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Un rêve, des mensonges, Theranos.

« The land of opportunity », c’est cette image que beaucoup ont des États-Unis. Il est clair que ce pays a vu naître des mastodontes de notre quotidien, comme Facebook, Amazon, Ford, Microsoft. Ce pays où l’impossible peut devenir réel, à coup de millions de dollars. Ayez juste une bonne idée, le reste viendra. C’est ce que croyait Elizabeth Holmes, qui fonda l’une des startups les plus prometteuses pour la médecine, Theranos

Révolutionner le monde de la santé

Elizabeth Holmes est née le 3 février 1984 à Washington. Très jeune, elle se passionne pour la technologie et la chimie, des études qu’elle tentera de suivre avant d’abandonner. 

Durant l’été 2002, Holmes fit un stage à Singapour où elle testa des échantillons sanguins potentiellement atteints par le SRAS, une forme de coronavirus. Jugeant les méthodes archaïques, elle était persuadée de pouvoir proposer quelque chose de mieux. 

L’étudiante de Stanford, alors fraîchement entrée dans la vingtaine, fit preuve d’un esprit entrepreneurial et d’une vision remarquable : elle œuvra à la création d’un outil qui révolutionnerait l’analyse sanguine et délivrerait des médicaments en temps réel. Selon elle, sa technologie permettrait de réduire sensiblement les délais d’analyse en laboratoire. 

Un an plus tard, Elizabeth Holmes quitta Stanford, sans son diplôme, mais les étoiles plein les yeux. Elle s’installa à Palo Alto (Californie), où l’impossible devient réalité. C’est le début de la société Theranos.

Le rêve de Theranos

Theranos prend vie sur une idée simple : recueillir un maximum d’informations à partir de quelques gouttes de sang, et ce en quelques minutes seulement. 

Jusque-là, les analyses se faisaient sur plusieurs jour, réparties parfois sur plusieurs laboratoires. L’avantage concurrentiel de Theranos tenait dans sa capacité à centraliser les données et à gagner du temps. 

Les promesses étaient belles et le charisme de la fondatrice conquit de nombreux investisseurs. Entre 2003 et 2015, la société enchaîna les tours de table à la recherche de capitaux, jusqu’à atteindre une valorisation de 9 milliards de dollars en 2014, faisant d’Holmes la plus jeune milliardaire dans la catégorie « self-made female ». 

Cela fut rendu possible grâce à une communication soignée et un engouement des médias. La jeune CEO pratiqua à merveille l’art de la vente, tout en gardant un voile opaque sur sa technologie. Elle joua même de sa fascination pour Steve Jobs en copiant son style, il n’en fallait pas plus aux journaux pour voir en Theranos le nouvel Apple.  

Le début des ennuis

Si d’un côté les choses semblaient se porter à merveille pour Theranos (la société a signé un partenariat avec la chaîne de pharmacies Walgreens), de l’autre des doutes commençaient à se poser sur la faisabilité du projet.  

En effet, malgré de nombreux essais, aucun appareil produit par la startup n’arrivait à atteindre ses objectifs. Soit il ne fournissait qu’un petit nombre de résultats, soit la concurrence faisait mieux. Pire, l’omerta imposée par les dirigeants aux employés empêchait quiconque d’avoir une vision claire sur le projet. 

Elizabeth Holmes floua ses partenaires. Elle mentit sur l’origine de ses appareils, sur l’état d’avancement et même sur les résultats. Il devenait de plus en plus évident que la révolution annoncée ne serait pas celle que tous les experts attendaient. 

En 2018, le monde d’Elizabeth Holmes bascula lorsque le journaliste du Wall Street Journal, John Carreyrou, publia un livre intitulé « Bad Blood : Secret and Lies in a Silicon Valley Startup ». Cette œuvre est le fruit de longs mois d’enquête dont le but est d’exposer au monde entier la supercherie que serait la nouvelle licorne américaine. 

Suite à ces révélations, la fondatrice tenta de sauver les meubles en démentant les faits, en essayant de recadrer son idée et en mettant la pression sur des médecins et journalistes, mais en vain. C’était la fin de Theranos.  

La société fut liquidée en septembre 2018 et Holmes fut inculpée de onze chefs d’accusation, dont celui de complot en vue de commettre une fraude. Elle gardera une attitude froide lors de son procès, répondant près de 600 fois « je ne sais » aux questions qui lui seront posées. 

Conclusion 

Le monde regorge de visionnaires, de talents, de rêveurs, mais très peu ont la chance de voir leurs idées se concrétiser. Elizabeth Holmes s’imaginait que son projet, aussi révolutionnaire soit-il, aboutirait d’une manière ou d’une autre. Elle qui voulait faire partie des Zuckerberg, Jobs, Brandson, elle aura choisi le chemin du mensonge et de la fraude. Au final, la seule chose qui la rapprocha de son idole, Steve Jobs, aura été son pull à col roulé noir. 

Article écrit par l’équipe Parlons Finance (Timur Kazkondu & Vicky Ncamurwanko)

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Parlons films : Margin Call

Parlons Finance vous propose de découvrir un livre ou un film dont le sujet est la finance. Ceux-ci sont choisis pour la qualité de leur réalisation, les notions qu’ils traitent ou leur réputation.  

Commençons cette série avec une production américaine sortie en 2011 et réalisée par J.C. Chandor, Margin Call

Histoire

L’intrigue se déroule en 2008, à l’aube de la crise financière des subprimes. Eric Dale, qui travaille dans une banque d’investissement new-yorkaise, se fait licencier en même temps qu’une grande partie de son étage. Avant de quitter les lieux, il remet à une clé USB à son collègue, Peter Sullivan, et le met en garde sur ce qu’il va découvrir.

En fin de journée, Sullivan travaille sur le projet Dale et comprend le danger qu’encourt la banque sur certains de ses investissements, les Morgage Backed Securities (MBS) ou titres adossés à des créances hypothécaires. 

Notion de finance : Les MBS sont des actifs financiers créés sur un principe comptable : lorsqu’une banque prête de l’argent à un client pour un crédit hypothécaire, elle doit également détenir une petite part en fonds propres pour se protéger d’une éventuelle faillite. De ce fait, si elle souhaite augmenter son volume de prêts, elle devra faire de même avec ses provisions. 

Pour contourner cette règle, les banques ont créé des produits financiers qui regroupent un ensemble de crédits hypothécaires, assemblés par blocs et notés en fonction de la qualité des emprunteurs. Ainsi, elles commercialisent des actifs et non plus des prêts.

Les supérieurs de Peter Sullivan sont affolés par ce qu’ils voient, les risques pris par la banque sont tellement importants qu’une légère baisse des cours impliquerait une perte plus considérable que la valeur totale de l’entreprise. La faillite est très proche. 

