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Investir #5 : Les 5 qualités d’un bon trader

Derrière chaque investisseur se cache une personnalité unique, avec ses qualités et ses défauts. Certaines d’entre elles peuvent vous aider à réussir sur les marchés financiers tandis que d’autres seront les causes de vos éventuels échecs. 

Si pour investir vous devez avant tout respecter votre profil et une stratégie, vous devez également apprendre à cerner votre personnalité. Êtes-vous émotif(ve) ? De nature stressée ? Pouvez-vous facilement accepter que les choses ne se passent pas comme prévu ? Votre mental vous permet-il d’encaisser les coups ? Ce sont des questions à se poser lorsque l’on veut entrer dans un univers aussi compétitif que celui de l’investissement. 

👉 Les grands traders de ce monde, au parcours professionnel et social différent, se ressemblent néanmoins sur quelques traits de caractère qui leur sont très profitables. Parlons Finance vous propose son top 5 de ces qualités :

5. Être pragmatique

Un trader sérieux doit garder un recul suffisant sur ce qu’il se passe sur les marchés financiers. Il ne tombe pas dans l’euphorie généralisée qui l’entraînerait à prendre de plus en plus de risques. Il sait « séparer le bon grain de l’ivraie ». Son opinion est forgée par un mélange d’expériences personnelles, de chiffres concrets, de recherches empiriques et d’analyses d’experts (auxquelles il accordera une importance moyenne).  

 > Cette qualité vous permettra de vous questionner sur l’augmentation soudaine et rapide de la valeur d’un titre en bourse ou sur les promesses exagérées faites par des vendeurs. 

4. Rester concentré(e)

De nos jours, nous sommes noyés sous l’information continue qui nous entoure. Entre les réseaux sociaux, les forums, et les chaînes d’informations, l’investisseur doit pouvoir rester concentré sur sa tâche. Si vous vous sentez débordé(e), mieux vaut alors vous accorder une pause plutôt que de disperser votre énergie. S’il est difficile de garder son attention durant toute une journée, cela l’est encore plus sur toute une année. De ce fait, beaucoup de grands courtiers s’offrent des vacances pour recharger les batteries.

> Cette qualité vous permettra d’aller droit au but et d’atteindre plus rapidement vos objectifs. Puisque votre concentration diminue au fil du temps, vous devez mettre à profit ces moments en ne vous laissant pas perturber par votre environnement. 

3. Gérer ses émotions

Investir sur certains produits financiers, comme les actions ou les produits dérivés, peut très vite mettre vos nerfs à rude épreuve. La hausse (baisse) soudaine des bourses peut entraîner une vague d’euphorie (panique) généralisée à laquelle vous devez rester prudent. Le bon trader doit pouvoir gérer ses émotions dans les moments où son portefeuille sera secoué. Votre égo doit également être contenu, il n’a pas sa place sur les marchés financiers. 

> Cette qualité vous permettra d’éviter d’agir sous des émotions extrêmes comme la colère, la tristesse ou l’euphorie, qui ne vous apporteront que peu de bénéfices. À l’inverse, nous ne vous recommandons pas de faire preuve d’alexithymie (c’est la difficulté à exprimer des émotions), car chacun dispose d’une structure émotionnelle solidement ancrée impossible à supprimer. Trouvez votre équilibre.  

2. Trouvez votre équilibre 

Dans toutes nos recommandations, il est question d’équilibre. Celui entre les capitaux que vous pouvez investir ou garder, les risques que vous pouvez prendre ou non, les émotions que vous devez contenir ou exploiter, l’équilibre que vous devez avoir entre votre vie privée et professionnelle. Investir s’apparente à un travail que l’on termine à la fin de la journée. Vos yeux ne doivent pas rester rivés sur les cours de bourse. De nombreux gourous de la finance pratiquent la méditation pour leur permettre de se déconnecter des marchés et apaiser leur esprit. 

> Cette qualité doit vous aider à comprendre ceci : L’argent ne dort jamais, il n’en a pas besoin, vous si. À ne vouloir rien manquer des marchés financiers, vous passerez sûrement à côté de beaucoup d’autres choses importantes à votre vie. 

1. Maintenir une discipline

Réussir sur les marchés financiers n’est pas une chose aisée, bien que les apparences puissent parfois montrer le contraire. De nombreux professionnels vous diront que pour performer dans ce domaine, un bon trader doit avoir un plan et s’y tenir fermement. Le manque de discipline est caractérisé par une prise soudaine de décisions risquées, comme l’ajout d’actifs très volatils ou le refus de couper une position baissière. 

La persévérance fait également partie d’une discipline de fer. Vous essuierez sûrement des échecs dans votre carrière, mais cela doit être pris comme une leçon et une opportunité de vous améliorer. Comparez-vous à des sportifs de haut niveau, une bonne prestation ne vous dispense pas de vous entraîner le lendemain. 

> Cette qualité nous semble être la plus importante, car elle nécessite un travail continu. La réussite d’un trader tient à sa capacité à appliquer encore et encore les mêmes techniques, à respecter son plan et garder la tête froide. 

➡️ Voici, à nos yeux, les cinq qualités les plus utiles à développer si vous souhaitez investir votre argent. Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive et il en existe beaucoup d’autres que nous n’avons pas citées, comme la patience ou la curiosité. Et vous, que pensez-vous de notre top ? Avez-vous d’autres qualités à recommander ?  

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Investir#3: La création de son portefeuille

Dans les articles précédents, nous avions jugé bon de vous rappeler les principales notions utiles à la compréhension des marchés financiers ainsi que les questions à se poser avant d’investir.

Si vous faites partie des personnes ayant les ressources suffisantes et une bonne raison de vous lancer, vous pouvez enfin envisager la construction de votre portefeuille.  

Celle-ci démarrera avec le choix des actifs qui composeront votre « panier ». Ils peuvent être sélectionnés sur base de nombreux critères, mais nous nous focaliserons sur trois que nous pensons essentiels : le rendement attendu, la diversification et le temps nécessaire à la gestion. 

1) Le rendement attendu

Il existe sur les marchés de nombreux produits financiers dont la rémunération varie. Souvenez-vous que le rendement va de pair avec le risque ! Dès lors, allez-vous opter pour des actions, plus risquées, mais plus rentables, ou des obligations, plus sécurisées, mais moins rémunératrices ? Analysons d’abord le rendement de ces deux piliers de l’investissement.

L’intérêt des actions négociées en bourse tient avant tout dans la plus-value que vous pourrez réaliser si le marché valorise le titre à la hausse. L’annonce de bonnes nouvelles, comme des résultats supérieurs aux attentes, est un exemple de ce qui peut faire bouger le prix. De plus, l’entreprise peut également verser une partie de ses bénéfices sous forme de dividendes, ce qui sera pour vous une double récompense. À l’inverse, une mauvaise année sera synonyme de baisse sur les marchés ou d’absence de dividendes. Si vous vous lancez sur ce terrain, soyez lucide sur la valorisation affichée, tout particulièrement si le prix de l’action décolle sans avoir de réelles explications. 

