d’armes, les entreprises de cybersécurité : autant de valeurs qui surfaient sur la prime géopolitique (la « prime de risque » est le surplus de rendement que les investisseurs exigent pour compenser un risque plus élevé). À l’inverse, l’aviation, le tourisme, l’automobile et le luxe accusaient les plus fortes baisses, exposés à la fois à la hausse des coûts de carburant, aux perturbations logistiques et au repli de la demande.

Sur les marchés obligataires (c’est-à-dire le marché des emprunts émis par les États et les grandes entreprises), le scénario classique du « flight to quality » ne s’est que partiellement matérialisé. Le « flight to quality », ou fuite vers la qualité, désigne le réflexe des investisseurs qui, en période de crise, vendent leurs actifs risqués pour se réfugier dans des obligations d’État considérées comme sûres. Cette fois, les obligations d’État n’ont pas pleinement joué ce rôle de valeur refuge, car la hausse des anticipations d’inflation maintenait une pression à la hausse sur les rendements (quand les taux montent, la valeur des obligations existantes baisse, ce qui atténue leur attrait). Les taux européens grimpaient d’environ 30 points de base au pic de la tension. Un point de base, c’est un centième de pourcent : 30 points de base correspondent donc à une hausse de 0,30 %, ce qui peut paraître faible mais représente des milliards d’euros de coûts supplémentaires pour les États endettés. Seul l’or jouait pleinement son rôle d’actif refuge, progressant de façon continue tout au long du conflit.

Ce que les investisseurs redoutaient, et ce qui s’est réellement passé

Au premier jour du conflit, la grille de lecture dominante convoquait le précédent ukrainien : une guerre qui, en 2022, avait engendré une spirale inflationniste prolongée, une récession en Europe et une série de hausses de taux sans précédent. Cette analogie a orienté les premières réactions et s’est révélée partiellement trompeuse.

Plusieurs facteurs ont contenu l’amplitude du choc. D’abord, la structure de l’économie mondiale en 2026 n’est pas celle de 2022 : l’intensité énergétique de la croissance a baissé (on produit plus de richesse avec moins d’énergie), les alternatives au gaz russe avaient déjà été développées, et les réserves stratégiques des pays du G7 constituaient un premier filet de sécurité. Ensuite, les États-Unis n’avaient aucun intérêt à laisser s’emballer indéfiniment les prix du brut, notamment à l’approche d’échéances électorales. Enfin, la Chine, premier acheteur de pétrole iranien et pays le plus dépendant du détroit d’Ormuz (environ 45 % de ses importations de pétrole y transitent), pesait discrètement mais fermement pour éviter une paralysie durable du trafic maritime.

Pour autant, la résilience n’a pas tenu sur toute la ligne. Le cessez-le-feu du 8 avril 2026 constituait un premier signal de désescalade, vite relativisé par l’échec des négociations d’Islamabad (11-12 avril), le blocus naval américain des ports iraniens décrété le 13 avril, puis la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran le 18 avril. À la date du 24 avril, le Brent atteignait environ 106 à 110 dollars le baril, après cinq jours de hausse consécutifs, franchissant le seuil symbolique des 100 dollars que beaucoup d’analystes pensaient improbable en scénario central.

Ce dépassement illustre une dynamique propre aux conflits prolongés : les marchés qui « tiennent » bien dans les premières semaines peuvent se retrouver sous pression croissante si les incertitudes s’accumulent et que les mécanismes de sortie semblent se dérober.

Les banques centrales dans l’œil du cyclone

Le conflit a placé les grandes banques centrales dans une position inconfortable que les analystes qualifient de « dilemme de stagflation ». La stagflation, c’est la combinaison d’une inflation qui repart à la hausse (les prix augmentent) et d’une croissance qui ralentit en même temps (l’économie tourne au ralenti). C’est la situation la plus délicate pour une banque centrale, car les remèdes habituels de l’une aggravent l’autre : monter les taux pour freiner l’inflation risque d’étouffer encore davantage la croissance, tandis que baisser les taux pour soutenir l’économie risque d’alimenter l’inflation.

La Réserve fédérale américaine (la Fed, banque centrale des États-Unis) maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 %, sans signal clair d’assouplissement ou de resserrement. En Europe, l’inflation au Royaume-Uni a atteint 3,3 % en avril, portée par les coûts des importations énergétiques. La Banque centrale européenne (BCE) a revu ses projections d’inflation à la hausse (2,6 % en moyenne pour 2026, avec un scénario sévère à 4,4 % en cas de perturbations prolongées à Ormuz), pendant que la croissance de la zone euro est révisée à la baisse, autour de 0,9 % pour l’année, ce qui correspond quasi à une stagnation. La Banque d’Angleterre maintient son taux directeur à 3,75 % sans signaler de changement imminent.

Le consensus des marchés pour les prochaines réunions : une pause coordonnée des trois grandes banques centrales. Ni hausse, ni baisse. Une attente prudente dans un contexte où chaque décision risque d’amplifier les déséquilibres plutôt que de les corriger.

Recomposition géopolitique et économique : les grandes lignes

Au-delà de l’immédiat, le conflit accélère plusieurs dynamiques structurelles qui redessinaient déjà lentement l’économie mondiale.

La fracture énergétique s’approfondit entre les États-Unis, qui bénéficient de la hausse des prix via leur production domestique et leurs exportations de GNL, et l’Europe, qui subit une double peine : facture énergétique alourdie et risque de récession industrielle. L’Union européenne a mobilisé plus de 9 milliards d’euros de mesures d’urgence, mais a absorbé plus de 13 milliards de surcoûts d’importations fossiles en quelques semaines seulement.

La Chine joue une partition singulière. Elle a constitué des réserves stratégiques considérables pour lisser le choc, et affiche une croissance de 5 % au premier trimestre 2026, dépassant les attentes. Mais sa façade de solidité masque une vulnérabilité structurelle : 45 % de ses importations pétrolières transitent par Ormuz, et l’exposition de ses exportateurs à la baisse de la demande mondiale commence à se faire sentir dans les données de mars. En coulisses, Pékin exerce une pression directe sur Téhéran pour préserver la liberté de navigation, sans prendre parti officiellement.

L’Iran lui-même voit son économie basculer dans une logique de guerre. Avec une inflation qui dépassait déjà 50 % sur les douze mois précédant le conflit, la désorganisation productive et la destruction d’infrastructures clés (raffineries, terminaux, pipelines) fragilisent durablement ses capacités exportatrices.

Enfin, des soupçons d’insider trading ont émergé sur les marchés. L’insider trading, c’est le fait d’utiliser des informations confidentielles non publiques pour réaliser des transactions boursières et en tirer un profit illicite. Des transactions massives sur le pétrole brut auraient été réalisées quelques minutes avant des annonces officielles de négociations, suggérant que des informations privilégiées auraient filtré. Ces scandales potentiels n’ont pas déclenché de crise de confiance majeure, mais alimentent un sentiment de défiance structurelle qui pèsera sur les primes de risque à moyen terme.

Gagnants et perdants : la cartographie du conflit vue des marchés

Deux mois après le déclenchement des hostilités, les grandes tendances sectorielles sont nettes.

Du côté des gagnants : les compagnies pétrolières et gazières (en particulier les producteurs américains, saoudiens et norvégiens), les groupes d’armement et de défense européens et américains, les sociétés d’infrastructures énergétiques, et les producteurs d’or. Le dollar américain a également joué son rôle traditionnel de « war money » (monnaie de guerre, car les échanges internationaux de matières premières, notamment le pétrole, sont libellés en dollars), se renchérissant face à l’euro, tandis que le franc suisse bénéficiait d’un regain d’attrait en tant que valeur refuge historique.

Du côté des perdants : l’aviation (American Airlines a révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026 en raison des coûts de carburant), les compagnies de fret maritime exposées aux routes du Golfe, les industriels très dépendants des pétrochimiques (matières plastiques, engrais, solvants, tous dérivés du pétrole), le tourisme et l’hôtellerie. L’Europe, prise en étau entre dépendance énergétique et ralentissement économique, paie l’addition la plus lourde parmi les économies développées non belligérantes.

Perspectives : naviguer dans le brouillard

À ce stade, trois scénarios structurent les anticipations du marché.

Le scénario de désescalade rapide (résolution du conflit d’ici l’été 2026) permettrait une détente rapide des prix de l’énergie et un rebond des actifs risqués. Ce scénario est soutenu par la logique politique : Washington n’a aucun intérêt à gérer un choc pétrolier durable à l’approche des élections de mi-mandat américaines.

Le scénario d’enlisement (quelques mois de conflit de basse intensité avant une désescalade déclarée « victoire » par toutes les parties) maintiendrait une prime de risque géopolitique persistante sur les marchés, sans déclencher de déroute boursière majeure. C’est le scénario central de la plupart des grandes maisons de gestion.

Le scénario du chaos (fragmentation de l’Iran, milices incontrôlables, perturbations durables du transport maritime) est le plus redouté. Il justifierait une hausse prolongée du brut bien au-delà de 100 dollars et une nouvelle spirale inflationniste. Il reste minoritaire dans les anticipations de marché, mais non négligeable.

Pour les investisseurs, les arbitrages en cours convergent vers plusieurs thèmes : surpondération de l’énergie et de la défense, maintien de positions en or et en franc suisse, réduction de l’exposition aux actifs européens et aux secteurs à forte intensité énergétique. La volatilité sur les marchés pétroliers et les devises émergentes devrait rester élevée tant qu’Ormuz n’est pas pleinement rouvert et tant que les négociations irano-américaines n’ont pas abouti à un accord stable.

Conclusion : deux mois de leçons, une incertitude persistante

Le bilan à deux mois de la guerre en Iran 2026 dessine un tableau nuancé : ni l’effondrement que certains redoutaient au premier jour, ni la simple correction géopolitique rapidement résorbée que les optimistes espéraient.

Le choc a été réel, profond et différencié. L’Europe en absorbe l’essentiel, coincée entre sa dépendance énergétique et sa croissance anémique. Les États-Unis jouent une partition plus confortable, bénéficiant structurellement de la hausse des prix de l’énergie. La Chine tient pour l’instant grâce à ses stocks stratégiques, mais sa vulnérabilité à moyen terme reste intacte. Et le coût global du conflit, estimé par certains analystes à plus de 600 milliards de dollars d’impact sur l’économie mondiale depuis le déclenchement des hostilités, continue de s’alourdir chaque semaine.

Le message clé pour les investisseurs est celui de la vigilance calibrée : éviter les réactions de panique comme les excès d’optimisme prématuré. Historiquement, les crises géopolitiques ne génèrent pas de marchés baissiers durables, sauf lorsqu’elles créent un choc d’offre structurel, comme en 1973 avec le premier choc pétrolier. La question centrale des prochaines semaines est donc simple à formuler, difficile à trancher : le détroit d’Ormuz va-t-il rester fermé assez longtemps pour transformer ce choc temporaire en disruption structurelle ? La réponse à cette question conditionnera l’évolution des marchés pour le reste de l’année 2026.

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Italie : fragilité cachée des finances publiques

Entre 2020 et 2025, l’Italie a fortement réduit son déficit public, passant de 9,5 % à 3,1 % du PIB, un redressement budgétaire qui renforce la crédibilité économique du gouvernement de Meloni.

