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Le dollar démarre 2026 en hausse après sa pire année depuis huit ans

Taux d’intérêt, Fed et incertitudes politiques au cœur des marchés de change

Après une année 2025 particulièrement difficile, le dollar américain entame 2026 sur une note plus ferme. Le billet vert progresse légèrement en ce début d’année, rebondissant après sa plus forte chute annuelle depuis huit ans, dans un contexte marqué par les anticipations de politique monétaire et les incertitudes politiques aux États-Unis.

2025 : une année noire pour le billet vert

En 2025, l’indice dollar qui mesure la devise américaine face à un panier de grandes monnaies a reculé de 9,4 %, sa pire performance annuelle depuis 2017.

Plusieurs facteurs ont pesé sur la devise américaine :

  • la réduction de l’écart de taux d’intérêt entre les États-Unis et les autres grandes économies,
  • les inquiétudes autour du déficit budgétaire américain,
  • le retour des craintes liées à une guerre commerciale mondiale,
  • et surtout, les doutes concernant l’indépendance de la politique monétaire américaine.

Résultat : l’euro a progressé de 13,5 % en 2025, sa meilleure performance annuelle depuis 2017, tandis que la livre sterling a gagné près de 7,7 % sur la même période.

Début 2026 : un rebond technique, mais fragile

Lors de la première séance de 2026, le dollar s’est apprécié d’environ 0,2 %, profitant de positions plus prudentes des investisseurs en attendant les prochaines données macroéconomiques américaines.

Les marchés restent toutefois peu liquides en ce début d’année, notamment en raison de la fermeture des places asiatiques au Japon et en Chine.

Selon un stratégiste de Danske Bank, l’activité devrait réellement reprendre avec la publication d’un calendrier économique plus dense dès la semaine prochaine.

Les données américaines très attendues

L’attention des investisseurs se concentre désormais sur les chiffres de l’emploi américain, qui seront déterminants pour anticiper la trajectoire des taux directeurs en 2026.

Les marchés intègrent actuellement deux baisses de taux de la Fed cette année, alors que la banque centrale américaine n’en anticipait officiellement qu’une seule, dans un contexte interne de plus en plus divisé.

Les analystes de Goldman Sachs estiment d’ailleurs que les risques sur les taux restent orientés à la baisse, en raison des incertitudes politiques croissantes autour de la banque centrale.

La Fed sous pression politique

Un autre élément clé pour le dollar en 2026 sera la nomination du prochain président de la Réserve fédérale.

Le mandat de Jerome Powell arrivant à échéance en mai, Donald Trump a annoncé qu’il dévoilerait son choix dès ce mois-ci.

Les investisseurs s’attendent à la nomination d’un profil plus accommodant, susceptible de soutenir une politique monétaire plus souple un facteur qui pourrait, à terme, peser à nouveau sur le dollar.

Le yen reste à la traîne

Contrairement à l’euro et à la livre, le yen japonais demeure l’exception parmi les grandes devises.
En 2025, il n’a progressé que de moins de 1 % face au dollar et reste proche de ses plus bas niveaux en dix mois.

Malgré deux hausses de taux en 2025, la Banque du Japon a déçu les marchés par son approche jugée trop prudente. Les investisseurs n’anticipent désormais une nouvelle hausse des taux qu’à la fin de 2026, ce qui limite le potentiel de rebond du yen à court terme

Conclusion

Le rebond du dollar en ce début d’année 2026 ressemble davantage à un réajustement technique qu’à un véritable retournement de tendance.
La trajectoire du billet vert dépendra largement :

  • de l’évolution du marché de l’emploi américain,
  • des décisions de la Fed,
  • et du climat politique autour de son indépendance.

Dans un environnement où les banques centrales restent sous pression et où les déséquilibres budgétaires persistent, la volatilité sur le marché des devises devrait rester élevée en 2026.

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Economie Nos analyses

Le yuan chinois atteint son plus bas niveau depuis 2 ans face au dollar américain

L’affaiblissement du yuan au-delà du niveau que la Chine défendait tout au long du mois de décembre a ramené le taux de référence quotidien de la monnaie gérée au centre des préoccupations pour évaluer l’appétit de Pékin pour le soutenir.

Les cambistes (traders FX) attendent de voir si la Banque populaire de Chine fixera le taux de change à un niveau inférieur à 7,2 pour un dollar, une ligne étroitement surveillée, autour de laquelle le yuan est autorisé à évoluer dans une fourchette de 2 %. La Banque Populaire de Chine (PBOC) a maintenu son soutien vendredi 3 janvier 2025, mais le yuan onshore a franchi le cap psychologique de 7,3 pour un dollar pour la première fois depuis fin 2023, dans un contexte d’inquiétudes concernant les difficultés économiques de la Chine et l’élargissement de la décote du rendement des obligations par rapport aux États-Unis.

Signe d’une conjoncture économique pessimiste et de pressions déflationnistes profondément ancrées, les rendements des obligations à court terme, dont l’échéance est de 7 ans ou moins, se négocient en dessous du taux directeur, le taux de repo inversé à 7 jours. Les rendements à long terme sont à des niveaux historiquement bas.

« Alors que les responsables chinois ont promis de nouvelles mesures de relance, signalant un plus grand assouplissement monétaire et budgétaire, les investisseurs attendent des signes concrets de réponse de la demande », a déclaré Fred Neumann, économiste en chef pour l’Asie chez HSBC.