Astuce : Une bulle se forme lorsque le titre s’échange à une valeur de plus en plus excessive par rapport à sa valeur intrinsèque. Si celle-ci double en l’espace d’une semaine, demandez-vous si l’entreprise a réellement de quoi justifier les attentes. Si la réponse est négative, agissez avec précaution.

Les obligations, quant à elles, apportent une stabilité dans votre portefeuille. Certaines entreprises ont besoin de liquidités pour se développer, mais ne souhaitent pas diluer l’actionnariat à la tête. Pour cela, elles émettent des obligations avec une promesse de remboursement à l’échéance suivie d’une rémunération fixe ou variable. Pour vous, les performances boursières importent peu, seule la capacité de l’entreprise à vous honorer sa dette compte. Cependant, le risque zéro n’existe pas et vous devrez choisir avec parcimonie à qui prêter. Le taux d’intérêt, qui déterminera le rendement de votre obligation, dépendra du taux sans risque et de la prime de risque. 

Sources: NYU Stern School of Business (données), The balance (graphique)

Le graphique ci-dessus compare les rendements du marché des actions (S&P 500) et du marché obligataire (entreprises au rating Baa) depuis 1928. Nous pouvons constater que les deux actifs répondent aux attentes. Le marché des actions, très volatil, permet de gains plus élevés en période de croissance économique, mais accuse également de lourdes pertes en période de récession (comme en 2000 et 2008). De son côté, les obligations garantissent un rendement plus faible, mais plus stable que les actions. Celles-ci peuvent aussi chuter lors de grandes crises (1929).

2) La diversification

L’expression « ne pas mettre tous les œufs dans le même sac » prend tout son sens lorsque l’on souhaite constituer son portefeuille. Diversifier est la règle de base pour éviter un impact significatif d’une poignée de positions. 

Cette répartition ne porte pas uniquement sur les catégories d’actifs (actions, obligations, matières premières, options, etc.), mais également sur les sous-catégories de chaque produit financier. Par exemple, vous pourriez investir 50 % de vos liquidités dans des actions, elles-mêmes réparties dans plusieurs thèmes (technologies, soins de santé, marchés émergents, etc.). Une petite partie peut être consacrée à des actifs plus « exotiques » comme les cryptomonnaies ou produits dérivés. 

Les gestionnaires de fonds utilisent ce principe pour créer leurs portefeuilles. Ils les répartissent en trois grandes catégories, dont la dénomination peut varier d’un organisme à une autre. 

Un portefeuille défensif, ou conservateur, prônera avant tout la sécurité tout en prenant un minimum de risque. Il sera composé en grande partie d’obligations, ira chercher du rendement grâce aux actions et laissera une partie en liquidités, pour assurer la stabilité.

Un portefeuille équilibré, ou balancé, visera une proportion 50-50 entre les principaux actifs. Il pourra pencher en faveur des actions lorsque le marché est haussier ou en faveur des obligations lorsque le marché subit une correction. Cette flexibilité doit pouvoir être possible avec une certaine réserve de liquidités.

Enfin, le portefeuille dynamique, ou de croissance, se focalisera sur un rendement supérieur. Pour cela, il intégrera une grande partie d’actions tout en maintenant une partie obligataire.

Bien que votre choix dépende avant tout de votre sensibilité au risque, votre âge peut également être un critère de sélection. Les plus jeunes peuvent se permettre d’investir en action, car leur horizon leur permet d’effacer les éventuelles pertes subies. À l’inverse, les personnes âgées, dont les revenus se sont stabilisés, favoriseront la perception de coupons réguliers et voudront limiter les surprises. 

3) Le temps consacré à la gestion

Vous l’aurez compris, faire fructifier votre épargne vous demandera des ressources, des connaissances, mais surtout du temps. Vous devrez déterminer la période que vous consacrerez à la gestion de votre portefeuille et trouver un équilibre entre votre vie actuelle et votre nouvelle vie d’investisseur. 

Disons-le tout de suite, si vous n’avez ni le temps ni l’envie de suivre vos investissements régulièrement, déléguez cette tâche à un professionnel, comme un conseiller financier ou un gestionnaire de fonds. Ces derniers proposeront leurs services en contrepartie d’une rémunération fixe ou variable (frais d’entrée, frais de gestion, commissions de surperformance, etc.) et chercheront à remplir un objectif de rendement selon votre profil. 

Attention : Confier la gestion à un tiers ne garantit ni une performance positive ni une sécurité en tout temps ! Restez donc attentif à ce qui se passe et faites un bilan régulièrement. 

Cependant, si vous souhaitez être à la manœuvre, un emploi du temps chargé par le travail ou les études vous privera de nombreuses opportunités. Vous devrez dans ce cas choisir des produits financiers qui ne réclameront pas votre présence à tout moment. 

Les actions offrent une rémunération décente à ceux qui savent garder leurs positions sur du long terme. Cependant, certains favoriseront l’achat ou la vente de titres sur un laps de temps plus court (une journée, une heure, une minute, etc.). Ces « day traders » peuvent trouver leur bonheur sur les places boursières du monde, ouvertes à différents moments de la journée. 

Astuce : Pour les résidents belges, voici les plages horaires des principales bourses du monde : 

  • L’Euronext et la London Stock Exchange : de 9h à 17h30
  • Le NYSE et NASDAQ : de 15h30 à 22h
  • Le Tokyo Stock Exchange : de 1h à 7h
  • La Shanghai Stock Exchange : de 2h30 à 8h 
  • De plus, l’achat ou la vente d’actions peut se prolonger grâce à des horaires étendus. 

Construire son portefeuille ne peut se faire sans réflexion. Chaque personne possède une personnalité qu’elle se doit de respecter et il est inutile de vouloir griller des étapes. L’investisseur novice doit avant tout apprendre à gérer les actifs présents dans son panier et maîtriser les risques inhérents à chacun. Il devra également garder une logique dans ses choix (doit-on vendre toutes ses obligations sous prétexte que le prix du Bitcoin flambe ?). Enfin, il devra surtout accepter que tout ne se passe pas comme il l’a prévu et prendre ces contrecoups comme ils le sont, un apprentissage.

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Investir #2: comment déterminer votre profil et votre stratégie ?

Si vous lisez cet article, c’est que le monde de l’investissement vous intéresse, ou du moins, attire votre curiosité. Peut-être avez-vous déjà tenu une discussion avec un(e) ami(e) sur les performances récentes de la bourse ou avez été contacté par un conseiller financier.

Si ces personnes vous invitent à entrer dans un domaine que vous ne maîtrisez pas, c’est qu’il y a une ou plusieurs raisons. Mais celles-ci sont-elles pour autant valables pour vous ?