Ce succès est souvent comparé à la situation de la France, dont les finances publiques restent au-dessus des critères de l’Union européenne. Ce contraste alimente le débat sur la gestion du déficit public français, entre choix politiques, contraintes économiques et respect des règles budgétaires de Bruxelles.

Loin des discours politiques qui suggéreraient que l’Italie se tient économiquement mieux que la France, les données macroéconomiques et les investisseurs en font un constat un peu plus nuancé. 

Le déficit/pib français est certes au-dessus de celui de l’Italie mais la France résiste beaucoup mieux structurellement (115,6% vs 137,1% en dette/pib en 2025). Les marchés en ont effectivement conscience et cela se traduit empiriquement sur les taux même si les marchés actions sont mieux orientés. 

La trajectoire budgétaire de la France est négative mais le niveau de dette n’est pour l’instant pas insoutenable

La France est structurellement plus endettée que l’Italie. En 2020 la France avait une dette publique au sens de Maastricht de 2650 mds d’euros alors que l’Italie avait une dette de 2570 mds d’euros soit un écart de 80 mds. Entre 2020 et 2025 cet écart s’est considérablement creusé pour atteindre 483 mds d’euros entre la dette publique française estimée pour 2025 à 3482 mds d’euros et l’italienne à 2998 mds d’euros. 

En termes de ratio sur PIB la France affiche un niveau plutôt stable : depuis 2020 le ratio s’est même amélioré passant de 115,7% à 115,6% soit une amélioration de 10 points de base. En Italie la dette publique est quant à elle passée de 154,9% de PIB à 132,8% de PIB soit une réduction massive de plus de 30 points de pourcentage.

Concernant les conditions de financement, certaines périodes récentes ont vu la France emprunter à 10 ans à des taux légèrement supérieurs à ceux de l’Italie comme le montre la partie du graphique située sous la ligne de référence. Néanmoins, un retour à une hiérarchie plus conforme aux fondamentaux macroéconomiques s’est rapidement opéré, notamment au regard des notations souveraines attribuées par Moody’s : Aa3 pour la France contre Baa2 pour l’Italie.

Le graphique ci-dessous illustre ces évolutions et ces écarts de perception sur les marchés.


La dynamique du déficit public italien est à mettre au crédit du solde budgétaire pas du PIB

Le tableau est donc très positif mais il est plus à justifier par un meilleur solde budgétaire que par une embellie économique forte. En termes de déficit/PIB, le numérateur le déficit par année a été plus que divisé par. En 2020 le déficit public italien était d’environ -157 mds d’euros alors qu’il n’est que de -67,8 mds d’euros en 2025. En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Par ailleurs, cette stratégie, qui semble avoir contenu la croissance économique notamment en comparaison avec la forte dépendance française aux dépenses publiques aurait néanmoins permis de mieux maîtriser les déséquilibres budgétaires actuels.

En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Malgré quelques semaines durant lesquels la France s’est endettée à maturité 10 ans à un rendement plus élevé que son homologue italien (partie du graphique sous le trait et inférieur à 0) un retour vers les données macroéconomiques a eu lieu(la France est notée Aa3 et l’Italie Baa2 par l’agence Moody’s).

Surtout, le maintien des finances publiques françaises en dessous des 3% est à contextualiser. Depuis la victoire du RN aux élections européennes de juin 2024 et la dissolution qui s’en suivit, la France n’a pas pu composer avec un gouvernement issu d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. La France s’est embourbée dans des alliances qui pour certaines n’ont pas tenu (Barnier, Bayrou, Lecornu) qui ont rendu impossible la discussion et l’adoption d’un budget plus austère qui aurait sûrement limité la croissance économique (très forte dépendance en France aux dépenses publiques) mais aurait permis de limiter les difficultésbudgétaires en cours. 

Les marchés actions supposeraient de meilleures perspectives en Italie

Les marchés actions ont cependant un discours très positif sur l’Italie. Il y a un peu plus d’1 an, Donald Trump annonçait le Liberation Day avec ses droits de douane dits « réciproques ». Pour rappel, l’Italie exporte environ 60 mds d’euros (environ 10% des exportations totales italiennes) de biens vers les Etats-Unis (principalement des produits pharmaceutiques et des équipements industriels) ce qui aurait pu l’impacter de manière similaire à la France qui exporte ses produits dans les mêmes ordres de grandeur. Pourtant Le FTSE MIB (Italie) progresse de 24,61% le CAC (France) de 3,91% et le DAX(Allemagne) de 2,55% en euros, dividendes nets réinvestisentre le 02 avril 2025 et le 02 avril 2026.

Cette divergence suggère que les investisseurs anticipent des perspectives économiques plus favorables pour l’Italie, malgré un environnement externe potentiellement contraignant.

Le graphique ci-joint met en évidence cet écart de performance et traduit ce biais de marché en faveur des actifs italiens.

La Cour Suprême a certes remis en cause les tariffs réciproques mais une baseline de 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis est encore en cours depuis le 24 février dernier et cela pour 150 jours maximums soit jusqu’au 24 juillet prochain. Cette situation aurait pu impacter l’indice italien mais cela semble à priori limité.

Ces belles performances seraient donc plutôt à aller chercher suivant une approche bottom-up et micro qui se concentre principalement sur les résultats financiers des entreprises et leurs santés financières que grâce à un dynamisme macro-économique surperformant les autres pays de la zone euro. 

Conclusion :

L’Italie va donc mieux mais une approche plus pragmatique et « data-dependant » permet de se rendre compte que le bilan est un peu plus nuancé : les finances publiques italiennes restent fortement sous pression surtout si le PIB ne progresse pas plus rapidement. Le spread avec les autres crédits souverains se stabilisent défavorablement pour l’état Italien et les récents revers politiques de Giorgia Meloni ne devrait pas l’influencer à mettre en place des programmes de politiques publiques structurels d’envergure. 

En outre, l’Italie reste un pays fracturé géographiquement et économiquement avec le Nord industriel très porteur en création de richesses et le Sud dont le PIB/habitant est environ inférieur de moitié à celui du Nord. 

Pour autant, une vision « action-centrée » rappelle que la bonne dynamique budgétaire actuelle ainsi que les belles valeurs de l’indice boursier italien sont soutenues positivement par les investisseurs. 

Sources :

Situation des pays de l’Union européenne au regard des critères de convergence 

Les finances publiques des pays de la zone euro en 2024

La dette publique atteint 88,2 % du PIB dans la zone euro | Eurostat

Situation économique et financière de l’Italie

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Iran–États-Unis : la trêve d’un empire contraint


Le cessez-le-feu annoncé entre Washington et Téhéran ne marque pas la fin d’une séquence de force américaine. Il consacre au contraire une réalité plus troublante, celle d’une puissance contrainte de négocier après avoir échoué à imposer ses objectifs militaires et stratégiques.

Mardi 7 avril 2026, à moins de deux heures de l’expiration d’un ultimatum par lequel Donald Trump menaçait de détruire « toute une civilisation », les États-Unis et l’Iran sont convenus d’un cessez-le-feu de deux semaines, médié par le Pakistan. Le président américain a déclaré avoir reçu de Téhéran un plan en dix points constituant, selon lui, « une base viable de négociation ». Vingt-quatre heures plus tôt, il qualifiait ce même plan de « pas assez bon ».

La séquence, dans sa brutalité, résume à elle seule les cinq semaines de guerre qui l’ont précédée : une escalade rhétorique sans prise sur le réel, un enlisement militaire que l’administration refuse de nommer, et un rapport de force qui, à ce stade, penche structurellement en faveur de l’Iran.

Les dix points iraniens, tels que diffusés par l’agence officielle IRNA, constituent une position de négociation maximaliste : cessation permanente des hostilités, levée totale des sanctions primaires et secondaires, contrôle iranien du transit dans le détroit d’Ormuz, retrait des forces américaines du Moyen-Orient, libération des actifs iraniens gelés, résolution contraignante de l’ONU, acceptation du droit à l’enrichissement d’uranium et compensation pour les destructions de guerre. Aucun de ces points ne représente un compromis. Tous sont des exigences de longue date que Téhéran n’avait jamais été en position d’imposer. Le fait que Washington accepte de s’asseoir à la table sur cette base, même en affirmant que la version réellement négociée diffère du texte public, traduit un rapport de force que cinq semaines de bombardements n’ont pas inversé.

L’enlisement militaire : l’impasse que l’administration ne nomme pas

Pour comprendre comment Washington en est arrivé là, il faut remonter à la réalité opérationnelle du conflit. L’objectif annoncé par l’administration Trump était la destruction des capacités balistiques et navales iraniennes, avec un horizon de quatre semaines. L’assassinat du Guide suprême Khamenei le premier jour des frappes devait, dans le calcul initial, provoquer un effondrement des structures de commandement. Cinq semaines plus tard, le programme balistique est dégradé mais non détruit, le programme nucléaire fait l’objet de revendications contradictoires entre Washington et Téhéran, et les Gardiens de la Révolution continuent de lancer des drones et des missiles à travers la région.

L’option de troupes au sol n’a jamais été sérieusement envisagée, et l’opération de sauvetage du pilote du F-15E abattu au-dessus d’Ispahan a démontré pourquoi. Le 3 avril, un Strike Eagle a été abattu par un missile sol-air iranien, forçant l’éjection de deux membres d’équipage en territoire ennemi. L’opération de sauvetage qui a suivi, impliquant des centaines de forces spéciales, plus de 150 aéronefs, des commandos DEVGRU et des équipes de la CIA, a duré quarante-huit heures et s’est soldée par la destruction de deux MC-130J, de quatre hélicoptères MH-6, la perte d’un A-10 Warthog abattu au-dessus du détroit d’Ormuz, et l’endommagement de deux Black Hawks. Le tout pour récupérer deux pilotes. Le coût estimé de cette seule opération dépasserait les deux milliards de dollars. La comparaison avec le désastre d’Eagle Claw en 1980 s’est imposée dans tous les cercles stratégiques. Si le sauvetage de deux aviateurs en territoire iranien coûte ce prix, le coût d’une intervention terrestre devient tout simplement impensable.

Et chaque intervention chirurgicale contre les structures du pouvoir iranien, loin de fragiliser le pays, a produit l’effet inverse : un ralliement patriotique autour du drapeau qui a consolidé la cohésion politique intérieure, marginalisé les contestataires, et renforcé les partisans de la ligne dure qui avaient toujours soutenu que la confrontation avec les États-Unis était inévitable. L’agression américano-israélienne a fini par leur donner raison.

L’Iran, de son côté, a adopté une « défense en mosaïque », reposant sur des cellules décentralisées, des lanceurs mobiles camouflés en véhicules civils et des drones bon marché produits en masse, qui a transformé chaque frappe américaine en un exercice coûteux d’attrition. Le ratio économique du conflit est désastreux pour Washington : des millions de dollars dépensés pour détruire des cibles que Téhéran reconstitue à moindre coût. C’est précisément la leçon de la guerre en Ukraine transposée au Moyen-Orient : dans un conflit d’usure, c’est la capacité de l’outil de production qui détermine le vainqueur, pas la sophistication de l’armement.