Notion de finance : Cette analyse est possible grâce à la VAR, ou Value At Risk, qui est un outil utilisé par les gestionnaires de risque pour déterminer le niveau maximal de perte que pourrait subir un portefeuille sur une période donnée et avec un degré de certitude. 

Ce modèle repose sur trois critères, l’horizon (ex. : dans les 12 mois à venir), le niveau de certitude choisi (ex. : 99 %) et la taille de l’échantillon historique (ex. : sur base des 10 dernières années de progression). Il vous donne ce type de réponse « sur base d’un historique de 5 ans et avec une certitude de 99 %, le portefeuille peut perdre, dans les 12 mois à venir, maximum 1 million de dollars si la volatilité dépasse les niveaux prévus par le modèle ».

Cette situation crée une véritable panique et contraint les cadres de la banque à se réunir en urgence, dont le charismatique PDG, John Tuld. Ce dernier, très pragmatique, demande à son équipe de se débarrasser immédiatement de tous les titres toxiques. Cette décision sera contestée en interne, car elle implique de flouer un grand nombre de partenaires de la banque. 

Le lendemain matin, le département trading vendra au rabais ses MBS et causera par la même occasion une panique généralisée sur les marchés financiers. 

Photo : Margin Call – Before de Door Pictures / Benayora Pictures

Notre avis

Bien qu’elle ne soit pas nommée, la banque au cœur de ce film fait directement référence à Lehmann Brothers. John Tuld (interprété par Jeremy Irons) est d’ailleurs fortement inspiré de Richard Fuld, ancien PDG de Lehmann.  

Le film nous montre la brutalité qui peut régner au sein d’une grande banque, chacun ne pensant qu’à sa propre personne. C’est l’addition des individualités qui crée la structure, centrée sur un seul maître, le président. Ce dernier n’a d’ailleurs qu’un rôle, celui d’assurer la pérennité du groupe, quoi qu’il arrive.

Margin Call est volontairement lent, mais arrive à installer un climat de tension tout au long de son histoire. On sait que quelque chose d’important va se passer lorsque le PDG descend par hélicoptère au beau milieu de la nuit. Ajoutez à cela un casting de qualité avec Kevin Spacey, Simon Baker, Zachary Quinto ou Penn Badgley (ma femme m’en voudrait de ne pas le citer), et vous aurez de quoi passer une bonne soirée.

Le film tente de reproduire fidèlement l’univers de la finance, jusqu’à devenir parfois très technique. Les néophytes n’auront pas de mal à suivre, mais pourront lui reprocher un manque d’action. En tout cas, chez Parlons Finance, nous ne pouvons que vous recommander chaudement ce film. 

Réalisme : 4/5 

Enseignement de la finance : 3/5

Connaissances requises pour comprendre le film : 3/5

L’histoire en général : 5/5 

Total : 15/20 (très bon)

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Passer des ordres en bourse

As-tu quelques minutes pour comprendre comment optimiser ses ordres en bourse ?

Beaucoup de personnes font l’erreur de croire que la bourse est un marché unique centralisé à une seule adresse, Wall Street. Ils ont doublement tort.

Premièrement, parce que la bourse est avant tout un lieu où se rencontrent l’offre et la demande, plus particulièrement de produits financiers. De ce fait, il existe de multitudes de places boursières dès lors qu’on y retrouve une personne prête à vendre un produit et une autre prête à l’acheter.

Deuxièmement, bien que Wall Street soit un lieu emblématique de la finance mondiale, il ne représente pas la totalité des transactions enregistrées dans le monde. Certes, le New York Stock Exchange (NYSE) et le Nasdaq pèsent pour près de 41 milliards de dollars de capitalisation boursière sur les 89,5 recensés en 2020 (source : World Federation of Exchange).

Un investisseur qui souhaite diversifier son portefeuille va sélectionner des titres répartis sur différents continents et fuseaux horaires. Cela dit, il lui sera très difficile de participer à toutes les séances (il est 1h du matin lorsque la bourse de Tokyo ouvre). Mais alors, comment faire pour passer acheter ou vendre en votre absence ? Cela est possible grâce à l’automatisation des ordres et l’intermédiaire de courtiers.

Le rôle du courtier

Le rôle du courtier est de faciliter les transactions, trouver preneur, et ce, même si le marché est en hausse ou en baisse (c’est le fameux discours du mentor de Jordan Belfort dans « Le loup de Wall Street »). Il appliquera deux règles de priorité, le prix (l’ordre le plus proche de la valeur de l’actif) et le temps (s’il y a deux ordres de même valeur, c’est le premier arrivé qui sera traité).

Pour son activité, le market maker, qui est souvent une institution financière, prendra une commission sur chaque opération.

Le carnet d’ordres

Avant de poser un ordre, quel qu’il soit, vous devez vous assurer qu’une autre personne dans le monde souhaite se séparer ce même actif, c’est ce qu’on appelle la liquidité. Plus un titre est « liquide », plus il est facile à échanger. À l’inverse, si l’engouement est faible, et donc moins liquide, alors il aura du mal à changer de mains.

Le carnet d’ordres regroupe les ordres d’achat et de ventes des investisseurs

Les différents types d’ordre

Les ordres sont des instructions données par le trader au marché. Ils reprennent différents critères comme le type (achat ou vente), la quantité et le prix. Voici une petite liste non exhaustive des ordres en bourse :

  • À prix limité : Il s’agit d’un ordre d’achat (buy limit) ou de vente (sell limit), qui sera exécuté à un prix déterminé au préalable. Son objectif est de donner aux investisseurs la possibilité de choisir le montant (minimal ou maximal) appliqué. 
  • À tout prix : Dans ce cas, vous souhaitez acheter/vendre un actif à tout prix, peu importe la demande de la contrepartie. De ce fait, vous prenez le risque d’accepter des propositions plus coûteuses. 

    Exemple : Vous envisagez d’acheter 100 actions ParlonsFinance à tout prix. Un vendeur propose 25 actions à 51 €, un autre 35 à 52 € et un dernier 50 à 53 €. Vous aurez fait l’acquisition à des tarifs différents pour répondre à votre demande de 100 actions. 
  • Au prix du marché : Cet ordre permet d’acheter au « meilleur » prix proposé par le marché (la première offre, souvent très proche du prix réel de l’actif). Son inconvénient est qu’il ne s’active uniquement au meilleur prix, rien d’autre. Cela ne vous garantit pas une exécution complète de votre demande. 