Pour savoir si vous êtes fait(e) pour l’investissement, il est important de passer par quelques étapes au préalable.  

Déterminer votre bilan financier

Avant toute chose, il est nécessaire de réaliser votre bilan financier. Les investisseurs du monde entier possèdent une situation financière, familiale, sociale unique et c’est une erreur de croire qu’un produit pourrait convenir à deux personnes en apparence très proches (même au sein d’un ménage). 

Voici quelques questions que vous devez vous poser afin de réaliser votre bilan financier :

–       « Quelles sont mes sources de revenus ? »

C’est une bonne chose de vouloir préparer son avenir, mais cela ne doit pas vous empêcher de vivre sereinement au quotidien. Être salarié, étudiant ou sans-emploi influencera les liquidités que vous pourrez consacrer à investir. Cet argent viendra-t-il à manquer par la suite ? 

–       « Ai-je des dettes en cours ? » 

Nous avons tous des obligations financières vis-à-vis d’un tiers. Que ce soit le remboursement d’un emprunt hypothécaire ou à tempérament auprès d’un organisme financier, le paiement de factures ou des impôts annuels. Pourrez-vous toujours honorer vos dettes après avoir investi votre argent ? 

–       « À combien s’élève mon patrimoine ? » 

Investir 1000 € ne représente pas le même effort pour celui qui en possède un million et celui qui en possède 10 000 €. Assurez-vous de ne pas devoir vendre un bien pour éponger les pertes de vos investissements. 

–       « Un achat important est-il prévu prochainement ? » 

Certains placements, comme les obligations, vous demanderont de bloquer votre argent jusqu’à l’échéance. Si vous avez un achat prévu qui nécessite de mobiliser toutes vos ressources, assurez-vous d’avoir toutes les liquidités disponibles.  

Ces quelques questions vous permettront de vous donner un premier aperçu sur votre possibilité d’investir ou non. Si le nombre de contraintes est supérieur au nombre d’avantages, reconsidérez votre approche.  

2. Trouvez votre source de motivation

Après avoir fait le point sur votre situation financière, il vous sera nécessaire de trouver une réelle raison de commencer à investir vos économies. Si votre démarche est uniquement motivée par l’envie de « gagner beaucoup d’argent », vous risquerez de vous retrouver très rapidement face à de mauvaises surprises.

Nous pouvons catégoriser les différentes raisons qui poussent une personne à sortir ses liquidités d’un compte d’épargne. 

La première, mais aussi la plus risquée, vous entraîne à entrer dans un domaine que vous ne maîtrisez peu ou pas du tout. Parmi les exemples, nous retrouvons le conseil donné par un proche ou les informations entendues à la télévision. Dans ces cas, vous serez tenté(e) de suivre les actions des autres (si ce n’est pas carrément recopier). Ce comportement dit « moutonnier » vous mènera, tôt ou tard, vers une perte que vous ne comprendrez même pas. 

S’il vous arrive d’effectuer des recherches sur internet, vous êtes sur la bonne voie. S’informer constitue une première étape vers une meilleure compréhension des marchés financiers. Après tout, en naviguant sur les différents sites spécialisés, vous trierez les produits financiers qui vous plaisent ou non. 

Gagner de l’argent est un métier. Que ce soit le conseiller financier ou le boursicoteur aguerri, la gestion des risques et des gains doit se faire avec certain professionnalisme qui s’acquiert avec la lecture ou l’étude. Vous pouvez aussi décider de gérer seul(e) vos investissements. Pour cela, nous vous recommandons de lire quelques ouvrages d’experts en la matière, comme Warren Buffet ou Peter Lynch. 

Enfin, la meilleure raison de passer à l’action est celle qui suit un apprentissage approfondi au travers de formations. Puisque les marchés sont soumis à nombreuses règles, mieux vaut les connaître et les maîtriser. Les fluctuations et l’incertitude mettront également vos nerfs sous pression. Soyez prêt(e) et ne laissez que très peu de choses au hasard. 

3. Ayez une bonne stratégie

L’ultime étape consiste à définir une stratégie. Après tout, vous savez ce qui vous a donné envie d’investir, mais quel est le véritable but ? 

Si l’augmentation de ses finances personnelles semble être un objectif commun, il en existe également beaucoup d’autres. Ainsi, une personne peut attendre de ses investissements qu’ils lui génèrent un revenu complémentaire ou un capital à constituer pour la pension. De même que les sommes placées peuvent servir à une dépense future.  

En fonction du but que vous vous serez fixé, l’horizon pour l’atteindre sera différent. Quels produits financiers vous permettront d’y arriver ? Si votre retraite est dans 20 ans, souhaiterez-vous investir dans des actifs volatils ou sûrs ? À l’inverse, si votre horizon n’est que d’un an, allez-vous choisir du capital garanti ? Nous aborderons un peu plus la stratégie dans un prochain article. 

Pourquoi investir ? Si la façon de faire se modernise au fur et à mesure des années, les raisons, elles, ne changent pas à travers le temps. L’année 2020 a vu de nombreuses personnes s’intéresser aux investissements, avec plus ou moins de connaissance dans ce domaine. Pour certains, il s’agit tout simplement de suivre le même mouvement que les autres. Pour d’autres, ce fut l’occasion d’en apprendre davantage sur un secteur où se disent beaucoup de choses.

Oui, il est possible de réaliser de belles opérations sur les marchés boursiers, à condition de les comprendre et de se préparer. Ayez assez de ressources financières pour vous permettre de le faire, et surtout, de vraies raisons de vous lancer. Sans cela, vous risquerez de vous retrouver dans un océan trop vaste pour vous, prêt(e) à vous faire manger très prochainement. 

Par KAZKONDU Timur

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Investir #1: Comprendre toutes les bases de l’investissement

La saison 2021 de Parlons Finance commence et sera sous le thème de l’investissement !

La décennie que nous laissons dernière nous fut une décennie majoritairement haussière. La crise financière de 2008 ainsi que la crise de la dette souveraine de 2011 ont été suivies d’une période de reprise et d’expansion très marquée, entrecoupées par quelques passages baissiers.

Durant les douze derniers mois, les marchés financiers ont montré leur extrême volatilité causant à la fois des pertes massives de capitaux et offrant de nouvelles opportunités.

Si vous ne souhaitez plus être perdu(e) face au monde financier qui vous entoure, vous êtes au bon endroit. Tous les dimanches, nous vous proposerons d’apprendre, en 60 secondes, un concept sur l’investissement en général.

Cette semaine, faisons un récapitulatif des éléments-clés qui vous seront utiles pour mieux comprendre les sujets à venir.

Les actions

Une action est un titre de propriété qui représente une partie du capital d’une entreprise. Cette dernière, pour se financer (et donc croître), vend un bout d’entreprise à des investisseurs à un prix fixé par le marché (le cours).