La fracturation du système d’alliances américain

L’acquis stratégique le plus significatif de l’Iran dans ce conflit n’est pas territorial. Il est politique. En cinq semaines, Téhéran a réussi à créer des lignes de fracture majeures au sein du système d’alliances américain.

Première fracture : le Golfe. Comme nous l’avons analysé dans ces colonnes, les monarchies du Golfe ont découvert en trois jours que la protection américaine était un mythe opérationnel. Les bases désertées de Bahreïn et du Qatar, les systèmes THAAD non réapprovisionnés, les munitions redirigées vers Israël : tout a convergé pour révéler que Washington défend ses intérêts, pas ses alliés. La confiance des capitales du Golfe dans le parapluie américain est désormais structurellement fissurée.

Deuxième fracture : l’OTAN. Contrairement au schéma afghan de 2001, où l’invocation de l’article 5 avait entraîné une mobilisation collective, l’appel à l’aide de Trump dans ce conflit est resté largement sans réponse. Le Royaume-Uni a déployé des avions en rôle défensif et autorisé un usage limité de ses bases, mais aucune coalition comparable n’a émergé. L’Espagne a été le seul gouvernement européen à condamner les frappes initiales américano-israéliennes. La France a appelé à l’inclusion du Liban dans le cessez-le-feu. L’Allemagne s’est abstenue de toute déclaration de soutien opérationnel. Washington s’est retrouvé militairement seul avec Israël. Ce qui, précisément, est le problème.

Troisième fracture : la droite américaine et l’institution militaire. La frange « America First » du mouvement MAGA est de plus en plus ouvertement hostile à une politique étrangère qui, selon elle, sert les intérêts d’Israël davantage que ceux des États-Unis. L’aveu de Rubio, reconnaissant que l’entrée en guerre avait été précipitée par une décision israélienne, a provoqué une déflagration dans la base électorale trumpiste. Matt Walsh a déclaré que c’était « la pire chose possible à dire ». Des vétérans se sont publiquement interrogés sur le fait que des soldats américains meurent pour une guerre déclenchée par un pays allié. Mais la fracture la plus révélatrice est peut-être celle qui traverse le Pentagone lui-même. Le 3 avril, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, aux côtés de deux autres généraux, David Hodne et William Green Jr., sans fournir d’explication publique. Ces limogeages s’inscrivent dans une purge en cascade de plus d’une douzaine d’officiers généraux depuis le début du second mandat de Trump. Un responsable américain cité par Axios a qualifié cette décision, en pleine guerre, de « délirante ». Le sénateur Chris Murphy a formulé l’hypothèse que des généraux expérimentés estiment les plans de Hegseth pour l’Iran « inapplicables, désastreux et meurtriers ». Que les raisons soient doctrinales ou personnelles, le signal est le même : il existe une fracture profonde entre l’exécutif politique et le commandement militaire, alors même que les États-Unis ne sont pas officiellement en état de guerre déclaré et que les troupes au sol n’ont pas été engagées. Cette érosion interne représente pour l’Iran un dividende politique bien plus précieux que n’importe quel gain territorial.

Ormuz : le fait accompli stratégique

Au-delà des fractures politiques, l’Iran a obtenu un fait accompli d’une portée stratégique considérable : le contrôle de facto du détroit d’Ormuz. Robert Pape, qui a conseillé la Maison-Blanche pendant plusieurs années sur les questions de sécurité nationale, a longtemps argumenté que la puissance américaine reposait, en dernière instance, sur sa capacité à garantir la liberté du commerce international et la sécurité des routes maritimes. Or cinq semaines de guerre ont révélé une réalité que Washington préférait ne pas formuler : Ormuz n’est plus sous le contrôle de la 5e Flotte. Il est sous le contrôle de l’Iran.

Le fait que le plan iranien en dix points inclue un « protocole de transit sécurisé » dans le détroit et que Téhéran ait déjà institué un système de péage de facto sur le passage des navires traduit cette nouvelle réalité. Ormuz rejoint ainsi la mer de Chine méridionale, objectivement de plus en plus sous contrôle chinois, et Bab el-Mandeb dans la liste des goulots d’étranglement maritimes qui échappent progressivement au contrôle américain. Pour la première puissance navale de l’histoire, c’est une érosion existentielle.

La levée des sanctions : le véritable enjeu

Parmi les dix points iraniens, la levée totale des sanctions primaires et secondaires constitue probablement l’objectif stratégique principal de Téhéran. Et l’Iran sait qu’il dispose aujourd’hui d’un levier qu’il n’avait jamais eu auparavant : la guerre, Ormuz, les élections de mi-mandat américaines.

Il faut ici rappeler un fait que l’escalade militaire a rendu contre-intuitif : la base de la contestation politique en Iran, estimée à environ un tiers de la population, reposait en grande partie sur la frustration économique. Les sanctions, en étranglant l’économie iranienne, alimentaient un mécontentement intérieur que Washington espérait voir se transformer en levier de changement. Or, une levée des sanctions obtenue de haute lutte, par la guerre et par la capacité de nuisance stratégique, produirait l’effet exactement inverse : elle renforcerait considérablement le pouvoir iranien en lui permettant de restaurer les conditions économiques, consoliderait la cohésion nationale autour d’un récit de victoire, et assiècherait le terreau de la contestation interieure.

De surcroît, une levée des sanctions sous contrainte de force constituerait un précédent historique. Jamais les États-Unis n’ont levé un régime de sanctions économiques sous pression militaire directe. Cela signifierait, en termes de perception géopolitique, que l’outil sanctions, pilier de la politique étrangère américaine depuis trois décennies, est réversible dès lors que la cible possède suffisamment de capacités de nuisance. Ce serait, pour tout observateur à Pékin, à Moscou ou à Pyongyang, un signal d’une portée considérable.

Le Liban : le véritable test de la trêve

La fragilité du cessez-le-feu s’est révélée dès ses premières heures. Alors que le Pakistan annonçait une trêve « effective immédiatement, y compris au Liban », le cabinet Netanyahu a aussitôt déclaré que le cessez-le-feu ne s’appliquait pas aux opérations contre le Hezbollah. Quelques heures plus tard, l’armée israélienne lançait ce qu’elle a décrit comme sa plus vaste frappe coordonnée de la guerre au Liban : plus de 100 cibles en dix minutes, frappant Beyrouth, le sud du pays et la Bekaa. Le ministère libanais de la Santé a fait état d’au moins 254 morts dans la seule journée de mercredi, le bilan quotidien le plus lourd de la guerre israélo-libanaise.

L’objectif de cette escalade n’était pas militaire au sens classique du terme. Il ne s’agissait pas de poursuivre une campagne planifiée sur le temps long. Ce déluge de feu concentré en quelques heures, le lendemain même de l’annonce du cessez-le-feu, avait une fonction de provocation : obliger l’Iran à répliquer, invoquer la solidarité de l’alliance américaine, et ainsi faire capoter un accord dont Israël n’a pas défini les termes et dont il a été informé à la dernière minute, révélant au passage une fracture de plus en plus visible entre Washington et Tel-Aviv.

La réponse iranienne a été calibrée : refermer le détroit d’Ormuz, quelques heures seulement après la réouverture du trafic, et réaffirmer publiquement que l’accord inclut le Liban. Cette stratégie place les États-Unis devant un dilemme qu’ils ne peuvent pas esquiver : soit ils exercent une pression réelle sur Israël pour stopper les opérations au Liban, ce qui est la condition iranienne non négociable, soit ils laissent Netanyahu continuer et le cessez-le-feu s’effondre, ramenant Washington dans une guerre dont il veut précisément sortir.

Ainsi, le sort de cette trêve ne se joue pas à Téhéran ni à Washington. Il se joue au Liban, et plus exactement dans la capacité des États-Unis à contraindre Israël. Or c’est précisément là que réside le paradoxe le plus troublant de cette séquence. On pourrait penser que, au vu du déséquilibre objectif de l’alliance, puisque les États-Unis fournissent les armes, les munitions, le renseignement et la couverture diplomatique, Washington dispose de tous les leviers nécessaires pour obtenir d’Israël un arrêt des opérations au Liban. Mais les enquêtes accumulées depuis deux ans, du New York Times au Washington Post, sur la dynamique réelle de la relation entre le Premier ministre Netanyahu et la présidence Trump, suggèrent que le rapport de force interne à cette alliance est plus complexe qu’il n’y paraît, et que la capacité de Washington à s’imposer face à Tel-Aviv n’est ni acquise ni prévisible. C’est sur cet équilibre incertain, que personne ne maîtrise entièrement, que repose la fragile trêve de cette guerre.

Sources :

Accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran : quelles sont les conditions, et quelles sont les prochaines étapes ?

Le détroit reste fermé et les combats au Liban forcent la trêve alors que les États-Unis et l’Iran visent les premiers pourparlers


Les États-Unis et l’Iran acceptent un cessez-le-feu de deux semaines

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Guerre en Iran : la victoire insaisissable de Trump


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Iran–États-Unis : le calcul stratégique de la Chine

Derrière la posture officielle de non-ingérence, la Chine tire de la guerre en cours des bénéfices stratégiques qui dépassent de loin le coût énergétique du conflit. Analyse d’un calcul froid.

Depuis le 28 février 2026, le regard occidental sur le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran se concentre, logiquement,  sur le théâtre des opérations : frappes, ripostes, victimes civiles, détroit d’Ormuz, déstabilisation des pays du Golfe. Mais il existe un acteur qui n’apparaît sur aucune carte de bataille et qui, pourtant, engrange peut-être davantage de gains stratégiques que n’importe lequel des belligérants. Cet acteur, c’est la Chine.

La lecture dominante de la position chinoise repose sur une hypothèse simple : Pékin, premier importateur mondial de pétrole, serait structurellement vulnérable à toute fermeture ou perturbation du détroit d’Ormuz par lequel transite environ un cinquième de la consommation pétrolière mondiale. Cette lecture est correcte dans ses fondamentaux. Mais elle est incomplète, et c’est dans cet écart entre la vulnérabilité théorique et la réalité opérationnelle que se loge le véritable calcul stratégique chinois.

Une vulnérabilité énergétique réelle, mais soigneusement amortie

Il est indéniable que la Chine reste dépendante des hydrocarbures transitant par le Golfe. Mais cette dépendance a été méthodiquement atténuée au cours des dernières années. À la veille du déclenchement de la guerre, les réserves stratégiques chinoises combinant stocks gouvernementaux et stocks commerciaux sous supervision étatique atteignaient un niveau estimé à environ 1,3 milliard de barils, le plus élevé au monde, devant les États-Unis eux-mêmes. Une loi adoptée en janvier 2025 a formellement unifié réserves stratégiques et réserves commerciales sous un cadre national unique, donnant à l’État un contrôle opérationnel sans précédent sur l’ensemble de ces stocks. Au rythme de consommation chinois, ces réserves couvrent environ 80 à 90 jours d’importations nettes un matelas qui ne rend pas la Chine invulnérable, mais qui lui offre un horizon temporel qu’aucun autre grand importateur ne possède.

