L’inégalité économique figure parmi les phénomènes les plus durables et manifestes de nos sociétés modernes. Dans la mesure où les distinctions des revenus et des biens entre les individus, les classes et les pays sont tellement prononcées, elles suscitent des interrogations, de l’indignation et de nombreuses hypothèses.
La méritocratie au cœur de la différentiation
Certains courants, souvent plus ou moins libéraux, considèrent au contraire que les inégalités ne peuvent être qu’une conséquence logique des différences de talents, d’efforts ou de prise de risques. L’économie de marché, sous cet angle, est à l’image de la Nature : elle récompense innovateurs, entrepreneurs ou investisseurs.
Les inégalités ne seraient alors qu’un constat, voire une nécessité à l’effet incitatif d’une “méritocratie” active et dynamique.
Cette vision s’appuie toutefois sur une hypothèse ignorée : l’inégalité de départ. Personne ne naît avec le même capital éducatif, social, financier. Cette “méritocratie” peut donc tout aussi bien n’être qu’une illusion recoupant des privilèges hérités bien plus que conquis.
Une construction sociale et politique des inégalités
Sous la plume de nombreux sociologues et économistes, de Pierre Bourdieu allant à Thomas Piketty et Amartya Sen, les inégalités économiques ne sont ni naturelles ni inéluctables. Elles dépendent de choix de société : celui du modèle fiscal, de l’éducation, de la redistribution, des politiques salariales, du rapport de force entre capital et travail.
L’État joue alors le rôle clé. Un régime dans lequel la fiscalité est progressive, la redistribution est active et les services publics puissants génèrent inévitablement des inégalités parce que cela ne suffit pas à compenser socialement. À l’inverse, un régime très libéral qui se refuse à la régulation renforce la dynamique de concentration de la richesse entre les mains d’une minorité.
Keynes, en particulier, a plaidé pour une intervention active de l’État afin de réguler les cycles économiques et soutenir la demande, considérant que les marchés livrés à eux-mêmes ne garantissent ni plein emploi ni équité.
Image : John Maynard Keynes
Aujourd’hui, cette tension traverse encore les débats politiques contemporains, illustrée par les propositions de certains politiciens comme de Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à une refondation radicale du modèle redistributif.
Inégalité et représentations comme produits culturels et symboliques
En dehors des données numériques, les inégalités jouent également un rôle dans la représentation : il est stigmatisant d’être pauvre et agréable d’être riche. Les normes sociales justifient la structure économique générale : méritocratie, volonté de risquer, moralité du travail. Le symbolique justifie l’inégalité en validant ces inégalités en les vendant comme résultats individuels et non comme produits du choix collectif.
Un contraste entre un pays développé et émergent
Dans le contexte de la lutte des classes, un comparatif intéressant soulignant une inégalité entre un pays développé comme la France et un pays émergent marqué par une histoire politique forte à savoir le Brésil, met en lumière une inégalité structurelle qui mérite une analyse profonde de cette dissonance sociale et historique.
La pauvreté va au-delà des limitations financières ; elle prive d’opportunités. Des millions de Brésiliens sont confrontés à des obstacles en matière d’éducation, de soins de santé et de mobilité ascendante, perpétuant ainsi des cycles d’inégalités qui se répercutent d’une génération à l’autre.
Que ce soit sur le plan de l’éducation, de la richesse ou encore sur la santé.
En France, l’accès à l’éducation est garanti à tous, avec une transmission du savoir dès le plus jeune âge jusqu’à la majorité. Ce système basé sur l’obligation scolaire vise à instaurer une égalité des chances en assurant à chacun une formation commune.
En effet chaque enfant a le droit à l’éducation et à une place dans un établissement scolaire. À contrario dans un pays émergent tel que le Brésil un enfant est souvent confronté à des difficultés en matière d’éducation. La pauvreté du pays donne naissance à des situations auxquelles certains jeunes sont contraints d’aller travailler au lieu de suivre un cursus scolaire.