L’acquéreur d’une action devient dans ce cas « actionnaire » et a droit à certains avantages comme une partie des bénéfices de l’entreprise (le dividende) ou participer aux assemblées générales et voter.

Une action n’a pas d’échéance (sauf si l’entreprise fait faillite) et son détenteur réalisera une plus-value si le cours a augmenté. A contrario, il peut réaliser une mauvaise opération si l’entreprise enchaîne les mauvais résultats, ne dégage pas de bénéfices et/ou dépose le bilan.

Ce type d’investissement s’adresse aux personnes prêtes à prendre plus de risque pour obtenir plus de rendement.

Les obligations

Une obligation est un produit financier dans lequel l’émetteur (l’entreprise) emprunte de l’argent à des investisseurs à qui il promet de rembourser le capital à l’échéance. Entre temps, l’émetteur peut verser des intérêts réguliers, appelés coupons. L’obligation est donc l’achat d’un titre de créance auprès d’une entreprise, d’une institution ou d’un pays. 

Les obligations se distinguent les un des autres sur plusieurs éléments comme leur nature (d’État, bon de caisse, structurée, d’entreprise), leur durée, leur devise, le marché sur lequel elles sont vendues (primaire ou secondaire), le taux du coupon, le taux d’intérêt et leur prix

Ce type d’investissement est idéal pour les personnes qui souhaitent récupérer leur capital à l’échéance, avoir un taux garanti et donc prendre un risque plus faible. Notez toutefois que le risque zéro n’existe pas et que l’émetteur peut faire faillite (prêter à la Grèce et à l’Allemagne n’est pas la même chose). Des agences de notation déterminent le niveau de solvabilité de chaque émetteur.

Les produits dérivés

Les produits dérivés voient leur valeur dépendre (dériver) d’un autre actif financier, que l’on appelle le sous-jacent. Les produits dérivés les plus connus sont les options, les futures/Forwards et les CFD.

Trois éléments expliquent l’intérêt porté envers les produits dérivés. Le premier est que l’investisseur n’est pas obligé de détenir un actif financier pour en récolter le fruit de sa performance. Le second est qu’il est possible d’ajouter des conditions pour activer le produit (ex. : l’option). Enfin, last but not least, il est possible de produire un effet de levier sur les gains en jeu.

Les produits dérivés étant avant tout des contrats établis entre deux parties, celles-ci peuvent se mettre d’accord sur de nombreux critères comme le type de produit (ex. : une option d’achat ou de vente), le prix d’exercice qui activera le produit, la durée et le coût d’acquisition du contrat.

À noter que les produits dérivés sont souvent utilisés par les gestionnaires de fonds d’investissement et les Hedge Funds (Fonds de couverture). La notion de stratégie est importante, car il s’agit de « parier » ou de se couvrir sur une évolution future du sous-jacent.

Ce type de placement est conseillé à des investisseurs avertis, car le niveau de risque pris est considérable et peut vous faire gagner beaucoup d’argent.

Les ETFS

Les Exchange-traded Funds, ou Fonds Négociés en Bourse ou « fonds indiciels » en français, sont des fonds cotés en Bourse dont leur objectif est de répliquer les performances du sous-jacent, qui peut être un indice boursier (Nasdaq, CAC 40, etc.), sectoriel (énergies renouvelables, automobile, etc.) ou de matières premières (or, pétrole, etc.).

Leur intérêt réside dans une gestion passive du portefeuille et la limitation des frais (d’entrée de gestion), souvent moins chers que pour les fonds actifs).

Ce type de placement est conseillé aux investisseurs qui veulent diversifier leurs placements et consacrer peu de temps à la gestion de leur portefeuille.

L’analyse technique et analyse fondamentale

Pour investir, il est nécessaire de recueillir des informations. Chez les investisseurs, il existe deux méthodes d’analyse. Celles-ci sont souvent confrontées par leurs adeptes, mais la complémentarité des deux est tout aussi efficace.

L’analyse technique repose en grande partie sur l’étude empirique de graphiques et de statistiques. L’objectif est de pouvoir comprendre les tendances futures sur base des informations récoltées lors des années précédentes. Le volume de transaction est également scruté, car il peut envoyer un signal significatif sur les années à venir. Le cours des actions est disséqué et l’écran du trader est souvent rempli de données graphiques qui lui donnent des indices quant à la position à prendre (achat ou vente). On dit dans le jargon « que le cours casse à la hausse ou à la baisse ».

L’analyse technique convient aux personnes qui font du trading « intraday », c’est-à-dire qu’elles réalisent leurs gains sur un court laps de temps (une journée, une heure, une minute) 

De l’autre côté, l’analyse fondamentale a pour objectif d’estimer la valeur intrinsèque d’une action, en se basant sur une multitude d’indicateurs qui peuvent avoir un impact sur le prix d’une action, comme des indicateurs liés à la macroéconomie, au secteur d’activité et également à l’entreprise en elle-même.

L’analyse cherche avant tout à trouver une entreprise avec un potentiel de croissance intéressant, mais également à éviter les surprises quant à l’évolution future du cours. Une société florissante doit pouvoir le justifier à travers ses résultats et son bilan.

Puisque l’on peut faire des chiffres ce que l’on veut, il est difficile de dire si une méthode est meilleure que l’autre. Dans certains cas, l’analyse fondamentale pourrait ne pas motiver un achat frénétique alors que l’analyse technique l’encouragerait (ex. : Tesla ?). À vous de trouver la méthode qui vous convient le mieux.

Les cycles économiques

L’Économie tourne sur un même schéma que les saisons, avec des patterns qui se répètent. À la différence de l’été et de l’hiver qui arrive, on ne sait pas combien de temps dure un cycle économique complet, les périodes de forte croissance et de faible croissance évoluent à des rythmes différents.

On peut néanmoins distinguer trois types de cycles : les longs (on parle dans ce cas de tendance économique), de courts (conjonctures) et des très courts (évolution saisonnière).

L’investisseur doit reconnaître les différentes étapes du cycle économique, notamment les conjonctures, car elles déterminent les actifs financiers à acheter et vendre.

La basse conjoncture implique que l’économie se porte mal et attend qu’une petite impulsion de la demande s’amorce pour espérer une relance des exportations et de la production des entreprises.

La reprise entraîne une augmentation de l’activité économique dans laquelle les ménages, les entreprises et l’État renouent avec une activité croissante. Cette période est suivie d’une étape d’expansion jusqu’à atteindre une limite haussière, la haute conjoncture, où l’économie commencera à être en surchauffe et qu’un élément viendra mettre fin à la musique.

Ce renversement de la conjoncture entraînera une récession, qui correspond à un hiver long et froid.  