Par ailleurs, dans les semaines précédant le début du conflit, l’Iran avait significativement accéléré ses exportations pétrolières, atteignant environ 1,3 million de barils par jour, soit un niveau inhabituellement élevé pour un pays sous sanctions. La destination principale de ce brut : les raffineries chinoises. Pékin, acheteur de plus de 80 % du pétrole iranien, a ainsi pu constituer des stocks supplémentaires à prix décoté, anticipant le choc de la fermeture d’Ormuz. Il ne s’agit pas d’un hasard calendaire. Il s’agit d’une logistique de pré-positionnement qui en dit long sur le degré de coordination sino-iranienne en amont du conflit.

Ajoutez à cela un facteur structurel que les analyses occidentales sous-estiment systématiquement : la Chine a massivement investi dans la réduction de sa dépendance pétrolière. La pénétration des véhicules électriques sur le marché chinois a atteint 41 % en 2024, réduisant la consommation de gasoline d’environ 28 millions de tonnes. Le remplacement progressif des camions diesel par des poids lourds au gaz naturel liquéfié contribue à la même dynamique. Selon les projections du CNPC, la demande pétrolière chinoise pourrait atteindre son pic dès 2027. Autrement dit, la fenêtre de vulnérabilité énergétique chinoise, bien qu’encore réelle, se referme à un rythme que peu d’observateurs intègrent dans leurs modèles.

Le laboratoire iranien : un apprentissage en temps réel de la guerre américaine

Mais le véritable gain stratégique de Pékin dans ce conflit n’est pas énergétique. Il est militaire et technologique. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran constitue pour l’état-major chinois un laboratoire grandeur nature sans précédent une occasion de mesurer, en conditions opérationnelles réelles, les capacités, les limites et les vulnérabilités de la machine de guerre américaine.

La coopération sino-iranienne en matière d’équipements militaires et de renseignement est, à ce stade du conflit, abondamment documentée par les sources ouvertes. Avant la guerre, la Chine avait fourni à l’Iran des radars de type YLC-8B, un système UHF conçu pour détecter les avions furtifs précisément les F-35 et F-22 qui constituent le fer de lance de la puissance aérienne américaine. L’Iran a transitionné son architecture militaire de navigation du GPS américain vers le système chinois BeiDou-3, dont le signal chiffré est insensible au brouillage américain et dispose d’une fonction de messagerie courte permettant de maintenir les communications même en cas de destruction des réseaux locaux. Plusieurs analystes, dont l’ancien directeur du renseignement extérieur français Alain Juillet, estiment que l’amélioration significative de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des douze jours de juin 2025 s’explique directement par l’accès aux signaux militaires de BeiDou.

Pendant la guerre, la coopération est passée au stade opérationnel. Le JINSA (Jewish Institute for National Security of America) a documenté le déploiement, pendant la phase de montée en puissance américaine début 2026, de navires de surveillance chinois capables de traquer les mouvements de la flotte américaine et de transmettre des données de ciblage aux forces iraniennes. Des entreprises chinoises comme MizarVision, opérant la constellation Jilin-1 de plus de 120 satellites, ont publié des images haute résolution des positions de troupes américaines. Le Washington Post a rapporté, sur la base de trois sources officielles américaines, que la Russie fournissait à l’Iran les localisations précises des navires de guerre et des aéronefs américains un pipeline d’information dans lequel la composante chinoise en matière d’imagerie satellitaire et de navigation est indissociable.

Pour l’état-major de l’Armée populaire de libération, cette guerre est un stress test en temps réel. Chaque missile iranien guidé par BeiDou qui atteint ou s’approche d’une cible américaine fournit des données sur la signature radar des appareils furtifs, sur les temps de réaction des systèmes de défense antimissile, sur les seuils de saturation des intercepteurs, sur les capacités d’interférence électronique américaines, sur les vulnérabilités logistiques des groupes aéronavals. Le fait qu’une puissance régionale moyenne, dotée d’une stratégie asymétrique particulière, parvienne à tenir en échec fût-ce temporairement le fer de lance de la puissance militaire américaine, y compris les groupes aéronavals, constitue en soi une donnée stratégique majeure pour Pékin dans la perspective de tout scénario futur dans le détroit de Taïwan.

L’Armée populaire de libération ne s’en cache d’ailleurs pas. Le 3 mars 2026, l’état-major chinois a publié sur ses plateformes officielles, en chinois et en anglais, un document intitulé « Cinq leçons que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran enseigne au monde », résumant les enseignements tirés des premières soixante-douze heures du conflit. Ce degré de transparence doctrinale est inhabituel et signale clairement que Pékin considère ce conflit comme un matériau d’apprentissage stratégique de premier ordre.

L’érosion des stocks : le talon d’Achille industriel américain

Le troisième axe de bénéfice stratégique pour la Chine est peut-être le plus structurant à moyen terme : l’érosion accélérée des stocks de munitions et d’intercepteurs américains. La guerre en Ukraine avait déjà mis en lumière un fait désagréable pour Washington les États-Unis ne sont plus une puissance industrielle de défense capable de produire à l’échelle d’un conflit prolongé. La cadence de production ne suit pas la cadence de consommation. Et la guerre contre l’Iran aggrave cette asymétrie à une vitesse que peu d’analystes avaient anticipée.

Selon un rapport du Congressional Research Service, les intercepteurs THAAD ont représenté près de la moitié de l’ensemble des intercepteurs américains et israéliens utilisés pour protéger Israël durant la guerre des douze jours de juin 2025. Environ 92 intercepteurs THAAD avaient alors été consommés sur un stock estimé à 632 unités et le réapprovisionnement de ce stock prendrait, selon les estimations, de trois à huit ans. La guerre actuelle a considérablement aggravé cette situation. Les systèmes THAAD déployés au Moyen-Orient sont arrivés à épuisement, des radars AN/TPY-2 ont été endommagés ou détruits par des frappes iraniennes, et Washington a été contraint de transférer des composants THAAD depuis la Corée du Sud vers le théâtre moyen-oriental un redéploiement confirmé par le Washington Post et par les médias sud-coréens.

Ce transfert dit deux choses. D’abord, il confirme que les stocks américains sont étirés au-delà de ce que la posture de dissuasion mondiale peut absorber. Ensuite, et c’est le point stratégiquement décisif pour Pékin, il crée un momentum. Les systèmes de défense antimissile retirés de Corée du Sud sont précisément ceux qui contribuaient à la dissuasion face à la Corée du Nord mais, par extension, face à la Chine. Si les États-Unis sont incapables de maintenir simultanément leur posture de défense en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient, alors la fenêtre d’opportunité pour une action chinoise dans le détroit de Taïwan ou en mer de Chine méridionale s’ouvre mécaniquement.

Il est certain que les planificateurs militaires chinois ont pris note de cette équation. L’option militaire sur Taïwan a toujours été sur la table à Pékin. Mais la question n’a jamais été celle de la volonté : c’est celle du moment. Et le moment se définit par le rapport de forces. Or, entre le financement de la guerre en Ukraine, les livraisons de matériel à Israël, et la consommation accélérée de munitions au Moyen-Orient, la capacité américaine à défendre simultanément Taïwan avec la crédibilité nécessaire s’érode objectivement. Il est très probable que l’état-major chinois a produit une note favorable à un avancement du calendrier, non pas pour déclencher une crise immédiate, mais pour réévaluer les hypothèses de planification dans un sens plus offensif.

La fin de l’hégémonie planétaire : le parallèle soviétique

Vue de Pékin, la séquence actuelle s’inscrit dans un arc historique plus large. Les États-Unis, comme l’Union soviétique en son temps, sont en train de découvrir que la projection de puissance sur plusieurs théâtres simultanés finit par éroder la capacité à protéger chacun d’entre eux. L’Ukraine, Israël, le Golfe, et les tensions latentes dans le Pacifique constituent autant de fronts qui, pris individuellement, sont gérables, mais qui, cumulés, commencent à excéder la capacité de l’outil militaro-industriel américain.

La Chine, de son côté, concentre l’essentiel de sa puissance militaire sur un théâtre unique : la mer de Chine et le détroit de Taïwan. Face à une Amérique dispersée sur quatre fronts, la masse critique chinoise dans cette zone ne fait que croître en termes relatifs sans que Pékin ait besoin d’accélérer ses propres dépenses militaires.

Enfin, dans la course à l’hégémonie technologique, la structure des vulnérabilités s’est inversée. La Chine a toujours contrôlé l’accès aux terres rares essentielles à l’industrie de défense mondiale un avantage que Washington n’a jamais réussi à contrebalancer. Les États-Unis, en revanche, disposaient d’un avantage structurel en matière d’énergie depuis la révolution du schiste. Mais la crise actuelle fermeture d’Ormuz, flambée des prix, perturbation des chaînes d’approvisionnement révèle que cet avantage est plus fragile qu’il n’y paraît. Les États-Unis, en tant que démocratie consumériste dont l’économie est directement exposée aux chocs de prix, sont structurellement plus vulnérables à une hausse prolongée des cours de l’énergie que la Chine, dont l’appareil étatique peut administrer les prix, rationner la consommation et mobiliser des réserves stratégiques massives sans subir les contraintes du cycle électoral. Pékin le sait, et chaque jour de guerre supplémentaire au Moyen-Orient creuse cette asymétrie.

Le calcul froid de la patience stratégique

Il serait simpliste de dire que la Chine « profite » de la guerre. La formule exacte est plus subtile : Pékin a structuré sa position de sorte que le coût du conflit lui soit supportable et que les bénéfices stratégiques dépassent largement les pertes. Des réserves énergétiques au plus haut, un outil de renseignement qui s’améliore en temps réel, un concurrent stratégique qui s’épuise militairement et industriellement, un théâtre asiatique qui se découvre progressivement tout converge vers un renforcement relatif de la position chinoise.

Sans tirer un seul coup de feu, sans engager un seul soldat, la Chine est en train de transformer la guerre Iran–États-Unis en un accélérateur de basculement de l’ordre mondial. Et la question qui devrait préoccuper Washington n’est pas de savoir si Pékin est satisfait du déroulement des opérations. C’est de savoir ce que la Chine fera de cet avantage une fois que la poussière sera retombée au Moyen-Orient.

Sources :

Uncertainty faces China Inc’s projects in Iran after US–Israeli strikes : Reuters

Laden Iranian ships depart Chinese port tied to key military chemicals : The Washington Post

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Modèle français face à la richesse des nations

À l’heure où la croissance française ralentit, où la question de la dette publique s’impose dans le débat, et où les tensions sociales persistent, les fondements du modèle économique français méritent d’être réinterrogés.

Lorsqu’Adam Smith publie La Richesse des nations en 1776, son intuition centrale est connue : la prospérité d’un pays repose d’abord sur sa capacité à libérer les forces productives, à favoriser la division du travail et à laisser circuler les échanges dans un cadre institutionnel stable. L’État n’est pas absent de ce schéma, mais il n’en constitue pas le centre de gravité. Il garantit la sécurité, la justice, certaines infrastructures et les conditions générales de fonctionnement du marché. Pour le reste, la création de richesse naît de l’initiative individuelle, de la spécialisation et de la coordination décentralisée des intérêts.

Vue depuis la France contemporaine, cette architecture paraît à la fois familière et lointaine. Familière, parce que la France reste bien une économie de marché, fondée sur la propriété privée, l’entreprise, l’échange et la concurrence. Lointaine, parce que ce marché s’y déploie dans un environnement de prélèvements obligatoires élevés, de dépense publique massive, de régulation dense et d’arbitrages collectifs nombreux. La France n’a pas renoncé à l’économie de marché ; elle l’a progressivement enchâssée dans une logique de correction, d’encadrement et de compensation.