    Exemple : je veux 100 actions PF au prix du marché. Le premier vendeur m’en propose 25 à 51 €. J’en aurai 25 sur 100 puisque les autres offres sont plus chères. 
  • Tout ou rien : comme son nom l’indique, cet ordre ne s’enclenche que si l’unique condition est remplie (prix et quantité). Cela vous permet de garder le contrôle sur le prix d’achat/vente. S’il n’y a pas de contrepartie, l’ordre reste en suspens jusqu’à sa prochaine tentative. 

Certains ordres, appelés « à déclenchement », ne peuvent être exécutés que s’ils remplissent des conditions précises :

  1. À l’achat
  • Le Buy stop est un ordre d’achat (long), qui sera exécuté si le prix fixé est atteint. Anticipant une remontée des cours, il doit être placé au-dessus du prix actuel.
  • Le Buy limit part du principe que le cours va remonter après avoir chuté quelque temps. Dans ce cas, vous devez placer votre ordre au-dessous du niveau actuel, afin de profiter de l’effet « rebond ».

2. À la vente

  • Le sell stop ou stoploss est un ordre de vente qui sera exécuté si le prix de l’actif baisse en dessous d’un seuil. Il vous permet de minimiser vos pertes lorsque le marché se déplace dans la direction opposée à votre trade.

Exemple : je mets un Stoploss à 80 % de la valeur de mon titre, afin de me garantir une moins-value maximale de 20 % en cas de baisse des marchés.

Cependant, une forte volatilité peut mettre en difficulté votre stoploss. Si le prix chute brutalement, il se pourrait que l’ordre soit exécuté à un tarif encore plus faible que celui déterminé initialement. Pour éviter cela, les traders peuvent faire appel au stop limit, qui constitue une deuxième soupape de sécurité située à une limite plus basse.

  • À l’opposé, le sell limit ou take profit vous sert à planifier une porte de sortie à un niveau précis et garantit l’encaissement de bénéfices. Utilisez ce type d’ordre si vous anticipez un renversement du marché.

    Le stoploss et takeprofit sont très appréciés sur le marché du Forex (devises), car ils permettent aux traders de préciser le taux auquel ils souhaitent fermer leurs positions.
Les différents ordres à déclenchements

Conclusion

Les meilleurs financiers vous le diront, maîtriser ses ordres est essentiel pour réussir sur le long terme. Que vous soyez un professionnel du trading ou que vous fassiez cela comme hobby, vous devez savoir quand entrer et quand sortir d’un trade. Nous avons abordé les principaux ordres, mais il en existe bien d’autres, comme les ordres séquences, alternatifs ou triples.

Enfin, dans un monde qui ne dort jamais, l’informatique apporte une aide cruciale qui fait toute la différence entre se coucher plus riche ou se réveiller plus pauvre (ou les deux le temps d’une nuit).

Article rédigé par Timur Kazkondu et Florenc Micaj (équipe Parlons Finance)

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Une vie, Bernard Madoff

As-tu quelques minutes pour connaître l’un des escrocs les plus célèbres de Wall Street, celui qui avait la technique la plus sophistiquée jamais élaborée à ce jour, l’américain Bernard Madoff ?

Il y a des noms qui entrent dans l’Histoire pour différentes raisons. Que ce soit pour la création d’un empire comme Napoléon, une invention qui changera le quotidien de nombreux citoyens comme Gutenberg, une entreprise qui révolutionnera le monde comme Bill Gates ou une découverte qui sauvera des millions d’êtres humains comme Pasteur. 

À leur opposé, certains noms sont restés dans la mémoire collective pour des raisons bien douloureuses. Leurs auteurs, parfois convaincus d’agir pour « le bien de tous », ont laissé des traces profondes sur leur entourage. 

Parmi eux se trouve un homme qui causera la faillite de nombreuses familles, le financier Bernard Madoff

La création du mythe

Bernard Lawrence Madoff est né le 29 avril 1938 dans le Queens aux États-Unis. Avant de croiser le chemin de la finance, il commença comme installateur de systèmes d’arrosage puis comme maître nageur sur Long Island. Voyant son frère Ralph travailler comme agent de change, Bernard se lança en tant que courtier de petites valeurs mobilières (penny stocks). Il fonda par la suite sa société, la Bernard L. Madoff Investment securities LLC. 

Ce que l’on oublie de Madoff c’est qu’il était également un visionnaire. Il a très rapidement compris que l’informatique serait incontournable dans les transactions financières et constituerait un atout majeur pour quiconque s’y intéresserait. De ce fait, il contribua à l’essor du NASDAQ, indice qui reprend les entreprises technologiques les plus importantes des États-Unis. C’est à cette période que le natif du Queens se construisit un réseau de personnes appartenant à la haute finance. La confiance qu’il suscita chez ses pairs lui permit d’accéder à un poste d’exception, président du NASDAQ en 1990

Adulé de toutes parts, reconnu comme un financier hors pair, donnant de nombreuses conférences sur ses techniques de management, Bernard Madoff était à l’apogée de sa carrière. Et pourtant, dans l’ombre une escroquerie d’une ampleur gigantesque tournait un plein régime. Un danger connu sous le nom de « pyramide de Ponzi ».

Qu’est-ce qu’une pyramide de Ponzi ?

(Extrait de notre article dédié)

« Le fraudeur, au sommet de la pyramide, sollicite un premier investisseur pour une affaire. Pour éveiller sa curiosité, il lui promet un rendement important en peu de temps (ex. doubler la mise). L’investisseur décide alors de verser 1000 $, en espérant recevoir 2000 $ dans un an. Le fraudeur, s’il veut respecter son engagement, doit trouver 1000 $ d’ici douze mois. Puisqu’il ne les réinjecte pas (ou très peu) en bourse, il incite d’autres personnes à rejoindre sa pyramide.

L’argent récolté par les derniers sert à rembourser les intérêts des premiers, et ainsi de suite. Dès lors, on se retrouve dans un système où la croissance est exponentielle, ce qui sera l’une des causes de son effondrement. 

Ce système ne s’arrête que lorsqu’un grand nombre de personnes souhaite, en même temps, sortir du fonds. Les premiers chanceux seront remboursés et les derniers constateront qu’il ne leur reste plus rien. Une autre raison peut être le manque de personne à recruter. Puisque de nouvelles arrivées sont nécessaires pour maintenir la pyramide en place, il arrive un moment où le nombre requis dépasse la totalité des habitants sur notre planète ».