Sur base de ces informations, vous comprendrez un peu mieux les articles qui suivront. Bien entendu, investir n’est pas une chose à prendre à la légère, les crises financières de 1929 et 2008 sont en partie causées par l’arrivée massive des citoyens novices qui achetèrent de produits qu’ils ne maîtrisaient pas. Le meilleur conseil que nous puissions vous donner est de vous inviter à vous former si vous voulez construire un patrimoine solide à l’avenir.

Mais si vous êtes juste curieux d’en savoir plus sur les investissements, le rendez-vous est fixé tous les dimanches !

Par KAZKONDU Timur

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Qui est Jérôme Kerviel, le Trader connu pour avoir fait trembler la Société Générale ?

Dans notre série sur les personnes ayant fait l’actualité financière, nous revenons aujourd’hui sur l’un des traders les plus connus en France et qui a failli entraîner la chute d’un monument français, la Société Générale.

Cet homme n’est autre que Jérôme Kerviel …

👉 Qui est-il ?

Jérôme Kerviel est né le 11 janvier 1977 à Pont-l’Abbé (en Bretagne). Passionné par les chiffres, il entame des études d’économie et termine par un Master en management des opérations de marchés à l’Université Lyon II.

En 2000, il rejoint la division « Banque d’investissement » de la Société Générale, en tant que chargé de Middle Office. Son rôle est simple, il s’agit de vérifier que les transactions encodées par le Front Office (les traders) sont valides et les informations cohérentes. Une tâche répétitive que Kerviel cherchera à automatiser en créant des logiciels sur Excel.

Sa volonté d’exceller et d’agir rapidement permet à Jérôme de se différencier de ses pairs et d’être nommé assistant-trader en 2002. Bien que la nature de ses activités ne change pas (il continue à « matcher » les informations pour le compte des traders). Kerviel a désormais accès aux salles de marché.

👉 Apprenti trader

Début 2005, Jerôme Kerviel devient à son tour trader. Il négocie des produits dérivés, plus précisément des Turbo Warrant.

Rappel : Un warrant est un produit dérivé qui donne à son détenteur le droit, et non l’obligation, d’acheter ou vendre une quantité définie d’un actif financier à un prix et une période déterminés dans le contrat. (voir article sur les produits dérivés pour plus de détails).

Le courtier français doit cependant tenir compte d’une potentielle perte sur chaque pari. Pour cela, il souscrit une assurance qui couvrira les moins-values. On dit dans ce cas qu’il se « hedge ». Ainsi, toute prévision de hausse est couverte par un contrat d’assurance à la baisse, et vice-versa.

Cette activité pouvant rapidement dégénérer, la Société Générale fixe des règles pour chaque desk, voire pour chaque trader. Parmi celles-ci, on y retrouve la limite maximale à investir ainsi qu’une obligation de déboucler ses positions en fin de la journée.

👉 Un trader hors pair…

Un principe-clé du hedging est que chaque contrat d’assurance doit être associé à un produit dérivé. Or, il se peut que le produit dérivé soit clôturé (par l’activation du droit d’achat/vente), mais que le contrat d’assurance existe toujours. L’intérêt dans ce cas est de profiter de la compensation offerte par l’assurance sur un sous-jacent que nous ne détenons pas. C’est une forme de spéculation que l’on appelle « une prise de position ».

Jerôme Kerviel va très rapidement maîtriser les techniques associées à la spéculation et va prendre de plus en plus de risque, tant sur le montant mis en jeu que sur sa période de débouclage.

Ainsi, à l’été 2005, il pariera à la baisse sur les actions d’Allianz, ce qui portera ses fruits lors des attentats de Londres. En 2006, il empoche 28 millions d’euros de gains suite à une prise de position de 1 500 millions. En 2007, il récidive en réalisant un bénéfice exceptionnel de 1,5 milliard d’euros après avoir misé 30 milliards d’euros !

👉 … mais aussi hors-la-loi

Comment Kerviel a-t-il pu gagner autant d’argent sur ses positions ? Mais surtout, comment a-t-il pu miser autant sans être surveillé ? Avant de porter l’homme en gourou des marchés financiers, il a lieu de rappeler que la banque avait fixé des limites pour éviter les dérives de ses employés.

Pour ne pas attirer l’attention, le futur ex-trader, encodait de fausses transactions dans le système informatique, prenant le soin également de rédiger de faux mails. Les informations devant être vérifiées par le Middle Office, cela lui laissait le temps de déboucler ses positions.

👉 La Chute

En 2008, l’étau se resserre autour du courtier. Une enquête interne est menée suite à de nombreuses anomalies et la crise des subprimes pousse à la prudence sur le marché. Jérôme fut pris alors dans ce qu’il appelle lui-même « un engrenage » qui l’entraîna à miser plus pour gagner plus.

Sa dernière vision : parier sur une hausse du Dax en janvier 2008 pour un montant titanesque de 50 milliards d’euros (ce qui représente plus que la valeur des fonds propres de la banque !). Malheureusement pour lui, les marchés iront dans le sens contraire de ses prévisions et les 1,5 milliard d’euros gagnés l’année précédente seront rapidement perdus.

Kerviel sera au pied du mur et devra annoncer les sommes engagées à sa hiérarchie, qui pensait alors jusque-là le réprimander pour la dissimulation des 1,5 milliard gagnés…

Face à un tel danger, la Société Générale décide de déboucler en urgence les positions de son trader, et ce, au risque de mettre les marchés en alertes. Après des jours, la banque accuse une perte sèche de 5 milliards (6,5 milliards issus de la vente – 1,5 milliards de gains).

👉 La suite

Très vite, le coupable est désigné, c’est Jérôme Kerviel qui aurait agi seul et dans son propre intérêt. De son côté, le trader licencié reconnaît ses actes, mais refuse d’assumer seul. Selon lui, sa hiérarchie était au courant des pratiques et l’encourageait (il apporte des preuves de ses dires dans son livre l’engrenage [éditions Flammarion, 2010]).

L’affaire va très vite en justice et celle-ci condamne dans un premier temps Kerviel à rembourser 4,9 milliards d’euros ainsi qu’à une peine d’emprisonnement de 5 ans, dont 2 avec sursis. Au fil des procès, l’accusation change de visage et la Société Générale se voit supporter la majeure partie des pertes. Finalement, le natif de Bretagne devra à son ancien employeur la somme d’un million d’euros.

Aujourd’hui, Jérôme Kerviel s’est retiré des marchés financiers. Après avoir retrouvé un travail en tant que contrôleur de gestion, il s’est tourné vers l’écriture et les conférences. De son côté, la Société Générale a perdu de sa superbe. Avec un contexte économique défavorable au secteur, celle dont l’action valait encore 155 € en avril 2007 ne vaut plus aujourd’hui que 12 €… Une contre-performance que Jérôme aime rappeler sur Twitter.

Par Tim KAZKONDU

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Qui est Henry Paulson ? Le dernier rempart du monde économique durant la crise des subprimes !

Bien des hommes ont marqué l’Histoire de la Finance mondiale grâce à leurs idées, leurs victoires ou le poste qu’ils occupaient. C’est le cas d’Henry Paulson, un homme qui avait quasiment le destin du monde économique entre les mains.

Qui est Henry Paulson ?

Henry « Hank » Paulson est né le 28 mars 1946 à Palm Beach, en Floride. Ses premières études, en littérature, au collège Dartmouth étaient bien loin de la finance. Cependant, il prit rapidement le chemin des affaires en étudiant à la Harvard Business School.

S’il est un homme d’influence, c’est parce qu’il a côtoyé le pouvoir assez tôt dans sa carrière en étant nommé assistant du secrétaire adjoint à la défense du Pentagone (1970 – 1972) et conseillé privé du président Richard Nixon (1972 – 1974).

Son prochain arrêt fut la banque d’investissement Goldman Sachs en 1974 où il y gravit les échelons jusqu’à en devenir CEO en 1999.

2007 : La crise des Subprimes

En 2006, Paulson pense être au sommet de sa carrière, car il vient d’être nommé secrétaire au trésor américain, la plus haute fonction financière du pays, par George W. Bush. Il est loin d’imaginer l’ampleur de la tempête financière qui s’abattra sur l’économie américaine un an plus tard. Tempête qui sera causée par la vente de titres financiers toxiques adossés à des prêts hypothécaires, les fameux Subprimes.

Durant la crise financière de 2007, le monde vit une période de chocs. La banque d’investissement Lehman Brothers se déclare en faillite, les prochaines sur la liste sont Freddie Mac et Fannie Mae, s’il n’y a pas une intervention du gouvernement. Même la compagnie d’assurance AIG risque la banqueroute. Les autres banques, trop occupées à tenter de garder leurs clients, ne veulent plus accorder de crédits, c’est la panique.

Paulson sort l’artillerie lourde.

En réaction, Paulson prend deux décisions majeures:

  • La première consiste à laisser Lehman Brothers assumer ses responsabilités et faire faillite. Cette décision, très controversée, sera pour beaucoup le déclenchement de la crise. Pour le secrétaire au trésor américain, le message est clair : le contribuable américain ne paiera pas pour les erreurs de Wall Street et il faut donner l’exemple.
  • La deuxième porte sur un plan de relance titanesque. La chute des grandes banques américaines provoquerait un effondrement du système économique mondial, qu’il faut à tout prix éviter. Pour cela, l’État américain créera l’Emergency Economic Stabilization Act of 2008, qui débloquera 700 milliards de dollars dans le programme TARP (Trouble Asset Relief Program).

Fannie Mae et Freddy Mac seront nationalisées et AIG sera sauvée contre 85 milliards de dollars. Bien que la première version du programme prévoyait des prêts pour éviter le risque de crédit ou de liquidité, c’est finalement une participation de l’État dans les principales banques américaines qui fut choisie. Ces décisions apaisèrent temporairement les marchés financiers, qui mettront tout de même des années à se remettre de la crise.

Beaucoup de personnes reprochèrent à Henry Paulson d’avoir des conflits d’intérêts. Son passage chez Goldman Sachs, alors principal concurrent de Lehman Brothers, créera des doutes auprès de l’opinion publique.

Une suite plus calme

Le natif de Floride quitta ses fonctions en 2009, remplacé par Timothy Geithner. Il fonda la Paulson Institute qui a pour but de promouvoir les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine, pays qu’il a beaucoup côtoyé lorsqu’il était plus jeune.

Nous pouvons parfois penser que le point culminant d’une carrière consisterait en un moment de triomphe, là où les succès font partie du passé, et où les défis rares. Dans certains cas, le moment le plus important de la carrière d’un homme coïncide avec le moment le plus important du monde.

À ce moment, tout le savoir, toute l’expérience acquise doit être mobilisée, car l’erreur n’est pas permise. Ces critères, Henry Paulson les avait. Après tout, seul un banquier d’exception pouvait nous sortir d’une situation aussi exceptionnelle.

Par Tim KAZKONDU

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Que sont les « obligations perpétuelles » ?

En finance, lorsqu’une entreprise ou un pays souhaite obtenir de nouveaux capitaux, elle peut passer par le marché de la dette, en émettant des obligations (voir l’article dédié sur Parlons Finance).

De nos jours, les taux d’intérêt sont très faibles, ce qui réduit considérablement le gain à réaliser sur les obligations (l’obligation d’État allemand à 10 ans offre un taux de –0,63 % !). Les investisseurs à la recherche d’un meilleur rendement n’ont pas d’autres choix que de se tourner vers des émetteurs plus risqués, des maturités plus longues ou le marché des actions.

Ainsi, en juin 2020, l’Autriche a émis une « century bond » à 100 ans avec un coupon de 0,88 %. Certains d’entre vous pourraient se demander s’il existe une durée encore plus longue que celle-ci. La réponse est oui, il est théoriquement possible de s’endetter pour « l’éternité » avec une obligation perpétuelle.

– Obligation « perpétuelle » ?

Une obligation perpétuelle, ou perpetual bond, est un instrument financier de dette qui n’a pas d’échéance. Autrement dit, le capital de départ n’est pas remboursé, seuls les intérêts sont payés.

Quel est l’intérêt pour l’émetteur ? Il s’agit ici d’une méthode d’endettement « douce » puisque l’entreprise ou le pays qui propose cette obligation ne devra pas rembourser le nominal.

L’intérêt pour l’acheteur est avant tout son souhait d’obtenir une rente régulière. Le taux élevé du coupon ajoute, quant à lui, un autre élément intéressant.

Beaucoup de ces obligations comportent un droit de rachat, appelé « call ». Cette option donne à l’émetteur le droit de racheter l’obligation à un prix et une période déterminée (et donc rembourser anticipativement le détenteur). Puisque le principal atout d’une obligation perpétuelle est la réception des coupons, cette option constitue un possible manque à gagner pour l’acheteur.

– Quels sont les autres points d’attention ?

Ce type de produit, bien qu’il fasse partie de la catégorie des obligations, présente des risques intrinsèques élevés. Voici quelques-uns :

• Risque de coupon : l’émetteur peut, en cas de difficultés financières, décider de diminuer le montant du coupon versé ou tout simplement le supprimer.
• Risque de crédit : l’émetteur peut faire faillite avant le remboursement de sa dette. Dans ce cas, les détenteurs d’obligations perpétuelles sont remboursés après les autres créanciers ou détenteurs d’obligations « classiques ».
• Risque de taux : la hausse des taux d’intérêt a un impact négatif sur le prix des obligations existantes. Plus la durée de l’obligation est longue, plus ce risque est important.
• L’inflation : une augmentation de l’inflation diminue la marge bénéficiaire des coupons versés.
• Autres risques : certaines entreprises émettent des obligations perpétuelles avec une date implicite de remboursement. Toutefois, cette date peut être modifiée ou repoussée maintes fois.