La France n’a pas renoncé au marché ; elle en corrige en permanence les résultats, parfois jusqu’à en affaiblir les mécanismes.

C’est là sans doute que se situe la première tension entre Smith et le modèle français actuel. Dans La Richesse des nations, le marché ne vaut pas seulement comme principe abstrait de liberté : il constitue un mécanisme d’allocation des ressources, supposé orienter le capital et le travail vers les usages les plus productifs. La concurrence y joue un rôle disciplinaire ; le prix, un rôle d’information ; l’intérêt individuel, un rôle moteur. Or le modèle français, tout en conservant ces ressorts, les entoure d’un maillage institutionnel si dense qu’il en modifie parfois la dynamique.

Le marché du travail en offre une illustration évidente. La protection qu’il garantit répond à une demande légitime de sécurité et de stabilité, mais elle s’accompagne aussi de rigidités persistantes, d’un coût du travail élevé sur certains segments et d’une difficulté chronique à concilier protection des insiders et insertion durable des outsiders. Ce décalage n’est pas anecdotique. Il touche au cœur de la question smithienne : comment organiser un système économique qui encourage simultanément l’initiative, l’emploi, l’investissement et la mobilité des ressources ? À trop privilégier la préservation des équilibres existants, le risque est de freiner les dynamiques d’ajustement et d’innovation qui conditionnent la croissance à long terme.

La fiscalité, elle aussi, éclaire cette ambivalence. Dans la tradition française, l’impôt ne sert pas uniquement à financer les fonctions régaliennes et les biens publics ; il est aussi un instrument de redistribution, de stabilisation et d’orientation économique. Cette extension de ses finalités a profondément transformé la place de l’État. Dans le schéma de Smith, la richesse précède la redistribution ; dans le modèle français, redistribution et production sont étroitement imbriquées, au point que la seconde est parfois pensée à travers les exigences de la première. Cette logique a ses vertus. Elle a permis de financer des services publics étendus, de réduire les inégalités monétaires et d’amortir les chocs sociaux. Mais elle soulève aussi une interrogation croissante sur l’efficacité des prélèvements et sur leurs effets cumulatifs sur l’activité.

Le modèle français protège, corrige et amortit ; il peine davantage à simplifier, stimuler et projeter.

Cette difficulté tient en partie à la place singulière qu’occupe l’État dans l’économie française. Là où Smith concevait un État arbitre, garant et parfois bâtisseur, la France a progressivement construit un État à la fois financeur, régulateur, employeur, stratège et réparateur. Cette extension continue des fonctions publiques s’est nourrie d’une histoire longue : héritage administratif centralisé, montée de l’État-providence, réponse aux crises successives, volonté de préserver la cohésion sociale dans un pays profondément attaché à l’égalité. Mais elle a produit en retour une forme de dépendance structurelle à l’intervention publique.

Cette dépendance se manifeste de plusieurs façons. Elle se lit d’abord dans l’attente sociale vis-à-vis de l’État, auquel il est demandé de corriger les déséquilibres du marché, de soutenir le pouvoir d’achat, de protéger les secteurs menacés, de financer la transition écologique, de garantir l’accès aux soins, de sauver l’industrie, de réguler les prix et de compenser les effets des crises extérieures. Elle se lit ensuite dans la difficulté politique à hiérarchiser les dépenses, à distinguer ce qui relève de l’investissement de long terme et ce qui ressort de l’entretien permanent du statu quo. Elle se lit enfin dans une forme de brouillage conceptuel : l’État est souvent sommé de produire de la croissance tout en corrigeant ex ante et ex post tous les coûts sociaux qu’elle pourrait engendrer.

Or c’est précisément ce type de confusion que la lecture de Smith permet de questionner. Non parce qu’elle fournirait une recette directement transposable au XXIe siècle, mais parce qu’elle oblige à revenir à une distinction essentielle : celle entre les conditions de production de la richesse et les mécanismes de sa redistribution. Dans le débat français, cette distinction tend à s’estomper. La solidarité, valeur centrale du compromis social national, est parfois pensée indépendamment de la dynamique de création de valeur qui doit pourtant la rendre soutenable. De là naît une fragilité de fond : un système peut être très redistributif sans être suffisamment productif ; il peut corriger efficacement les inégalités présentes tout en préparant mal la prospérité future.

La question n’est pas de choisir entre efficacité économique et justice sociale, mais de savoir sur quelle base productive la seconde peut durablement reposer.

C’est pourquoi le détour par La Richesse des nations demeure utile. Smith rappelle qu’une économie prospère est d’abord une économie qui produit, spécialise, échange et investit. Cette évidence est parfois occultée dans le cas français par l’intensité des débats budgétaires et sociaux, qui finissent par faire de la répartition la question première, avant même celle de la création de richesse. Cela ne signifie évidemment pas que la redistribution serait secondaire. Cela signifie qu’elle ne peut être conçue indépendamment de la compétitivité, de l’innovation, de la qualité du tissu productif, de la capacité à attirer l’investissement et de l’efficacité des institutions.

À cet égard, la France se trouve dans une position paradoxale. Elle dispose d’atouts considérables : une démographie relativement dynamique à l’échelle européenne, des infrastructures de qualité, de grandes entreprises internationalisées, une capacité d’innovation réelle, un niveau élevé de qualification dans certains secteurs et une puissance publique capable de mobiliser rapidement des moyens importants. Mais ces atouts coexistent avec des faiblesses persistantes : complexité normative, sentiment d’instabilité fiscale, lourdeur administrative, difficulté à faire croître les entreprises de taille intermédiaire, désajustements sur le marché du travail, et faible lisibilité globale du cap économique à moyen terme.

Le problème n’est donc pas seulement quantitatif ; il est aussi qualitatif. Ce qui est en cause n’est pas le volume de l’intervention publique en soi, mais son efficacité relative, sa cohérence et sa capacité à ne pas neutraliser les incitations qu’elle prétend compléter. Un État stratège n’est pas un État omniprésent ; un État protecteur n’est pas nécessairement un État qui empile les dispositifs ; une économie sociale de marché n’est pas une économie dans laquelle le signal-prix, le risque entrepreneurial et la concurrence deviennent secondaires.

De ce point de vue, la France n’est pas tant en rupture avec Adam Smith qu’en situation de dialogue inachevé avec lui. Elle partage avec sa pensée l’idée qu’il faut un cadre institutionnel solide, une division du travail performante, des infrastructures collectives et une confiance minimale dans la capacité des acteurs économiques à produire de la richesse. Mais elle s’en éloigne par une tendance constante à suspecter les résultats du marché avant même qu’ils ne se produisent, et à organiser en amont leur correction.

Le modèle français ne récuse pas le marché ; il lui demande de produire sous surveillance.

Cette surveillance permanente peut se justifier dans certains domaines. Les externalités, les asymétries d’information, les rentes, les monopoles naturels, les crises systémiques ou les impératifs écologiques imposent évidemment de dépasser le strict cadre du laisser-faire. Le contexte contemporain n’est plus celui du XVIIIe siècle. Les chaînes de valeur sont mondialisées, les transitions énergétiques sont coûteuses, la géopolitique pèse sur les approvisionnements, et l’innovation technologique recompose très vite les rapports de force. Mais c’est précisément dans ce contexte que la qualité de la coordination entre État et marché devient décisive. Une politique publique efficace ne doit pas seulement compenser ; elle doit rendre possible.

Rendre possible, en France, suppose probablement trois déplacements. Le premier consisterait à simplifier l’environnement économique, non par obsession idéologique de la dérégulation, mais pour restaurer de la lisibilité et de la prévisibilité. Le deuxième impliquerait de réorienter plus nettement la dépense publique vers ce qui augmente réellement le potentiel de croissance : éducation, innovation, technologie, réindustrialisation, adaptation écologique. Le troisième exigerait de repenser certaines formes de redistribution afin qu’elles demeurent puissantes socialement sans produire d’effets désincitatifs excessifs ni entretenir une dépendance structurelle à la dépense courante.

Ce triple mouvement ne reviendrait pas à “faire du Smith” contre le modèle français. Il reviendrait plutôt à prendre au sérieux une intuition que le débat national contourne souvent : une société ne protège durablement que ce qu’elle est capable de produire durablement. C’est dans cet écart entre ambition sociale et base productive que se joue aujourd’hui une partie essentielle de l’avenir économique du pays.

Relire La Richesse des nations à l’aune de la France contemporaine ne conduit donc ni à célébrer naïvement le marché, ni à condamner mécaniquement l’État-providence. Cette relecture invite plutôt à réexaminer les conditions d’un compromis devenu plus difficile à tenir : comment préserver un haut niveau de solidarité sans affaiblir les ressorts de la production ? comment maintenir une protection sociale forte sans décourager la prise de risque ? comment continuer à corriger les inégalités sans faire reposer l’ensemble du système sur une croissance trop faible et une dette trop lourde ?

Au fond, la question française n’est pas de savoir s’il faut choisir Adam Smith contre le modèle social. Elle est de déterminer comment réarticuler la liberté économique, l’efficacité productive et la justice collective dans un cadre redevenu soutenable.

Sources :

France | OCDE

Cour des comptes

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Détroit d’Ormuz : COSCO relance ses navires

L’Iran a bien indiqué le 24 mars 2026 que les navires « non hostiles » pouvaient transiter par le détroit d’Ormuz sous coordination avec ses autorités, et COSCO a repris le 25 mars ses réservations vers plusieurs ports du Golfe.

En revanche, Reuters a aussi rapporté que deux navires liés à COSCO ont fait demi-tour le 27 mars, preuve que le risque n’a pas disparu.

« Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un passage maritime stratégique. C’est aussi un levier géopolitique capable de déplacer instantanément les prix de l’énergie, les coûts du transport mondial et la perception du risque sur les marchés financiers. »

Comprendre ce mécanisme est essentiel, car lorsqu’Ormuz se bloque ou se rouvre partiellement, ce ne sont pas seulement les pétroliers qui sont concernés. Ce sont aussi les prix du pétrole, du gaz, du fret, de l’assurance maritime et, à terme, une partie du coût de nombreux biens dans l’économie mondiale. En mars 2026, l’annonce iranienne autorisant le passage des navires jugés « non hostiles » a été perçue comme un début d’assouplissement, immédiatement surveillé par les marchés.

Comment fonctionne réellement le levier du détroit d’Ormuz

Le détroit d’Ormuz est l’un des principaux goulets d’étranglement de l’économie mondiale. En temps normal, une part considérable des flux de pétrole et de gaz y transite. Lorsqu’un conflit perturbe cette route, la tension ne se limite pas au Moyen-Orient : elle se transmet aussitôt aux marchés de l’énergie, au commerce maritime et aux anticipations d’inflation. Reuters rappelle qu’au moment de la crise, ce passage concentrait environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz.

Source image : France 24

Mais ici, il ne s’agit pas d’une fermeture binaire, ouverte ou fermée. L’Iran semble plutôt chercher à instaurer un accès sélectif. Les navires considérés comme « non hostiles » peuvent, en théorie, passer à condition de se coordonner avec les autorités iraniennes. À l’inverse, les navires liés aux États-Unis, à Israël ou à des pays vus comme parties prenantes de l’agression restent exposés à un refus de passage.