Le système social de la France donne la possibilité de se faire rembourser nos soins médicaux. De plus, les normes d’hygiène et de soins sont de rigueur dans ces hôpitaux et pour cause la France applique les normes ISO.
Quelle société voulons-nous?
Admettre que ces inégalités sont sociales revêt la possibilité de les modifier. Cela nécessite de revoir notre politique publique, nos aspirations communes, notre rapport à l’emploi, la fortune et le droit.
Devons-nous prétendre à l’égalité totale? Sans doute pas. Mais il apparaît clair que réduire ces inégalités parmi les moins tenables est un préalable à une société moins secouante, encore plus solidaire et libre.
Les prix à la production aux États-Unis ont bondi en juillet, bien au-delà des attentes.
Le PPI global progresse de 0,9 % sur un mois (contre 0,2 % attendu) et de +3,3 % sur un an (2,5 % attendu), après 2,4 % en juin. Il s’agit de la plus forte hausse mensuelle depuis mai 2022.
Le Core PPI (hors alimentation, énergie et services commerciaux) grimpe de 0,6 % sur un mois, sa plus forte progression depuis mars 2022, et affiche +2,8 % sur un an. Le PPI hors alimentation et énergie atteint même +3,7 % sur un an (2,9 % attendu).
Ces chiffres confirment que les pressions inflationnistes en amont de la chaîne de production restent bien présentes, en particulier dans les services et certains biens manufacturés.
Chômage : toujours aucun signe de faiblesse
Les demandes hebdomadaires d’allocations chômage reculent à 224 000 (contre 228 000 attendus), tandis que les demandes continues baissent à 1,953 million (1,964 million attendu).
Le marché du travail reste donc robuste, ce qui entretient la pression salariale et, par ricochet, sur les prix.
Trump contre Powell : le contexte politique
Ces données vont à l’encontre des pressions exercées par Donald Trump sur Jerome Powell. Le président exhorte depuis plusieurs semaines la Fed à baisser rapidement ses taux directeurs pour stimuler l’économie avant l’élection.
Or, la surprise haussière sur le PPI, combinée à l’absence de dégradation du marché du travail et à une inflation à la consommation (CPI) encore résiliente mardi, confirme la position prudente de Powell.
Accélérer la baisse des taux dans un tel contexte serait prématuré, car cela risquerait d’alimenter de nouvelles tensions inflationnistes alors que la production américaine se maintient bien et que la consommation reste modérée.
Réaction des marchés
Les marchés ont immédiatement réagi à la publication :
Probabilité de baisse de taux en septembre : 93 %, contre 100 % hier.
Cumul des baisses anticipées d’ici fin 2025 : 58 points de base, contre 63 avant la publication.
Les indices américains ont ouvert en légère baisse : le S&P 500 recule d’environ 0,4 %, le Nasdaq de 0,5 %, et le Dow Jones de 0,3 %. Le dollar s’est raffermi face aux principales devises, tandis que Bitcoin et Ethereum ont perdu du terrain, pénalisés par la réduction des anticipations de baisse de taux.
En résumé
Inflation en amont : plus forte que prévu, via un PPI en accélération.
Marché du travail : solide, avec des demandes de chômage en baisse.
Contexte politique : les données donnent raison à Powell face aux pressions de Trump.
Marchés financiers : repli des indices et hausse du dollar, signe d’une prudence accrue.
La relation étroite entre les rendements des obligations d’État américaines et le dollar est en train de montrer des signes de faiblesse alors que les investisseurs se délaissent des actifs américains en réponse à la politique volatile du président Donald Trump.
En effet, depuis quelque temps, on constate une forme d’érosion du soft power américain, dans tous les domaines, de la politique étrangère à la coopération multilatérale.
Les coûts d’emprunt du gouvernement et la valeur de la monnaie ont eu tendance à évoluer en parallèle ces dernières années, les rendements plus élevés signalant généralement une économie forte et attirant des flux de capitaux étrangers. Toutefois, les taux longs étaient également remontés à cause des anticipations d’inflation à la hausse et de la hausse de la prime de risque à cause de la situation fiscale américaine qui a continué à se dégrader.