« Après de nombreux soubresauts au cours de l’année écoulée, des preuves plus solides sont nécessaires pour montrer que l’économie chinoise réagit aux mesures de stabilisation », a déclaré M. Neumann.

Un test clé pour la confiance des consommateurs sera les célébrations imminentes du Nouvel An lunaire, qui commencent le 29 janvier, a-t-il déclaré.

En plus d’une économie morose, le yuan est également mis sous pression par une possible augmentation des droits de douane américains sur les exportations chinoises et par des signes de fuite de capitaux. Le pays a déjà subi en novembre la plus grande fuite de capitaux jamais enregistrée sur ses marchés financiers.

En effet, l’indice de référence CSI 300 de la Chine continentale a reculé de 4,1 % au cours des trois premiers jours de bourse de l’année, marquant le pire début d’année 2025 parmi les principaux indices asiatiques.

Les actions à petite capitalisation du CSI 2000 ont chuté de 6,6% depuis le début de l’année. L’indice Hang Seng de Hong Kong est en baisse de 1,2% depuis le début de l’année.

Le yuan a également souffert de la détermination de la Réserve fédérale américaine à maintenir les taux d’intérêts élevés plus longtemps pour enrayer l’inflation, ce qui a alimenté une forte hausse du dollar américain.

L’écart important entre les coûts d’emprunt américains et chinois a contribué à l’effondrement des investissements directs étrangers en Chine. En avril 2024, les sorties de capitaux ont atteint leur plus haut niveau depuis 2016, les banques ayant vendu davantage de devises étrangères à leurs clients.

De fait, la décote du rendement de la Chine par rapport aux États-Unis a atteint un nouveau record, aggravant le défi pour une banque centrale qui lutte déjà contre la gravité pour soutenir le yuan.

La combinaison d’une hausse incessante des obligations d’État chinoises et d’une liquidation des obligations américaines a entraîné un écart sans précédent de 300 points de base entre les rendements souverains des deux pays. Cela devrait accentuer encore la pression sur le yuan en augmentant le risque de fuites de capitaux, au moment même où la monnaie glissait vers un plus bas historique dans les échanges offshore cette semaine.

Cette évolution est un autre signe que les dirigeants politiques pourraient être contraints de laisser le yuan s’affaiblir s’ils souhaitent soutenir l’économie fragile en assouplissant la politique monétaire. Illustrant le dilemme, la Banque populaire de Chine a maintenu son soutien au marché des changes cette semaine juste après avoir laissé le yuan glisser au-delà d’un niveau clé vendredi.

L’élargissement de l’écart de taux sera un facteur qui continuera de pousser le dollar par rapport au yuan à la hausse. Le rendement des obligations chinoises à 10 ans a clôturé lundi sous 1,6% pour la première fois de l’histoire, selon les données officielles. Cela a contribué à élargir sa décote par rapport à la dette américaine de même échéance à 303 points de base.

En plus de cela, la campagne ambitieuse menée par la Chine pour relancer son marché boursier en déclin a fait du yuan une victime involontaire, avec des versements de dividendes record entraînant des sorties de capitaux.

Les dividendes intérimaires versés par les entreprises chinoises cotées à Hong Kong devraient atteindre 12,9 milliards de dollars entre janvier et mars 2025, un niveau record pour un premier trimestre, selon les données compilées par Bloomberg. Cela intervient alors que les niveaux du quatrième trimestre ont déjà dépassé 16,2 milliards de dollars, le plus haut niveau jamais enregistré pour la période et une hausse de 47 % par rapport à l’année dernière.

La manne des dividendes accroît la pression sur le yuan chinois, déjà alourdi par la remontée du dollar et la perspective d’une aggravation des tensions entre les États-Unis et la Chine. Les entreprises versent principalement des dividendes en dollars de Hong Kong, mais réalisent la majorité de leurs revenus en yuan, ce qui nécessite une conversion.

Les entreprises chinoises ont augmenté leurs versements en espèces aux investisseurs depuis que les autorités ont dévoilé en avril un pan de réforme du marché des capitaux qui n’a lieu qu’une fois par décennie. Ce plan comprend notamment l’encouragement de la distribution de dividendes, une meilleure qualité des cotations et des améliorations de la gouvernance d’entreprise.

Ce projet a déclenché une reprise des entreprises publiques, dont beaucoup sont doublement cotées à Hong Kong et sont parmi les plus réceptives à l’appel de Pékin à améliorer la rémunération des actionnaires.

De fait, les régulateurs ont depuis souligné l’importance pour les entreprises d’augmenter leurs distributions de liquidités, avec une fréquence et une visibilité accrues, comme élément clé pour augmenter le rendement des actionnaires. Ces encouragements pourraient se transformer en opportunité pour ceux qui s’attendent à de nouveaux gains pour le marché boursier, même si cela se transforme en une arme à double tranchant pour le yuan.

En effet, il faut savoir que la PBOC joue un rôle central dans la gestion et le contrôle du yuan chinois (CNY), la devise nationale. Contrairement aux monnaies flottantes comme le dollar américain ou l’euro, le yuan est soumis à un régime de change géré (ou flottement administré). Cela signifie que la valeur du yuan est partiellement déterminée par le marché, mais fortement influencée par des interventions régulières de la PBOC.