Pourquoi ce n’est pas un simple retour à la normale

Ce type d’annonce peut donner l’impression d’une désescalade. En réalité, il s’agit plutôt d’une réouverture partielle, contrôlée et politiquement filtrée.

Autrement dit, le détroit ne redevient pas un espace neutre de circulation. Il tend à devenir un corridor conditionnel, où la liberté de navigation dépend de critères géopolitiques. Reuters Breakingviews souligne que le redémarrage de COSCO est un signal important, mais qu’il concerne surtout du fret conteneurisé ordinaire, pas les cargaisons énergétiques qui restent le cœur du rapport de force.

Cela change profondément la lecture économique de la crise : le sujet n’est plus seulement « le détroit est-il bloqué ? », mais aussi « pour qui est-il praticable, à quel prix, et avec quel niveau de risque ? ».

Qui sont les navires « non hostiles »

La formule est volontairement floue. Dans sa communication à l’ONU et à l’Organisation maritime internationale, l’Iran explique que peuvent bénéficier d’un passage sûr les navires qui ne participent pas à des actes d’agression contre lui et qui respectent ses règles de sûreté. Reuters a également rapporté qu’Abbas Araghchi avait cité des pays « amis » ou tolérés, dont la Chine, la Russie, l’Inde, l’Irak et le Pakistan.

Cette ambiguïté crée une asymétrie très forte. Certains armateurs disposent potentiellement d’un accès plus fluide, tandis que d’autres restent confrontés à des coûts d’escorte, à des surcoûts d’assurance ou à un risque d’immobilisation. Ce n’est donc pas seulement une question militaire : c’est aussi une nouvelle hiérarchie de compétitivité dans le transport maritime.

Pourquoi le retour de COSCO est autant observé

Dans ce contexte, la décision de COSCO de reprendre le 25 mars ses réservations vers les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l’Irak a été interprétée comme un test grandeur nature du nouveau régime de circulation dans le Golfe. Reuters note que, pour les marchés, ce type de décision est très révélateur : les grands armateurs ne relancent pas leurs routes sans un minimum de visibilité sur le risque, l’assurance et la faisabilité opérationnelle.

Mais ce signal d’optimisme doit être tempéré. Le 27 mars, deux navires chinois liés à COSCO ont tenté de sortir du Golfe via Ormuz avant de faire demi-tour, ce qui a montré que même pour des navires supposés bénéficier d’un traitement plus favorable, le passage ne pouvait pas encore être considéré comme garanti.

Quand la géopolitique se transforme en prix de marché

Dès qu’un signal d’assouplissement apparaît sur Ormuz, les marchés de l’énergie réagissent presque instantanément. Reuters a rapporté qu’après l’annonce d’un possible apaisement, le Brent était repassé sous les 100 dollars, alors même que la situation restait extrêmement instable. Cela montre que la prime de risque incorporée dans les prix dépend autant des anticipations que des flux effectivement rétablis.

En d’autres termes, les marchés ne valorisent pas seulement le pétrole disponible aujourd’hui. Ils valorisent aussi la probabilité qu’il puisse continuer à circuler demain.

C’est pourquoi un simple message diplomatique, une reprise partielle des réservations maritimes ou le passage de quelques navires peut faire bouger les cours. Mais tant que la sécurité du transit reste sélective et réversible, cette détente reste précaire. Les derniers développements de Reuters montrent d’ailleurs qu’au 31 mars le marché pétrolier demeure très tendu, avec un Brent reparti au-dessus de 114 dollars.

Le vrai sujet : assurance, fret et chaînes d’approvisionnement

L’effet économique ne passe pas seulement par le pétrole brut. Il passe aussi par le coût du transport.

Quand une zone maritime bascule dans le risque de guerre, les primes d’assurance explosent, les itinéraires se compliquent, les délais augmentent et certaines compagnies suspendent purement et simplement leurs opérations. Le retour partiel d’armateurs comme COSCO peut donc être interprété comme un début d’allégement de cette contrainte, mais pas comme un effacement du risque.

À cela s’ajoute une autre évolution plus structurelle : selon AP, l’Iran semble avoir mis en place une forme de régime quasi tarifaire ou de « toll booth », avec vetting politique des navires, coordination obligatoire et, dans certains cas, paiement de frais de passage. Cela transforme un détroit stratégique en instrument de sélection économique et diplomatique.

Pourquoi cela change la finance mondiale

Cette crise montre que la circulation maritime n’est plus seulement une question logistique. Elle devient un actif géopolitique.

Pour les investisseurs, cela signifie plusieurs choses :

d’abord, que le risque maritime doit désormais être intégré durablement dans la valorisation des matières premières, des compagnies d’assurance, du fret et de certaines industries importatrices ; ensuite, que l’accès à une route stratégique peut dépendre d’alignements politiques et non plus uniquement du droit commercial international ; enfin, que la segmentation des flux mondiaux entre corridors « sûrs », « tolérés » ou « hostiles » peut devenir un facteur structurel de coût.

Ce que cela signifie pour l’Europe

Pour l’Europe, la leçon est claire : même lorsqu’elle n’est pas directement dépendante du brut du Golfe, elle reste exposée à la volatilité mondiale de l’énergie, aux tensions sur les produits raffinés, au renchérissement du fret et aux effets inflationnistes importés. Reuters a indiqué le 31 mars que l’Union européenne demandait à ses États membres de se préparer à une perturbation prolongée des marchés énergétiques liée à la guerre avec l’Iran. Autrement dit, Ormuz n’est pas un sujet lointain. C’est un point de transmission immédiat entre géopolitique, inflation, commerce mondial et souveraineté économique.

Conclusion

Le message envoyé par Téhéran et la reprise partielle de COSCO ne signifient pas un retour à la normale. Ils signalent plutôt l’émergence d’un nouvel équilibre, plus fragile, plus sélectif et plus politique.

Le détroit d’Ormuz ne fonctionne plus seulement comme une voie maritime. Il devient un filtre stratégique, capable de redistribuer les coûts, les avantages concurrentiels et les rapports de force entre puissances commerciales.

Et c’est précisément pour cela que les marchés le surveillent autant : parce qu’aujourd’hui, le prix de l’énergie, le coût du fret et une partie de la stabilité économique mondiale se jouent aussi dans cette zone grise entre sécurité, diplomatie et contrôle des flux.

Sources :

Iran war: See how tanker traffic collapsed in the Strait of Hormuz

Ships must coordinate with Iran’s navy to pass through Strait of Hormuz, foreign ministry says

China confirms three ships passed through Strait of Hormuz

Chinese ships halt attempt to exit Hormuz despite Iran safe passage assurances

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Economie En vedette Energie

Comment fonctionnent les prix des quotas carbone

« Le prix du carbone est souvent perçu comme une simple taxe environnementale. En réalité, il fonctionne comme un véritable marché financier où l’offre, la demande et la rareté déterminent la valeur de la pollution. »

Comprendre ce mécanisme est essentiel, car aujourd’hui le prix du carbone influence directement le coût de l’énergie, des matériaux industriels et, à terme, celui de nombreux produits du quotidien.

Le système européen de quotas carbone, appelé EU ETS (Emissions Trading System), est aujourd’hui l’un des outils centraux de la transition énergétique en Europe.

Comment fonctionne réellement le marché du carbone

Le principe repose sur un mécanisme appelé “Cap and Trade”.

D’un côté, les autorités fixent une limite maximale d’émissions de CO₂ pour certains secteurs industriels comme l’énergie, l’acier, le ciment ou l’aviation. Ce plafond global le cap diminue progressivement chaque année afin de forcer la réduction des émissions.

Pour fonctionner, ce système s’appuie sur des quotas carbone :
1 quota = le droit d’émettre 1 tonne de CO₂.

Les entreprises doivent posséder suffisamment de quotas pour couvrir leurs émissions réelles. Si elles dépassent leur allocation, elles doivent acheter des quotas supplémentaires sur le marché.

À l’inverse, les entreprises qui émettent moins que prévu peuvent revendre leurs quotas excédentaires. C’est cette possibilité d’échanger les quotas le trade qui crée un véritable marché du carbone.

Pourquoi le prix du carbone fluctue

Comme sur les marchés financiers traditionnels, le prix des quotas carbone évolue en fonction de l’offre et de la demande. Plusieurs facteurs influencent ces variations.

D’abord, la météo et le prix de l’énergie jouent un rôle important. Lorsqu’un hiver est particulièrement froid ou que le prix du gaz augmente fortement, certains producteurs d’électricité se tournent vers le charbon, plus polluant. Les émissions augmentent alors, ce qui accroît la demande de quotas carbone.

Ensuite, il y a la rareté organisée. L’Union européenne réduit progressivement le nombre total de quotas disponibles sur le marché. Cette contraction de l’offre vise à augmenter le coût de la pollution pour accélérer la décarbonation de l’économie.

Enfin, il existe un mécanisme de stabilisation appelé MSR (Market Stability Reserve). Cette réserve agit un peu comme une banque centrale du carbone : lorsque trop de quotas circulent sur le marché, une partie est retirée pour éviter un effondrement des prix.

Ces ajustements permettent de maintenir un signal prix suffisamment fort pour encourager les entreprises à réduire leurs émissions.

Quand le prix du carbone influence l’économie réelle

Le prix du carbone ne concerne pas seulement les industries lourdes. Il finit souvent par se diffuser dans toute l’économie.

Lorsque la tonne de CO₂ devient plus chère, les entreprises fortement émettrices voient leurs coûts de production augmenter. C’est notamment le cas dans des secteurs comme l’acier, le ciment, la chimie ou le transport aérien. Ces coûts supplémentaires peuvent ensuite être répercutés dans les prix finaux.

Par exemple, une hausse du prix du carbone peut contribuer à renchérir le coût de construction d’un logement, le prix d’une voiture ou celui d’un billet d’avion.

Ce phénomène est parfois qualifié de “greenflation”, car la transition énergétique peut provoquer certaines pressions inflationnistes à court terme.

Pourquoi cette hausse des coûts est intentionnelle

L’objectif du marché carbone n’est pas seulement de mesurer les émissions. Il vise surtout à modifier les incitations économiques.

En rendant progressivement la pollution plus coûteuse, le système encourage les entreprises à investir dans des technologies plus propres.

Lorsque le prix du CO₂ augmente suffisamment, certaines alternatives deviennent plus compétitives :

  • les énergies renouvelables
  • l’hydrogène bas carbone
  • le recyclage des matériaux
  • les procédés industriels moins émetteurs

L’idée est simple : faire en sorte que réduire ses émissions devienne économiquement plus rentable que continuer à polluer.

Ce que cela signifie pour l’économie européenne

Avec la montée du marché carbone, le prix de la tonne de CO₂ est devenu un indicateur clé de la transition énergétique en Europe.

Il influence les décisions d’investissement des entreprises, les choix technologiques dans l’industrie et même certaines stratégies énergétiques des États.

Comme les indices boursiers pour les marchés financiers, le prix du carbone agit désormais comme un signal central pour orienter les flux économiques.