– Comment déterminer le prix d’une obligation perpétuelle ?

Pour cela, nous devons calculer la Valeur Actuelle d’un investissement, autrement dit, la valeur aujourd’hui de l’ensemble des coupons que l’acheteur recevra à l’avenir.

Formule : VA = C/r

C = coupons
r = taux d’intérêt

Ainsi, pour une obligation perpétuelle propose un taux d’intérêt de 1 %, vous devrez apporter un capital de départ de 100 000 € si vous souhaitez obtenir 1000 € de coupon.

—> 100 000 € = 1000 €/0,01

En 2001, l’entreprise biopharmaceutique belge UCB a émis pour 300 millions d’euros d’obligation perpétuelle, offrant un coupon annuel de 7,5 %. Cette opération avait pour but de financier les précédentes dettes. L’obligation a été remboursée en 2016.

Les perpetuals bonds font partie du paysage financier depuis bien longtemps. Nous en retrouvons des traces écrites datant du XXIIe siècle en France et en Espagne. Si pour beaucoup d’émetteurs ce produit est une manière de se financer à un plus faible coût, d’autres mesurent tout le sens du mot « perpétuel ». Ainsi, l’un des records de longévité appartient à la Hoogheemraadschap Lekdijk Bovendams qui verse toujours des coupons d’une obligation émise… en 1648 !

Par Tim KAZKONDU

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Qui est Joseph Aloys Schumpeter (1883-1950), l’économiste rebelle appelé parfois « l’hérétique » ?

De nombreux économistes, tels que Smith, Ricardo ou Keynes, ont fait le bonheur de leurs concitoyens grâce à des théories novatrices et largement adoptées par leurs pairs.

Cependant, d’autres ont fait avancer les sciences économiques en nageant à contre-courant des pensées dominantes, quitte à se tenir en marge de l’élite intellectuelle. C’est le cas de l’austro-américain Joseph Aloys Schumpeter, inventeur de la théorie de « destruction créatrice ».

Qui est-il ?

J.A. Schumpeter est né en 1883 dans l’ancien empire austro-hongrois. Il fit des études de droit à l’Université de Vienne où il côtoiera des professeurs qui revisitent les théories d’Adam Smith. C’est là qu’il développera le goût de la réflexion et du changement des idées populaires.

La Première Guerre mondiale suivie de la montée des extrêmes en Allemagne pousseront le jeune universitaire à tenter de nouvelles expériences, peu concluantes, en tant que ministre des Finances puis directeur de banque. Dès le début des années 30, il quitta le Vieux Continent pour enseigner l’économie à Harvard.

Tout au long de sa carrière, il publia plusieurs ouvrages dont les plus célèbres sont « Le cycle des affaires » (1939) et « Capitalisme, socialisme et démocratie » (1942). C’est dans ce dernier que nous retrouvons sa théorie la plus controversée : la destruction créatrice.

Schumpeter meurt en 1950 aux États-Unis (dont il avait pris la nationalité) en laissant inachevé son dernier livre, « Histoire de l’analyse économique », paru en 1954.

La théorie de la destruction créatrice

Dans cette théorie, l’auteur met en avant l’importance des innovations industrielles et les effets destructeurs qu’elles ont sur les concurrents. Schumpeter qualifie lui-même « d’ouragan perpétuel » ce phénomène. Ce sont les entrepreneurs qui, par leur vision novatrice du business, arrivent à obtenir un avantage concurrentiel et à hisser leur entreprise à une situation de quasi-monopole.

Ceci n’est possible que lorsque l’innovation porte sur les produits ou les matières premières utilisées, les méthodes de production, l’organisation au sein de l’entreprise et les marchés à conquérir.

La destruction créatrice explique ainsi l’arrivée de jeunes entreprises qui perturbe l’ordre établi, allant jusqu’à renverser les anciens monopoles.

Schumpeter s’attaqua directement au Capitalisme, lui reprochant de ne pas être viable à long terme dans sa forme actuelle. La libre concurrence devrait laisser place à certains monopoles motivés avant tout par l’innovation.
De plus, cette critique ouverte au capitalisme provenant d’un professeur d’économie fut l’une des raisons pour lesquelles il fut traité « d’hérétique ».

Bien que polémique à sa sortie, la destruction créatrice fait partie aujourd’hui des théories « à la mode » dont s’en inspirent les plus grandes Start-ups. Ainsi, l’arrivée de l’informatique, des GAFAM et de l’intelligence artificielle sont des exemples visibles de ce que voulait nous enseigner Schumpeter.

Il est bon de rappeler que les sciences économiques sont une branche des sciences humaines et sociales. Essayer d’apporter une nouvelle explication théorique du monde qui nous entoure est à l’appréciation de ceux qui vont la vivre. Parfois, l’homme refuse tout simplement la création de la richesse, car il a peur d’affronter la destruction qui la précède.

Par Tim Kazkondu

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Qui sont Black, Scholes et Merton, les économistes les plus influents de Wall Street ?

Peu d’hommes et de femmes ont pu, à travers leur esprit, changer radicalement la vision du monde. Par leur logique et la démonstration de celle-ci, ils ont fait entrer l’Homme dans une nouvelle ère.

Parmi eux, nous retrouvons Pythagore et son théorème de géométrie (530 av. J.-C.), Newton et sa loi de la gravité (1687), ainsi qu’Einstein et sa loi sur la relativité (1905).

En 1997, la Finance moderne a trouvé son Saint-Graal, à la suite de la parution de l’article « The pricing of Options and Corporate liabilities ». Derrière tout cela, trois hommes, trois génies.

Qui sont les rédacteurs de cet article ?

Fischer Black était docteur en mathématiques appliquées et professeur dans plusieurs universités, dont la prestigieuse Massachusetts Institute of Technology. Durant sa carrière, il travailla également pour la banque d’investissement Goldman Sachs.

Myron Scholes, né au Canada, étudia l’économie à l’université de Chicago. Après avoir été diplômé, il commença une carrière d’enseignant au MIT et à Stanford.

Enfin, Robert Merton, fit son Master à la California Institute of Technology, suivi d’un doctorat en économie au MIT.

Tous les chemins semblent mener au MIT, car c’est là que les trois génies se rencontrèrent pour la première fois et décidèrent de collaborer à la création d’un modèle d’évaluation d’options.

Pourquoi ce modèle est-il si célèbre ?

La formule de Black-Scholes-Merton est très utile pour une catégorie de produits financiers, les produits dérivés.

Pour rappel, un produit dérivé est un actif financier dont sa valeur dépend (ou dérive) d’un autre actif financier, appelé le sous-jacent (un article est dédié sur Parlons Finance). Parmi les plus célèbres, nous retrouvons la possibilité d’acheter (Call) ou vendre (Put) un actif sous conditions, c’est l’option. Cette option donne le droit d’acquérir ou de se séparer d’un actif à un prix déterminé d’avance, et ce à un moment précis.

L’avantage d’une option est qu’elle permet à l’acheteur de se positionner dans le futur en limitant le risque pris. Dans le cas d’un acheteur, s’il veut se prémunir d’une hausse des prix, son option lui donne le droit d’acheter à 10 € un actif qui vaudrait 15 €. À l’inverse, un put permet de vendre à 15 € au lieu de 10 € sur le marché.
Pour le vendeur d’une option, l’opération est gagnante si les conditions d’activation ne sont pas remplies. Il empochera alors le prix de l’option.

Valoriser correctement le prix de l’option est donc primordial (d’autant plus que chaque actif a une volatilité différente), et c’est sur quoi travaillaient Black, Scholes et Merton.

Quel a été l’accueil réservé par les pairs ?

La formule fut rapidement adoptée par les analystes, les gestionnaires de fonds, les risk manager et les Hedge Funds, car elle apporta un modèle standard sur lequel s’appuyer.Cependant, elle fut également critiquée pour ses hypothèses de départ, comme l’impossibilité de réaliser des arbitrages et l’absence de frais de transactions, deux facteurs bien présents dans la « finance réelle ».

Néanmoins, les travaux des trois chercheurs seront récompensés par le prix Nobel d’économie en 1997 (décédé en 1995 d’un cancer, Fischer Black ne sera pas officiellement nommé).

Après cela, Merton et Scholes seront les têtes d’affiche du fonds d’investissement « Long Term Capital Management », qui réunira des ténors de la Finance, mais fera faillite en 1998, en secouant fortement les marchés financiers.

En ce XXIe siècle, l’avènement de l’informatique et du trading à haute fréquence exige la création d’algorithmes simples et robustes. L’héritage laissé par ces trois hommes est une nouvelle preuve que la Finance moderne a besoin d’une base mathématique sur laquelle s’appuyer pour accompagner (ou contrer ?) la psychologie humaine, encore bien présente sur les marchés.

Par Tim Kazkondu

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L’asymétrie d’information : Quand la confiance et la peur se mélangent !

L’être humain est bien des choses… Il est avant tout un être sociable, qui interagit avec ses semblables et les aide pour ne pas se sentir seul. Il est également un être vivant qui ressent, et parfois succombe, à de nombreuses émotions.

Enfin, c’est un être intelligent qui a compris et exploité le monde qui l’entoure, dans un but précis d’amélioration de sa qualité de vie.

Fin 2019, nous étions très loin d’imaginer que, dans les mois à venir, un petit virus venu de Chine enlèverait de nombreuses vies, forcerait des millions de gens à s’enfermer chez eux, pousserait des gouvernements à prendre des décisions exceptionnelles, mettrait en lumière de larges failles de notre système économique ainsi que bien d’autres points que nous aurions préféré ne jamais connaître.

Dans un climat où les interactions sociales sont réduites, où la peur est renforcée, où les richesses créées s’évaporent, de nombreuses pistes ont été envisagées pour remonter la pente. Parmi celles-ci, il y a celle du crédit.

👉 Le terme « crédit » vient du verbe latin « credere », qui signifie « croire », « confier en prêt », ou « avoir confiance ». La forme de crédit la plus répandue dans nos sociétés est le prêt.

De quoi est composé le crédit ?

L’emprunteur : Il s’agit d’une personne ou une entreprise qui aimerait se lancer dans un projet qui améliorera sa qualité de vie ou celle de son entreprise. Cependant, elle ne possède pas immédiatement des fonds nécessaires à la réalisation de son projet. Pour ce faire, elle part à la recherche d’un financement

  • Le prêteur : il s’agit d’un organisme ou une personne, qui dispose de liquidités à prêter.
  • Les intérêts : Le prêteur cherche à ce que l’opération lui soit aussi bénéfique. Après tout, il prend un risque en mettant à disposition une partie de son capital à quelqu’un dont il ne connaît que peu de choses. Il demandera alors un remboursement avec intérêts pour couvrir ce risque. Cet intérêt prendra en compte la capacité financière de l’emprunteur et les autres crédits en cours.
  1. S’il s’agit d’une entreprise, son bilan comptable sera pris en compte, tout comme la qualité du management en place ou les opportunités de croissance.
  2. S’il s’agit d’un pays, d’autres points seront analysés comme la politique budgétaire, la création de richesse (PIB) ou la solidité de la monnaie locale.

Lorsque l’emprunteur est une personne physique, une banque peut se charger de vérifier la solvabilité de son client. Lorsqu’il s’agit de grandes entreprises ou d’États, les prêteurs s’en remettent aux analyses fournies par les agences de notation (ex. Moody’s, S&P, Fitch)

La durée : Le prêteur aura peut-être besoin de cet argent à l’avenir, il veillera donc à ne pas s’engager sur une très longue période.

Le monde d’aujourd’hui ne serait pas celui que l’on connaît si les prêteurs n’accordaient leur consentement qu’aux personnes « sûres à 100 % » et si les emprunteurs refusaient de payer le prix « du risque pris ». Ce compromis a permis aux sociétés modernes d’évoluer.

👉 C’est lorsque l’emprunteur et le prêteur discutent d’un éventuel prêt que les émotions humaines interviennent. Le premier souhaitant susciter la confiance chez le second apporte des éléments qui démontrent une solidité financière et une gestion « bon père de famille ».

À l’opposé, la crainte d’accorder un crédit à une personne insolvable pousse le prêteur à prendre de nombreuses précautions (comme mettre en hypothèque la maison achetée).

Lorsqu’une des deux parties dispose d’informations que l’autre n’a pas, on parle alors d’asymétrie d’information. Un vendeur pourrait omettre l’existence de vices cachés et un emprunteur pourrait gonfler ses chiffres pour favoriser son dossier.

Dans ces cas, une bataille psychologique s’engage entre la confiance et la peur. Toutes informations objectives et vérifiables permettent à l’un ou l’autre de prendre le dessus. Finalement, l’accord trouvé sera le reflet du sentiment dominant dans la relation.

A-t-on accordé ce prêt à 2% parce que l’on a confiance dans le projet de l’emprunteur ? Ou a-t-on défini que 2% seraient une juste rémunération pour un projet comportant quelques risques ? Tout est dans la formule que l’on utilisera pour définir le deal.

En ces temps compliqués, l’apocalypse économique n’a pu être évitée que parce que l’on a fait appel à l’un des principes fondamentaux de l’être humain, la solidarité. Les banques, centrales ou classiques, ont fourni aux entreprises les liquidités nécessaires pour maintenir leurs activités et les emplois. Les milliards d’euros accordés, en urgence, sous forme de prêt, montre un état d’esprit : nous avons préféré avoir confiance en l’autre, plutôt que d’en avoir peur.

Par Timur Kazkondu