Mais depuis l’annonce des droits de douane de Trump début avril, le rendement à 10 ans est passé de 4,16 % à 4,42 %, tandis que le dollar a perdu 4,7 % face à un panier de devises. Ce mois-ci, la corrélation entre les deux devises est tombée à son plus bas niveau depuis près de trois ans.
De fait, depuis le début de l’année, les rendements ont augmenté parce que la dette américaine est plus risquée, en raison des préoccupations budgétaires, de craintes sur une nouvelle hausse de l’inflation, d’une FED qui garde ses taux directeurs élevés, ainsi que de l’incertitude politique.
En parallèle, le soutien des banques centrales à la dette publique a considérablement diminué. Après une décennie de politiques monétaires ultra-accommodantes marquées par le quantitative easing, elles ont progressivement arrêté leurs achats d’obligations. La FED réduit même activement la taille de son bilan via le “quantitative tightening”.
Alors que les investisseurs réévaluent le risque des capitaux américains, la prime de terme, une composante des rendements des bons du Trésor américain, a atteint son niveau le plus élevé en plus de dix ans.
Elle indique la rémunération supplémentaire que les investisseurs réclament pour la détention d’une obligation à long terme en plus des taux de croissance économique et d’inflation attendus. Son calcul est une tâche complexe, car elle intègre plusieurs facteurs différents, allant du moral des marchés et de la politique monétaire à l’incertitude politique.
En outre, le projet de loi fiscale du président, ainsi que la récente dégradation de la note de crédit des États-Unis par Moody’s, ont mis en lumière la viabilité du déficit pour les investisseurs et ont pesé sur les prix des obligations. En effet, selon les dernières prévisions du FMI, la dette publique des États-Unis devrait atteindre 122 % du PIB en 2025, un niveau jamais observé en temps de paix depuis la fondation du pays, si l’on exclut l’année 2020 marquée par le Covid-19.
Contrairement aux périodes précédentes où un tel niveau d’endettement correspondait à des circonstances exceptionnelles, ce ratio est aujourd’hui atteint dans un contexte de croissance modérée, ce qui le rend d’autant plus préoccupant. L’élévation rapide du service de la dette, liée à la remontée des taux directeurs, ajoute à la pression.
Le déficit budgétaire américain était déjà de 7 % du PIB en 2024. Historiquement, les déficits ont tendance à se réduire lorsque le cycle économique est favorable (croissance, baisse du chômage, hausse des recettes fiscales). Le fait que le déficit reste aussi large, hors récession, souligne un désalignement profond entre les recettes publiques et les dépenses obligatoires.
D’ailleurs, une part croissante du déficit est attribuable au vieillissement de la population, qui accroît mécaniquement les dépenses liées à Social Security (retraites) et Medicare (assurance santé pour les seniors). En parallèle, Medicaid, le programme d’assurance santé pour les plus modestes, a vu ses coûts croître régulièrement depuis son extension sous l’administration Obama en 2010. Ces trois programmes représentent aujourd’hui la majorité des dépenses fédérales primaires, et leur poids continuera d’augmenter sans réforme structurelle.
En outre, la baisse des impôts décidée par la première administration Trump en 2017 a rogné sur les rentrées fiscales, Plus récemment, le resserrement monétaire de la Fed a fait fortement augmenter les dépenses d’intérêt. Cependant, le projet de loi budgétaire de Donald Trump pourrait amplifier considérablement le déficit si elle venait à être adoptée.
Celle-ci inclut notamment : l’extension des baisses d’impôts de 2017 jusqu’en 2028, des allègements ciblés pour les retraités, la non-imposition de certains revenus (tips, heures supp), et des déductions fiscales pour les prêts auto ou la R&D.
À partir de 2029, des coupes sont prévues dans Medicaid et les subventions vertes de l’Inflation Reduction Act. Selon le CBO, cette loi pourrait creuser le déficit de 2 300 milliards de dollars sur dix ans, concentrés sur 2026–2028. Si elle était adoptée dans son intégralité, le déficit budgétaire pourrait atteindre 8 à 9 % du PIB, un niveau jamais observé hors période de récession.
En parallèle, les États-Unis se rapprochent d’une crise de liquidité potentielle liée au plafond de la dette, qui est à nouveau actif depuis début 2025. Le Trésor américain utilise actuellement des mesures exceptionnelles pour continuer à financer l’État, en vidant progressivement son compte auprès de la Fed. Selon les estimations, ce compte pourrait être épuisé autour du mois d’août, date au-delà de laquelle un défaut technique ne peut être exclu si le Congrès ne relève pas le plafond.
Qui plus est, les émissions à long terme du pays devraient monter à 4 900 milliards de dollars, selon S&P, dont les chiffres excluent les bons du Trésor à court terme et d’autres formes d’emprunt public, comme la dette des collectivités locales. En outre, le Trésor devrait faire rouler plus de 8 000 milliards de dollars d’obligations arrivant à échéance pour financer son déficit budgétaire cette année.
Néanmoins, compte tenu des réductions d’impôts prévues par le président Trump et des recettes fiscales qui devraient baisser dans le sillage du ralentissement de l’économie, on s’attend nouvelle détérioration du solde budgétaire.
Les récentes ventes aux enchères de bons du Trésor ont été faibles, tièdes tout au plus, ce qui a envoyé un autre signal d’avertissement aux investisseurs. Si la hausse de l’offre se traduit par des rendements plus élevés, la dynamique de la dette américaine s’aggravera encore.
Selon les estimations du Bureau du budget du Congrès, une augmentation de 0,1 point de pourcentage des rendements chaque année entraînera une hausse cumulée du déficit de 350 milliards de dollars par rapport à sa projection de base pour la période 2026-2035.
Cependant, la volatilité politique engendre justement la chute du dollar qui perd son statut de valeur refuge dans des périodes de forte volatilité. La force du dollar américain tient en partie à son intégrité institutionnelle : l’État de droit, l’indépendance des banques centrales et la prévisibilité de la politique monétaire. Ce sont ces éléments qui font du dollar une monnaie de réserve.
Pendant des décennies, l’exceptionnalisme américain, le rôle unique que le pays joue dans la géopolitique, l’économie et le système financier, lui a permis de repousser les limites de l’orthodoxie économique. Au cours de la dernière décennie, il a pu maintenir un énorme double déficit, budgétaire et courant, permettant à l’économie de tourner à plein régime.
Effectivement, la domination du dollar américain, depuis la Seconde Guerre mondiale, repose sur des bases solides : première économie, premier importateur de biens, premier système financier, première armée au monde. En outre, pendant les 26 premières années de ce système, il a été légalement la monnaie de référence du système monétaire international, la seule dont le prix était arrimé à l’or et par rapport à laquelle toutes les autres parités étaient fixées.
Malgré cette position dominante écrasante, les États-Unis ont généralement préféré exercer leur leadership non pas de manière unilatérale (« L’Amérique seule »), mais au travers d’institutions et d’accords internationaux dont ils ont été les instigateurs (« L’Amérique d’abord ») : les institutions de Bretton Woods, le GATT, les accords du Plaza et ceux du Louvre, le G20, notamment.
Cela signifiait qu’il fallait prendre le temps de travailler avec les pays partenaires pour dégager un consensus autour d’objectifs américains. À chaque crise financière internationale, ces acteurs acceptaient de s’en remettre au leadership américain pour coordonner une solution. Cela a été le cas notamment avec le plan Brady, consécutif à la crise de la dette latino-américaine dans les années 1980, ou les sauvetages réalisés par le FMI après le défaut de la Russie et les crises de la dette asiatique en 1997-98.
Pourtant, les politiques menées aujourd’hui sont d’une toute autre ampleur. Les États-Unis sont passés du statut de source de stabilité mondiale à celui d’épicentre de l’incertitude. Pour n’importe quel pays, la crédibilité est le principal atout. Lorsqu’elle en prend un coup, il est extrêmement difficile de la reconstituer. Il n’est donc pas réaliste de tabler sur une poursuite de la ruée du capital mondial vers ce pays au rythme actuel.
Ainsi, on observe des changements structurels sur plusieurs sujets : tout d’abord, la géopolitique. De fait, dans les années 1970, les principaux détenteurs de réserves de change et la plupart des centres financiers appartenaient au bloc occidental dominé par les États-Unis dans le cadre de la guerre froide. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les États-Unis, eux-mêmes, s’interrogent sur la poursuite des garanties de sécurité qu’ils fournissent à leurs alliés.
Deuxièmement, en termes relatifs, l’ampleur de la domination économique et financière des États-Unis a considérablement diminué. Et s’il n’existe toujours pas d’alternative crédible pour remplacer le dollar, au sens d’une économie combinant tous les attributs du dollar des années 1970, il existe aujourd’hui un certain nombre d’options de diversification qui n’existaient pas à l’époque, en particulier l’euro.
Ensuite, la crédibilité économique. Si, en 1971 comme aujourd’hui, les déséquilibres macroéconomiques qui frappaient les États-Unis leur étaient en grande partie imputables, à l’époque la viabilité de la dette publique (le ratio dette/PIB était de 35 %) ne soulevait aucune inquiétude. Il en était de même de la fiabilité des accords commerciaux signés et du respect de l’État de droit.
Certes, l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed) ont été mise à dure épreuve déjà à l’époque, et les rendements réels des bons du Trésor ont été négatifs au cours de la décennie suivante. Mais la leçon a été retenue. D’ailleurs, les attaques du président Trump à l’encontre le président de la Fed, depuis son retour au pouvoir, ont été un motif majeur de préoccupation pour les détenteurs de dette américaine, y compris les détenteurs de réserves de change mais pas seulement.
Enfin, la dépendance. Alors que dans les années 1970, les États-Unis étaient encore des créanciers nets du reste du monde, leur position extérieure nette (NIIP) est aujourd’hui négative à hauteur d’environ 90 % du PIB, soit plus du double qu’il y a dix ans. Cela signifie que les États-Unis dépendent désormais fortement de la proverbiale bonté des étrangers pour financer leur économie. Ces derniers détiennent près de 20 % des actions américaines et 30 % de la dette publique (un record historique et trois fois plus qu’en 1971, respectivement).
De plus, faiblesse du dollar est en partie due au fait que les détenteurs d’actifs libellés en dollars cherchent de plus en plus à couvrir ces investissements, en prenant ainsi une position courte sur le dollar. Plus l’incertitude politique est grande, plus il est probable que les investisseurs augmentent leurs ratios de couverture.
Malgré tout, on ne peut supposer que les États-Unis perdront leur statut de refuge du jour au lendemain. Le processus devrait se dérouler sur une longue période, notamment parce qu’il n’existe actuellement aucun actif qui rivalise avec la liquidité du dollar et des obligations d’État américaines.
La monnaie et les bons du Trésor des États-Unis resteront des investissements incontournables dans les portefeuilles mondiaux. De plus, de nombreuses situations pourraient, à l’avenir, justifier le fait de surpondérer ces deux positions.
Cependant, à moyen et long terme, les investisseurs trouveront plus judicieux de rechercher d’autres options et de diversifier progressivement une partie de leurs portefeuilles au-delà des actifs américains.
Les Bunds allemands et l’or devraient être les principaux bénéficiaires de cette réallocation, mais d’autres actifs, notamment les obligations d’État des marchés émergents en devise locale et le crédit de haute qualité, devraient également profiter de flux entrants.
Il convient de noter que les rendements des obligations d’État allemandes sont restés stables, malgré la panique qui a balayé le marché américain en avril. Les Bunds ont enregistré leur plus forte surperformance relative hebdomadaire par rapport aux bons du Trésor américain depuis 1989, ce qui montre que les investisseurs en obligations d’État sont de plus en plus clairvoyants.
L’or, quant à lui, a atteint un nouveau record à 3 300 dollars l’once. On s’attend à une poursuite de ce rebond, les banques centrales des marchés émergents fléchant une plus grande partie de leurs réserves vers le métal précieux. Les obligations souveraines des marchés émergents en profiteront également, au détriment du marché des bons du Trésor américain. Les pays émergents ont plusieurs arguments à faire valoir : situations budgétaires stables, économies en pleine croissance et capacité à baisser davantage les taux d’intérêt.
Surtout, pour les investisseurs obligataires, les pays émergents sont le seul groupe de pays où l’inflation continue d’étonner à la baisse. La dette publique en devise locale constitue donc, en particulier en Amérique latine, une proposition attrayante. De plus, le creusement des différentiels de croissance en faveur des économies émergentes par rapport aux économies développées devrait profiter au crédit aux entreprises des marchés émergents de haute qualité.
Bien sûr, les politiques de Trump en matière de droits de douane vont certainement évoluer dans les semaines à venir. Pourtant, quel que soit le résultat final des négociations commerciales qui auront lieu, les dommages causés à l’économie et aux actifs américains sont déjà là. Trump a donné aux investisseurs obligataires toutes les raisons de chercher des options alternatives aux bons du Trésor et au dollar. Dès lors, tout retour en arrière est impossible.
Par conséquent, le résultat sera déterminé, en grande partie, par les choix des décideurs politiques américains.
Le rôle du dollar dans le système dépendra de la préservation ou de l’affaiblissement de ses attributs de valeur refuge de la monnaie. Il s’agit de préserver l’indépendance de la Fed, de remettre la dette publique sur une trajectoire viable, de garantir le respect inconditionnel de l’État de droit et de mettre fin fermement à toute spéculation sur la taxation des actifs ou toute coercition, vis-à-vis des pays étrangers, pour le privilège de détenir des dollars comme avoirs de réserve.
Après avoir fait sortir ces génies de leurs bouteilles, le gouvernement américain aura besoin de temps et d’un engagement soutenu pour les y ramener. Réaffirmer, comme l’a fait récemment le Secrétaire au Trésor, que les États-Unis tiennent au statut de réserve du dollar ne sera pas suffisant. En attendant, il est raisonnable de s’attendre à une accélération de la tendance à la diversification d’avant 2025.
Étant donné l’avantage écrasant des marchés de la dette américaine en termes de profondeur et de liquidité, et l’intérêt des détenteurs de réserves à un processus ordonné (pour éviter des pertes de capital importantes et des problèmes de stabilité financière), même cette diversification accélérée sera probablement à peine perceptible à l’œil nu. Néanmoins, des accidents pourraient arriver, et les États-Unis pourraient bien avoir déjà perdu leur privilège exorbitant de se financer à moindre coût dans les périodes de crise.
Le niveau du dollar, quant à lui, sera déterminé principalement par l’appétit des investisseurs mondiaux à détenir des actifs américains et par l’appétit des investisseurs américains à détenir des actifs du reste du monde. Cet appétit reposera, à son tour, sur leurs évaluations respectives des rendements ajustés au risque qu’ils peuvent attendre pour les deux types d’actifs.
Pour l’instant, le monde est moins optimiste quant aux perspectives de croissance à moyen terme des États-Unis et moins pessimiste quant à celles de l’Europe et d’autres régions du monde, en raison de l’orientation récente des politiques menées de part et d’autre.
Si ces politiques persistent, notamment les droits de douane élevés et la grande incertitude politique aux États-Unis, le redoublement d’efforts pour accroitre les échanges commerciaux et les réformes structurelles attendues depuis longtemps dans l’UE et dans le monde entier, nous pourrions n’être qu’au début d’un vaste processus de rééquilibrage des portefeuilles, sur plusieurs années, qui entraînera à la baisse la valeur du dollar.
Mais il s’agit là d’un grand « si » et l’économie américaine conserve de formidables avantages sur ses concurrents, notamment sa taille, sa capacité d’innovation et son leadership dans toutes les technologies de pointe, qui sont essentielles pour augmenter la productivité.