Le fonds d’investissement de Madoff reposait sur ce même principe. Les clients recevaient des taux d’intérêt qu’aucun autre Hedge fund ne pouvait prétendre. Peu importe les performances de la bourse, la Madoff Investment securities affichait des résultats impressionnants

Pour tenir sur la durée, le financier devait sans cesse trouver de nouveaux capitaux. De confession juive, Madoff démarcha d’abord d’autres membres de sa communauté résidant à Palm Beach (lors de parties de golf ou de dîners mondains). Par la suite, ce sont des célébrités qui se sont manifestées suivies d’entreprises et d’institutions financières. La technique de Bernie fut de refuser systématiquement les propositions, jugées « trop faibles », ce qui créera chez les potentiels clients une frustration de ne pas faire partie de l’élite. 

Un maître nageur qui coula ses clients

Si cette pyramide a pu tenir autant de temps, c’est parce qu’elle était gérée aussi sérieusement qu’un « vrai » fonds de gestion. Durant des années, les clients recevaient de faux rapports reprenant l’ensemble des transactions effectuées par la société. Personne ne se questionnait sur une probable supercherie sauf quelques traders et journalistes qui mirent en garde le gendarme américain de la bourse, la SEC, en vain.  

En 2008, la crise financière des subprimes créa chez de nombreux clients le besoin de récupérer leurs capitaux, mais Madoff ne pouvait répondre à une telle demande. Pour cause, la plupart des sommes reçues servaient à payer les intérêts des placements, d’autres à rembourser les premiers demandeurs, le restant à l’usage personnel de Madoff. Au total, le préjudice s’élèverait à 65 milliards de dollars

Voyant l’étau se serrer dangereusement, Bernard avoua à ses fils l’arnaque. Il fut arrêté par le FBI et plaida coupable en 2009. La sentence fut donnée à titre d’exemple, 150 années d’emprisonnement. En prison, Madoff était à la fois protégé et menacé par ses codétenus. Certains journalistes rapportaient qu’il avait le monopole sur le chocolat suisse et devait porter un gilet pare-balle lors de ses promenades. 

Source : Kathy Willens/AP/SIPA

Conclusion 

Madoff est décédé le 14 avril 2021 dans sa prison en Caroline du Nord. Il restera dans l’histoire comme un homme dont le succès fut construit sur une série de mensonges et pour qui l’enrichissement personnel passe par l’appauvrissement de ses proches. Sa famille fut traquée pour les clients, à tel point que son fils Mark se suicida et que son épouse se résigna à vendre tous ses biens. Aujourd’hui, très peu de choses restent du fonds Madoff, beaucoup n’ont pu récupérer leur argent. La vie de cet homme nous rappelle qu’une bulle, aussi grosse soit-elle, finit toujours par exploser. 

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Carl Icahn, légende de Wall Street.

As-tu 60 secondes pour connaître l’une des stars du trading, une véritable légende de la finance, l’américain Carl Icahn ? 

  • Qui est-il ? 

Carl Icahn est né le 16 février 1936 dans le Queens (New York) aux États-Unis. Plutôt porté sur les lettres que les chiffres, il obtint un diplôme de philosophie à Princeton. Il s’essayera ensuite à la médecine, qu’il abandonnera deux ans plus tard pour intégrer l’armée. 

Son amour pour les affaires le conduit à travailler à Wall Street, où il deviendra trader en 1961. Sept années plus tard, se sentant comme un poisson dans l’eau, il créa sa propre société de gestion, Icahn & Co, spécialisée dans l’arbitrage et la négociation d’options. Passionné par son travail, Icahn aime prendre les choses en mains, il accepte difficilement le statut d’actionnaire minoritaire et souhaite intégrer le centre décisionnel. Pour cela, il développera une méthode qui fera sa légende.

  • La méthode Icahn

Carl possède un tempérament explosif. De ce fait, ses méthodes d’investissement sont jugées très agressives par ses détracteurs. Son mode opératoire est le suivant : il repère des entreprises en grande difficulté au potentiel de croissance important. Il achète des parts, harcèle le management en place, exige un siège au conseil d’administration et milite pour une restructuration profonde. Son objectif ? Diminuer rapidement les coûts fixes de l’entreprise pour la rendre rentable. 

Au fil du temps, sa société entra au capital de grands noms tels que Texaco, Wester Union, Marvel, Herbalife, Yahoo, Apple et Ebay. 

Dans le monde de la finance, sa personnalité provoque des réactions mitigées. Les actionnaires des entreprises qu’il possède sont ravis, Icahn ayant la réputation de transformer le bronze en or. Mais le management le déteste, car son arrivée est très souvent synonyme de perturbations. Ses actions lui ont valu le surnom de « raider » (en français prédateur). 

Icahn n’a pas peur d’entrer en compétition avec d’autres stars de la finance. En 2013, il s’oppose à Bill Ackman dans le dossier Herbalife (article dédié sur PF). Selon lui, Ackman accusait, à tort, la société spécialisée dans la vente de produits nutritionnels d’être une pyramide de Ponzi. Pour la presse à l’époque, la principale raison pour laquelle Carl Icahn est entré dans le capital d’Herbalife serait tout simplement parce qu’il déteste Ackman et que rien ne lui aurait fait plus plaisir que de lui faire perdre de l’argent. 

  • De nos jours ? 

Carl Icahn est une véritable légende pour toute personne passionnée par le trading. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il ne laisse personne indifférent. À 85 ans, sa fortune estimée à 15,1 milliards de dollars [au 11 avril 2021] selon le magazine Forbes. 

L’homme d’affaires est toujours aux commandes de son holding financier et partage son savoir à travers le monde. En 2016, il endossa même le rôle de conseiller pour Donald Trump pour l’élaboration d’une loi visant à diminuer les taxes sur les sociétés.  

Philanthrope, il n’hésite pas à donner des millions de dollars pour améliorer les conditions de vies des enfants défavorisés ou malades dans le monde. Les principaux champs d’action de ses fondations sont la médecine et l’éducation. 

  • Conclusion 

Voici une preuve de plus que le rêve américain existe. Issu d’une famille modeste, Carl Icahn se hissa parmi l’élite de la finance aux côtés de Warren Buffet ou Georges Soros. Sa méthode, aussi dure soit-elle, a porté ses fruits. Elle a inspiré des millions d’investisseurs dans le monde. En France, celui qui incarne parfaitement la technique Icahn est un certain Vincent Bolloré… également milliardaire ! 

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L’investissement durable

Depuis quelques années, nous assistons à une augmentation du nombre de personnes qui souhaitent investir en bourse. La raison principale de cet engouement est la faiblesse des taux qui a limité l’intérêt des comptes d’épargne et a largement profité au marché des actions. 

Si certains investisseurs sont focalisés sur la recherche d’un rendement élevé (jusqu’à acheter des actifs exotiques comme les cryptomonnaies), d’autres souhaitent également donner un sens à leurs faits afin de contribuer à construire un monde meilleur

À leurs yeux, les critères de réussite ne se limitent pas uniquement aux performances financières et boursières d’une entreprise, mais reprennent aussi leur impact sur le monde qui les entoure. 