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Actualité Economie Entreprises

Près de 70 000 entreprises ont fait faillite en France en 2025. Un record historique !

Après plusieurs années d’aides massives pour soutenir l’économie pendant la pandémie, la France entre dans une nouvelle phase. Le temps du « quoi qu’il en coûte » est terminé.

Entre prêts garantis par l’État, reports de charges et dispositifs de soutien, l’État français a mobilisé près de 240 milliards d’euros pour éviter un effondrement de l’activité. À cela s’ajoute une hausse d’environ 1 000 milliards d’euros de la dette publique depuis la crise sanitaire.

Ces mesures ont permis d’éviter une vague immédiate de faillites et de préserver une grande partie du tissu économique. Mais trois ans après la fin du Covid, les effets secondaires apparaissent. 

Nombre de défaillances (cumul sur les douze derniers mois), décembre 1991 à août 2025

L’évolution des défaillances d’entreprises en Europe montre clairement ce phénomène. Après une chute pendant la pandémie, liée aux aides publiques massives, les faillites repartent fortement à la hausse à partir de 2022 pour atteindre un niveau supérieur à celui d’avant crise.

La fin du « quoi qu’il en coûte »

Pendant la pandémie, de nombreuses entreprises ont survécu grâce aux aides publiques. Les prêts garantis par l’État, les reports de charges ou encore l’activité partielle ont permis de maintenir en vie une grande partie de l’économie.

Mais ces dispositifs étaient temporaires. Depuis 2023, les échéances de remboursement se multiplient et les moratoires prennent fin. Une grande partie des prêts garantis par l’État a déjà été remboursée, obligeant les entreprises à fonctionner sans soutien exceptionnel.

Pour certaines structures déjà fragiles avant la crise, cette transition agit comme un révélateur des difficultés accumulées.

Une vague de faillites historique

Avec près de 70 000 cessations de paiement en 2025, la France dépasse les niveaux observés lors de plusieurs crises économiques récentes.

La vague touche différents types d’entreprises. Les PME installées depuis plus de quinze ans sont particulièrement exposées dans des secteurs comme l’industrie, la construction ou la restauration. Les très petites entreprises et certaines activités de services sont également fragilisées.

Dans plusieurs secteurs, la hausse des défaillances a été particulièrement marquée.

Des tensions de trésorerie croissantes

Au-delà des faillites, de nombreuses entreprises rencontrent aujourd’hui des difficultés financières. Une part importante des dirigeants de PME et de TPE déclare faire face à des problèmes de trésorerie.

La hausse des coûts de l’énergie, des transports ou de certaines matières premières a pesé sur les marges. Dans le même temps, la consommation ralentit et l’accès au crédit devient plus coûteux.

Lorsque la trésorerie se dégrade, les entreprises retardent souvent le paiement de leurs fournisseurs. Ce phénomène peut créer un effet domino et fragiliser l’ensemble de la chaîne économique.

Une économie plus prudente

La situation actuelle se caractérise par un paradoxe. L’inflation ralentit mais la croissance reste faible.

Les ménages privilégient l’épargne de précaution face aux incertitudes économiques et politiques. De leur côté, les entreprises hésitent à investir dans un contexte de crédit plus cher et de visibilité limitée.

L’argent reste présent dans l’économie mais circule moins rapidement.

La disparition des entreprises zombies

Une partie des faillites peut aussi s’expliquer par la disparition progressive des entreprises zombies.

Ce terme désigne des entreprises qui survivent grâce à des conditions financières favorables ou à des aides publiques malgré une rentabilité insuffisante. Pendant la crise sanitaire, ces structures ont pu prolonger leur activité grâce aux dispositifs de soutien.

Avec la fin de ces aides et la hausse des taux d’intérêt, certaines ne parviennent plus à maintenir leur équilibre financier.

La destruction créatrice

Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique décrite par l’économiste Joseph Schumpeter : la destruction créatrice.

Les crises provoquent la disparition des entreprises les moins productives, libérant des ressources pour de nouvelles activités plus innovantes. Ce processus peut être douloureux à court terme, mais il contribue aussi au renouvellement du tissu économique.

Une économie plus résiliente qu’il n’y paraît

Malgré ces chiffres élevés, les faillites doivent être replacées dans une perspective plus large. Chaque année, plus d’un million de nouvelles entreprises sont créées en France.

Une grande partie des disparitions correspond à des fermetures naturelles d’activité. Au total, les défaillances représentent une part relativement limitée des entreprises actives.

La période actuelle apparaît donc davantage comme une phase d’ajustement après plusieurs années de soutien exceptionnel que comme un effondrement de l’économie française.

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Actualité Economie Energie

Nucléaire : le Traité de non-prolifération est-il mort ?

Le nucléaire, symbole ultime de puissance stratégique depuis la Seconde Guerre mondiale, continue de structurer l’équilibre des relations internationales.

Entre dissuasion militaire, diplomatie internationale et enjeux énergétiques, l’atome reste au cœur des tensions géopolitiques.

Pour limiter la diffusion de l’arme nucléaire, la communauté internationale s’est dotée d’un cadre juridique central : le Traité de non-prolifération nucléaire. Signé en 1968 et entré en vigueur en 1970, ce traité constitue depuis plus de cinquante ans la base de la régulation nucléaire mondiale.

Le TNP : la base de l’équilibre nucléaire

Le principe du traité repose sur un compromis entre deux groupes d’États. D’un côté, les puissances officiellement dotées de l’arme nucléaire s’engagent à ne pas aider d’autres pays à l’acquérir et à poursuivre, à long terme, un objectif de désarmement. De l’autre, les États non dotés renoncent à développer l’arme nucléaire. En échange, ils conservent le droit d’accéder au nucléaire civil, notamment pour la production d’énergie, la médecine ou la recherche scientifique. En théorie, ce système devait limiter la prolifération nucléaire et conduire progressivement à un monde moins armé. En pratique, la situation est plus complexe.

Le traité reconnaît officiellement cinq puissances nucléaires : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ces pays forment ce que l’on appelle souvent le « club des cinq » et sont les seuls États autorisés par le traité à posséder officiellement l’arme nucléaire.

Cependant, malgré l’engagement théorique vers le désarmement, ces puissances ne réduisent plus réellement leurs arsenaux. Elles les modernisent. De nouveaux missiles, sous-marins nucléaires ou systèmes de dissuasion continuent d’être développés, montrant que l’arme nucléaire reste un élément central de la stratégie militaire.

En parallèle, plusieurs pays ont développé la bombe en dehors du cadre du traité. L’Inde et le Pakistan n’ont jamais signé le TNP et disposent aujourd’hui d’arsenaux nucléaires confirmés, alimentant une rivalité stratégique permanente. La Corée du Nord s’est retirée du traité en 2003 et a développé depuis un programme nucléaire et balistique de plus en plus avancé. Enfin, Israël n’a jamais signé le traité et maintient une politique d’ambiguïté stratégique : le pays ne confirme pas officiellement posséder l’arme nucléaire, mais il est largement considéré comme en disposant.

Le cas particulier de l’Iran

Les tensions autour du programme nucléaire de l’Iran illustrent les limites du système actuel. L’Iran est signataire du traité et affirme que son programme nucléaire est exclusivement civil. Cependant, plusieurs puissances occidentales soupçonnent le pays de chercher à atteindre le « seuil nucléaire », c’est-à-dire la capacité technique de fabriquer rapidement une arme atomique. Cette situation a entraîné des sanctions économiques internationales, des négociations diplomatiques et, à plusieurs reprises, des opérations militaires visant à ralentir ou empêcher le développement nucléaire iranien.

La logique de la dissuasion nucléaire crée un paradoxe. Un pays peut chercher à développer l’arme nucléaire pour garantir sa sécurité et éviter d’être attaqué par des adversaires plus puissants. L’arme nucléaire est perçue comme une assurance ultime contre une invasion. Mais cette même recherche peut être interprétée comme une menace majeure par les pays voisins ou les grandes puissances. Cela peut provoquer des sanctions, des pressions diplomatiques ou même des frappes préventives visant à empêcher l’acquisition de la bombe. Ce mécanisme alimente un cercle vicieux : plus un pays cherche à se protéger par l’arme nucléaire, plus ses adversaires peuvent être tentés de l’en empêcher par la force.

L’impact économique et financier

Les tensions nucléaires ne concernent pas seulement la sécurité internationale. Elles ont aussi un impact direct sur l’économie mondiale. Dans un environnement où le droit international est parfois dépassé par les rapports de force, le risque nucléaire devient un facteur d’incertitude pour les marchés financiers. Les crises géopolitiques impliquant des puissances nucléaires peuvent provoquer une forte volatilité des marchés de l’énergie, notamment du pétrole et du gaz, en raison des risques pesant sur les routes commerciales ou les infrastructures stratégiques.

Par ailleurs, les budgets militaires mondiaux connaissent une hausse importante, de nombreux États investissant massivement dans leurs capacités de défense, notamment dans la modernisation des forces nucléaires, les systèmes antimissiles ou les technologies militaires avancées.

Plus de cinquante ans après sa création, le Traité de non-prolifération nucléaire reste l’un des piliers de la sécurité internationale. Pourtant, face à la modernisation des arsenaux et à l’émergence de nouvelles puissances nucléaires, son efficacité est de plus en plus remise en question. La question centrale devient donc la suivante : le système international est-il encore capable de contenir la prolifération nucléaire, ou entre-t-il dans une nouvelle phase d’instabilité stratégique ?

Sources :

Accords internationaux relatifs aux armes nucléaires

Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)

Le TNP et les garanties de l’AIEA

Armes nucléaires dans le monde

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Economie En vedette Géopolitique

Golfe : l’Iran défie 50 ans d’ordre américain

Les déclarations de Marco Rubio devant le Congrès lundi 2 mars resteront, quoi qu’il advienne sur le terrain, comme un moment de vérité diplomatique.

Le secrétaire d’État américain a reconnu, dans un exercice de transparence aussi rare que maladroit, que les États-Unis avaient frappé l’Iran de manière « préemptive et défensive » parce qu’ils savaient qu’Israël allait attaquer, et que Téhéran riposterait automatiquement contre les forces américaines dans la région.

Autrement dit, Washington n’a pas déclenché cette guerre pour protéger ses alliés du Golfe : il l’a déclenchée pour limiter ses propres pertes, entraîné par une décision israélienne sur laquelle il n’a pas exercé de veto.

Ce constat, formulé par l’administration elle-même, suffit à faire trembler l’ensemble de l’architecture sécuritaire qui structure les relations entre les monarchies du Golfe et Washington depuis un demi-siècle. Parce que cette architecture reposait sur un pacte implicite : les pays du Golfe offraient des bases, du pétrole, des investissements et un alignement diplomatique ; en échange, les États-Unis garantissaient leur sécurité. Or, en trois jours de frappes iraniennes sur Bahreïn, le Qatar, les Émirats, le Koweït, l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Irak, ce pacte a été vidé de sa substance sous les yeux du monde entier.