Le yuan n’est pas totalement flottant, mais il évolue dans une bande de fluctuation quotidienne autour d’un taux pivot fixé par la PBOC. Chaque jour, la PBOC annonce un taux de référence (fixing) contre le dollar américain, autour duquel le yuan peut fluctuer dans une fourchette de ±2 %.

Voici un exemple de la fourchette de fluctuation de février 2023 à février 2024 :

Ainsi, la PBOC peut acheter ou vendre des devises étrangères pour influencer la valeur du yuan. En achetant des dollars américains (ou d’autres devises étrangères), la PBOC affaiblit le yuan. À l’inverse, en vendant des dollars et en achetant du yuan, elle renforce la monnaie nationale.

D’ailleurs, la Chine dispose de réserves de change massives (plus de 3 000 milliards de dollars), utilisées pour stabiliser le yuan en période de volatilité. Ces réserves jouent un rôle de tampon en cas de choc externe ou de forte pression dépréciative sur le yuan.

Le taux de change est l’outil privilégié de Pékin pour orienter les attentes concernant le yuan. Il est supérieur à 7,2 depuis les élections américaines, sous la pression d’un dollar en hausse et des analystes qui prévoient de plus en plus que la banque centrale pourrait céder.

Permettre un dépassement du taux de change risque d’envoyer aux traders le signal que la PBOC est à l’aise avec une nouvelle faiblesse du yuan, tandis que le maintien de ce niveau suggère qu’elle pourrait se lancer dans une lutte avec la stabilité monétaire comme objectif.

Toutefois, la PBOC a annoncé vendredi qu’elle renforcerait la gestion des transactions de devises et réprimerait les comportements qui perturbent le marché. La banque centrale cherchera également à empêcher la constitution de paris unilatéraux et tout dépassement du taux de change, a-t-elle déclaré dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion de politique monétaire.

La banque centrale a fixé mercredi 8 janvier un taux de référence quotidien plus élevé que les estimations des analystes, de 7,1887 RMB pour un dollar, quasiment inchangé par rapport à celui de mardi (7,1879 RMB). Mais la pression sur le taux de change s’est accentuée après que les bonnes données économiques américaines ont fait grimper le dollar mardi, alors que la monnaie s’approche d’un plus bas historique à l’étranger cette semaine.

Les banques publiques ont continué de réduire leurs prêts en yuans à Hong Kong, ce qui rend plus coûteux pour les investisseurs de constituer des positions courtes, ont déclaré des traders.

Son journal, le Financial News, a déclaré que la banque centrale « se prémunirait résolument contre le risque d’une surévaluation du taux de change et maintiendrait la stabilité fondamentale » du renminbi.

En outre, un journal soutenu par la PBOC a déclaré que la communication de la banque centrale avait montré une détermination plus claire à stabiliser la monnaie. Pékin prévoit de vendre davantage de billets vert à Hong Kong, a déclaré le média local Yicai, une mesure qui pourrait absorber les liquidités et stimuler le yuan.

Ces mesures suggèrent que la Chine n’est pas encore prête à abandonner son contrôle sur la monnaie, malgré la pression exercée par la hausse des taux longs américains, les menaces de droits de douane et la morosité de l’économie locale. Pékin craint des sorties de capitaux désordonnées qui pourraient entraîner une vente paniquée des actifs libellés en yuans et faire dérailler une reprise déjà morose.

« Les autorités ne veulent manifestement pas que la spéculation unilatérale prenne de l’ampleur à ce stade », a déclaré Fiona Lim, stratégiste senior chez Malayan Banking Bhd. à Singapour. Mais « je ne serais pas surprise si la Banque populaire de Chine renonçait un peu plus à ses mesures si les menaces de droits de douane se concrétisaient et pouvaient nuire à la croissance ».

Cependant, les fondamentaux économiques de la Chine laissent entrevoir une nouvelle dépréciation. Le sentiment de risque est si faible que l’indice boursier de référence vient de clôturer à son plus bas niveau depuis septembre et les rendements souverains ont atteint de nouveaux plus bas historiques.

En novembre, le pays avait déjà connu la plus grande fuite des capitaux jamais enregistrée sur ses marchés financiers.

Adopter une stratégie de change rigide en traçant une ligne rouge est controversé, car une stabilité artificielle du marché peut conduire à des explosions de volatilité à l’avenir. En août 2015, la décision surprise de la PBOC de laisser le yuan s’affaiblir après l’avoir maintenu à 6,2 pendant des mois a conduit à des sorties massives de capitaux et à une vente panique des actifs chinois.

Qui plus est, la dévaluation monétaire fonctionne de la même manière que les droits de douane à l’importation.

Elle rend les exportations plus compétitives, mais au détriment de la demande intérieure. Si la Chine devait déprécier le RMB par rapport à toutes les monnaies (et pas seulement par rapport à l’USD), cette mesure ne serait expansionniste que si le reste du monde était capable et désireux d’absorber une augmentation significative de l’excédent commercial de la Chine.

Dans le cas contraire, la dépréciation de la monnaie réduirait en fait la demande totale de production chinoise en réduisant la demande intérieure sans augmentation proportionnelle de l’excédent commercial.

D’ailleurs, une tendance mondiale qui est très importante à suivre concernant le commerce mondial : l’excédent du commerce mondial des marchandises est de plus en plus un excédent chinois.

En effet, la compétitivité du yuan est l’une des raisons des forts excédents commerciaux et de la balance courante de la Chine, ainsi que d’autres facteurs, notamment les taux d’épargne extraordinairement élevés du pays. Le Fonds monétaire international estime que l’excédent de la balance courante de la Chine en 2024 s’élèvera à environ 1,5 % du produit intérieur brut et son excédent commercial à environ 3,5 %.

Les analystes ont fait remarquer de manière convaincante que ces estimations sont sous-estimées et que les excédents pourraient être supérieurs d’un point de pourcentage. Une statistique surprenante est que l’excédent commercial du secteur manufacturier de la Chine dépasse 10 % du PIB.

La demande extérieure est un soutien important à la croissance du PIB chinois dans un contexte de faiblesse de l’économie nationale.

Malgré les importants excédents commerciaux et courants de la Chine, le renminbi a été faible face au dollar cette année en raison d’importantes sorties de capitaux, reflétant le manque de confiance dans l’économie chinoise et sa gestion.

Le taux de change du renminbi par rapport au dollar est fortement influencé par l’évolution de la situation économique entre les États-Unis et la Chine, ainsi que par les différentiels de taux d’intérêt.

Contrairement à la situation de la Chine, la surperformance continue des États-Unis pourrait freiner la baisse des taux américains et favoriser des différentiels de taux d’intérêt plus importants que prévu par rapport à la Chine et à la Banque centrale européenne. Dans l’ensemble, le dollar pourrait rester globalement ferme à court terme.

La Chine représente aujourd’hui environ 80 % de l’excédent de marchandises des grandes économies d’Asie de l’Est, et ce parce que l’excédent de la Chine est en hausse, et non parce que les autres excédents ont disparu.

L’excédent de la Chine éclipse désormais celui de l’Europe, et le Japon accuse un déficit dans le commerce des marchandises (l’excédent de sa balance courante provient des revenus des investissements). L’excédent de l’Europe disparaît également presque complètement si l’on déduit le transfert des bénéfices du commerce pharmaceutique.

Par ailleurs, lorsqu’un pays a une faible demande intérieure et qu’il compte sur les excédents commerciaux pour écouler sa production intérieure, les politiques qui améliorent la compétitivité au détriment de la demande intérieure ne peuvent « fonctionner » que s’il n’y a pas de représailles, de sorte que l’excédent commercial augmente plus que la demande intérieure ne se contracte.

Mais si le reste du monde ne veut pas ou ne peut pas absorber une plus grande partie des excédents commerciaux de ce pays, les droits de douane auront probablement un effet de contraction parce qu’un excédent commercial croissant ne peut pas compenser la contraction supplémentaire de la demande intérieure.

Le yuan chinois devrait baisser à 7,40 pour un dollar dans trois mois avant de retomber à 7,50 dans six à douze mois, ont écrit lundi 6 janvier les stratèges de Goldman Sachs Group. Dans une note, BNP Paribas prévoit que le yuan tombera à 7,45 d’ici la fin de l’année, tandis que Nomura a prévu en décembre que la devise pourrait tomber à 7,6 pour un dollar dans les échanges internationaux d’ici mai.

Néanmoins, outre la fixation du taux de change, la PBOC dispose également d’autres outils, notamment le rattrapage des liquidités en yuans dans les transactions offshore et l’intervention directe sur le marché des changes.

Dans l’ensemble, la faible performance du renminbi face au dollar est un baromètre de la faiblesse de l’économie chinoise. Elle peut aussi poser un dilemme. Les autorités se méfient des pressions protectionnistes contre la Chine et ne souhaitent pas voir le renminbi baisser à nouveau face au dollar de peur de déclencher des sorties de capitaux.

Mais elles ne souhaitent pas non plus voir l’avantage concurrentiel considérable du renminbi s’éroder de manière significative, sachant que la demande extérieure est l’un des soutiens de la croissance anémique de l’économie et peut aider la Chine à atteindre l’objectif de croissance de 5 % pour cette année.

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CRYPTO: GROS PLAN SUR LE EOS

La semaine dernière à la succession des nouvelles négatives sur les marchés, concernant notamment la hausse d’inflation record aux États-Unis qui suivit une annonce d’un nouveau variant du coronavirus omicron. L’ensemble des bourses d’échanges expérimentaient une inédite vague baissière.

Cette semaine dans notre rubrique sur les devises du Net, nous avons sélectionné pour vous un actif numérique qualifié par ses fondateurs de « crypto monnaie la plus rapide » pour exécuter les transactions, le jeton Eos.

L’histoire de EOS (prononcé E-OS !)

Lancée en octobre 2017, par Daniel Larimer, co-fondateur de Bitshares, et Brendan Blumer, la blockchain EOSIO (sigle : EOS) se développe par la société Block.one. La plateforme s’est construite autour d’une chaîne de blocs décentralisée pour permettre à ces utilisateurs de réaliser des transactions promptement et gratuitement.

De plus, l’infrastructure emploie la technologie des smart contracts pour offrir aux programmeurs l’occasion de créer des applications décentralisées nommées « Dapps».

Le jeton EOS s’est popularisé à la suite de son ICO [Inial Coin Offering] célèbre qui a duré plus de 350 jours, de octobre 2017 à juin 2018. Cette levée de fonds, la plus longue de l’histoire des cryptomonnaies a permis de collecter un total de quatre milliards de dollars.

Cette performance confère au projet le titre de l’ICO le plus profitable du récit des pièces dématérialisées. Afin d’assurer une large diffusion du token natif de la blockchain EOSIO, encore en développement à ce moment-là, l’entreprise Block.one distribua un milliard de devises virtuelles sous la forme d’espèce numérique du réseau ERC-20. [Introduite pour la première fois par la plateforme Ethereum en 2015, la technologie des « contrats intelligents » ou smart contracts en anglais permet aux actifs digitaux des possibilités bien au-delà des seules transactions financières.]

Une autre solution qu’EOS tente de résoudre se présente comme le problème de « facilité d’usage ». Par analogie à la blokchain Ethereum qui emploie aussi des « contrats intelligents » mais dont les volumes des opérations par seconde sont plus réduits, EOS accorde une rapidité d’échange accrue. Pour cela, le réseau utilise un protocole de système d’exploitation, qui permet aux développeurs de travailler correctement.

Comprendre la technologie sous-jacente à EOS 

La blokchain EOS vise à devenir le code le plus rapide grâce à son usage du mécanisme d’accord sur les événements. Contrairement au système de consensus sur l’état, l’accent est mis sur les transactions, c’est-à-dire sur la vérification des faits qui ont lieu sur la blockchain.

Les utilisateurs de l’algorithme d’EOS partagent leurs ressources informatiques et y ont accès en fonction de leur possession. La distribution du réseau se gère selon le nombre de jetons tenu par un ayant droit. Plus la participation est élevée, plus la part du réseau que l’on « dispose » est significative. Les pièces elles-mêmes n’ont pas besoin d’être dépensées pour les transactions, car prouver leur détention c’est-à-dire le témoignage de leur propriété est suffisant. En autre, la quantité de devises à fabriquer se détermine en fonction de la valeur moyenne du paiement attendu par les producteurs de blocs pour leur travail. Pour éviter l’inflation, un plafonnage du nombre des jetons en circulation empêche ceux-ci de dépasser une hausse de 5 % par an.

Comparaison EOS contre Ethereum

EOS

  • Sigle : EOS
  • Blockchain : EOSIO
  • Fondateur : Daniel Larimer, Brendan Blumer
  • Date de lancement : 2017
  • Quantité totale : 908 millions
  • Le réseau se sécurise par le mécanisme de la preuve d’enjeu ou « Proof-of-Stake ».

Ethereum

  • Sigle : ETH
  • Blockchain : Ethereum
  • Fondateur : Vitalik Buterin, Gavin Wood, Charles Hoskinson
  • Date de lancement : 2013
  • Quantité totale : 118,4 millions
  • Le réseau se sécurise par le mécanisme de la preuve de travail, Proof-of-Woork (changement à venir vers le Proof-of-Stake, en 2022)

Que retenir sur la blockchain EOS ?

Lancé en 2017 par Daniel Larimer et Brendan Blumer, l’algorithme EOS fut élaboré afin de faciliter aux programmeurs la création des applications décentralisées (autrement nommé Dapps en abrégé). L’infrastructure jouit d’une vitesse de transactions accrue, et des coûts des transactions réduits. Dans le but de réaliser cet objectif, la plateforme bénéficie de la technologie de « smart contracts » et d’un consensus de mécanisme sur les événements qui ont lieu sur la chaîne de registre.

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Crypto: Gros plan sur le Cardano

Cette semaine à la poursuite de notre « tour du monde » sur le marché des crypto, nous vous proposons l’analyse de la blockchain Cardano, et de sa pièce numérique native, ADA.

Cet actif a suscité beaucoup d’intérêt auprès des investisseurs grâce à son explosion haussière mi-2021. Cette performance de plus de 1000 % a hissé la cyberdevise à la troisième place des plus grandes capitalisations boursières sur les plateformes de commerce des cryptomonnaies !

L’origine de Cardano

Propulsée en 2017 par Charles Hoskinson, l’un des co-fondateurs de la blockchain Ethereum et Bitshares ; Cardano (thicker : ADA) est une plateforme de contrat intelligent hautement évolutive et efficiente sur le plan énergétique. La blockchain fut lancée grâce aux résultats de plusieurs années de recherches entrepris par une communauté indépendante de scientifiques et d’ingénieurs, pour résoudre des problèmes existants sur le marché des cryptomonnaies : lenteur,  rigidité, et évolutivité. Pour atteindre cet objectif, le réseau déploie un consensus innovant de la preuve de participation « Proof-of-Stake (PoS) » nommée Ouroboros.

Ce processus permet aux détenteurs du jeton natif de Cardano, ADA, de disposer d’un algorithme beaucoup moins énergivore et plus évolutif. Par comparaison à la blockchain Bitcoin, ce système de vérification, ne nécessite pas des ressources de calcul du monde réel pour générer la chaîne des blocs. Enfin, le réseau améliore la notion de la preuve de participation en introduisant le concept d’époques et de valideur ou « slotleader ». La plateforme Cardano est nommée d’après Jérôme Cardan, un illustre mathématicien, et la cryptomonnaie native, ADA, est baptisée d’après Ada Lovelace, une célèbre pionnière de la science informatique.

Quels sont les aspects techniques de Cardano ?

Le code source de Cardano est développé grâce au langage de programmation Haskell. Tandis que le contrat intelligent est déployé à l’aide du langage de programmation Plutus. Ces deux langages de cryptage sont fonctionnels et hautement sécurisés, par une vérification explicite. Contrairement à la plupart des monnaies numériques, le protocole particulier du token ADA ne suit pas de « livre blanc ».

Il se base sur des principes de conception destinés à résoudre des problèmes existants sur d’autres plateformes : évolutivité, interopérabilité et conformité réglementaire. Pour cela, Cardano est souvent considéré comme une blockchain de troisième génération, car elle dispose d’une technologie qui synthétise les avantages de Bitcoin et Ethereum.

Comprendre le «processus de la validation Ouroboros» 

La procédure de validation Ouroboros subdivise séquentiellement le temps en périodes appelées époques. Ces époques sont divisées en créneaux de 20 secondes. Par la suite, le valideur est désigné par le réseau au cours d’un intervalle de temps, de telle sorte qu’il ne puisse accepter qu’un seul bloc. Cela signifie que la durée de production des blocs est d’environ 20 secondes.

« Quelles sont les conditions requises pour être le valideur ?»

Pour devenir le valideur, la détention d’un investissement d’au moins % sur le réseau Cardano est requise. On nomme les personnes éligibles, les électeurs. Plus ces votants disposent de participation importante sur la plateforme, plus ils ont une chance d’être éligibles comme valideur lors d’un créneau. Quand un bloc n’est pas correctement signé lors d’un créneau, le valideur devra attendre sa réélection. 

En quoi consiste le plan de route de Cardano ?

Le plan de route de Cardano est le résumé du développement de la blockchain, organisé en cinq étapes distinctes appelées « ères » : Byron, Shelley, Goguen, Basho et Voltaire. Chacune des ères équivaut à l’implémentation de nouvelles fonctionnalités de la plateforme, et elles seront livrées à travers plusieurs mises à jour du code. Bien que les ères soient livrées séquentiellement, le travail à effectuer pour réaliser chacune d’entre elles se déroule en parallèle, grâce à la recherche, au prototypage, et l’harmonisation des différentes phases.

  • Byron : Cette ère correspond à la première étape du développement de Cardano. Elle a permis l’achat et la vente de la cryptodevise native du réseau, ADA.
  • Shelley : Cette mise à jour permet à la plateforme de disposer du consensus de la preuve de participation (PoS). Les détenteurs du token peuvent alors placer leur jeton directement ou déléguer la responsabilité de participation à quelqu’un d’autre.
  • Goguen : Actuellement, le réseau se situe dans l’ère Goguen. L’objectif principal de cette ère est le déploiement de la fonctionnalité de contrat intelligent « smartcontracts ».
  • Basho : À ce stade, la plateforme deviendra évolutive et introduira des fonctionnalités de chaînes latérales « sidechain » et l’interopérabilité.
  • Voltaire : C’est l’étape finale du développement de Cardano. Lors de cette mise à niveau, l’ensemble du réseau migrera vers une plateforme décentralisée et entièrement autonome.

La comparaison Cardano vs Bitcoin

Cardano

  • Plateforme de contrat intelligent hautement évolutive, développée grâce à une roadmap organisée en cinq étapes.
  • Le réseau utilise la preuve de participation « Proof-of-Stake » pour valider la chaîne de blocs.
  • La cryptodevise native, ADA, ne suit pas de « livre blanc ». Elle est capée à 45 milliards d’unités. 
  • La technologie sous-jacente de Cardano permet de résoudre des problèmes existants sur le marché des cryptomonnaies.

Bitcoin

  • Pionnière des cryptomonnaies. Le token est capé à 21 millions d’unités.
  • L’actif numérique utilise le consensus de la preuve de travail « Proof-of-Work » pour valider la chaîne des blocs.

Quelques faits importants concernant Cardano

  • En 2017, IOHK, l’entreprise derrière Cardano, a aidé l’université d’Édimbourg à lancer la Blockchain Technology Laboratory.
  • En date du 29 avril 2021, Cardano dévoile un partenariat avec le gouvernement éthiopien afin de connecter et identifier près de 5 millions d’étudiants.
  • La blockchain Cardano est toujours en développement, et elle déploiera ce mois de septembre 2021, la technologie de contrats intelligents grâce à la mise à jour Alonzo.

En résumé

  • Cardano est l’une des plus grandes capitalisations boursières sur le marché des cryptomonnaies, lancée par Charles Hoskinson.
  • Le consensus Ouroboros améliore la preuve de participation en introduisant le concept d’époques et valideur ou « slotleader ».
  • Le jeton natif de Cardano est nommé ADA.
  • La plateforme est développée grâce au langage de programmation Haskell (pour son code source) et Plutus (pour ses contrats intelligents).
  • Les mises à jour de Cardano sont supervisées par des scientifiques, et divisées en cinq « ères » : Byron, Shelley, Goguen, Basho et Voltaire. Actuellement, nous nous situons dans l’ère Goguen.
  • Le token s’échange à 2,80 dollars, à l’heure de la rédaction de cet article.

« Le Bitcoin est une anarchie, et l’Ethereum est le royaume ultime. » Charles Hoskinson

Rédacteur: JEAN GOY

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La Chine a lancé ses tests pour le lancement d’une monnaie numérique. Décryptage!

Depuis 2014, la Chine explore la possibilité de lancer une monnaie numérique. Ce n’est toutefois que récemment, en raison des tensions avec les États-Unis et de la pandémie mondiale de Covid-19, que la Chine a manifesté sa volonté d’organiser des essais.

Le « yuan numérique » serait la toute première monnaie numérique, malgré le fait que d’autres banques centrales, parmi lesquelles la Banque centrale européenne, aient également montré de l’intérêt pour étudier les monnaies numériques. Qu’est-ce que le DCEP chinois ? En quoi diffère-t-il de la monnaie du pays, le yuan, et pourquoi la Chine a-t-elle l’ambition de le lancer ?

Qu’est-ce que le paiement électronique en monnaie numérique (DCEP)

Avant d’examiner la monnaie numérique que la Chine est en train de mettre en place, définissons ce qu’est une monnaie : « l’argent qui est utilisé dans un pays donné à un moment donné ». En Chine, il s’agit du yuan [3].

En quoi le yuan diffère-t-il alors de la monnaie numérique ?

La monnaie numérique est tout simplement le yuan, mais uniquement accessible sous une forme numérique et non sous une forme physique. La Chine utilise le terme DCEP (Digital Currency Electronic Payment) pour faire référence à sa monnaie numérique, ou « yuan » numérique. Le DCEP peut donc être traduit comme un « paiement électronique en monnaie numérique ».

Depuis quelques mois, des milliers de citoyens ont la possibilité de participer à des essais en utilisant le yuan numérique pour un montant prédéterminé comme moyen de paiement dans trois grandes villes, y compris le centre technologique de Shenzhen. La Chine souhaite que la monnaie numérique soit lancée avant et utilisée pendant les Jeux olympiques d’hiver prévus en 2022. Jeux qui se dérouleront à Pékin.

Certains ont comparé la conception de la monnaie numérique avec les crypto-monnaies, ce qui est un tout autre sujet que cet article n’abordera que brièvement.

Selon Investopedia, les crypto-monnaies sont également des monnaies numériques et nombre d’entre elles sont basées sur des réseaux décentralisés utilisant la technologie blockchain. La technologie blockchain empêche la fraude lors de l’utilisation de ces devises numériques.

Comme le souligne Tanvi Ratna, il y a trois grandes similitudes entre le DCEP et les crypto-monnaies :

  • (i) l’utilisation de portefeuilles en ligne et hors ligne
  • (ii) l’utilisation d’une architecture à deux clés pour sécuriser les transactions
  • (iii) l’influence des capacités de programmation

Pour plus d’informations sur les crypto-monnaies et leur similitude avec la conception du DCEP, cliquez ici.

Bien qu’ils puissent partager certaines similitudes, le yuan numérique ne peut pas être classé comme une crypto-monnaie et ce, pour deux raisons principales :

  • (i) Le DCEP est sous le contrôle d’une banque centrale et les transactions ne sont pas anonymes

La principale différence est que le DCEP, contrairement aux crypto-monnaies, est sous le contrôle d’une banque centrale (de Chine) qu’elle n’est donc ni décentralisée ni anonyme. Voir la définition qui en a été donnée ci-dessus : les crypto-monnaies sont basées sur des réseaux décentralisés et les transactions sont anonymes.

Ainsi soutenu par la banque centrale, le DCEP met l’accent sur la traçabilité des transactions. D’une part, la « surveillance » est bénéfique pour traquer la corruption et les crimes financiers et, d’autre part, elle permet ainsi, comme le mentionne Reuters, d’exercer un plus grand contrôle sur son économie en comparaison avec les possibilités qu’ont la plupart des autres banques centrales dans ce domaine.

On peut toutefois s’inquiéter et se demander s’il s’agira d’un nouveau moyen qui permettrait à la Chine d’espionner ses citoyens. L’ancien président de la PBOC (People’s Bank Of China) a, dans ce contexte, annoncé qu’un certain anonymat serait possible pour une certaine fréquence d’utilisation et pour certains montant.

  • (ii) Le DCEP est une monnaie fiduciaire

Le DCEP est une monnaie fiduciaire numérique. La monnaie fiduciaire est une monnaie émise par le gouvernement et qui n’est pas soutenue par une contrepartie physique -comme l’or ou l’argent – mais plutôt par le gouvernement qui l’a émise.

Elle se distingue ainsi des crypto-monnaies qui sont beaucoup plus volatiles car elles ne sont pas reconnues par le gouvernement comme étant un moyen de paiement. Dans ce contexte, le yuan numérique soutenu par l’État est plus stable.

Comment utiliser la monnaie numérique

Au vu de ce qui précède, comment envisager l’utilisation du DCEP comme moyen de paiement ?

En résumé, la Banque populaire de Chine émet des DCEP à destination des banques commerciales qui, à leur tour, distribueront le DCEP aux particuliers par le biais de leurs portefeuilles. Ces portefeuilles sont accessibles via une application pour smartphone développée par la banque centrale [de Chine] elle-même.  Ce mécanisme est illustré dans la figure 1.

Le DCEP est lié paritairement au Yuan, ce qui signifie que la valeur du DCEP est égale à celle du yuan physique. On peut noter ici une similitude avec les systèmes de paiements mobiles, même s’il y a également une grande différence. En effet, lorsqu’un paiement est effectué à l’aide d’un système de paiement mobile cela se fait par le biais d’un intermédiaire, à savoir une banque traditionnelle.

L’application pour smartphone développée pour le yuan numérique ne fait pas appel à un intermédiaire, car le DCEP est distribué par le biais de portefeuilles numériques et non pas via des comptes bancaires.

En tant que tel, il n’y a pas d’argent physique qui vous couvre à partir d’un compte bancaire. Le DCEP est donc entièrement numérique. Au moyen de deux téléphones qui se touchent, un code barre ou un code QR est généré et un paiement peut être effectué.

Un article expliquant comment le yuan numérique est utilisé dans la pratique comme mode de paiement peut être consulté ici.

La monnaie numérique fonctionne donc non seulement de manière différente comparativement aux systèmes de paiements mobiles traditionnels mais elle offre également certains avantages :

  • (i) L’utilisation de portefeuilles émis par la PBOC elle-même exclut tout tiers ce qui rend superflu toute infrastructure intermédiaire et se traduit in fine par des coûts de transaction plus faibles.
  • (ii) Il n’est plus nécessaire de mettre en place des réseaux qui soutiennent les paiements par carte comme c’est le cas pour Visa ou Mastercard, car la PBOC et les banques émettrices sont directement liées. Cela permet également de réduire les coûts.
  • (iii) Contrairement aux systèmes de paiements mobiles classiques, l’application DCEP développée par la PBOC ne nécessite aucune connexion internet pour pouvoir fonctionner. Cela contribue à rendre son utilisation plus facile, à stimuler son adoption au sein des communautés rurales et empêche que le système ne cesse de fonctionner en cas de défaillance technologique.

Dans le contexte de l’épidémie du coronavirus, cette monnaie numérique offre, tout comme les autres systèmes de paiements mobiles, plus de sécurité sur le plan de l’hygiène que l’argent liquide.

Pourquoi la PBOC a-t-elle l’ambition de lancer le DCEP ?

La volonté de la Chine de lancer sa monnaie numérique est clairement motivée par deux raisons principales :

  • (i) le renforcement de la surveillance économique et de la souveraineté monétaire

L’une des raisons pour lesquelles il peut être favorable à la Chine de mettre en place cette monnaie est qu’elle permet à l’État, comme on l’a déjà écrit, d’accroître son contrôle sur sa propre économie. Mais ce n’est pas tout.

Dans la mesure où plusieurs pays ou entreprises ont annoncé la possibilité de lancer leur propre monnaie numérique (la Libra de Facebook par exemple), cela pourrait être un moyen pour la Chine de renforcer sa souveraineté monétaire. Concrètement, la souveraineté monétaire d’un pays signifie que c’est l’Etat qui décide exclusivement de ce qui est officiellement la monnaie ayant un cours légal.

Cela lui permet en outre de contrôler le type de monnaie qui est utilisé à l’intérieur de ses frontières. En lançant le DCEP, la Chine tente d’empêcher qu’une autre monnaie étrangère ne soit prioritairement adoptée.

  • (ii) la mise en cause du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale

Le DCEP pourrait par ailleurs constituer une menace possible pour le dollar, qui occupe actuellement la position de monnaie de réserve mondiale. À ce sujet, David Roche de Independent Strategy, affirme toutefois que la Chine est encore loin de l’emporter sur le dollar américain dans la mesure où le yuan ne représente que 2 % de la valeur des règlements du commerce international.

En comparaison avec la monnaie américaine pour laquelle on constate que « environ 40 % la dette mondiale est libellée en dollars » et que « plus de 61% de toutes les réserves étrangères des banques sont libellées en dollars américains« .

Le fait que la monnaie chinoise puisse être considérée comme une monnaie de réserve aurait pour conséquence, parmi d’autres avantages, de réduire les coûts d’emprunt pour les exportateurs chinois, de diminuer les taux d’intérêt des obligations libellées en yuan et de réduire la dépendance de la monnaie par rapport au dollar.

La monnaie numérique sera-t-elle adoptée avec succès comme monnaie ?

L’adoption de la monnaie numérique dans toute la Chine dépendra essentiellement de sa facilité d’utilisation et de ses avantages. Pas moins de 86 % des paiements en Chine sont effectués au moyen d’un téléphone portable selon Keith Lamb. Quand on prend en compte tous ces paiements effectués par le biais de la lecture d’un code QR ou même par voie de reconnaissance faciale, on peut considérer que la Chine est déjà bien avancée sur la voie d’une société sans cash.

Cette nouvelle monnaie ne fera cependant pas totalement disparaître l’argent liquide du pays car les habitants des régions plus rurales qui ne sont pas familiarisés avec les paiements numériques doivent pouvoir continuer à participer à l’économie.

Chandler Guo, pionnier de la crypto-monnaie, est convaincu que l’utilisation de la monnaie numérique se développera à l’extérieur des frontières de la Chine notamment par le biais des 39 millions de Chinois qui vivent à l’étranger et qui adopteront probablement la monnaie numérique.

En outre, selon Goldman Sachs, cette monnaie pourrait représenter 15 % du volume total des paiements de consommation dans les 10 prochaines années, tandis que d’autres affirment que les banques centrales pourraient commencer à garder en portefeuille des DCEP si son utilisation devait augmenter.

En résumé, le DCEP offre des avantages au gouvernement chinois et réduit les frais de transfert pour les consommateurs mais ne doit pas faire perdre de vue les questions liées à la protection de la vie privée qui peuvent être préoccupantes.

A l’heure actuelle, les opinions des experts varient quant à la question de savoir si le yuan numérique sera adopté avec succès en Chine et au-delà de ses frontières.

Rédigé par: LAURA KUYPERS du Solvay Finance Club