Le secteur de la finance a rapidement compris qu’il fallait créer des standards d’investissement durables afin de s’aligner sur les attentes des clients et les 17 objectifs du développement durable proposés par les Nations Unies*

Trois lettres, trois objectifs.

De ce débat sont nés les critères ESG, ou Environnemental, Sociétal et Gouvernemental qui deviendront les bases de tout investissement socialement responsable. Il existe également d’autres listes dont l’éventail est plus large (ex : exclusion des activités liées au nucléaire). 

  • Environnemental : Ce critère mesure l’impact de l’entreprise sur son environnement, notamment les efforts pour réduire l’empreinte écologique, la diminution de gaz à effets de serre, la consommation d’eau ou la maîtrise des déchets.
  • Social : Ce critère mesure l’impact de l’entreprise sur les différentes parties prenantes avec qui elle travaille. Le regard est également tourné en interne avec l’analyse des valeurs défendues ou la diversité au sein de la société. 
  • Gouvernance : Ce critère mesure la façon dont l’entreprise est dirigée, la qualité de son management, la stratégie adoptée, la transparence de ses activités et son indépendance vis-à-vis des lobbys. 

Chaque critère est évalué séparément et a un poids identique pour l’attribution du label ESG. Cela implique qu’il est nécessaire d’obtenir de bons scores dans chaque catégorie et non pas uniquement dans une ou deux. 

La recherche du respect des critères ESG a permis l’élaboration d’une liste d’activités controversées et l’exclusion des entreprises qui ont un lien direct avec celles-ci. On y retrouve les jeux d’argent, la pornographie, la vente ou l’achat de tabac ou d’armes, l’extraction d’énergies fossiles ou l’exploitation de mineurs pour le travail. 

Création d’un fonds et obtention du label

Les gestionnaires de fonds d’investissement sont parmi les plus actifs dans la création de portefeuilles dits « durables ». 

Pour cela, ils sélectionnent des titres sur base de critères financiers et extrafinanciers.

Dans le premier cas, on y retrouve la valeur boursière de l’entreprise, ses résultats annuels, les prévisions de croissance ou la stratégie. Les critères extrafinanciers sont souvent inspirés de l’ESG. 

Pour rester cohérentes vis-à-vis des investisseurs, les gestionnaires veillent à appliquer ces mêmes critères au sein de leur structure. Ils n’hésitent pas à demander aux sociétés dans lesquelles ils investissent de faire pareil. 

Avant de pouvoir proposer le fonds « durable » au grand public, celui-ci devra être soumis à un organisme indépendant qui validera, ou non, l’application du label. Dans l’affirmative, un compte rendu sera publié chaque année pour informer les actionnaires du respect constant de ces critères. 

Plus de transparence grâce au SFDR

Depuis le 10 mars 2021, le Sustainable Finance Disclosure Régulation invite les institutions financières à accroître la transparence sur leurs manières d’intégrer la durabilité dans leurs conseils ou décisions d’investissement. L’objectif est avant tout de protéger les investisseurs et leur donner un aperçu des conséquences que peut avoir le (non) respect de ces critères sur leurs investissements.

Cette mesure concerne plusieurs acteurs de la finance, comme les banques, les compagnies et intermédiaires en assurance ainsi que les gestionnaires d’actifs financiers

Les produits, quant à eux, visent les fonds d’investissement (OPCVM), les assurances-placements et les fonds de pension

Le SFDR permet également de classifier les produits en trois catégories :

  • Les produits étiquetés Article 9 remplissent pleinement des objectifs durables.
  • Ceux repris sous l’Article 8 favorisent les critères ESG, mais sous une application plus large 
  • L’Article 6 reprend tous les autres produits qui n’ont pas d’objectif durable ou ne les appliquent pas suffisamment. 

Conclusion 

Si nous sommes encore loin d’avoir une finance « propre et durable », nous tendons vers cet objectif pas à pas. Bien que les marchés financiers aient une image d’un monde déconnecté du réel, nous pouvons constater que les considérations croissantes des citoyens, comme le changement climatique ou l’égalité des genres, se répercutent sur leur manière d’investir. Les institutions voient leur rôle passer du « simple » gestionnaire d’actif au porte-parole d’enjeux planétaires… ce qui ne pourra que plaire à la jeune génération.  

*Les 17 objectifs des Nations Unies :

1.      Pas de pauvreté 

2.      Faim « zéro » 

3.      Bonne santé et bien-être 

4.      Éducation de qualité

5.      Égalité entre les sexes

6.      Eau propre et assainissement

7.      Énergie propre à un coût abordable

8.      Travail décent et croissance économique

9.      Industrie, innovation et infrastructure

10.    Inégalités réduites

11.    Villes et communautés durables

12.    Consommation et production responsables 

13.    Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques

14.    Vie aquatique

15.    Vie terrestre

16.    Paix, Justice et institutions efficaces

17.    Partenariats pour la réalisation de ces objectifs

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Les différentes peurs à éviter à tout prix !

L’investissement repose sur deux éléments-clés : l’argent et la psychologie. 

Pour le premier, c’est assez simple. Soit vous avez assez d’argent et vous pouvez investir, soit vous n’en avez pas et vous devez épargner pour commencer. Et même s’il est possible d’emprunter pour acheter et revendre par la suite, cela implique obligatoirement d’être en possession de liquidités.

Pour la psychologie, c’est plus délicat. Pour vous éviter d’être submergé émotionnellement par les marchés financiers, certains experts recommandent de garder une attitude « froide ». De prendre tout événement positif ou négatif comme une information supplémentaire à traiter. Toute bonne ou mauvaise opération comme un résultat à encoder. 

Or, est-il réellement possible de ne rien ressentir ? Bien sûr que non. Chaque individu transporte avec lui un bagage sentimental dont il ne peut se défaire. L’investisseur impulsif qui achète tout ce qui lui passe sous les yeux ou le trader défensif qui repousse toujours au lendemain sont deux individus qui succombent à leurs émotions. 

Si certaines d’entre elles sont perçues comme des qualités (voir les qualités d’un trader), d’autres, plus particulièrement la peur, peuvent amener l’investisseur à prendre de mauvaises décisions. 

FOMO (Fear of Missing Out)

Le FOMO, ou la peur de rater quelque chose, représente la crainte de voir les autres prendre du plaisir en votre absence. Cette peur pousse l’individu à se montrer quasi omniprésent. 

Les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Twitter maîtrisent parfaitement ce concept et en jouent. C’est la raison pour laquelle de nombreux utilisateurs passent des heures à « scroller » leur écran, à la recherche de la dernière publication. 

Impact sur le trading ? Le FOMO entraîne le trader à acheter toutes les actions qui ont attiré son attention. Bien que peu convaincu par certaines d’entre elles, il se dit qu’il sera présent en cas de remontée. Les dangers à long terme sont de constituer un portefeuille de titres pris au hasard, la difficulté à anticiper les variations de cours et une baisse de rendement liée à de nombreux achats/ventes. 

Le FOBO (Fear of a Better Option)

Une variante du FOMO est le FOBO, ou la peur d’une meilleure solution. Dans ce cas, l’individu fait face à de nombreuses alternatives qui le rendent indécis et l’empêchent de choisir. Il se questionne sans cesse sur les conséquences d’un mauvais choix. La pression est d’autant plus importante lorsque ceux-ci l’engagent sur une longue période. 

Cette peur crée la paralysie. À force de réfléchir, les opportunités défilent et sont gâchées. 

Impact sur le trading ? Le FOBO peut rapidement toucher les nouveaux investisseurs qui souhaitent construire leur portefeuille. Face aux dizaines de milliers de titres, le novice pourrait passer des centaines d’heures à analyser sans prendre une décision. Il doit développer son propre filtre de sélection afin d’atteindre une poignée de candidats intéressants.  

Loss Aversion 

L’aversion à la perte est une peur bien plus contraignante, car elle empêche toute initiative de la part de l’individu. Ce concept fut développé par les chercheurs Tversky et Kahneman (que nous vous avons déjà présenté) qui démontrèrent la différence d’impact entre une perte et un gain sur l’esprit humain. 

Selon cette étude, une personne préférerait éviter la perte plutôt qu’obtenir un gain d’une même somme (le niveau de satisfaction perdu serait plus élevé que le niveau de satisfaction gagné). C’est ce raisonnement qui empêche de nombreux hommes et de femmes à passer à l’action, les laissant sur la ligne de départ de l’aventure entrepreneuriale. C’est aussi lui qui nourrit notre cerveau de scénarios d’échecs. 

Impact sur le trading ? L’aversion à la perte peut entraîner deux conséquences. La première est la prolifération d’épargnants, trop frileux de risquer une partie de leur salaire, se contentant du maigre taux que leur propose le compte d’épargne. La seconde est la rétention d’actifs nocifs dans un portefeuille tout simplement pour tenter de récupérer la mise de départ.

Cette peur touche particulièrement de nombreux novices, qui n’osent pas se lancer avant d’avoir totalement calculé leur potentielle moins-value. Trop focalisés sur les pertes, ils en oublient les gains. 

Opportunity cost 

Le coût d’opportunité représente les bénéfices qui auraient pu être enregistrés si l’on avait pris une autre décision que celle que nous avons prise. Autrement dit, il détermine ce que l’on a « sacrifié » en renonçant à ce choix. 

Dans notre quotidien, nous sommes souvent confrontés à mesurer ce coût sans nous en rendre compte. Acheter un chargeur de téléphone à 1,99 € peut nous paraître plus intéressant à court terme, mais le remplacer tous les 6 mois coûtera plus cher qu’un chargeur à 14,99 €. Dans un autre registre, l’émission « à prendre ou à laisser » illustre à merveille ce concept. Les candidats ne sachant pas ce qui se cache dans leur boîte doivent constamment évaluer le poids de leur décision. 

Impact sur le trading ? De nombreux courtiers s’appuient sur les coûts d’opportunités pour motiver leurs clients à investir. Ainsi, le rendement actualisé des 10 dernières années vous indique ce que vous avez renoncé en refusant d’investir (bien que les résultats du passé ne soient pas représentatifs de l’avenir).

Conclusion 

Je terminerai cet article sur une citation de l’entrepreneur américain, Robert Kiyosaki, qui disait ceci : « la plus grande cause des difficultés financières de l’Homme est la peur de perdre de l’argent ». Nous ne pouvons qu’adhérer à ses propos. La peur est un ennemi qui nous ronge de l’intérieur, plus elle est grande, plus elle nécessitera de ressources pour la vaincre.

Les plus célèbres financiers de notre époque sont ceux qui ont pu transformer ce handicap en une force. Ils sont de ceux qui croient en l’expression « qui ne tente rien n’a rien ».

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Dénicher les meilleurs fonds d’investissement en une page

Si vous souhaitez investir, mais que vous n’avez pas beaucoup de temps à consacrer à la recherche de titres prometteurs, à la lecture de bilans ou à l’analyse des variations des cours de bourse, alors peut-être devriez-vous songer à confier cette tâche à quelqu’un d’autre. 

La création d’un portefeuille, un suivi régulier et la recherche d’un rendement intéressant seront les principaux objectifs des gestionnaires d’actifs. 

Cependant, bien que les fonds d’investissement aient l’avantage de pouvoir contenir une multitude d’actifs, comment les différencier ? Comment comparer leurs performances ou leur stratégie ? Comment savoir si votre choix a porté ses fruits ? Certains sites, dont le célèbre Morningstar, proposent de répertorier et noter une large gamme de fonds.

Analyse d’un fonds d’investissement

La méthode de notation de Morningstar est basée sur les convictions de ses analystes. Bien entendu, chaque société peut apporter un regard différent sur un même fonds.  

Important : Le fonds Comgest Growth Europe EUR I Dis est présenté uniquement à titre d’exemple. Ce choix ne reflète en rien l’opinion de Parlons Finance et ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente de notre part. Il revient à vous de faire votre propre analyse et vos choix. 

  1. L’en-tête
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La lecture d’une fiche récapitulative (Fund facts en anglais) commence par le nom du fonds. Celui-ci donne déjà quelques indices à l’acheteur sur la stratégie d’investissement proposée. Dans notre exemple, l’accent sera porté sur les actions de croissance (Growth) européennes (Europe) dont les intérêts annuels seront distribués (Dis).

Morningstar attribue deux notes : 

  • La première donne une vue globale (Négative — Neutre — Bronze — Silver — Gold) et repose sur une analyse qualitative et prospective des fonds.
  • La seconde propose une cotation étoilée (1 à 5) qui représente la performance d’un fonds par rapport à ses semblables, en tenant compte du risque et des coûts. Seuls 10 % des fonds obtiennent la note maximale. 

Afin de comparer ce qui est comparable, il est nécessaire de regrouper les différents fonds en fonction de leur indice de référence, de leur benchmark et de la catégorie d’actifs. 

L’indice de référence comporte plusieurs actions représentatives d’un marché et donne une vue d’ensemble de sa performance journalière (ex : le CAC40 est composé de 40 entreprises qui représentent globalement le marché français). 

Le Benchmark, quant à lui, sert d’élément comparateur au fonds d’investissement. Celui-ci est souvent un indice, un secteur, voire un autre fonds. 

Enfin, la catégorie permet de cibler les actifs choisis dans le fonds (ex : Europe ou US, actions ou obligations, grandes ou petites capitalisations, croissance ou valeur) 

Un exemple pour illustrer nos propos : le fonds AQUA compare les poissons se trouvant dans les eaux européennes (indice de référence), en mer Méditerranée (benchmark) et pesant plus de 2 kg (la catégorie). 

2. Objectif et performances

Chaque gestionnaire propose un objectif d’investissement unique pour ses fonds. Celui-ci doit permettre aux analystes de comprendre la manière et les moyens mis en place pour obtenir des résultats satisfaisants. Un objectif « vague » (ex : entreprises européennes de croissance) donne au gestionnaire une meilleure flexibilité pour répondre aux attentes. À l’inverse, certains objectifs sont tellement précis (ex : dégager une croissance supérieure à celle des GAFA sur une période de 3 ans) qu’ils ne laissent que peu de marge de manœuvre. 

Sur la partie droite de l’image, vous trouverez les différentes performances annuelles ou trimestrielles. Celles-ci comparent le fonds avec son indice et sa catégorie. Attention aux fonds qui n’ont jamais pu « battre » leur indice depuis un long moment. 

De l’autre côté, plusieurs indicateurs mathématiques et statistiques vous donneront la mesure du risque pris : 

  • L’Alpha : détermine si le fonds surperforme ou sous-performe son indice de référence. Si > 1, alors le fonds fait mieux que son indice. 
  • Le Beta : détermine si la valeur du fonds varie plus/moins que son indice de référence (volatilité). Si > 1, le fonds amplifie davantage les fluctuations que son indice. 
  • R carré : détermine le niveau de corrélation entre le rendement du fonds et celui de son indice (de 0 à 100). À 100 %, les fluctuations du fonds seront parfaitement corrélées à l’indice. 
  • Ratio d’information : une autre mesure de la surperformance (sousperformance) du fonds par rapport à son indice. 
  • Tracking error : détermine le niveau de liberté que prend le gestionnaire par rapport à son indice. Plus il est élevé, plus il s’éloigne de son indice. 
  • Ratio de Sharpe : détermine si la rentabilité du fonds justifie un niveau de risque plus élevé que son indice. Si ce ratio se situe entre 0 et 1, alors la rentabilité ne couvre pas le niveau de risque pris. Au-delà de 1, le rendement rémunère suffisamment l’excès de risque.
  • Volatilité : liée au bêta, elle donne une idée de l’ampleur des variations d’un fonds. Plus elle est élevée, plus les hausses et les baisses du titre seront importantes. 
  • Risque 3,5, 10 ans : lié au Beta et à la volatilité, il donne une idée du style agressif ou défensif du fonds. 

3. Secteurs et régions

Un fonds peut contenir plusieurs types d’actifs de nature différente (actions, obligations, produits dérivés, liquidités, matières premières) au sein d’un seul « pool ». Ainsi, notre fonds fictif Parlons Finance Equities comporterait majoritairement des actions. Parlons Finance global bonds sera orienté obligations et Parlons Finance global Mix intégrerait toutes sortes d’actifs. 

Les liquidités donnent aux courtiers la possibilité de réagir aux mouvements du marché. Un niveau de liquidités bas est un signal d’alarme. Les capitaux étant pleinement investis, le manager n’aura pas d’autres choix que de vendre en cas de retournement des marchés. 

Les actions sont différenciées sur de nombreux points : 

  • Leur taille : allant de micro à géante, elle se réfère généralement au nombre d’employés et à la capitalisation totale 
  • Le style : indique le type d’évolution de l’entreprise. Croissance (axé sur une augmentation rapide du cours), value (axé sur une progression cyclique avec possibilité de sous-évaluation du marché) ou mixte 
  • Leur zone géographique : une grande diversification implique une sélection de titres de nationalités différentes

Le comportement boursier de certains titres a permis une classification selon les secteurs :

  • Cycliques : ces titres sont fortement influencés par le contexte macro-économique, comme la politique monétaire, les taux d’intérêt ou les relations diplomatiques. On y retrouve les matériaux de base, les produits de consommation non essentiels (consumer discretionary), les services financiers et l’immobilier. 
  • Sensibles : moins impactés par les événements d’ordres mondiaux, ces titres suivent les cycles économiques dans leur ensemble. On y retrouve les services de télécoms, d’énergie, les industries et la technologie.
  • Défensifs : Ces titres ont une progression qui leur est propre. Ils ne sont pas corrélés aux autres secteurs, car leur utilisation est constante. Nous retrouvons les produits de première nécessité (consumer staples), les soins de santé et les services publics. 

Les obligations, quant à elles, se distinguent par leur type (bons d’état ou obligations d’entreprises), leur rating (AAA jusque D), leur duration ou leur catégorie (High Yield, investment grade, spéculatif)

Généralement, les dix positions les plus importantes du fonds sont référencées. Ceux-ci peuvent changer lors d’une rotation sectorielle opérée par le marché. 

4. Le management

Toutes les informations à savoir sur la société de gestion et son manager sont indiquées en bas de chaque fiche. 

La gestion d’un portefeuille demande un savoir-faire de qualité et une équipe de traders regroupés sous la tutelle d’un talentueux gérant. Un manager dont le fonds a surperformé le marché reçoit le respect de ses pairs et un juteux bonus. 

Parmi les derniers points d’attention, il y a les frais d’entrée et de gestion, la nature du fonds (UCITS* = OPCVM**), sa politique de distribution des intérêts, son code ISIN***, son éligibilité pour un PEA**** et le capital minimum requis pour investir. 

  1. Conclusion 

Choisir le « bon » fonds d’investissement n’est pas si simple, tant les différences sont nombreuses et les compétences humaines importantes. Cependant, apprendre à analyser une fiche d’information vous aidera à trouver votre propre style de gestion. Avec plus de 120 000 fonds dans le monde, il en existe bien un qui saura concilier vos attentes et un rendement satisfaisant. 

*UCITS = Undertaking for Collective Investments in Transferable Securities 

**OPCVM = Organisme de placement collectif en valeurs mobilières

***ISIN = International Securities Identification Numbers

****PEA = Plan d’Epargne en Actions 

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Invest #7: Qu’est-ce que représentent les SPAC dans le monde de la finance ?

L’année 2020 nous a montré qu’il existe de nombreuses manières de s’enrichir sur les marchés financiers. Si les actions ou les cryptomonnaies ont été largement médiatisées, d’autres formes d’investissements ont su tirer leur épingle du jeu…

Parmi celles-ci, nous retrouvons les SPAC ! 

Qu’est-ce qu’une SPAC ? 

Une SPAC, ou Special Purpose Acquisition Company, est une société sans activité opérationnelle dont l’objectif est de réunir des capitaux afin d’acquérir une autre société non cotée en bourse. 

La particularité de cette opération tient dans le fait que c’est la SPAC, coquille vide, qui possède les liquidités nécessaires à l’achat d’une « réelle » entreprise. 

Pour cela, la SPAC doit avant tout s’introduire sur les marchés financiers et séduire les potentiels investisseurs. 

Comment cela fonctionne-t-il ? 

Les SPAC sont regroupées autour d’une équipe d’entrepreneurs, dont la réputation et les compétences influencent grandement la réussite, ou non, de l’opération. Avant leur concrétisation, elles doivent passer par plusieurs étapes :

1)      Introduction : Au moment de l’introduction en bourse, le montant total à lever ainsi que le prix de départ sont connus (10 $ pour une action SPAC aux États-Unis). 

2)      Recherche de la cible : La SPAC, seule, n’a pas de réel intérêt pour ses actionnaires, car elle ne dispose ni d’historique ni de trésorerie (d’où son surnom « entreprise chèque en blanc »). C’est l’entreprise ciblée qui fait l’objet de toutes les convoitises. Ainsi, l’équipe dirigeante de la SPAC dévoile à l’avance les critères d’acquisition (secteur d’activité, taille de l’entreprise, rentabilité à venir, vision, etc.) du projet. 

Toutes les SPAC n’ont pas de fin heureuse, certaines propositions peuvent être refusées par les actionnaires qui, faute d’alternatives, réclament le remboursement et la dissolution de la SPAC.

3)      Fusion : dans de nombreux cas, la SPAC est l’occasion de faire de bonnes affaires. Les fondateurs deviennent propriétaires d’une entreprise qu’ils pourront modeler. Les actionnaires entrevoient un bon potentiel de rendement. Les intermédiaires touchent de grosses commissions. Enfin, l’entreprise cible accède aux marchés financiers à travers un moyen plus rapide et moins coûteux. 

4)      Liquidation : Certaines SPAC portent le nom de la société acquise, ce qui prouve leur volonté de ne faire qu’un avec la nouvelle entité. Par la suite, la société devra suivre un parcours plus classique, composé de publications de résultats, d’annonces et de prévisions.   

Le nombre de SPAC introduites en bourse en 2020 nous montre l’intérêt porté par le milieu, bien que tout ne soit pas parfait. 

D’une part, la période fixée (souvent 2 ans) pour acquérir une entreprise peut parfois pousser les fondateurs à prendre des décisions hâtives dans les derniers instants. S’ils ne trouvent pas la bonne entreprise, leur mise de départ sera perdue. 

D’autre part, les SPAC sont soumises à une réglementation moins stricte que les IPO classiques et leur accès est réservé aux spécialistes en la matière.

Exemples 

Fort présents dans le secteur de la technologie et de la santé, les SPAC sont nées aux États-Unis (tiens donc) dans les années 90. En Europe, il faudra attendre 2007 pour voir la Pan-European Hotel Acquisition Company récolter 115 millions d’euros sur l’Euronext Amsterdam. 

En Belgique, nous n’avons pas d’exemples connus de SPAC. Cependant, l’émergence de ce type d’opération sur le Vieux Continent pousse les régulateurs européens à travailler sur une réglementation commune entre les pays membres de l’Union. 

Après tout, si la prise de risque fait partie de l’ADN de l’investisseur américain, ce trait de caractère est moins présent chez les Européens qui souhaiteront obtenir davantage de garanties avant de se lancer dans l’aventure.  

Par KAZKONDU Tim

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Invest #4 : Qu’est-ce que le Short Squeeze ?

Depuis janvier, une bataille féroce est engagée sur les marchés financiers entre certains gestionnaires de fonds et des investisseurs particuliers. La raison du conflit ? La vente à découvert ou « short selling » menée sur des entreprises en difficulté. 

Pour comprendre ce que veut dire « shorter », vous devez accepter l’idée qu’il est possible de gagner de l’argent sur la baisse du prix d’une action. Ces opérations sont réalisables grâce aux produits dérivés dont sont friands certains Hedge funds.  

En effet, la liquidation forcée (Short Squeeze) des positions courtes peut devenir un cauchemar pour les vendeurs à découvert à moins qu’ils ne réagissent très rapidement … 

Concrètement, le shorteur prendra le pari que l’entreprise X verra la valeur de son action en bourse chuter (ses anticipations peuvent être justifiées, ou non). Son principal souci est qu’il ne possède pas d’action X. Il va donc les emprunter auprès d’un actionnaire de l’entreprise, et lui promet de les lui rendre à une date future.

Dès réception, le Shorter vendra immédiatement ces titres au prix du marché et attendra sagement qu’elles perdent de la valeur, avant de les racheter et ainsi rembourser sa dette. Les deux acteurs sont alors satisfaits, le Shorter a réalisé un gain et l’actionnaire détient toujours des titres de l’entreprise. 

Le short squeeze intervient lorsque le prix de l’action va dans le sens opposé au scénario imaginé. Une telle situation, qui peut être provoquée par d’autres investisseurs, représente un danger pour le shorteur qui doit rapidement couper ses positions afin d’éviter de lourdes pertes. Car attention, si la plus-value a une limite (l’action ne peut pas aller au-dessous de zéro), la moins-value, elle, n’en a pas ! 

Exemple de Volkswagen et Tesla :

Un exemple connu par la plupart des financiers s’est déroulé durant le mois d’octobre 2008, lorsque le cours de l’action VW avait quintuplé en seulement deux jours, passant de 210 € à 1 000 €. Porsche avait annoncé avoir gagné 74 % du contrôle des part de votes de Volkswagen, ce qui a entraîné une forte hausse du cours de son action, les vendeurs à découvert étant alors forcés de payer 1 005 € par action pour clôturer leurs positions.

Plus récemment, le cours de l’action Tesla a également fait l’objet d’un short squeeze début 2020. Plus tôt, les actions du constructeur électrique américain étaient les actions les plus vendues à découvert sur le Nasdaq, mais plusieurs nouvelles positives, notamment des résultats du quatrième trimestre supérieurs aux attentes, a entraîné une hausse des cours de l’action atteignant plus de 850$.

Inutile de préciser que les pertes des vendeurs à découvert ont l’inconvénient de pouvoir devenir exponentielles durant la liquidation forcée des positions courtes, et les gains pour ceux ayant une position longue peuvent permettre de ne plus jamais travailler à vie …

Par KAZKONDU Timur et NAQI Hamza