Le pari économique, pilier d’une relation devenue transactionnelle

Pour comprendre l’ampleur de l’effondrement stratégique en cours, il faut remonter à la mutation structurelle de la relation américano-golfe. Lorsque les États-Unis sont devenus quasi indépendants sur le plan énergétique grâce à la révolution du gaz et du pétrole de schiste, la raison d’être historique du partenariat “pétrole contre securité” a perdu son fondement matériel. Les monarchies du Golfe l’ont compris plus vite que beaucoup d’analystes. Elles ont alors déployé une stratégie de remplacement à trois volets, visant à recréer une interdépendance suffisante pour maintenir le caractère « spécial » de la relation avec Washington.

Le premier volet était économique. Les pays du Golfe ont massivement investi dans l’économie américaine, non pas par philanthropie, mais pour créer un lien structurel d’intérêt mutuel. Lors de la dernière tournée du président Trump dans le Golfe en mai 2025, les engagements annoncés entre l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis ont atteint un total d’environ 2 000 milliards de dollars, couvrant l’intelligence artificielle, la défense, l’aviation et les infrastructures énergétiques. Ces montants, même s’ils relèvent en partie de promesses à concrétiser, visaient un objectif clair : démontrer que la puissance financière du Golfe pouvait accompagner, voire soutenir, la compétitivité internationale des États-Unis dans un contexte de rivalité avec la Chine.

Le deuxième volet était militaire. L’achat massif de matériel américain remplissait une double fonction. Il répondait à un besoin sécuritaire réel face à la menace iranienne, mais il créait aussi un lien industriel et commercial destiné à ancrer la relation dans la durée. L’Arabie saoudite, premier importateur d’armes américaines, a signé lors de cette même tournée un accord de défense d’environ 142 milliards de dollars. Le Qatar, de son côté, a commandé 210 avions Boeing pour un montant colossal. Le message était limpide : nous achetons votre sécurité et vos produits, garantissez-nous votre protection.

Le troisième volet était diplomatique. Chaque capitale du Golfe, à sa manière, s’efforçait de s’assurer une place de choix à la Maison-Blanche, dans l’espoir de pouvoir, le moment venu, faire pencher la diplomatie américaine en sa faveur. Riyad par son poids géopolitique, Doha par son rôle de médiateur, Abou Dhabi par ses relais technologiques et financiers. L’objectif stratégique n’était pas seulement d’acheter de l’influence, mais de devenir incontournable.

L’échec du lobbying arabe face à la détermination israélienne

Dans les semaines précédant le déclenchement des hostilités, les pays du Golfe ont déployé un effort diplomatique considérable pour empêcher l’option militaire. Tandis qu’Israël exerçait une pression croissante sur l’administration Trump pour entrer en guerre, les monarchies du Golfe, parfois de manière concertée, ont au contraire mené un puissant lobbying auprès de la Maison-Blanche pour privilégier la voie diplomatique. L’Arabie saoudite a officiellement fait savoir qu’elle ne mettrait ni son territoire ni son espace aérien à disposition d’opérations contre l’Iran. Les Émirats, le Qatar, le Koweït et Oman ont communiqué des positions similaires.

Leur argumentation était rationnelle : une guerre risquait de déstabiliser l’ensemble de la région, de compromettre les projets de diversification économique notamment Vision 2030 saoudienne et de provoquer une flambée énergétique dont personne ne sortirait gagnant. Les pays du Golfe, disposant d’un poids économique collectivement supérieur à celui d’Israël, faisant du lobbying auprès de plusieurs capitales occidentales, pensaient pouvoir contrebalancer logiquement la pression israélienne, d’autant qu’au sein même des États-Unis, la majorité de l’opinion publique était hostile à une intervention militaire contre l’Iran.

Les négociations, médiatisées par le Sultanat d’Oman, semblaient progresser. Le ministre des Affaires étrangères omanais, Badr Albusaidi, avait déclaré qu’un accord de paix était « à portée de main » après que l’Iran avait accepté de ne jamais stocker d’uranium enrichi et de se soumettre pleinement aux vérifications de l’AIEA. Plusieurs analystes considéraient que cet engagement représentait une avancée significative par rapport à l’accord de Vienne de 2015. Quelques heures plus tard, les frappes conjointes américano-israéliennes commençaient. Le Premier ministre Netanyahu s’était entre-temps rendu à Washington pour s’assurer que l’option militaire restait sur la table, et l’aveu de Rubio confirme que c’est bien la décision israélienne d’attaquer qui a précipité l’engagement américain.

L’effondrement : sous le feu iranien, sans protection américaine

Dès le début de la guerre, les Gardiens de la Révolution iraniens ont mis à exécution les avertissements qu’ils avaient formulés publiquement et transmis formellement à l’ONU en février : les bases militaires américaines et les intérêts américains dans la région seraient des cibles légitimes. Moins de trente minutes après les premières frappes sur Téhéran, des vagues de drones et de missiles balistiques se sont abattues sur le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, l’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Irak et, de manière plus limitée, le Sultanat d’Oman.

En soixante-douze heures, selon les bilans régionaux, l’Iran a lancé plus de 400 missiles balistiques et près de 1 000 drones vers les États du Golfe. Des aéroports internationaux, Dubaï, Koweït,  ont été touchés. Des hôtels de luxe sur la Palm Jumeirah, des immeubles résidentiels à Manama, des installations pétrolières à Ras Tanura ont subi des impacts directs ou des dommages collatéraux liés aux débris d’interception. L’aéroport de Dubaï, plaque tournante mondiale du transport aérien, s’est retrouvé hors service. Pour la première fois de l’histoire, l’ensemble des six États membres du Conseil de coopération du Golfe ont été visés par le même acteur en moins de vingt-quatre heures.

Or le fait le plus marquant de ces trois premiers jours n’est pas l’ampleur des frappes iraniennes. C’est l’absence manifeste de la protection américaine. L’ensemble de ces pays accueillait des bases militaires américaines dans un cadre de coopération défensive, précisément pour bénéficier du soutien et de la protection de la première armée du monde. Cela constituait la pierre angulaire de leur doctrine stratégique, souvent jugée plus importante que leurs propres capacités militaires. Tous avaient en mémoire la guerre du Koweït de 1990-1991, où, après l’invasion irakienne, les Américains étaient immédiatement intervenus pour protéger leurs alliés et repousser l’agresseur.

Mais ce qui s’est passé en février 2026 est l’exact inverse. À Bahreïn, siège de la 5e Flotte américaine, les États-Unis avaient pris soin d’éloigner le porte-avions Abraham Lincoln dans l’océan Indien avant les premières frappes. Au Qatar, qui abrite Al Udeid, la plus grande base aérienne américaine au Moyen-Orient, les images satellitaires ont montré que les avions de ravitaillement et une partie significative des appareils avaient été évacués les jours précédents, redéployés en Israël ou en Jordanie. En d’autres termes, Washington ne protégeait pas ses alliés : il protégeait ses actifs, et les redéployait là où ils servaient sa propre stratégie offensive.

Ainsi, tandis qu’une cinquantaine d’avions de combat et des ravitailleurs étaient massés en Israël et en Jordanie pour protéger le territoire israélien des frappes balistiques iraniennes, les pays du Golfe se retrouvaient sous le feu sans couverture aérienne américaine comparable. Les systèmes THAAD américains déployés au Qatar et aux Émirats arabes unis sont arrivés à épuisement. Ces deux pays ont demandé à être réapprovisionnés en munitions. Ils n’ont pour l’instant rien reçu tandis qu’ au moment même le Premier ministre Netanyahu annonçait que d’importants stocks de munitions venaient d’arriver à l’aéroport Ben Gourion.

Deux précédents qui avaient déjà fissuré le pacte

Cette situation ne surgit pas du néant. Elle s’inscrit dans une séquence de ruptures qui a progressivement érodé la confiance des monarchies du Golfe dans la garantie de sécurité américaine. Le premier précédent date de septembre 2019, lorsque des drones et des missiles de croisière ont frappé les installations de Saudi Aramco à Abqaiq et Khurais, réduisant temporairement de moitié la production pétrolière saoudienne. L’attaque, attribuée à l’Iran ou à ses relais, a provoqué un choc mondial sur les marchés de l’énergie, mais la réponse américaine a été inexistante. Washington n’a pas bougé. Riyad en a tiré une leçon stratégique majeure : la stabilité régionale passait davantage par un rapprochement avec l’Iran que par un accord de défense avec les États-Unis. L’accord de normalisation sino-brokéré entre l’Arabie saoudite et l’Iran en mars 2023 en a été la traduction directe.

Le second précédent est plus récent et plus brutal. En septembre 2025, Israël a bombardé le Qatar pour tenter d’assassiner des dirigeants du Hamas qui s’y trouvaient en pleine discussion d’une proposition de cessez-le-feu américaine. L’attaque a visé un complexe résidentiel gouvernemental dans un quartier diplomatique de Doha, tuant des membres du Hamas, un agent de sécurité qatari et des civils. Or au Qatar, les américains disposent d’un système de surveillance radar aérien de très haute performance opérant dans un rayon considérable, ce qui suggère que les Américains étaient au courant de l’opération israélienne et ont choisi de ne pas intervenir, de ne pas dissuader Israël et de ne pas prévenir leur allié qatari. Trump lui-même a déclaré ne pas être « ravi » par cette frappe, tout en qualifiant l’élimination du Hamas d’« objectif légitime ». Le message reçu par Doha était sans ambiguïté : Washington ne protégera pas les pays du Golfe contre Israël.

La mort de la Pax Americana en quelques jours

Il est évidemment impossible de tirer des conclusions définitives au bout de trois jours de guerre, tant les évolutions opérationnelles et stratégiques sur le terrain peuvent encore modifier profondément la donne. Mais on peut déjà affirmer, avec un degré de certitude raisonnable, que l’Iran a tué en quelques jours la Pax Americana vieille de cinquante ans dans le Golfe.

Ce que les frappes iraniennes ont révélé aux capitales du Golfe, ce n’est pas seulement leur vulnérabilité physique. C’est une vérité structurelle que beaucoup pressentaient mais que personne n’avait formulée aussi brutalement : les bases militaires américaines et l’équipement acheté à prix d’or ne servent pas la sécurité des pays hôtes. Ils servent les intérêts stratégiques des États-Unis. Et quand ces intérêts divergent, comme c’est le cas dans ce conflit où Washington a clairement fait le choix d’Israël, les pays du Golfe cessent d’être des alliés protégés pour devenir des cibles collatérales.

Cette prise de conscience va reconfigurer durablement la politique étrangère et de défense des monarchies du Golfe. Comme l’a formulé un analyste du Gulf International Forum, la diplomatie régionale passera désormais par la construction de capacités propres de dissuasion plutôt que par des alliances. Les quelque 2 000 milliards de dollars d’investissements promis aux États-Unis il y a dix mois apparaissent aujourd’hui sous un jour différent : non pas comme un levier de protection, mais comme le prix exorbitant d’une garantie qui n’a jamais existé.

Dans un Moyen-Orient où les hôtels de Dubaï sont en flammes, où les aéroports du Golfe sont fermés, où le détroit d’Ormuz est sous tension, et où les pays qui ont fait le plus pour empêcher cette guerre en subissent les conséquences les plus directes, la question n’est plus de savoir si le système de sécurité régional va se transformer. C’est de savoir ce qui viendra le remplacer.

Sources :

Présence militaire américaine au Moyen-Orient (RAND Corporation):

Investissements saoudiens aux États-Unis et stratégie post-énergie-schiste: