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2025 : Vers des baisses de taux de la BCE ?

La Banque centrale européenne (BCE) a abaissé son principal taux directeur à 2,75 % le jeudi 30 janvier 2025. Il s’agissait de sa cinquième baisse depuis juin dernier (le taux de dépôt culminait alors à 4 %).

Ce nouveau desserrement, voté à l’unanimité du Conseil des Gouverneurs, était largement attendu. Lors de la dernière réunion de politique monétaire, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait estimé que les taux directeurs étaient encore en territoire restrictif, autrement dit qu’il freinait l’économie plus qu’il n’était nécessaire. Par la suite, les « minutes » avaient confirmé que ce sentiment était largement partagé parmi les membres du Conseil des Gouverneurs.

Cette fois encore, la politique monétaire a été qualifiée de « restrictive ». Ainsi, pour l’ensemble des « ECB watchers », ces analystes qui suivent la BCE, l’issue de la réunion du 6 mars prochain ne fait donc guère de doute ; le taux de dépôt sera ramené à 2,5 %. Ils en sont d’autant plus convaincus que Christine Lagarde s’est montrée particulièrement confiante sur un retour de l’inflation à sa cible de 2 % dans le courant de l’année.

Dans son discours, peu de changement par rapport à décembre : les risques sur l’inflation et sur la croissance restent équilibrés. En revanche il commence à se dégager au sein des gouverneurs une petite fraction plus hawkish qui, sans remettre en cause le taux d’équilibre autour des 2%, commence à questionner le rythme pour l’atteindre.

En clair, il y aura à nouveau une baisse de taux de 25 bps en mars, mais ensuite c’est moins limpide. Nous commençons à imaginer que les derniers 50 bps pourraient intervenir de manière trimestrielle : une baisse de 25 vers juin, et une dernière au T4 ; alors qu’en décembre 2024, les 2% devaient être atteints en juin 2025.

D’ailleurs, La BCE pourrait cesser de décrire sa politique monétaire comme « restrictive » lors de sa prochaine décision en mars, selon des personnes au fait des débats au sein du Conseil des gouverneurs. Cette réflexion suggère que les responsables politiques ont commencé à se demander quand arrêter de réduire les coûts d’emprunt et s’il faut faire des pauses en cours de route. Officiellement, la BCE a déclaré qu’elle ne s’engagerait pas à l’avance, mais qu’elle prendrait ses décisions au fil des réunions.

Toutefois, pour l’instant, compte tenu de la faiblesse de la croissance dans l’Union Européenne, le risque d’en faire trop est désormais moins important que celui d’opter pour l’immobilisme selon le point de vue des marchés. Comme le résume à chaud Carsten Brzeski chez ING, « malgré une inflation globale un peu plus soutenue, l’atonie de l’économie de la zone euro ainsi que la forte conviction de la BCE que l’inflation reviendra à l’objectif ont motivé la baisse des taux d’intérêt ».

La présidente de la BCE a néanmoins pris toutes les précautions qui s’imposent, refusant de s’engager « à l’avance sur une trajectoire de taux particulière ».

La BCE conserve une « approche s’appuyant sur les données » pour décider « réunion par réunion » de la poursuite des baisses de taux.

En outre, concernant le taux neutre, ces dernières semaines, les différents membres du Conseil des Gouverneurs ont donné des estimations assez contrastées de ce fameux taux neutre : de 2,5 % pour les plus « faucons » à 1,75 % pour les plus colombes. Mais les débats ne porteront pas seulement sur le niveau, préviennent les économistes d’Aurel BGC.

« La BCE devra se demander si elle doit adopter en 2025, une politique monétaire accommodante avec des taux directeurs sous ce taux neutre », soulignent-ils. Ce jeudi, Christine Lagarde a indiqué qu’il n’était pas encore possible de dire si un passage en territoire « accommodant » serait justifié.

De fait, depuis le mois de juin, la BCE semble être confiante que le combat contre l’inflation est en grande partie gagné et se concentre de plus en plus sur les risques concernant la croissance de la Zone euro, en particulier dans le cas de l’Allemagne, pays en crise.

Pourtant, la Zone euro est confrontée à un problème d’inflation persistante, avec l’inflation globale reste supérieure à leur mandat et l’inflation de base encore plus.

Le problème pour la Zone euro est que l’inflation des services reste rigide, se stabilisant assez nettement autour de 4 %. Étant donné que les services représentent la grande majorité de l’activité et de la demande économique, il s’agit de la principale inflation que l’on observe dans l’économie.

Le moteur de l’inflation élevée des services est assez clair : une croissance élevée des salaires nominaux dans une économie où la productivité stagne. La croissance des salaires avoisine les 4 %, tout comme l’inflation des services.

L’inflation persistante dans les services a été masquée l’année dernière par la chute des prix de l’énergie, qui a suffisamment freiné l’inflation globale pour justifier des réductions. Cette tendance est clairement en train de s’inverser, ce qui devrait inciter la BCE à se demander si l’inflation est en train de s’améliorer.

Les conditions météorologiques jouent évidemment un rôle dans ce processus, mais il est à noter que les stocks de gaz sont en bien moins bonne voie pour démarrer l’année que ces deux dernières années, ce qui constitue une raison importante de faire pression sur les prix pour qu’ils évoluent à la hausse.

Si la BCE se basait principalement sur les chiffres de l’inflation, il n’y aurait aucune justification pour des baisses de taux à ce stade : l’inflation globale, l’inflation sous-jacente et celle des services sont toutes au-dessus du mandat, la croissance des salaires nominaux reste élevée en raison des tensions sur le marché du travail, et les prix de l’énergie augmentent clairement.

Et pourtant, elle continue à baisser ses taux. De fait, il semble que, dans l’esprit de la BCE, tout tourne autour du taux neutre. Pour comprendre cela, imaginez que les taux soient actuellement à 2 %. Est-ce que la BCE les baisserait ? Il serait très peu probable car elle ne veut pas encore adopter une politique stimulante.

La seule raison pour laquelle elle réduit les taux aujourd’hui, c’est parce qu’elle considère encore sa politique comme restrictive, et qu’elle estime que cela n’est plus nécessaire. C’est pour cette raison qu’elle continue à baisser ses taux.

Qui plus est, ces baisses de taux sont aussi une réponse proactive aux inquiétudes liées au ralentissement de la croissance dans la région. Tout cela revient à l’Allemagne, qui est le maillon faible parmi les grandes économies ces dernières années.

Certes, une telle faiblesse justifierait un assouplissement monétaire, mais la BCE est censée gérer l’ensemble de la zone euro, et non seulement l’Allemagne.

Le fait que la BCE privilégie le maillon le plus faible du bloc plutôt que de se concentrer sur l’inflation ne devrait pas être une surprise, cela fait plus de dix ans qu’elle suit cette logique, notamment depuis le sauvetage des pays périphériques après la crise financière de 2008. Mais à l’époque, cette politique n’a pas vraiment été mise à l’épreuve, car l’inflation était faible.

Aujourd’hui, la situation est différente : pour la première fois, la BCE doit choisir entre maintenir une politique stricte face à l’inflation et assouplir sa politique pour soutenir les économies les plus fragiles de la région.

Effectivement, la Zone euro a connu une stagnation inattendue à la fin de l’année dernière, l’effondrement des gouvernements de ses deux principales économies ayant ébranlé la confiance des entreprises et des consommateurs.

Le produit intérieur brut (PIB) du quatrième trimestre est resté inchangé par rapport aux trois mois précédents, a annoncé Eurostat, ce qui contredit les estimations des analystes qui estimaient que le bloc des 20 pays avait enregistré une croissance de 0,1%. La production a reculé de 0,2% en Allemagne et de 0,1% en France.

Sur l’ensemble de l’année 2024, le PIB de la zone euro a augmenté de 0,7%, indique Eurostat.

Par ailleurs, Christine Lagarde, a prévenu que l’économie était « appelée à rester faible à court terme », ajoutant que les enquêtes indiquaient une contraction continue de l’industrie manufacturière, même si les services progressaient.

« La confiance des consommateurs est fragile », a-t-elle déclaré. Elle a fait valoir que les risques économiques étaient « orientés à la baisse », dans la mesure où de plus grandes frictions dans le commerce mondial pourraient peser sur l’économie de la zone euro, tandis qu’une baisse de confiance pourrait freiner l’investissement et la consommation.

En tant qu’investisseurs, il ne sert à rien de débattre de la pertinence de cette décision ; il vaut mieux se concentrer sur les implications de ce changement de cadre pour les marchés.

C’est une nouvelle variante d’une politique « trop accommodante », similaire à celle de la Fed avant son revirement. Les conséquences sont assez évidentes : cela favorise les actions et l’or (en monnaie locale) par rapport aux obligations, et affaiblit l’euro par rapport aux économies plus solides comme les États-Unis et le Royaume-Uni, avec un marché qui commence déjà à intégrer ce changement de paradigme.

En plus de cela, l’incertitude liée à la politique commerciale américaine a commencé à monter, mais elle reste très contenue, si on la compare à la période de 2018-2019. Rappelons que les exportations européennes vers les Etats-Unis représentent 3,1% du PIB de la zone euro.

L’effet direct d’une hausse de 10% des droits de douane serait de l’ordre d’environ 0,1/0,2 pt de produit intérieur brut selon les analystes. En termes de croissance économique, les pays européens les plus touchés seraient ceux dont les exportations vers les Etats-Unis en % du PIB sont les plus élevées (Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Suède). La France et l’Espagne seraient quant à elles peu touchées par des droits de douane uniformes.

Ensuite, il faut tenir compte des facteurs négatifs indirects en termes de croissance : la hausse des taux longs, la baisse de l’euro et les mesures de rétorsion prises par les Européens à l’égard des Américains.

Qui plus est, certains facteurs pourraient justement faire de nouveau augmenter l’inflation en zone euro et alors pourrait ralentir le rythme de baisse des taux de la BCE. En effet, la baisse de l’euro renchérit quant à elle les importations (notamment de matières premières) et a donc un effet potentiellement inflationniste qui pourrait limiter la détente monétaire de la BCE.

De plus, les mesures de rétorsion que prendraient les Européens en cas de hausse des droits de douane US se traduiraient également par un peu plus d’inflation en zone euro. Cela viendrait aussi compliquer le travail de la BCE. Si on imagine une hausse de 10% des droits de douane européens sur les importations en provenance des Etats-Unis (2,2% du PIB), l’impact sur l’inflation de la Zone euro pourrait être haussier d’environ 0,3% selon les analystes.

Lagarde a déclaré qu’étant donné que les décideurs politiques sont confrontés à une « incertitude importante et probablement croissante », il n’était pas possible de donner des orientations prospectives fermes. Elle a ajouté que le conseil des gouverneurs n’a eu aucune discussion « sur le moment où nous devons arrêter la réduction des taux d’intérêt» lors de sa réunion de jeudi.

« Nous connaissons la direction à prendre, c’est la direction que nous allons prendre », a-t-elle déclaré, affirmant que la séquence, le rythme et l’ampleur des nouvelles réductions seraient déterminés par les données.

Elle a fait valoir que les récentes augmentations des coûts d’emprunt à long terme des gouvernements de la zone euro étaient en partie dues aux mouvements du marché aux États-Unis, mais a insisté sur le fait que les réductions de la BCE auraient toujours un effet sur l’économie de la zone euro.

De fait, malgré ces baisses, le rendement des obligations allemandes à 10 ans, référence de la zone euro, a augmenté de près d’un demi-point de pourcentage par rapport à son plus bas de décembre pour atteindre 2,52 % actuellement.

En tout cas, jeudi, la BCE a réitéré que « l’atténuation progressive des effets de la politique monétaire restrictive devrait soutenir une reprise de la demande au fil du temps », soulignant une augmentation des revenus réels et une baisse des coûts d’emprunt. « Il y a une reprise… Nous n’avons jamais parlé de stagflation », a déclaré Mme Lagarde, notant que la croissance de l’année dernière avait été le double de celle de 2023 et que le marché du travail était solide.

La BCE ne prévoit toutefois qu’une légère accélération de la croissance, de 0,7 % pour l’ensemble de l’année dernière à 1,1 % cette année.

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DeepSeek, le ChatGPT chinois qui fait trembler les américains

Selon Alexandr Wang , 28 ans, fondateur et PDG de Scale AI , une start-up de 13 milliards de dollars, les États-Unis ont maintenu leur domination sur la Chine en matière d’intelligence artificielle pendant près d’une décennie.

Mais avec la sortie à Noël d’un modèle d’intelligence artificielle « révolutionnaire » de la start-up chinoise DeepSeek fondé par le gérant de hedge fund Liang Wenfeng, l’écart entre les deux pays se réduit dangereusement, a déclaré Wang dans une interview accordée à CNBC le 23 janvier 2025.

En effet, plus tôt cette semaine, DeepSeek a publié un deuxième modèle d’intelligence artificielle (IA) qui démontre des capacités de raisonnement rivalisant avec celles des grandes entreprises américaines comme OpenAI.

En plus d’impressionner les chercheurs par ses performances, les progrès rapides de la start-up chinoise ont soulevé des questions sur l’efficacité des contrôles à l’exportation des puces d’IA destinés à limiter l’accès de la Chine aux unités de traitement graphique avancées (GPU) qui sous-tendent les outils d’IA.

Scale AI s’est également récemment associé au Center for AI Safety pour lancer « Humanity’s Last Exam », qu’ils décrivent comme le test de référence le plus difficile à ce jour pour les systèmes d’IA. Bien qu’aucun modèle n’ait réussi à obtenir plus de 10 % au test jusqu’à présent, Wang a déclaré que le nouveau modèle de raisonnement de DeepSeek, DeepSeek-R1, était en tête du classement. « Leur modèle est en fait le plus performant, ou à peu près au même niveau que les meilleurs modèles américains », a-t-il déclaré à CNBC.

DeepSeek affirme que R1 est proche ou meilleur que les modèles concurrents dans plusieurs tests de référence de premier plan tels que AIME 2024 pour les tâches mathématiques, MMLU pour les connaissances générales et AlpacaEval 2.0 pour les performances aux questions-réponses. Il se classe également parmi les meilleurs sur un classement affilié à l’UC Berkeley appelé Chatbot Arena.

Ces réalisations couvrent divers domaines de référence, notamment la résolution de problèmes complexes, les mathématiques et le codage, positionnant DeepSeek comme un acteur clé sur la scène mondiale de l’IA.

Sauf que DeepSeek n’est pas un cas isolé. Depuis le milieu de l’année dernière, les entreprises technologiques chinoises telles qu’Alibaba, Tencent, ByteDance, Moonshot et 01.ai ont progressivement réduit l’écart avec leurs homologues américaines, en égalant leurs capacités et en les surpassant en termes de rentabilité.

De fait, DeepSeek n’est pas le seul à s’implanter en Chine. ByteDance prévoit de dépenser plus de 12 milliards de dollars en infrastructures d’IA aux États-Unis cette année, dans le cadre d’ un investissement plus important de 20 milliards de dollars , dont la moitié sera consacrée aux centres de données et aux équipements.

Huawei se positionne également comme un acteur clé , compte tenu du défi que représente l’obtention de la technologie Nvidia et des nouvelles restrictions américaines. Il y a aussi le nouveau fonds d’investissement chinois dans l’IA, doté de 8 milliards de dollars de capital initial , dans le but de soutenir le pays après le renforcement des contrôles à l’exportation des semi-conducteurs avancés et d’autres technologies par les États-Unis.

Les progrès réalisés par la Chine en matière d’efficacité énergétique ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont une réponse directe aux restrictions d’exportation de plus en plus strictes imposées par les États-Unis et leurs alliés. En limitant l’accès de la Chine aux puces d’intelligence artificielle avancées, les États-Unis ont par inadvertance stimulé son innovation.

Pour réduire leur dépendance aux puces haut de gamme étrangères, les entreprises chinoises d’IA ont expérimenté de nouvelles approches en matière d’algorithmes, d’architecture et de stratégies de formation.

Nombre d’entre elles ont adopté une approche « mixte d’experts », en se concentrant sur des modèles d’IA plus petits, formés à partir de données spécifiques. Ces modèles peuvent fournir des résultats puissants tout en réduisant les ressources informatiques.

DeepSeek-V3 incarne le succès de cette approche ingénieuse. Selon son rapport technique, le modèle a été entraîné à l’aide d’un centre de données alimenté par des GPU Nvidia H800, une puce moins avancée que les dernières versions de Nvidia.

Cependant, le PDG de Scale AI, Alexandr Wang, affirme que DeepSeek déforme ses affirmations selon lesquelles il n’utilise que 2 048 GPU Nvidia ; il a déclaré que le nombre est d’environ 50 000. Il explique que la principale raison pour laquelle ils agissent ainsi est qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils obtiennent les puces malgré la restriction américaine.

Bien que personne ne puisse vraiment le savoir avec certitude sur la base du document technique qu’ils ont publié sur leurs derniers modèles, V3 et R1, il semble plausible qu’ils aient considérablement réduit le besoin de calcul d’entraînement.

Par ailleurs, de nombreux observateurs chinois ont salué DeepSeek-R1 comme un triomphe national et un paradigme de l’innovation chinoise. En effet, les chercheurs et ingénieurs chinois excellent dans la réalisation d’objectifs ambitieux de manière efficace et rentable, en innovant souvent dans des méthodes techniques malgré des contraintes de ressources.

La dépendance minimale de DeepSeek-V3 à l’égard du calcul haute performance, son approche systématique de la formation et de l’inférence et ses solutions techniques innovantes reflètent l’état d’esprit technique qui caractérise les entreprises, les équipes et les chercheurs chinois.

En outre, la dernière version de DeepSeek a terminé sa formation en seulement deux mois pour un coût de 5,5 millions de dollars, une fraction des sommes dépensées par des entreprises américaines comme OpenAI.

De fait, DeepSeek a affirmé avoir utilisé seulement 2 048 Nvidia H800 et 5,6 millions de dollars pour former un modèle avec 671 milliards de paramètres, soit environ 1,6 fois la taille du Llama 3.1, considéré comme le meilleur modèle open source américain. Ainsi l’entreprise a dépensé une fraction de ce qu’OpenAI et Google ont dépensé pour former des modèles de taille comparable.

Les plus grandes entreprises d’intelligence artificielle du monde entraînent leurs chatbots à l’aide de supercalculateurs qui utilisent jusqu’à 16 000 puces, voire plus. Les ingénieurs de DeepSeek, de leur côté, ont déclaré qu’ils n’avaient besoin que d’environ 2 000 puces informatiques spécialisées de Nvidia.

Ainsi, la façon la plus simple de comprendre ces changements est de dire que DeepSeek a pris le modèle de frontière d’OpenAI et l’a utilisé comme enseignant pour son modèle. Avec cela, ils ont distillé le modèle en un modèle plus petit tout en conservant presque toutes ses performances intactes. Comme le modèle est plus petit et grâce à d’autres innovations, ils ont considérablement réduit le coût de sa formation et de son fonctionnement.

L’une de leurs innovations importantes concernait l’attention latente multi-têtes (MLA). Plus précisément, ils se sont concentrés sur les aspects d’équilibrage de charge. Pour le dire de la manière la plus simple, l’essentiel est que le modèle n’a pas toujours besoin de stocker tous les paramètres dont il dispose, mais se concentre uniquement sur les plus importants.

Ils ont fait cela sans aucune dégradation des performances qui accompagne généralement l’équilibrage de charge. Ils acheminent essentiellement les demandes d’inférence vers un modèle plus petit, le plus à même de répondre à la requête ou de résoudre la tâche.

Considérez-le comme ayant plusieurs « têtes d’attention » qui peuvent se concentrer sur différentes parties des données d’entrée, permettant au modèle de capturer une compréhension plus complète des informations. Ce mécanisme d’attention amélioré contribue aux performances impressionnantes de DeepSeek-V3 sur divers tests.

En outre, Les modèles de DeepSeek utilisent une architecture MoE, activant seulement une petite fraction de leurs paramètres pour une tâche donnée. Cette

Cette activation sélective réduit considérablement les coûts de calcul et améliore l’efficacité. Imaginez une équipe d’experts, chacun spécialisé dans un domaine différent. Face à une tâche, seuls les experts concernés sont sollicités, garantissant une utilisation efficace des ressources et de l’expertise. L’architecture MoE de DeepSeek fonctionne de manière similaire, activant uniquement les paramètres nécessaires pour chaque tâche, ce qui entraîne des économies de coûts importantes et une amélioration des performances.

En plus de cela, avec la sortie complète de R1 lundi et le document technique qui l’accompagne , la société a révélé une innovation surprenante : un écart délibéré par rapport au processus conventionnel de réglage fin supervisé (SFT) largement utilisé dans la formation de grands modèles linguistiques (LLM).

La SFT, une étape standard du développement de l’IA, consiste à entraîner des modèles sur des ensembles de données organisés pour enseigner le raisonnement étape par étape, souvent appelé chaîne de pensée (CoT). Elle est considérée comme essentielle pour améliorer les capacités de raisonnement.

Cependant, DeepSeek a remis en question cette hypothèse en ignorant complètement la SFT, choisissant plutôt de s’appuyer sur l’apprentissage par renforcement (RL) pour entraîner le modèle.

Surnommée « DeepSeek-R1-Zero », cette première version du modèle a appris le raisonnement par chaîne de pensée uniquement à partir de retours d’information par essais et erreurs, sans aucune instruction supervisée pour la guider. En poussant le modèle à résoudre des tâches toujours plus complexes, le RL a inculqué des capacités telles que l’autoréflexion et la vérification.

L’inconvénient ? Le résultat manquait de finition : DeepSeek-R1-Zero était sujet à la répétition, à un mélange étrange de langues et à un texte peu maniable.

Pour l’affiner, l’équipe a superposé un processus en plusieurs étapes combinant le RL avec un réglage fin supervisé traditionnel. Le R1 qui en résulte est un système qui non seulement correspond au produit phare d’OpenAI en matière de références mathématiques, de codage et de logique, mais fournit également des résultats à une fraction du coût.

Cette démarche audacieuse a obligé DeepSeek-R1 à développer des capacités de raisonnement indépendantes, évitant la fragilité souvent introduite par les ensembles de données prescriptifs. Bien que certaines failles apparaissent, ​​conduisant l’équipe à réintroduire une quantité limitée de SFT lors des dernières étapes de construction du modèle, les résultats ont confirmé une avancée fondamentale : l’apprentissage par renforcement à lui seul pourrait générer des gains de performances substantiels.

Cette approche a donné lieu à un phénomène inattendu : le modèle a commencé à allouer du temps de traitement supplémentaire à des problèmes plus complexes, démontrant ainsi sa capacité à hiérarchiser les tâches en fonction de leur difficulté. Les chercheurs de DeepSeek ont ​​décrit ce phénomène comme un « moment d’éveil », au cours duquel le modèle lui-même a identifié et formulé de nouvelles solutions à des problèmes complexes.

Cette étape importante a souligné la puissance de l’apprentissage par renforcement pour débloquer des capacités de raisonnement avancées sans avoir recours à des méthodes d’entraînement traditionnelles comme la SFT.

En substance, les modèles de DeepSeek apprennent en interagissant avec leur environnement et en recevant des commentaires sur leurs actions, de la même manière que les humains apprennent par l’expérience. Cela leur permet de développer des capacités de raisonnement plus sophistiquées et de s’adapter plus efficacement à de nouvelles situations et également de fortement réduire les coûts.

Enfin, DeepSeek utilise des techniques de distillation pour transférer les connaissances et les capacités de modèles plus grands vers des modèles plus petits et plus efficaces. Cela rend l’IA puissante accessible à un plus large éventail d’utilisateurs et d’appareils. C’est comme si un enseignant transférait ses connaissances à un élève, ce qui lui permet d’effectuer des tâches avec une compétence similaire mais avec moins d’expérience ou de ressources.

Le processus de distillation de DeepSeek permet aux modèles plus petits d’hériter des capacités avancées de raisonnement et de traitement du langage de leurs homologues plus grands, ce qui les rend plus polyvalents et accessibles.

Ces techniques innovantes, combinées à l’accent mis par DeepSeek sur l’efficacité et la collaboration open source, ont positionné l’entreprise comme une force disruptive dans le paysage de l’IA.

En raison de ces changements, l’API de DeepSeek, comme l’ont rapporté certains utilisateurs, est 95 % moins chère par jeton que le modèle o1 d’OpenAI tout en ayant des performances similaires. Le modèle DeepSeek est censé être 45 fois plus efficace côté formation que les autres modèles.

Qui plus est, certaines entreprises chinoises d’intelligence artificielle sont en mesure d’exploiter la puissance de calcul des puces avancées de Nvidia via des serveurs cloud basés dans d’autres pays.

Alternativement, ils peuvent simplement acheter plus de semi-conducteurs moins avancés de Nvidia ou les utiliser plus efficacement à l’aide d’un logiciel intelligent. Pour continuer à servir le vaste marché chinois, Nvidia a conçu des processeurs moins puissants, et conformes aux sanctions. Ceux-ci sont entre 10% et 30% plus lents que son kit haut de gamme, et finissent par être plus coûteux pour les clients chinois par unité de puissance de traitement. Mais ils effectuent le travail.

De plus, la Chine pourrait en partie remédier à la pénurie de puces, et de puissance cérébrale, à l’aide de modèles « open source ». Le fonctionnement interne de ces modèles peut être téléchargé par n’importe qui et adapté à une tâche spécifique.

Les laboratoires d’IA chinois pourraient également se prévaloir de modèles open source, qui incarnent la sagesse collective des équipes de recherche internationales. Matt Sheehan du Carnegie Endowment for International Peace, un think thank américain, affirme que la Chine a la forme d’être un « suiveur rapide », ses laboratoires ont absorbé les avancées de l’étranger, puis les ont rapidement incorporées dans leurs propres modèles, souvent avec des ressources d’État abondantes.

Ainsi, il n’y a aucune indication que les restrictions imposées par l’administration Biden sur les puces haut de gamme, ainsi que sur les logiciels et les machines nécessaires à leur fabrication, aient ralenti l’ascension de la Chine dans ce qu’on appelle la quatrième révolution industrielle, c’est-à-dire l’application de l’intelligence artificielle à des secteurs tels que l’industrie manufacturière, l’exploitation minière, l’agriculture et la logistique.

Bien que le contexte de la guerre technologique complique l’évaluation précise des progrès de la Chine, les informations disponibles suggèrent que la Chine fait des avancées à une vitesse inégalée dans ses efforts pour contourner les restrictions technologiques.

Alors, les analystes occidentaux ont surestimé l’impact des contrôles technologiques sur la Chine tout en sous-estimant la capacité de la Chine à les contourner.

Par conséquent, DeepSeek remet en cause l’idée largement répandue selon laquelle l’IA de pointe nécessite une énorme puissance de calcul et plusieurs milliards de dollars. DeepSeek démontre comment l’ingéniosité logicielle peut compenser les contraintes matérielles, et met également en évidence les limites des contrôles à l’exportation américains destinés à ralentir les progrès de la Chine en matière d’intelligence artificielle.

Si ces mesures peuvent entraîner des perturbations à court terme, leur impact diminue au fil du temps, à mesure que la Chine innove pour s’adapter.

Les restrictions américaines sur l’IA ont eu pour effet d’inciter le secteur privé chinois à prendre le relais au secteur public. Et si les États-Unis dominent souvent la recherche de pointe, les entreprises chinoises excellent dans l’exécution, l’accessibilité et la diffusion des produits. Dans le commerce électronique, les véhicules électriques, les panneaux solaires et les batteries, elles ont démontré une capacité impressionnante à évoluer.

Selon les experts du secteur, la concentration de DeepSeek sur la recherche en fait un concurrent dangereux, car l’entreprise préfère partager ses découvertes plutôt que de les protéger pour des gains commerciaux. DeepSeek n’a pas levé de fonds auprès de fonds extérieurs ni pris de mesures significatives pour monétiser ses modèles.

Prenant une voie différente de nombreuses entreprises américaines qui protègent étroitement leurs modèles d’IA, DeepSeek a adopté une stratégie open source, partageant ouvertement son code et ses méthodologies de formation.

Cette approche pourrait accélérer l’innovation et élargir son adoption à l’échelle mondiale, ce qui pourrait réduire l’avantage concurrentiel des entreprises américaines qui dépendent de systèmes propriétaires tels que GPT-4 d’OpenAI ou Bard de Google. Yann LeCun, responsable scientifique en IA chez Meta, a fait remarquer que le succès de DeepSeek souligne le potentiel des modèles open source à surpasser les modèles propriétaires.

Par conséquent, il s’agit là d’un choc majeur pour les fournisseurs de modèles LLM, en particulier les fournisseurs fermés dont l’activité repose (du moins jusqu’à présent) sur la vente d’accès aux modèles LLM les plus performants, tels qu’OpenAI et Anthropic. Le problème est d’autant plus grand que DeepSeek est un modèle open source que tout le monde peut utiliser.

Cela signifie également qu’ils devront aller encore plus vite avec l’innovation et des modèles plus récents, ce qui met la course à l’IA déjà rapide à une autre vitesse car il est clair que la communauté open source va maintenant recevoir un autre coup de pouce en jouant avec le modèle de DeepSeek, de la même manière que Llama open source de Meta a ouvert les vannes de l’open source.

De fait, la communauté open source reste l’espace le plus dynamique, le plus complet, le plus libre et le plus sans frontières en matière de recherche, de partage et de discussion universitaires dans le domaine de l’IA, et l’arène la moins compétitive en interne. L’engagement de DeepSeek en faveur de l’open source dès le premier jour a probablement été soigneusement réfléchi.

Son approche open source est complète, couvrant les pondérations des modèles, les ensembles de données et les méthodes de pré-formation, avec des articles de haute qualité comme partie intégrante. Les jeunes chercheurs brillants gagnent en visibilité grâce à leurs apparitions dans la communauté open source, à leurs partages et à leur engagement. Leur public comprend certains des moteurs les plus influents de l’IA mondiale.

Cette combinaison, jeunes chercheurs intelligents en IA + atmosphère d’institution de recherche (avec de grands packages technologiques) + partage et échange communautaires open source, a élevé l’influence et le prestige de DeepSeek dans le domaine de l’IA à l’échelle mondiale.

Pour une organisation principalement axée sur les résultats de recherche en IA plutôt que sur les produits commerciaux, Hugging Face et Reddit constituent les meilleurs lieux de lancement, les ensembles de données et les référentiels de code constituent les meilleures démonstrations et les articles constituent les meilleurs communiqués de presse.

Dans le même temps, ce modèle open source permet à OpenAI, Anthropic et d’autres d’adopter les innovations qu’ils ont apportées et de les utiliser dans leurs futurs modèles.

En plus de privilégier l’efficacité, les entreprises chinoises adoptent de plus en plus les principes de l’open source. Alibaba Cloud a publié plus de 100 nouveaux modèles d’IA open source, prenant en charge 29 langages et répondant à diverses applications, notamment le codage et les mathématiques. De même, des startups comme Minimax et 01.AI ont ouvert leurs modèles en open source.

« DeepSeek fonctionne comme à ses débuts DeepMind », a déclaré un investisseur en IA à Pékin. « Il est entièrement axé sur la recherche et l’ingénierie. » Liang, qui participe personnellement aux recherches de DeepSeek, utilise les bénéfices de ses opérations sur fonds spéculatifs pour payer les meilleurs salaires aux meilleurs talents en IA. Avec ByteDance, propriétaire de TikTok, DeepSeek est connu pour offrir la rémunération la plus élevée disponible pour les ingénieurs en IA en Chine, avec du personnel basé dans des bureaux à Hangzhou et à Pékin.

Liang a présenté DeepSeek comme une entreprise « locale » unique, composée de titulaires d’un doctorat issus des meilleures écoles chinoises, des universités de Pékin, de Tsinghua et de Beihang plutôt que d’experts issus d’institutions américaines.

Dans une interview accordée à la presse nationale l’année dernière, il a déclaré que son équipe principale « n’était pas composée de personnes revenues de l’étranger. Ils sont tous locaux… Nous devons former les meilleurs talents nous-mêmes ». L’identité de DeepSeek en tant que société de LLM purement chinoise lui a valu des éloges dans son pays.

Ritwik Gupta, chercheur en politique d’IA à l’Université de Californie à Berkeley, a déclaré que la Chine disposait d’un vivier d’ingénieurs systèmes beaucoup plus important que les États-Unis, qui savent comment tirer le meilleur parti des ressources informatiques pour former et exécuter des modèles à moindre coût.

Toutefois, les initiés du secteur affirment que même si DeepSeek a montré des résultats impressionnants avec des ressources limitées, la question de savoir si l’entreprise peut continuer à être compétitive à mesure que le secteur évolue.

D’ailleurs dans une interview accordée au média chinois 36Kr en juillet 2024, Liang a déclaré qu’un autre défi auquel les entreprises chinoises sont confrontées en plus des sanctions sur les puces électroniques est que leurs techniques d’ingénierie de l’IA ont tendance à être moins efficaces. « Nous [la plupart des entreprises chinoises] devons consommer deux fois plus de puissance de calcul pour obtenir les mêmes résultats. Si l’on ajoute à cela les écarts d’efficacité des données, cela pourrait signifier que nous avons besoin de jusqu’à quatre fois plus de puissance de calcul. Notre objectif est de combler en permanence ces écarts », a-t-il déclaré.

Dans tous les cas, DeepSeek prouve que les grands acteurs américains ne sont pas les seuls à pouvoir jouer dans la cour de l’IA générative. D’autres acteurs chinois ont accéléré ces derniers mois comme les start-up 01.AI ou Moonshot AI mais aussi les géants du pays dont Baidu, Alibaba et Tencent.

Alibaba a développé des modèles open source et un robot conversationnel (tous baptisés Qwen) qui sont salués par l’écosystème IA. Il y a quelques semaines, Alibaba Cloud a annoncé une baisse de 85 % du prix d’un de ses modèles, une nouvelle preuve que les entreprises chinoises de la tech ne comptent pas rester sans rien faire face aux Américains. Alibaba pourrait bien faire de nouvelles annonces à l’approche du nouvel an chinois (le 29 janvier), selon plusieurs experts.

En outre, selon un livre blanc publié l’année dernière par l’Académie chinoise des technologies de l’information et de la communication, un institut de recherche affilié à l’État, le nombre de grands modèles linguistiques d’IA dans le monde a atteint 1 328, dont 36 % proviennent de Chine. Cela place la Chine au deuxième rang des plus grands contributeurs à l’IA, derrière les États-Unis.

Il convient de noter qu’au cours de l’année écoulée, les grands modèles open source chinois ont acquis une grande renommée dans la recherche et les produits mondiaux en matière d’IA. On a de plus en plus l’impression que les grands modèles open source chinois sont plus complètement ouverts que certains homologues américains et européens, ce qui les rend plus accessibles aux chercheurs et aux développeurs pour étudier ou optimiser leurs propres modèles.

DeepSeek en est un exemple, tout comme Qwen d’Alibaba, largement considéré comme véritablement open source. Le petit modèle Mini-CPM-Llama3-V2.5 de Mianbi a même gagné une popularité inattendue après avoir été directement adapté par une équipe de premier cycle de Stanford.

Le succès de DeepSeek ne repose pas uniquement sur ses efforts internes. L’entreprise a également noué des partenariats stratégiques pour améliorer ses capacités technologiques et sa portée commerciale. L’une de ses collaborations notables est celle avec AMD , l’un des principaux fournisseurs de solutions de calcul haute performance. DeepSeek s’appuie sur les GPU AMD Instinct et le logiciel ROCM à travers les étapes clés du développement de son modèle, en particulier pour DeepSeek-V3. Ce partenariat permet à DeepSeek d’accéder à du matériel de pointe et à une pile logicielle ouverte, optimisant les performances et l’évolutivité.

Si l’innovation de DeepSeek est révolutionnaire, elle n’a en aucun cas établi une position dominante sur le marché. Comme l’entreprise a publié ses recherches, d’autres entreprises modèles en tireront des leçons et s’adapteront. Meta et Mistral, l’entreprise open source française modèle, sont peut-être un peu en retard, mais il ne leur faudra probablement que quelques mois pour les rattraper.

Comme l’a déclaré Yann Lecun, chercheur principal de Meta : « L’idée est que tout le monde profite des idées des autres. Personne ne « devance » quelqu’un d’autre et aucun pays ne « perd » face à un autre. Personne n’a le monopole des bonnes idées. Tout le monde apprend de tout le monde. » C’est donc l’exécution qui compte.

En fin de compte, ce sont les consommateurs, les startups et les autres utilisateurs qui en sortiront le plus grand profit, car les offres de DeepSeek continueront de faire baisser le prix d’utilisation de ces modèles à un niveau proche de zéro (encore une fois, en dehors du coût d’exécution des modèles au moment de l’inférence).

Cette banalisation rapide pourrait poser des problèmes, voire des souffrances considérables, aux principaux fournisseurs d’IA qui ont investi massivement dans des infrastructures propriétaires. Comme l’ont souligné de nombreux commentateurs, notamment Chamath Palihapitiya, investisseur et ancien dirigeant de Meta, cela pourrait signifier que des années d’OpEx et de CapEx d’OpenAI et d’autres seront gaspillées .

« Cette génération de jeunes chercheurs chinois s’identifie fortement à la culture open source car ils en bénéficient énormément », explique Thomas Qitong Cao, professeur adjoint de politique technologique à l’université Tufts.

« Le contrôle des exportations par les États-Unis a essentiellement acculé les entreprises chinoises dans une situation où elles doivent être beaucoup plus efficaces avec leurs ressources informatiques limitées », explique Matt Sheehan, chercheur en intelligence artificielle au Carnegie Endowment for International Peace. « Nous allons probablement assister à de nombreuses consolidations à l’avenir liées au manque de ressources informatiques. »

Cela a peut-être déjà commencé à se produire. Il y a deux semaines, Alibaba Cloud a annoncé un partenariat avec la start-up pékinoise 01.AI, fondée par Kai-Fu Lee, pour fusionner des équipes de recherche et créer un « laboratoire de modélisation industrielle à grande échelle ».

Enfin, si des modèles d’IA « suffisamment bons » peuvent être entraînés à moindre coût, leur prolifération deviendra inévitable, d’autant plus que de nombreux pays souhaitent désespérément développer leurs propres modèles. De plus, un coût élevé par requête pourrait également inciter à la création de modèles spécialisés, conçus pour offrir des réponses efficaces et précises tout en minimisant le nombre de requêtes nécessaires.

L’autre conséquence de la percée chinoise est que les États-Unis font face à une concurrence asymétrique. Il est désormais évident que la Chine innove pour contourner des obstacles comme le manque des meilleures puces, que ce soit en améliorant l’efficacité ou en compensant l’absence de matériel de haute qualité par une plus grande quantité.

Les puces produites en Chine progressent, y compris celles conçues par Huawei, une entreprise technologique qui, il y a une génération, a réussi à imposer son matériel télécom en adoptant une approche simple et économique.

Si la Chine reste proche de la frontière technologique, elle pourrait être la première à franchir le cap de la superintelligence. Si cela se produit, elle pourrait obtenir bien plus qu’un simple avantage militaire. Dans un scénario de superintelligence, des dynamiques où « le gagnant rafle tout » pourraient brusquement s’imposer.

Même si l’industrie reste sur sa trajectoire actuelle, l’adoption massive de l’IA chinoise à travers le monde pourrait conférer au Parti communiste chinois une influence politique considérable.

Que devrait faire M. Trump ? Son annonce sur les infrastructures était un bon début. Les États-Unis doivent lever les obstacles juridiques à la construction de centres de données. Ils devraient également faciliter l’embauche d’ingénieurs étrangers et réformer les procédures d’achat pour la défense afin de favoriser l’adoption rapide de l’IA.

En tout cas, le triomphe de DeepSeek marque un tournant important, qui annonce une évolution mondiale vers une innovation en matière d’IA rentable et ingénieuse. À mesure que les barrières à l’entrée s’abaissent, le paysage de l’IA devrait voir un afflux de startups modérément financées s’appuyant sur des technologies open source et des techniques novatrices pour perturber le marché. Cette démocratisation pourrait catalyser une nouvelle vague de créativité et de concurrence, redéfinissant les possibilités de développement de l’IA.

Les implications vont au-delà de la Chine et de la Silicon Valley. L’émergence de DeepSeek démontre que l’innovation de classe mondiale ne se limite plus à quelques régions ou entreprises. Elle sert de signal d’alarme pour le secteur, soulignant l’importance de la collaboration, de l’efficacité et de l’adaptabilité pour rester en tête dans un secteur de plus en plus concurrentiel.

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Les ETF sectoriels : Pourquoi séduisent-ils autant les investisseurs ?

Les ETF (Exchange-Traded Funds) sectoriels connaissent une popularité grandissante parmi les investisseurs en 2025. Offrant une diversification ciblée et une exposition à des secteurs stratégiques, ils deviennent un outil incontournable pour optimiser son portefeuille. Voici pourquoi.

Qu’est-ce qu’un ETF sectoriel ? Un ETF sectoriel est un fonds indiciel qui suit la performance d’un secteur spécifique, comme la technologie, la santé ou l’énergie. Contrairement aux ETF traditionnels qui couvrent plusieurs industries, les ETF sectoriels permettent de concentrer les investissements sur des thématiques précises.

Cet article est sponsorisé par Trade Republic. Si vous êtes intéressé par l’investissement et que vous souhaitez commencer à investir dans vos premiers ETF avec une plateforme fiable et reconnue, inscrivez-vous sur Trade Republic dès aujourd’hui via ce lien:

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Revenons à notre sujet ! 👇

Pourquoi choisir un ETF sectoriel ?

  • Diversification ciblée : Investir dans plusieurs entreprises d’un même secteur limite les risques liés à une seule action tout en captant le potentiel global du domaine.
  • Accessibilité : Avec des frais réduits et une gestion passive, les ETF sont accessibles même aux investisseurs débutants.
  • Adaptation aux tendances : En suivant les secteurs en croissance, comme les énergies renouvelables ou l’intelligence artificielle, les ETF sectoriels permettent de s’aligner sur les grandes tendances.

Les secteurs phares en 2025 :

  • Technologie et intelligence artificielle : Les ETF technologiques offrent une exposition à des leaders comme NVIDIA ou Microsoft, et capturent l’essor de l’IA.
  • Santé : Avec le vieillissement de la population et les avancées médicales, les ETF axés sur les biotechnologies et la pharma gagnent en attrait.
  • Énergies renouvelables : La transition écologique booste la demande pour les ETF liés au solaire, à l’éolien et à l’hydrogène.

Exemples d’ETF sectoriels populaires :

  • VanEck Crypto and Blockchain Innovators UCITS ETF reproduit l’index MVIS Global Digital Assets Equity.
  • Le L&G Gold Mining UCITS ETF reproduit l’index DAXglobal® Gold Miners.
  • Invesco European Banks Sector UCITS ETF
  • XLK : Technology Select Sector SPDR Fund (secteur technologique).
  • IBB : iShares Nasdaq Biotechnology ETF (biotechnologies).
  • ICLN : iShares Global Clean Energy ETF (énergies renouvelables).

Points de vigilance :

  • Concentration des risques : Bien que diversifiés au sein d’un secteur, les ETF sectoriels restent sensibles aux cycles propres à ce dernier.
  • Suivi des tendances : Investir sur un secteur trop populaire peut parfois entraîner un risque de bulle.

Les ETF sectoriels séduisent également par leur simplicité d’utilisation. Contrairement à la sélection d’actions individuelles, ils permettent d’accéder rapidement à un secteur tout entier. C’est une excellente option pour les investisseurs débutants cherchant à se lancer en Bourse, tout en restant un outil performant pour les profils expérimentés souhaitant diversifier davantage leur portefeuille.

Les ETF sectoriels sont des outils puissants pour les investisseurs souhaitant s’exposer aux tendances majeures tout en diversifiant leur portefeuille. Ils combinent simplicité, accessibilité et performance. Cependant, une analyse rigoureuse des secteurs et une évaluation des risques restent indispensables.

Et vous, quels secteurs vous attirent le plus pour vos investissements ETF ? Partagez votre avis en commentaires !


Disclaimer : Les informations fournies dans cet article sont à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils financiers, d’investissement ou juridiques. Parlons Finance ne peut être tenu responsable de toute décision d’investissement basée sur ce contenu. Avant de prendre toute décision d’investissement, il est recommandé de consulter un conseiller financier professionnel pour discuter de votre situation personnelle et de vos objectifs financiers. Les investissements en ETF et autres produits financiers comportent des risques, y compris la perte potentielle du capital investi. Assurez-vous de bien comprendre ces risques avant d’investir.

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Le Day Trading : La stratégie préférée des investisseurs

Le day trading, ou trading intra journalier, est une pratique à la fois fascinante et intrigante. A l’origine réservée à une petite élite de traders professionnels travaillant pour d’énormes institutions, elle a véritablement évolué avec la démocratisation des plateformes de trading comme IG et l’utilisation généralisée d’outils d’analyse technique accessibles à tous.

Cet article est sponsorisé par IG. Si vous êtes intéressé par le day trading et que vous souhaitez commencer à trader avec une plateforme fiable et reconnue, inscrivez-vous sur IG dès aujourd’hui via ce lien. IG offre des outils d’analyse technique avancés et une interface conviviale pour vous aider à maximiser vos opportunités de trading.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière cette activité spécifique qui promet de grandes récompenses, combinée à un risque important ?

Le day trading repose sur un principe simple : trader sur un intervalle de temps très court, parfois de quelques minutes. Il s’agit d’acheter à bas prix et de revendre à un prix plus élevé ou, dans le cas de la vente à découvert, à un prix inférieur. Les traders intrajournaliers cherchent à tirer profit de petites fluctuations que les investisseurs ordinaires pourraient considérer comme anodines, mais qui peuvent entraîner des gains conséquents.

Le premier atout du day trading est la faible exposition à la volatilité. Contrairement aux investisseurs à long terme, les traders intrajournaliers ne sont pas affectés par des événements nocturnes comme les fluctuations économiques ou les nouvelles inattendues non liées aux marchés.

Les cinq stratégies de day trading les plus utilisées

Le trend trading

Les traders de tendance sont les traders qui veulent gagner avec les mouvements directionnels des prix des actifs. Les traders achètent l’actif lorsque les prix augmentent et que la tendance est haussière et vendent lorsque les prix baissent et la tendance est baissière.

Source image : IG
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Lorsqu’un actif affiche une tendance haussière, caractérisée par des sommets de plus en plus élevés, un trader prend une position longue. Si l’actif est en tendance baissière, avec une série de creux toujours plus bas, le trader prend une position courte.

Ce type de trading implique généralement de maintenir une position ouverte aussi longtemps que la tendance se poursuit. Cependant, dans le day trading, toutes les positions doivent être fermées le même jour avant la fin de la séance.

Le swing trading

Le swing trading a pour objectif de profiter des fluctuations des prix à court terme, en partant du postulat que les marchés n’observent jamais une tendance linéaire.

Ainsi, les swing traders visent à tirer profit des mouvements de hausse comme des mouvements de baisse qui se produisent sur de très courtes périodes.

Comparé au trading de tendance, qui vise à détecter l’orientation du marché à long terme, le swing trading réduit la marge pour les retournements de l’orientation générale des prix. Par conséquent, le but du swing trader est de détecter ces basculements et de capitaliser sur des mouvements de marché réduits.

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Le scalping

Le scalping est une stratégie qui consiste à accumuler et multiplier les petits gains grâce à un taux de réussite élevé.

Elle repose sur l’idée qu’un trader peut réaliser un profit en accédant à un plus grand nombre d’opportunités avec une faible marge de profit par opportunité, plutôt qu’en prenant un nombre limité de positions et en laissant courir les bénéfices.

Cependant, cela requiert une grande discipline dans la sortie des positions, car les coûts de transaction peuvent rapidement réduire les bénéfices s’ils ne sont pas contrôlés. De nombreux scalpeurs ferment leurs positions avant la fin de la journée pour éviter que les frais de maintien de nuit n’entament leurs gains.

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Le retour à la moyenne

La stratégie de retour à la moyenne repose sur l’hypothèse simple selon laquelle les prix des actifs, ou un indicateur tel que le ratio prix/bénéfice, reviendront à leur moyenne après s’en être écartés.

Pour repérer ces opportunités de trading, les traders utilisent l’analyse technique, y compris les moyennes mobiles, pour identifier les actifs qui se sont manifestement déconnectés de leur tendance à la suite d’une performance récente. Ils s’attendent ensuite à ce que les cours corrigent pour revenir à leur moyenne actuelle.

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Les flux monétaires

Par ailleurs, l’indicateur de flux monétaire estime si un certain actif est en situation de surachat ou de survente en prenant en compte à la fois le volume des échanges et le prix, sans dépendre du dernier uniquement.

Il compare simplement le volume des ordres de la veille au volume journalier dans son ensemble, pour voir si le flux monétaire est favorable ou défavorable. Une lecture de 80 ou plus indique un surachat, ce qui peut être un point de vente. D’autre part, une lecture in situ à 20 ou moins indique une survente, ce qui peut être l’occasion d’acheter.

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En résumé, le day trading, autrefois réservé à une élite de traders professionnels, est désormais accessible à un public plus large grâce à la démocratisation des plateformes de trading et des outils d’analyse technique. Cette pratique intrigante offre des opportunités de gains conséquents en exploitant les petites fluctuations des marchés sur de courtes périodes.

Cependant, le day trading n’est pas sans risques et nécessite une solide compréhension des marchés, une tolérance au risque et une discipline rigoureuse. Les traders doivent être prêts à investir du temps dans leur formation et à tester différentes stratégies pour trouver celle qui leur convient le mieux.

Si vous êtes attiré par le day trading, n’oubliez pas que la prudence et la préparation sont vos meilleurs alliés pour naviguer dans ce monde complexe et potentiellement lucratif.


Disclaimer : Les informations fournies dans cet article sont à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils financiers, d’investissement ou juridiques. Parlons Finance ne peut être tenu responsable de toute décision d’investissement basée sur ce contenu. Avant de prendre toute décision d’investissement, il est recommandé de consulter un conseiller financier professionnel pour discuter de votre situation personnelle et de vos objectifs financiers. Les investissements en ETF et autres produits financiers comportent des risques, y compris la perte potentielle du capital investi. Assurez-vous de bien comprendre ces risques avant d’investir.

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Quels secteurs d’investissement privilégier en 2025 ?

L’année 2025 s’annonce pleine de promesses et de défis pour les investisseurs. Entre les innovations technologiques, les tendances sociétales et les évolutions géopolitiques, les opportunités d’investissement sont variées mais requièrent une analyse minutieuse.

Voici un tour d’horizon des principaux secteurs à surveiller pour orienter vos placements et investissements.

1. Technologie et Intelligence Artificielle : la révolution continue

La tech reste un pilier incontournable pour les investisseurs en 2025. Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), des entreprises comme NVIDIA, Microsoft, TSMC et Alphabet continuent de développer des solutions qui transforment des secteurs entiers.

  • Pourquoi investir ?
    • Adoption croissante de l’IA dans la santé, la finance et la logistique.
    • Innovations en matière de semi-conducteurs et d’informatique quantique.
  • Risques à évaluer :
    • Les valorisations élevées.
    • Les réglementations accrues, notamment en Europe et aux États-Unis.

2. Pharmaceutique et biotechnologies

Le vieillissement de la population et les progrès médicaux stimulent ce secteur. Les entreprises focalisées sur les traitements des maladies chroniques et les biotechnologies offrent un fort potentiel.

  • À surveiller :
    • Les sociétés développant des thérapies géniques et des vaccins.
    • Les acquisitions stratégiques dans le secteur, qui augmentent la valeur des actions.
  • Exemples : Moderna, Pfizer, Amgen, Novo Nordisk

3. Luxe : un secteur résilient et en expansion

Malgré une conjoncture économique incertaine, le luxe résiste grâce à la demande des classes moyennes et supérieures dans les économies émergentes. Des entreprises comme LVMH, Hermès ou Kering continuent de performer.

  • Atouts du secteur :
    • Forte marge bénéficiaire.
    • Expansion rapide sur les marchés asiatiques.
  • Points de vigilance :
    • Sensibilité à la consommation discrétionnaire.
    • Réputation écologique et sociale.

Trade Republic est notre sponsor en investissement et nous vous recommandons vivement de vous y inscrire via notre lien d’affiliation pour vous aider à prendre vos investissements en main ! 🥰


4. Crypto-actifs : une adoption croissante

Malgré la volatilité historique, les crypto-actifs attirent de plus en plus d’investisseurs institutionnels. Les cas d’utilisation s’élargissent, notamment grâce à l’essor des stablecoins et des applications DeFi (finance décentralisée).

  • À explorer :
    • Bitcoin et Ethereum restent des références.
    • Les projets blockchain axés sur la scalabilité et l’écologie, comme Solana ou Cardano.
  • Conseil : Investissez avec prudence et diversifiez vos actifs pour éviter les pertes importantes !

5. Matières premières : des besoins fondamentaux

Les ressources comme le lithium, le cuivre et le nickel sont essentielles à la transition énergétique. Avec la montée des véhicules électriques et des énergies renouvelables, ces matières premières devraient maintenir une forte demande.

  • Focus :
    • Lithium : pilier des batteries électriques.
    • Cuivre : essentiel pour les infrastructures électriques.
  • Entreprises et ETF : Glencore, Albemarle, ou des ETF spécialisés dans les matières premières.

6. Les ETF et le S&P 500 : diversification et performance

Pour les investisseurs cherchant une solution simple et diversifiée, les ETF restent une excellente option en 2025. Les ETF répliquant les grands indices, comme le S&P 500, permettent d’accéder à une large gamme d’entreprises performantes.

  • Pourquoi choisir les ETF ?
    • Frais de gestion réduits.
    • Exposition à des secteurs variés avec un seul produit financier.
  • Focus sur le S&P 500 :
    • Représente les 500 plus grandes entreprises cotées aux États-Unis, couvrant des secteurs tels que la tech, la santé, et la consommation discrétionnaire.
    • Performances historiques solides, en faisant un pilier des portefeuilles long terme.
  • Exemples d’ETF populaires : Vanguard S&P 500 ETF (VOO), iShares Core S&P 500 ETF (IVV), ou encore SPDR S&P 500 ETF Trust (SPY).

Pour investir en 2025, il est donc crucial de diversifier vos placements tout en surveillant les grandes tendances économiques et technologiques.

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Le yuan chinois atteint son plus bas niveau depuis 2 ans face au dollar américain

L’affaiblissement du yuan au-delà du niveau que la Chine défendait tout au long du mois de décembre a ramené le taux de référence quotidien de la monnaie gérée au centre des préoccupations pour évaluer l’appétit de Pékin pour le soutenir.

Les cambistes (traders FX) attendent de voir si la Banque populaire de Chine fixera le taux de change à un niveau inférieur à 7,2 pour un dollar, une ligne étroitement surveillée, autour de laquelle le yuan est autorisé à évoluer dans une fourchette de 2 %. La Banque Populaire de Chine (PBOC) a maintenu son soutien vendredi 3 janvier 2025, mais le yuan onshore a franchi le cap psychologique de 7,3 pour un dollar pour la première fois depuis fin 2023, dans un contexte d’inquiétudes concernant les difficultés économiques de la Chine et l’élargissement de la décote du rendement des obligations par rapport aux États-Unis.

Signe d’une conjoncture économique pessimiste et de pressions déflationnistes profondément ancrées, les rendements des obligations à court terme, dont l’échéance est de 7 ans ou moins, se négocient en dessous du taux directeur, le taux de repo inversé à 7 jours. Les rendements à long terme sont à des niveaux historiquement bas.

« Alors que les responsables chinois ont promis de nouvelles mesures de relance, signalant un plus grand assouplissement monétaire et budgétaire, les investisseurs attendent des signes concrets de réponse de la demande », a déclaré Fred Neumann, économiste en chef pour l’Asie chez HSBC.

« Après de nombreux soubresauts au cours de l’année écoulée, des preuves plus solides sont nécessaires pour montrer que l’économie chinoise réagit aux mesures de stabilisation », a déclaré M. Neumann.

Un test clé pour la confiance des consommateurs sera les célébrations imminentes du Nouvel An lunaire, qui commencent le 29 janvier, a-t-il déclaré.

En plus d’une économie morose, le yuan est également mis sous pression par une possible augmentation des droits de douane américains sur les exportations chinoises et par des signes de fuite de capitaux. Le pays a déjà subi en novembre la plus grande fuite de capitaux jamais enregistrée sur ses marchés financiers.

En effet, l’indice de référence CSI 300 de la Chine continentale a reculé de 4,1 % au cours des trois premiers jours de bourse de l’année, marquant le pire début d’année 2025 parmi les principaux indices asiatiques.

Les actions à petite capitalisation du CSI 2000 ont chuté de 6,6% depuis le début de l’année. L’indice Hang Seng de Hong Kong est en baisse de 1,2% depuis le début de l’année.

Le yuan a également souffert de la détermination de la Réserve fédérale américaine à maintenir les taux d’intérêts élevés plus longtemps pour enrayer l’inflation, ce qui a alimenté une forte hausse du dollar américain.

L’écart important entre les coûts d’emprunt américains et chinois a contribué à l’effondrement des investissements directs étrangers en Chine. En avril 2024, les sorties de capitaux ont atteint leur plus haut niveau depuis 2016, les banques ayant vendu davantage de devises étrangères à leurs clients.

De fait, la décote du rendement de la Chine par rapport aux États-Unis a atteint un nouveau record, aggravant le défi pour une banque centrale qui lutte déjà contre la gravité pour soutenir le yuan.

La combinaison d’une hausse incessante des obligations d’État chinoises et d’une liquidation des obligations américaines a entraîné un écart sans précédent de 300 points de base entre les rendements souverains des deux pays. Cela devrait accentuer encore la pression sur le yuan en augmentant le risque de fuites de capitaux, au moment même où la monnaie glissait vers un plus bas historique dans les échanges offshore cette semaine.

Cette évolution est un autre signe que les dirigeants politiques pourraient être contraints de laisser le yuan s’affaiblir s’ils souhaitent soutenir l’économie fragile en assouplissant la politique monétaire. Illustrant le dilemme, la Banque populaire de Chine a maintenu son soutien au marché des changes cette semaine juste après avoir laissé le yuan glisser au-delà d’un niveau clé vendredi.

L’élargissement de l’écart de taux sera un facteur qui continuera de pousser le dollar par rapport au yuan à la hausse. Le rendement des obligations chinoises à 10 ans a clôturé lundi sous 1,6% pour la première fois de l’histoire, selon les données officielles. Cela a contribué à élargir sa décote par rapport à la dette américaine de même échéance à 303 points de base.

En plus de cela, la campagne ambitieuse menée par la Chine pour relancer son marché boursier en déclin a fait du yuan une victime involontaire, avec des versements de dividendes record entraînant des sorties de capitaux.

Les dividendes intérimaires versés par les entreprises chinoises cotées à Hong Kong devraient atteindre 12,9 milliards de dollars entre janvier et mars 2025, un niveau record pour un premier trimestre, selon les données compilées par Bloomberg. Cela intervient alors que les niveaux du quatrième trimestre ont déjà dépassé 16,2 milliards de dollars, le plus haut niveau jamais enregistré pour la période et une hausse de 47 % par rapport à l’année dernière.

La manne des dividendes accroît la pression sur le yuan chinois, déjà alourdi par la remontée du dollar et la perspective d’une aggravation des tensions entre les États-Unis et la Chine. Les entreprises versent principalement des dividendes en dollars de Hong Kong, mais réalisent la majorité de leurs revenus en yuan, ce qui nécessite une conversion.

Les entreprises chinoises ont augmenté leurs versements en espèces aux investisseurs depuis que les autorités ont dévoilé en avril un pan de réforme du marché des capitaux qui n’a lieu qu’une fois par décennie. Ce plan comprend notamment l’encouragement de la distribution de dividendes, une meilleure qualité des cotations et des améliorations de la gouvernance d’entreprise.

Ce projet a déclenché une reprise des entreprises publiques, dont beaucoup sont doublement cotées à Hong Kong et sont parmi les plus réceptives à l’appel de Pékin à améliorer la rémunération des actionnaires.

De fait, les régulateurs ont depuis souligné l’importance pour les entreprises d’augmenter leurs distributions de liquidités, avec une fréquence et une visibilité accrues, comme élément clé pour augmenter le rendement des actionnaires. Ces encouragements pourraient se transformer en opportunité pour ceux qui s’attendent à de nouveaux gains pour le marché boursier, même si cela se transforme en une arme à double tranchant pour le yuan.

En effet, il faut savoir que la PBOC joue un rôle central dans la gestion et le contrôle du yuan chinois (CNY), la devise nationale. Contrairement aux monnaies flottantes comme le dollar américain ou l’euro, le yuan est soumis à un régime de change géré (ou flottement administré). Cela signifie que la valeur du yuan est partiellement déterminée par le marché, mais fortement influencée par des interventions régulières de la PBOC.

Le yuan n’est pas totalement flottant, mais il évolue dans une bande de fluctuation quotidienne autour d’un taux pivot fixé par la PBOC. Chaque jour, la PBOC annonce un taux de référence (fixing) contre le dollar américain, autour duquel le yuan peut fluctuer dans une fourchette de ±2 %.

Voici un exemple de la fourchette de fluctuation de février 2023 à février 2024 :

Ainsi, la PBOC peut acheter ou vendre des devises étrangères pour influencer la valeur du yuan. En achetant des dollars américains (ou d’autres devises étrangères), la PBOC affaiblit le yuan. À l’inverse, en vendant des dollars et en achetant du yuan, elle renforce la monnaie nationale.

D’ailleurs, la Chine dispose de réserves de change massives (plus de 3 000 milliards de dollars), utilisées pour stabiliser le yuan en période de volatilité. Ces réserves jouent un rôle de tampon en cas de choc externe ou de forte pression dépréciative sur le yuan.

Le taux de change est l’outil privilégié de Pékin pour orienter les attentes concernant le yuan. Il est supérieur à 7,2 depuis les élections américaines, sous la pression d’un dollar en hausse et des analystes qui prévoient de plus en plus que la banque centrale pourrait céder.

Permettre un dépassement du taux de change risque d’envoyer aux traders le signal que la PBOC est à l’aise avec une nouvelle faiblesse du yuan, tandis que le maintien de ce niveau suggère qu’elle pourrait se lancer dans une lutte avec la stabilité monétaire comme objectif.

Toutefois, la PBOC a annoncé vendredi qu’elle renforcerait la gestion des transactions de devises et réprimerait les comportements qui perturbent le marché. La banque centrale cherchera également à empêcher la constitution de paris unilatéraux et tout dépassement du taux de change, a-t-elle déclaré dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion de politique monétaire.

La banque centrale a fixé mercredi 8 janvier un taux de référence quotidien plus élevé que les estimations des analystes, de 7,1887 RMB pour un dollar, quasiment inchangé par rapport à celui de mardi (7,1879 RMB). Mais la pression sur le taux de change s’est accentuée après que les bonnes données économiques américaines ont fait grimper le dollar mardi, alors que la monnaie s’approche d’un plus bas historique à l’étranger cette semaine.

Les banques publiques ont continué de réduire leurs prêts en yuans à Hong Kong, ce qui rend plus coûteux pour les investisseurs de constituer des positions courtes, ont déclaré des traders.

Son journal, le Financial News, a déclaré que la banque centrale « se prémunirait résolument contre le risque d’une surévaluation du taux de change et maintiendrait la stabilité fondamentale » du renminbi.

En outre, un journal soutenu par la PBOC a déclaré que la communication de la banque centrale avait montré une détermination plus claire à stabiliser la monnaie. Pékin prévoit de vendre davantage de billets vert à Hong Kong, a déclaré le média local Yicai, une mesure qui pourrait absorber les liquidités et stimuler le yuan.

Ces mesures suggèrent que la Chine n’est pas encore prête à abandonner son contrôle sur la monnaie, malgré la pression exercée par la hausse des taux longs américains, les menaces de droits de douane et la morosité de l’économie locale. Pékin craint des sorties de capitaux désordonnées qui pourraient entraîner une vente paniquée des actifs libellés en yuans et faire dérailler une reprise déjà morose.

« Les autorités ne veulent manifestement pas que la spéculation unilatérale prenne de l’ampleur à ce stade », a déclaré Fiona Lim, stratégiste senior chez Malayan Banking Bhd. à Singapour. Mais « je ne serais pas surprise si la Banque populaire de Chine renonçait un peu plus à ses mesures si les menaces de droits de douane se concrétisaient et pouvaient nuire à la croissance ».

Cependant, les fondamentaux économiques de la Chine laissent entrevoir une nouvelle dépréciation. Le sentiment de risque est si faible que l’indice boursier de référence vient de clôturer à son plus bas niveau depuis septembre et les rendements souverains ont atteint de nouveaux plus bas historiques.

En novembre, le pays avait déjà connu la plus grande fuite des capitaux jamais enregistrée sur ses marchés financiers.

Adopter une stratégie de change rigide en traçant une ligne rouge est controversé, car une stabilité artificielle du marché peut conduire à des explosions de volatilité à l’avenir. En août 2015, la décision surprise de la PBOC de laisser le yuan s’affaiblir après l’avoir maintenu à 6,2 pendant des mois a conduit à des sorties massives de capitaux et à une vente panique des actifs chinois.

Qui plus est, la dévaluation monétaire fonctionne de la même manière que les droits de douane à l’importation.

Elle rend les exportations plus compétitives, mais au détriment de la demande intérieure. Si la Chine devait déprécier le RMB par rapport à toutes les monnaies (et pas seulement par rapport à l’USD), cette mesure ne serait expansionniste que si le reste du monde était capable et désireux d’absorber une augmentation significative de l’excédent commercial de la Chine.

Dans le cas contraire, la dépréciation de la monnaie réduirait en fait la demande totale de production chinoise en réduisant la demande intérieure sans augmentation proportionnelle de l’excédent commercial.

D’ailleurs, une tendance mondiale qui est très importante à suivre concernant le commerce mondial : l’excédent du commerce mondial des marchandises est de plus en plus un excédent chinois.

En effet, la compétitivité du yuan est l’une des raisons des forts excédents commerciaux et de la balance courante de la Chine, ainsi que d’autres facteurs, notamment les taux d’épargne extraordinairement élevés du pays. Le Fonds monétaire international estime que l’excédent de la balance courante de la Chine en 2024 s’élèvera à environ 1,5 % du produit intérieur brut et son excédent commercial à environ 3,5 %.

Les analystes ont fait remarquer de manière convaincante que ces estimations sont sous-estimées et que les excédents pourraient être supérieurs d’un point de pourcentage. Une statistique surprenante est que l’excédent commercial du secteur manufacturier de la Chine dépasse 10 % du PIB.

La demande extérieure est un soutien important à la croissance du PIB chinois dans un contexte de faiblesse de l’économie nationale.

Malgré les importants excédents commerciaux et courants de la Chine, le renminbi a été faible face au dollar cette année en raison d’importantes sorties de capitaux, reflétant le manque de confiance dans l’économie chinoise et sa gestion.

Le taux de change du renminbi par rapport au dollar est fortement influencé par l’évolution de la situation économique entre les États-Unis et la Chine, ainsi que par les différentiels de taux d’intérêt.

Contrairement à la situation de la Chine, la surperformance continue des États-Unis pourrait freiner la baisse des taux américains et favoriser des différentiels de taux d’intérêt plus importants que prévu par rapport à la Chine et à la Banque centrale européenne. Dans l’ensemble, le dollar pourrait rester globalement ferme à court terme.

La Chine représente aujourd’hui environ 80 % de l’excédent de marchandises des grandes économies d’Asie de l’Est, et ce parce que l’excédent de la Chine est en hausse, et non parce que les autres excédents ont disparu.

L’excédent de la Chine éclipse désormais celui de l’Europe, et le Japon accuse un déficit dans le commerce des marchandises (l’excédent de sa balance courante provient des revenus des investissements). L’excédent de l’Europe disparaît également presque complètement si l’on déduit le transfert des bénéfices du commerce pharmaceutique.

Par ailleurs, lorsqu’un pays a une faible demande intérieure et qu’il compte sur les excédents commerciaux pour écouler sa production intérieure, les politiques qui améliorent la compétitivité au détriment de la demande intérieure ne peuvent « fonctionner » que s’il n’y a pas de représailles, de sorte que l’excédent commercial augmente plus que la demande intérieure ne se contracte.

Mais si le reste du monde ne veut pas ou ne peut pas absorber une plus grande partie des excédents commerciaux de ce pays, les droits de douane auront probablement un effet de contraction parce qu’un excédent commercial croissant ne peut pas compenser la contraction supplémentaire de la demande intérieure.

Le yuan chinois devrait baisser à 7,40 pour un dollar dans trois mois avant de retomber à 7,50 dans six à douze mois, ont écrit lundi 6 janvier les stratèges de Goldman Sachs Group. Dans une note, BNP Paribas prévoit que le yuan tombera à 7,45 d’ici la fin de l’année, tandis que Nomura a prévu en décembre que la devise pourrait tomber à 7,6 pour un dollar dans les échanges internationaux d’ici mai.

Néanmoins, outre la fixation du taux de change, la PBOC dispose également d’autres outils, notamment le rattrapage des liquidités en yuans dans les transactions offshore et l’intervention directe sur le marché des changes.

Dans l’ensemble, la faible performance du renminbi face au dollar est un baromètre de la faiblesse de l’économie chinoise. Elle peut aussi poser un dilemme. Les autorités se méfient des pressions protectionnistes contre la Chine et ne souhaitent pas voir le renminbi baisser à nouveau face au dollar de peur de déclencher des sorties de capitaux.

Mais elles ne souhaitent pas non plus voir l’avantage concurrentiel considérable du renminbi s’éroder de manière significative, sachant que la demande extérieure est l’un des soutiens de la croissance anémique de l’économie et peut aider la Chine à atteindre l’objectif de croissance de 5 % pour cette année.

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L’Union Européenne va t-elle surprendre les marchés cette année ?

Alors que nous entrons dans la nouvelle année, il est difficile d’être optimiste pour la zone euro du point de vue des investisseurs. La politique de celle-ci devient de plus en plus fragmentée et polarisée.

L’Allemagne pourrait se retrouver sans gouvernement stable au moins jusqu’aux élections de fin février, et la France pourrait devoir attendre 2027, date à laquelle le mandat du président Emmanuel Macron prendra fin.

La croissance est au point mort et le chômage devrait augmenter. L’économie est freinée par une réglementation trop lourde, des prix énergétiques élevés depuis la guerre en Ukraine en 2022, une démographie faible, une concurrence croissante dans le secteur manufacturier et l’incapacité à suivre le rythme des avancées technologiques chinoises et américaines.

Une grande partie du continent est aux prises avec un endettement excessif, alors même que les gouvernements sont sous pression pour augmenter considérablement les dépenses de défense.

Les prévisions du consensus tablent sur une croissance de seulement 1,1 % l’an prochain. Certains sont encore plus pessimistes : Bank of America table sur une croissance de seulement 0,9 % en 2025. Même si l’on part du principe que Donald Trump n’impose que des droits de douane modestes à l’Europe à son retour à la Maison Blanche, les risques pour la croissance sont largement orientés à la baisse, selon la dernière enquête de la Banque centrale européenne auprès d’économistes indépendants.

En outre, selon l’OCDE, la zone euro, elle, est à la peine. Sa croissance n’atteindra que 1,3 % en 2025 et 1,5 % en 2026 après 0,8 % cette année. En crise politique, la France et l’Allemagne enregistreront respectivement une hausse de leur PIB de 0,9 % et 0,7 % en 2025. L’OCDE a sérieusement revu à la baisse (-0,3 point par rapport à septembre) son pronostic.

Pour la France, « les efforts d’assainissement budgétaire qui seront déployés en 2025 et 2026 pèseront sur la croissance et neutraliseront en partie l’effet positif de l’assouplissement de la politique monétaire sur l’investissement résidentiel et celui des entreprises », avance l’Organisation. Côté Allemagne, « l’investissement privé se redressera progressivement, soutenu par l’épargne des entreprises et la baisse des taux d’intérêt, mais l’incertitude liée à l’action publique continuera de peser sur la confiance des investisseurs », commente l’institution.

En revanche, on anticipe une résilience continue de la croissance dans le Sud de l’Europe. La performance économique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce a été remarquable cette année, soutenue par une croissance robuste des services (qui représentent une plus grande part de l’activité globale qu’au Nord), une immigration élevée (soutenant une forte croissance de l’emploi) et un soutien à l’investissement via le Fonds de Relance Européen.

Bien que les analystes s’attendent à un ralentissement de la croissance dans le Sud l’année prochaine, ces pays devraient mieux résister aux tensions commerciales et aux pressions concurrentielles de la Chine qu’au Nord.

Malgré ces difficultés, les données sur l’activité économique de la zone euro indiquent une croissance modeste mais positive. Les revenus réels (corrigés de l’inflation) devraient augmenter et l’épargne est élevée, deux éléments qui devraient soutenir les dépenses des ménages.

Ainsi, c’est la consommation des ménages qui devrait tirer cette modeste croissance, avec des augmentations de salaires qui permettent aux Européens de retrouver du pouvoir d’achat après la bouffée inflationniste provoquée par la crise énergétique.

De fait, la croissance des salaires négociés dans la zone euro a bondi à 5,42 % au troisième trimestre 2024, soit la plus forte hausse depuis le premier trimestre 1993, contre 3,54 % au deuxième trimestre, alors que l’inflation est tombée à 2,2% en novembre 2024, donc les salaires réels restent élevés.

Cette croissance des salaires est soutenue par la faiblesse du taux de chômage, en effet, en octobre, le taux de chômage de l’Union a touché un nouveau plus bas historique, à 6,3% de la population active, et devrait rester à ce niveau en 2025 et 2026 selon la Commission Européenne.

Par conséquent, selon les analystes, la consommation privée resterait le principal moteur de la croissance du PIB, soutenue par la forte progression de la rémunération du travail, elle-même alimentée par la hausse des salaires et le ralentissement de l’inflation. La progression de la consommation privée s’est probablement fortement accélérée au troisième trimestre 2024, en dépit du taux élevé d’épargne des ménages.

La croissance annuelle des dépenses des ménages devrait passer d’environ 0,8-0,9 % en 2023-2024 à 1,3 % en 2025-2026, avant de retomber légèrement en 2027 et revenir à la moyenne d’avant la pandémie de 1,2 %, selon la Banque Centrale Européenne.

La reprise de la consommation privée s’explique par une normalisation progressive du taux d’épargne des ménages et une hausse du revenu réel disponible, principalement en raison de la croissance toujours soutenue des salaires et de la forte progression des revenus hors travail (en particulier, les revenus du travail indépendant et des actifs financiers).

Même si la hausse du revenu réel devrait être modérée en 2025-2027, du fait de la dissipation des effets liés au rattrapage des salaires réels, la consommation privée devrait également bénéficier d’une légère baisse du taux d’épargne liée à la normalisation progressive du comportement de consommation.

Le taux d’épargne des ménages devrait rester élevé, reflétant des taux d’intérêt toujours hauts, quoiqu’en baisse, et des critères d’octroi toujours restrictifs, et diminuer progressivement sur l’horizon de projection, mais à un rythme plus lent qu’anticipé dans les projections de septembre 2024 de la BCE.

Un redressement de la confiance des consommateurs ainsi qu’un lissage de la consommation, c’est-à-dire une réaction différée des dépenses des ménages à l’augmentation du pouvoir d’achat, devraient également contribuer à la diminution progressive de l’épargne.

Bien que la hausse du taux d’épargne des ménages au premier semestre soit difficile à expliquer, on s’attend à une baisse progressive du taux d’épargne l’année prochaine, à mesure que les taux des dépôts diminuent et que le comportement d’épargne se normalise.

Par rapport aux projections de septembre 2024, la croissance de la consommation privée a été révisée à la hausse de 0,1 point de pourcentage pour 2024, traduisant une dynamique légèrement plus forte dans le contexte d’une croissance plus soutenue des revenus du travail, mais a été révisée à la baisse pour 2025 et 2026, de 0,1 et 0,2 point de pourcentage respectivement, reflétant largement une progression du taux d’épargne liée à la normalisation plus lente attendue du comportement de dépense des ménages.

Celle-ci a été révisée à la baisse aussi car la croissance lente du PIB devrait se traduire par un ralentissement du marché de l’emploi l’année prochaine. Le taux de chômage, qui s’élevait à 6,3 % en septembre, devrait augmenter l’année prochaine et atteindre 6,7 % début 2026 selon Goldman Sachs. Ainsi, cela engendrera un ralentissement de la croissance des salaires.

Qui plus est, l’incidence du resserrement antérieur de la politique monétaire sur la croissance devrait s’estomper sur l’horizon de projection, notamment grâce à la baisse continue des taux directeurs.Les effets des mesures de politique monétaire prises entre décembre 2021 et septembre 2023 continuent de se transmettre à l’économie réelle.

L’essentiel de ces effets modérateurs sur la croissance devrait cependant déjà s’être matérialisé. Après les abaissements des taux d’intérêt directeurs réalisés depuis juin 2024, et sur la base des anticipations des marchés relatives à la trajectoire future des taux d’intérêt à la date d’arrêté des projections, l’incidence négative du resserrement antérieur de la politique monétaire sur la croissance économique devrait s’amenuiser en 2025.

Bien que l’ampleur et l’évolution dans le temps de cette incidence négative restent très incertaines, celle-ci devrait s’être effacée d’ici à 2026, selon la Banque Centrale Européenne.

Par ailleurs, l’inflation est en baisse depuis l’été, et l’inflation globale et l’inflation sous-jacente devraient revenir à un taux durable de 2 % d’ici la fin de l’année prochaine, à mesure que l’inflation des services ralentit.

Les perspectives d’inflation restent toutefois particulièrement incertaines. Une dépréciation de l’euro pourrait indiquer des pressions inflationnistes plus fortes que prévu.

De plus, les mesures de rétorsion que prendraient les Européens en cas de hausse des droits de douane américains se traduiraient également par un peu plus d’inflation en zone euro. Cela viendrait aussi compliquer le travail de la BCE. Si on imagine une hausse de 10% des droits de douane européens sur les importations en provenance des Etats-Unis (2,2% du PIB), l’impact sur l’inflation de la zone euro pourrait être haussier d’environ 0,3% selon les analystes.

D’un autre côté, l’inflation pourrait être plus modérée dans un contexte de ralentissement du marché du travail et en cas de droits de douane américains plus élevés que prévu sur la Chine, ce qui pourrait inciter la Chine à vendre ses excédents de biens à prix réduits en Europe.

La croissance économique lente et la baisse de l’inflation vont probablement pousser la Banque centrale européenne à réduire ses taux d’intérêt. Selon les analystes, le taux neutre de la BCE se situe entre 1,5%-2%, et il pourrait être atteint dès l’automne de cette année.

Néanmoins, les nouvelles données disponibles suggèrent un léger ralentissement de la croissance du PIB de la zone euro à court terme, dans un contexte de forte incertitude.

Les indicateurs tirés d’enquêtes relatifs à l’activité, tels que l’indice des directeurs d’achat et les indicateurs de confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs de la Commission européenne, demeurent faibles.

La plupart d’entre eux se sont encore repliés en novembre. Les données font état de différences persistantes entre les secteurs, avec un secteur manufacturier toujours très fragile (l’indice des directeurs d’achat relatif à l’activité dans ce secteur est ressorti à 45,1 en décembre). Il s’agit de la plus forte baisse de l’activité manufacturière en trois mois, prolongeant la séquence de contraction en cours depuis deux ans.

Les nouvelles commandes ont continué de baisser à un rythme soutenu, poussant les usines à réduire leur production au plus haut depuis la période correspondante de l’année précédente. La baisse de la production a eu lieu malgré une nouvelle diminution des arriérés de travail.

Par conséquent, la baisse de la demande de capacité a poussé les fabricants à réduire leurs effectifs, en particulier en Allemagne et en France, tandis que le bloc a enregistré une baisse agressive des achats.

Sur le front des prix, les charges liées aux coûts de production ont baissé pour le quatrième mois consécutif. Pour l’avenir, la confiance des fabricants quant à l’activité future reste modérée, bien qu’elle se soit améliorée par rapport au mois dernier.

Le secteur manufacturier est plombé par les coûts énergétiques. De fait, les prix de l’énergie ont chuté de manière significative par rapport à leur pic, mais les prix du gaz européen restent nettement supérieurs aux niveaux d’avant 2022 et sensiblement plus élevés qu’aux États-Unis.

Parallèlement, la Chine est devenue un concurrent majeur pour la production de biens européens, gagnant significativement des parts de marché dans les industries ayant subi des augmentations de coûts.

En revanche, l’activité dans les services a de nouveau rebondi en décembre, me HCOB Eurozone Services PMI a augmenté à 51,4 en décembre 2024, contre 49,5 en novembre, alors que les analystes s’attendaient à ce qu’il reste stable à 49,5, selon des estimations préliminaires. Les dernières données indiquent une nouvelle expansion de l’activité dans le secteur des services après une première contraction en dix mois en novembre. Les nouvelles commandes ont continué à diminuer à un rythme soutenu, bien qu’inférieur à celui du mois précédent.

Dans le même temps, le taux de croissance de l’emploi a presque stagné. Sur le front des prix, les charges d’entrée et de sortie ont connu une augmentation brutale et accélérée. Enfin, l’optimisme concernant les perspectives de production à 12 mois s’est renforcé.

Ainsi, dans l’ensemble, l’activité économique devrait progresser de 0,2 % au quatrième trimestre 2024, soit un rythme plus lent qu’au troisième trimestre, en raison du dénouement des facteurs ponctuels qui ont soutenu la croissance pendant l’été (tels que les Jeux olympiques de Paris), de la faiblesse de la confiance, du niveau élevé des incertitudes et des tensions géopolitiques.

Ensuite, nous avons également le retour de Trump le 20 janvier à la Maison Blanche et qui pourrait enclencher une nouvelle guerre commerciale avec l’Union Européenne. Dans le scénario, où ces tarifs sont effectifs, cela risque de peser significativement sur la croissance de la zone euro.

Bien que l’ampleur de ces tarifs reste très incertaine, une grande partie de l’impact négatif sur la croissance proviendra d’une incertitude accrue en matière de politique commerciale, plutôt que des hausses tarifaires elles-mêmes. Les indicateurs d’incertitude en matière de politique commerciale sont déjà en hausse.

L’incertitude liée à la politique commerciale US a commencé à monter, mais elle reste très contenue, si on la compare à la période de 2018-2019. Rappelons que les exportations européennes vers les Etats-Unis représentent 3,1% du PIB de la zone euro.

L’effet direct d’une hausse de 10% des droits de douane serait de l’ordre d’environ 0,1/0,2 pt de PIB selon les analystes. En termes de croissance économique, les pays européens les plus touchés seraient ceux dont les exportations vers les US en % du PIB sont les plus élevées (Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Suède). La France et l’Espagne seraient quant à elles peu touchées par des droits de douane uniformes.

Ensuite, il faut tenir compte des facteurs négatifs indirects en termes de croissance : la hausse des taux longs, la baisse de l’euro et les mesures de rétorsion prises par les Européens à l’égard des Américains.

Trump a mentionné une hausse généralisée de 10 % des droits de douane sur l’ensemble des importations américaines (incluant donc l’Europe). Il est toutefois probable que ces droits de douane soient négociés secteur par secteur, voire pays par pays, et que leur mise en place soit progressive.

En Europe, on peut imaginer un certain nombre de concessions politiques qui pourraient permettre de réduire ce taux de 10% (coopération contre la Chine, plus grande ouverture aux exportations américaines dans la défense et l’énergie).

De surcroît, la hausse encore plus forte du protectionnisme US à l’égard de la Chine (avec des droits de douane qui pourraient atteindre 60%) signifie que la politique mercantiliste de la Chine va désormais davantage cibler le marché domestique européen pour compenser les pertes subies sur le marché américain. Cela d’autant que les barrières à l’entrée sur le marché européen sont relativement faibles.

Par la suite, nous avons également la poursuite de la consolidation budgétaire en 2025, qui pourrait avoir un impact négatif sur la croissance de 0,5 point de pourcentage selon les analystes. En Allemagne, le frein constitutionnel à l’endettement continuera de restreindre la marge budgétaire, mais cela pourrait changer avec les nouvelles élections législatives au mois de février. En effet, les sondages actuels placent l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU) en tête, laissant entrevoir une “grande coalition” (avec les sociaux-démocrates, SPD) comme scénario le plus probable, suivie d’une coalition “noire-verte” (avec les Verts).

Un accord sur le budget 2025 semble désormais improbable, ce qui pourrait entraîner une légère contraction budgétaire au premier semestre 2025, mais le nouveau gouvernement pourrait alors adopter un budget supplémentaire pour soutenir l’économie au second semestre.

Bien qu’un changement de gouvernement ouvre la voie à une politique budgétaire plus expansionniste, compte tenu de la marge budgétaire allemande, on s’attend à ce que les conservateurs n’approuvent que des mesures budgétaires limitées supplémentaires.

Ensuite, la France prévoit une importante correction budgétaire avec un objectif de déficit public à 5% en 2025 ; l’Italie a promis une consolidation budgétaire plus rapide que prévu, plaçant le ratio dette/PIB sur une trajectoire décroissante à partir de 2027. Les plans du gouvernement permettraient à l’Italie de sortir de la procédure de déficit excessif (PDE) en 2026 et de respecter les règles budgétaires européennes par la suite. Toutefois, la hausse des taux d’emprunt souverains réels et une croissance économique modérée compliqueront le respect des règles budgétaires à moyen terme.

Par la suite, l’Espagne devrait afficher un déficit plus important que prévu en raison des inondations à Valence, mais elle reste sur la voie d’une consolidation régulière conformément au plan triennal 2024.

Le soutien budgétaire via le Fonds de relance européen restera positif en 2025, mais cette impulsion ne sera pas suffisante pour compenser l’orientation restrictive des politiques budgétaires nationales.

Les perspectives structurelles de l’économie de la zone euro restent difficiles. En plus des coûts énergétiques élevés, des tensions commerciales et de la concurrence chinoise évoqués précédemment, l’Europe affiche une croissance décevante de la productivité et fait face à des vents contraires importants liés au vieillissement de la population.

En conséquence, on estime que la croissance potentielle de la zone euro s’établit à 1 %, contre 1,2 % historiquement.

D’ailleurs, ce pessimisme se reflète sur les marchés. Les actions européennes se négocient peut-être à des niveaux proches de leurs records, mais elles ont nettement sous-performé les actions américaines. L’indice Euro Stoxx 600 se négocie désormais avec une décote record de 40 % par rapport à l’indice S&P 500 sur la base des prévisions de bénéfices pour l’année prochaine.

Alors que les ménages américains n’ont jamais été aussi optimistes à l’égard des actions et que les gestionnaires de fonds américains n’ont jamais détenu moins de liquidités, les gérants de fonds mondiaux sont sous-pondérés en actions européennes et personne ne s’attend à ce qu’elles surperforment les autres marchés en 2025, selon la dernière enquête de Bank of America auprès des investisseurs.

Mais qu’est-ce qui pourrait bien se passer en Europe en 2025 pour sortir de cette morosité économique ?

La première solution immédiate serait que la BCE cesse de s’inquiéter de l’inflation et agisse résolument pour soutenir la croissance. Une réduction de son taux directeur à 1,5 % ou moins, contre 3 % actuellement, pourrait contribuer à restaurer la confiance dans les secteurs en difficulté, notamment l’immobilier et la construction, estime Gilles Moëc, économiste en chef du groupe Axa. Cela permettrait également de soutenir les projets de décarbonation à long terme et d’alléger une partie de la pression budgétaire sur les gouvernements.

Deuxièmement, une fin rapide de la guerre en Ukraine, dans des conditions que Kiev pourrait accepter, dissiperait l’un des nuages ​​les plus sombres qui ont plané sur l’économie du continent au cours des deux ans et demi écoulés, en particulier si cela conduisait à une baisse des prix de l’énergie. La reconstruction de l’Ukraine et son intégration au marché unique de l’UE stimuleraient l’activité économique.

Un autre coup de pouce pourrait venir d’un assouplissement du frein à l’endettement allemand. Friedrich Merz, favori pour le poste de chancelier, pourrait pour l’instant exclure cette option, du moins jusqu’aux élections. Mais il est difficile de concilier l’engagement de son parti, l’Union chrétienne-démocrate, d’augmenter les dépenses de défense et de réduire les impôts sans emprunter davantage. Alors que tout le monde, d’Angela Merkel au président actuel de la Bundesbank, s’est désormais prononcé en faveur d’une réforme du frein à l’endettement, un assouplissement de la politique budgétaire semble probable.

En attendant, un programme déterminé de réformes du côté de l’offre pourrait faire augmenter la croissance allemande de 0,5 point de pourcentage l’année prochaine, estime Holger Schmieding, économiste en chef de la banque Berenberg.

Une autre bonne surprise pourrait être la mise en œuvre des recommandations récentes de Mario Draghi sur la manière de renforcer la compétitivité de l’UE. Les attentes sont actuellement faibles, notamment en raison de l’opposition à toute nouvelle émission de dette commune. Pourtant, une grande partie du programme de déréglementation de l’ancien Premier ministre italien ne nécessite pas de financement supplémentaire ni même de législation.

En outre, certains signes montrent que la résistance à l’émission de nouvelles dettes pour financer les dépenses de défense pourrait faiblir à mesure que l’Europe s’efforce d’assurer sa propre sécurité et de prévenir les menaces de droits de douane de Trump. Certains estiment que les réformes ne progresseront pas en Europe parce qu’il manque un leadership fort, notamment en France et en Allemagne.

D’autres, au contraire, comblent ce vide. La décision d’Ursula von der Leyen de se rendre au Brésil la première semaine de son nouveau mandat pour signer l’accord commercial UE-Mercosur, par exemple, a montré que la présidente de la Commission européenne ne craint pas de prendre des risques politiques pour parvenir à un accord qui est manifestement dans l’intérêt économique et géopolitique du bloc. Elle semble au moins reconnaître la gravité du moment et est prête à y faire face.

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Obligations chinoises : vers des rendements nuls, un signal d’alarme ?

Les rendements des obligations souveraines à court terme de la Chine ont chuté vendredi à des niveaux jamais vus depuis la crise financière mondiale de 2008, alors que les inquiétudes concernant la faiblesse de la demande intérieure ont renforcé les paris sur un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la banque centrale.

Le rendement des obligations à un an est tombé en-dessous des 0,9% en décembre son plus bas niveau depuis 2009, avant de remonter à 1,05% début 2025, tandis que celui à 10 ans a chuté en-dessous des 1,5%, après avoir cassé la barre des 2 % au début du mois de décembre.

Un rendement de référence à dix ans en baisse de plus de 80 points de base cette année, reflète un système bancaire débordant de liquidités et un marché s’attendant globalement à une croissance lente et à une inflation quasi nulle.

La baisse des rendements sur les taux courts intervient après que la Banque populaire de Chine a annoncé que les taux préférentiels des prêts à un an et à cinq ans resteraient inchangés, renforçant les attentes du marché quant à de nouvelles baisses de taux en 2025. Le taux de repo inversé à sept jours, que la PBoC considère comme son principal outil de politique monétaire, s’élève actuellement à 1,5 %.

Le taux préférentiel des prêts à un an (LPR), référence pour la plupart des prêts aux entreprises et aux ménages, est resté stable à 3,1 %, tandis que le LPR à cinq ans, référence clé pour les prêts immobiliers, est resté inchangé à 3,6 %. Les deux taux sont à des niveaux historiquement bas, après des réductions plus tôt cette année en juillet et en octobre.

Début décembre, les responsables chinois ont laissé entendre qu’ils allaient adopter une politique monétaire « modérément souple » en 2025, ce qui marquerait une rupture avec l’approche « prudente » actuelle pour faire face aux défis économiques croissants.

Selon les économistes de Morgan Stanley, la priorité sera donnée à la stimulation de la demande, notamment de la consommation, l’an prochain, la modernisation de la chaîne d’approvisionnement et l’innovation venant en second. Mais ils mettent en garde : « Bien que le ton soit très positif, la mise en œuvre reste incertaine. »

En effet, l’économie a flirté avec la déflation pure et simple en novembre, ce qui ajoute de la pression sur les responsables du Parti communiste pour qu’ils fassent davantage pour raviver le sentiment des consommateurs. L’indice des prix à la consommation (IPC) chinois a augmenté de 0,2% sur un an, son plus bas niveau depuis cinq mois et est inférieur aux prévisions des analystes interrogés par Reuters qui tablaient sur une hausse de 0,5%.

Sur une base mensuelle, les prix ont baissé de 0,6% d’octobre à novembre.

De plus, l’indice des prix à la production du pays, qui mesure les prix des biens vendus par les fabricants chinois, a baissé de 2,5 % sur un an, contre une baisse de 2,8 % prévue par les analystes et une baisse de 2,9 % en octobre, poursuivant une série de deux années de baisse des prix à la sortie d’usine.

La frénésie d’achat d’obligations fait également suite aux données de novembre sur les ventes au détail qui ont été inférieures aux prévisions, tandis que les importations ont chuté le mois dernier plus que prévu, renforçant les inquiétudes concernant la faiblesse de la demande intérieure aussi bien au niveau de la consommation des ménages que par les investissements.

Par conséquent, la priorité économique de la Chine est de stimuler la consommation des ménages et d’accroître la demande intérieure. La réunion centrale de travail économique (CEWC) a placé la croissance de la consommation en tête des priorités de travail de Pékin pour l’année prochaine, en particulier compte tenu de la forte probabilité de chocs tarifaires de la part du président Trump.

Une consommation vigoureuse a été un point fort de la CEWC, remplaçant les nouvelles forces productives en tant que tâche n°1. Des références à l’extension des nouvelles subventions pour les retraités, aux pensions, aux coûts médicaux, au tourisme et à la culture suggèrent que le gouvernement considère toujours la consommation comme une question d’offre et non de revenu/demande.

En outre, les attentes concernant la politique fiscale sont plus sérieuses, et il y aura sans aucun doute plus d’émissions d’obligations, plus de déficits des gouvernements central et locaux. On ne connaîtra probablement pas l’ampleur de ces déficits avant les réunions jumelées de mars, mais une augmentation modeste semble plus probable qu’une augmentation importante.

La demande accrue d’obligations du Trésor de la part des banques et des compagnies d’assurance en fin d’année a également contribué à la baisse des rendements. Les rendements de la dette souveraine chinoise, toutes durées confondues, ont diminué depuis le début de l’année, alors que les petites banques chinoises disposant d’options d’investissement nationales limitées se ruent sur cet actif relativement sûr.

Les banques chinoises regorgent de plus de 300 000 milliards de yuans de dépôts et, avec la croissance des prêts en berne, une grande partie de ces dépôts finit par affluer vers les marchés monétaires et obligataires, faisant baisser les rendements.

« Les prêteurs onshore sont confrontés à la question de savoir s’ils doivent accorder des prêts aux entreprises ou jouer la carte de la sécurité avec des obligations d’État chinoises sans risque », a déclaré Clarissa Teng, stratège en allocation de titres à revenu fixe au bureau d’investissement en chef d’UBS Global Wealth Management à Hong Kong.

« Beaucoup optent pour la deuxième option, d’autant plus que la demande de crédit des ménages et des entreprises est également faible. »

La banque centrale chinoise s’est également montrée mal à l’aise face à l’ampleur de la hausse et a activement vendu des obligations long terme pour la ralentir. Les investisseurs étrangers, dont BlackRock, ont également vendu des obligations, en partie pour prendre des bénéfices après cette longue hausse.

Malgré les efforts déployés par les autorités pour freiner la hausse des obligations, notamment les épisodes de ventes des banques centrales et l’augmentation des émissions, l’appétit des investisseurs semble insatiable et les analystes s’attendent à ce que la hausse se poursuive l’année prochaine.

Alors, la plupart des investisseurs estiment que le chemin de moindre résistance est la poursuite du rallye, Li Kai, directeur des investissements de Beijing Shengao Fund Management, s’attendant à un rendement à 10 ans de 1,6 % l’année prochaine et d’autres étant confiants dans leurs positions.

« Nous avons du mal à trouver des raisons d’être pessimistes sur le marché des obligations souveraines », ont déclaré les analystes de Shoupu Asset Management, basé à Shanghai, dans une lettre adressée aux investisseurs en novembre.

« Les faits fondamentaux de l’économie sont là, et sans politiques fortes et ciblées de stabilisation de la croissance, il y a peu de résistance à la baisse des rendements obligataires. »

Le rendement des obligations à 10 ans était de 2,56 % au début de l’année, tandis que celui des obligations à 30 ans était de 2,84 %.

PARTIE 2

L’avenir de l’économie chinoise sera déterminé par l’ampleur et les impacts de son plan de relance budgétaire, déclare Guan Tao, économiste en chef de la branche banque d’investissement de la Bank of China.

Depuis septembre, le gouvernement chinois a dévoilé une série de mesures monétaires, financières et budgétaires pour relancer une croissance en perte de vitesse. Guan estime que la relance budgétaire jouera un rôle particulièrement clé dans la revitalisation de l’économie chinoise.

Il anticipe une injection budgétaire d’au moins 10 000 milliards de yuans sur une période d’un à deux ans, financée par l’émission d’obligations du Trésor à très long terme par Pékin.

Ces dépenses seront principalement affectées à deux domaines :

  • L’amélioration du niveau des services publics de base.
  • L’accélération de l’établissement de petites et moyennes villes au niveau des comtés dans les zones métropolitaines de la capitale chinoise.

Un exemple des projets inclus dans le programme de relance budgétaire est l’investissement de 4 000 milliards de yuans dans l’amélioration des réseaux de canalisations urbaines sur une période de cinq ans.

Selon Guan, si ce plan de relance budgétaire est mené efficacement, il pourrait « jouer un rôle clé dans la restauration de la confiance du marché et inverser les attentes du marché ».

Parallèlement, le marché immobilier chinois connaîtra en 2025 une reprise portée par deux facteurs clés identifiés par Xia Lei, économiste en chef chez Guohai Securities. Le premier facteur réside dans l’indemnisation monétaire et le relogement des habitants des villages situés dans les zones urbaines en rénovation, un programme qui s’étendra de 35 villes principales actuellement à près de 300 centres urbains à travers le pays.

Le second facteur concerne l’acquisition de logements commerciaux par les gouvernements locaux pour les transformer en logements sociaux, visant à réduire les stocks excédentaires et répondre aux besoins de logements abordables.

Selon les prévisions de Xia Lei et de son équipe, la surface totale des ventes de logements commerciaux en Chine pourrait augmenter de 4,6 % en 2025, atteignant près d’1 milliard de mètres carrés. Ces mesures combinées devraient contribuer à stimuler la croissance du marché immobilier et soutenir les objectifs économiques globaux de la Chine pour la fin du 14e plan quinquennal.

Un déficit budgétaire plus important signifie que le gouvernement devra emprunter davantage pour financer l’augmentation des dépenses publiques, ce qui pourrait contribuer à stimuler la demande intérieure à mesure que les entreprises et les ménages réduisent leurs dépenses et leurs investissements.

Le ton du communiqué du Politburo suggère que la Chine ne réduira pas ses ambitions de croissance pour 2025, mais selon plusieurs économistes, la Chine devrait se fixer un objectif initial de déficit budgétaire d’environ 4 %, le plus élevé jamais atteint. Une augmentation d’un point de pourcentage du déficit équivaut à une relance supplémentaire d’environ 1 300 milliards de yuans (179,4 milliards de dollars), mais la Chine peut y contribuer si nécessaire en émettant des obligations spéciales hors budget ou en permettant aux gouvernements locaux de le faire, qui ont été une source majeure de financement pour les projets d’infrastructures, et des obligations spéciales du Trésor, utilisées pour des projets stratégiques et pour financer des programmes de reprise de produits de consommation et d’équipements.

Toutefois, Pékin devrait progressivement assumer une plus grande responsabilité budgétaire, les municipalités locales étant trop endettées.

Le Politburo s’est également engagé à introduire des mesures contracycliques « extraordinaires » l’année prochaine pour la première fois, faisant probablement allusion à l’utilisation d’outils non conventionnels pour stimuler la croissance et la confiance. Il a appelé à stabiliser les marchés immobiliers et boursiers, soulignant l’importance de ces actifs, qui représentent la majorité du patrimoine des ménages.

Les analystes de Guosheng Securities, ont évoqué la création potentielle d’un fonds de stabilisation pour soutenir le marché boursier. Fin septembre, le gouverneur de la banque centrale Pan Gongsheng a déclaré que le pays étudiait la création d’une telle entité, sans toutefois fournir plus de détails.

« Nous attendons encore beaucoup plus de détails », a déclaré mardi 17 décembre à Bloomberg Television Tai Hui, responsable de la stratégie de marché pour l’Asie-Pacifique chez JPMorgan Asset Management. « Le fait est que lorsque vous observez l’environnement mondial, il devient plus incertain et plus volatil. »

En tout cas, les obligations à échéance courte sont devenues ces derniers jours un marché très prisé en raison des rumeurs selon lesquelles la Banque populaire de Chine interviendrait pour freiner la hausse des titres à plus long terme. Plus tôt, la semaine dernière, les responsables politiques ont réagi à la frénésie des marchés en émettant un avertissement sur les risques liés au marché des taux.

La PBOC elle-même pourrait être l’un des plus gros acheteurs de dette à court terme. En août, la banque centrale a acheté des obligations à échéance courte et vendu des obligations à plus longue échéance pour limiter la hausse de ces dernières. Au cours des quatre mois jusqu’en novembre, Pékin a acheté pour 700 milliards de yuans (95,9 milliards de dollars) d’obligations, selon les données officielles.

La baisse des rendements alimente le débat sur la possibilité d’une récession de l’économie chinoise. Certains spéculent sur une chute des taux d’intérêt à zéro si les efforts du gouvernement pour soutenir la consommation et la demande immobilière continuent d’être insuffisants.

« Des rendements obligataires à 0 % sont une possibilité », a déclaré George Bouboulas, directeur de la recherche du fonds spéculatif K2 Asset Management Ltd. Il a déclaré que la banque centrale devra adopter une approche de relance « tout est permis » pour éviter que l’économie ne glisse vers une récession de bilan de type japonais.

Effectivement, lorsque les rendements des obligations souveraines à 10 ans tombent à 0 %, cela reflète souvent un pessimisme sur les perspectives économiques d’un pays, marqué par une faible croissance et des risques déflationnistes. Cela indique que la banque centrale ou le gouvernement adopte des politiques ultra-accommodantes pour relancer l’économie.

Du point de vue des politiques économiques, des rendements nuls limitent l’efficacité des outils monétaires traditionnels, forçant les banques centrales à recourir à des mesures non conventionnelles telles que l’assouplissement quantitatif ou des taux négatifs.

Dans ce contexte, les gouvernements peuvent augmenter leurs dépenses publiques, profitant des faibles coûts d’emprunt pour financer des projets d’infrastructures ou stimuler la consommation. Cependant, cela peut alourdir la dette publique et poser des problèmes si les taux remontent à l’avenir.

Au niveau international, des rendements aussi bas peuvent détourner les capitaux étrangers vers des marchés plus rémunérateurs, ce qui pourrait affaiblir la monnaie nationale, rendant les exportations plus compétitives mais augmentant le coût des importations.

Enfin, ces rendements reflètent souvent des anticipations de déflation, incitant les ménages à retarder leurs achats, ce qui risque d’aggraver le ralentissement économique.

A l’heure actuelle, de nombreux analystes prévoient de nouvelles hausses pour les obligations chinoises. Standard Chartered Bank, Tianfeng Securities et Zheshang Securities font partie de ceux qui prévoient que les rendements à 10 ans chuteront jusqu’à 1,5% ou 1,6% d’ici la fin 2025. Le rendement a glissé de cinq points de base vendredi 20 décembre à 1,70%.

En revanche, certains analystes préviennent que la hausse des obligations pourrait toucher à sa fin.

Une reprise de la croissance économique, ainsi qu’un changement dans le comportement d’épargne des consommateurs et une politique de la banque centrale plus prudente que prévu, pourraient transformer la hausse des obligations en déroute l’année prochaine, a déclaré Adam Wolfe, économiste des marchés émergents chez Absolute Strategy Research à Londres. « Le marché obligataire chinois surestime probablement l’assouplissement attendu. »

Mais malgré les dernières annonces, les investisseurs sur l’ensemble du marché pensent toujours qu’une relance supplémentaire est nécessaire, quelle que soit la pression que cela exerce sur les rendements obligataires.

Boubouras, de K2 Asset Management, a établi une comparaison avec l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, dont la promesse en 2012 de faire « tout ce qu’il faut » pour sauver l’euro est devenue un symbole de détermination de la banque centrale.

Cependant, le projet de la Chine d’émettre des milliards de dollars d’obligations d’État avant la fin de l’année pourrait conduire à une correction du prix des bons du Trésor du pays, ont averti des personnes proches de la banque centrale, faisant éclater ce que certains ont appelé une bulle sur le marché.

Cet avertissement fait suite à des achats frénétiques qui ont fait grimper les prix des obligations du gouvernement central chinois à 10 ans, poussant les rendements en dessous de 2,2 % et amenant la Banque populaire de Chine à avertir qu’un renversement soudain pourrait menacer la stabilité financière.

Les données officielles et les rapports des médias d’État indiquent qu’en juillet, le gouvernement n’avait pas encore émis un peu plus de la moitié de son quota prévu pour 2024 de bons du Trésor ultra-long des collectivités locales et du gouvernement central spécial, avec un total d’environ 2,68 billions de RMB (376 milliards de dollars) encore à venir.

« Quand ces émissions d’obligations d’État et de collectivités locales, motivées par les besoins budgétaires, explosent en fin d’année, cela représente des milliers de milliards de dollars. La possibilité d’un retournement significatif des rendements est très élevée », a déclaré l’une des sources proches de la banque centrale.

Le ralentissement économique chinois a conduit à une augmentation des émissions d’obligations au cours des dernières années. Il s’agit notamment d’obligations spéciales des collectivités locales, dont le produit est utilisé par les autorités inférieures pour des projets et des investissements, et d’obligations spéciales du Trésor à très longue échéance utilisées pour aider à stimuler l’économie.

La PBoC a déclaré qu’elle était préoccupée par le fait que les fonds d’investissement à effet de levier se chargent d’obligations et par le risque de faillites similaires à celles de la Silicon Valley Bank aux États-Unis, si les banques achètent des bons du Trésor à longue échéance et que les taux d’intérêt s’inversent.

« Les rendements des obligations d’État à long terme se sont écartés d’une fourchette raisonnable et montrent une tendance vers un certain degré de bulle », a déclaré ce mois-ci Xu Zhong, secrétaire général adjoint de l’Association nationale des investisseurs institutionnels du marché financier, une organisation dépendant de la PBoC, dans le journal de la banque centrale, le Financial News.

Cependant, l’attrait des obligations dépend aussi des alternatives : actions, immobilier, crédit et dépôts. Le ralentissement du marché immobilier chinois n’étant pas en vue, les ménages sont peu enclins à investir dans l’immobilier, tandis que les entreprises chinoises souffrent de la faiblesse de la consommation et des conséquences de la répression de Pékin sur le secteur technologique.

Les dépôts, quant à eux, ne sont intéressants que si l’on s’attend à une hausse des taux d’intérêt à l’avenir. Dans un contexte aussi sombre, il semble tout à fait rationnel pour les investisseurs chinois de se ruer sur les obligations et l’or.

La véritable préoccupation de la Banque populaire de Chine, et elle est tout à fait justifiée, est peut-être le signal pessimiste et potentiellement auto-réalisateur envoyé par la baisse des rendements obligataires. Il s’agit d’un vote de défiance envers la politique gouvernementale, d’une prévision selon laquelle les conditions économiques ne s’amélioreront pas et d’un avertissement que la déflation s’installera si rien n’est fait pour l’arrêter.

Selon les économistes de Morgan Stanley, l’étape suivante dans le Japon des années 1990 a été pour les entreprises de réagir à l’environnement de prix bas en limitant la croissance des salaires. C’est ainsi qu’une spirale déflationniste peut s’installer.

La PBoC reconnaît le problème fondamental et évoque dans son dernier rapport de politique monétaire une « demande [intérieure] effective insuffisante ». Limitée par la nécessité de stabiliser le taux de change, la banque centrale ne peut toutefois pas faire grand-chose. Elle a procédé à une petite baisse de taux en juillet. Elle pourrait en faire davantage lorsque la Réserve fédérale américaine assouplira sa politique, réduisant ainsi l’écart de taux d’intérêt avec la Chine.

La PBoC se dote également des outils nécessaires pour intervenir plus activement sur les marchés obligataires, ce qui est parfaitement raisonnable, mais ne suffira pas à endiguer la vague macroéconomique qui fait baisser les rendements. Le véritable besoin est que le gouvernement chinois mène une politique de relance plus efficace. Pékin continue d’injecter de l’argent dans le secteur manufacturier, qui génère de l’activité à court terme et maintient la croissance du PIB sur les rails.

Mais augmenter l’offre sans pour autant stimuler la demande ne permettra pas de rétablir l’équilibre économique de sitôt. Les priorités devraient être de liquider le surplus de biens immobiliers invendus, de soutenir les budgets des collectivités locales et des ménages et de mettre un terme aux interventions massives de l’État, afin que les entreprises privées aient la confiance nécessaire pour investir.

Mais les politiques de Pékin dans tous ces domaines restent timides, réactives et progressives. La puissance économique de la Chine est considérable et elle dispose d’une marge de croissance suffisante pour mener une politique déséquilibrée pendant un certain temps et se remettre sur les rails.

La croissance est un remède à la plupart des problèmes économiques, comme la Chine l’a démontré par le passé. Néanmoins, le remède ne fera que devenir plus difficile à mesure que la maladie se propage. Le marché obligataire chinois émet aujourd’hui des signaux d’alarme déflationnistes urgents. Les dirigeants politiques feraient bien d’en tenir compte.

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Les erreurs qui ont coûté cher aux grands investisseurs

Investir est un art rempli de défis et même les plus grands investisseurs ne sont pas à l’abri des erreurs. Certains de leurs faux pas, bien que coûteux, offrent des leçons précieuses pour les investisseurs d’aujourd’hui.

Voici un tour d’horizon des erreurs les plus célèbres et de ce que nous pouvons en tirer.

1. Warren Buffett et l’achat de Dexter Shoes

En 1993, Warren Buffett a acquis Dexter Shoes pour 433 millions de dollars, payés en actions Berkshire Hathaway. L’entreprise s’est effondrée quelques années plus tard, résultant en une perte énorme. Buffett a lui-même qualifié cette acquisition comme l’une des pires de sa carrière.

Ce qu’il faut retenir:

  • Même un investisseur chevronné peut surestimer la qualité d’une entreprise.
  • Les acquisitions doivent être évaluées avec une extrême rigueur, en évitant d’échanger un actif solide contre un actif plus risqué.
  • Gardez une discipline stricte dans la recherche de valeur intrinsèque.

2. Bill Ackman et Valeant Pharmaceuticals

Bill Ackman, célèbre gestionnaire de fonds, a investi massivement dans Valeant Pharmaceuticals, une entreprise controversée pour ses pratiques commerciales agressives. Lorsque l’entreprise a été impliquée dans un scandale et que ses pratiques ont été mises en cause, sa valeur a chuté de manière spectaculaire, coûtant des milliards à Ackman et à ses investisseurs.

Ce qu’il faut retenir:

  • Ne laissez pas les émotions ou l’excès de confiance guider vos décisions.
  • Faites preuve de prudence avec les entreprises controversées, même si elles semblent prometteuses.
  • Diversifiez vos investissements pour éviter qu’une mauvaise décision ait des conséquences catastrophiques.

3. George Soros et la bulle technologique

En 1999, au sommet de la bulle internet, George Soros a investi massivement dans des actions technologiques. Lorsque la bulle a éclaté, son fonds a subi des pertes importantes, un événement qui a été un rappel brutal des dangers des valuations exagérées.

Ce qu’il faut retenir:

  • Investir dans des bulles peut sembler tentant, mais les valuations exagérées finissent souvent par s’effondrer.
  • Gardez une discipline stricte, même lorsque le marché est euphorique.
  • Prenez en compte les fondamentaux et non seulement les tendances.

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4. Michael Steinhardt et les obligations russes

Steinhardt, un pionnier des fonds de couverture, a misé sur les obligations russes en 1998. La crise financière russe a entraîné un défaut de paiement, résultant en des pertes massives pour son fonds.

Ce qu’il faut retenir:

  • Les investissements dans les marchés émergents peuvent offrir des rendements élevés, mais ils comportent aussi des risques systémiques.
  • Diversifiez vos investissements pour éviter qu’une crise locale ne ruine votre portefeuille.
  • Faites preuve de prudence avec les pays ou secteurs politiquement instables.

5. Elon Musk et Twitter

En 2022, Elon Musk a acheté Twitter pour 44 milliards de dollars. Cette acquisition a été suivie de controverses, de pertes de revenus publicitaires et d’une réputation ternie de la plateforme. Les répercussions ont affecté également ses autres entreprises, comme Tesla, en érodant la confiance des investisseurs.

Ce qu’il faut retenir:

  • Les acquisitions impulsives peuvent entraîner des défis énormes, surtout si elles ne s’alignent pas avec les compétences fondamentales de l’investisseur.
  • Analysez les impacts à long terme avant de conclure une grosse transaction.
  • Assurez-vous que l’acquisition complémente vos activités principales.

6. Richard Fuld et Lehman Brothers

Richard Fuld, PDG de Lehman Brothers, a refusé de lever des fonds ou de vendre des actifs au début de la crise des subprimes en 2008. Cette obstination a conduit à la faillite de l’entreprise, précipitant la crise financière mondiale.

Ce qu’il faut retenir:

  • L’arrogance et le refus d’écouter des conseils externes peuvent avoir des conséquences dévastatrices.
  • Prenez des mesures proactives face à une crise imminente.
  • Soyez prêts à accepter des compromis pour la survie à long terme.

Ces erreurs montrent que même les investisseurs les plus brillants peuvent faire des faux pas. Cependant, ce qui les distingue est leur capacité à tirer des leçons de leurs échecs et à ajuster leur stratégie. En tant qu’investisseur, vous pouvez apprendre de leurs expériences pour éviter de commettre les mêmes erreurs.

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Comment analyser une action : Les bases de l’analyse fondamentale

L’analyse fondamentale est une méthode incontournable pour évaluer la valeur intrinsèque d’une action. En examinant la santé financière et les perspectives d’une entreprise, vous pouvez déterminer si son action est sous-valorisée ou surévaluée.

Voici un guide pratique pour comprendre les ratios financiers et effectuer une évaluation solide.

1. Comprendre l’analyse fondamentale

L’objectif de l’analyse fondamentale est d’identifier les facteurs qui influencent la performance à long terme d’une entreprise. Cela inclut :

  • Les données financières : revenus, profits, dettes, etc.
  • L’environnement économique : croissance du secteur, concurrence, réglementation.
  • La stratégie de l’entreprise : avantages concurrentiels, innovations, direction.

2. Les étapes clés pour analyser une action

a) Examiner les états financiers

Les trois principaux états financiers sont :

  • Le compte de résultat : Il montre la rentabilité de l’entreprise (chiffre d’affaires, bénéfice net).
  • Le bilan : Il indique la situation financière à un instant donné (actifs, passifs, capitaux propres).
  • Le tableau des flux de trésorerie : Il précise comment l’entreprise gère sa liquidité (entrées et sorties de cash).

b) Calculer les ratios financiers

Les ratios financiers offrent une vue synthétique de la performance. Voici les plus importants :

  • Ratio cours/bénéfice (PER) :
    • Formule : Cours de l’action / Bénéfice par action (BPA).
    • Interprétation : Un PER élevé peut refléter une forte croissance attendue, mais aussi une surévaluation.
  • Ratio dette/capitaux propres :
    • Formule : Dette totale / Capitaux propres.
    • Interprétation : Mesure le niveau d’endettement. Une dette élevée peut être risquée en cas de ralentissement économique.
  • Marge nette :
    • Formule : Bénéfice net / Chiffre d’affaires.
    • Interprétation : Montre la rentabilité des ventes. Plus elle est élevée, mieux c’est.
  • Return on Equity (ROE) :
    • Formule : Bénéfice net / Capitaux propres.
    • Interprétation : Indique la rentabilité des fonds propres investis par les actionnaires.

c) Analyser le secteur et la concurrence

  • Comparez les ratios financiers avec ceux d’entreprises similaires dans le même secteur.
  • Examinez les tendances du marché, les innovations et les éventuels obstacles (réglementations, saturation).

d) Considérer les perspectives à long terme

  • Étudiez la stratégie de l’entreprise : nouveaux produits, expansion géographique, diversification.
  • Tenez compte des conditions économiques globales : taux d’intérêt, croissance du PIB.

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3. Les erreurs à éviter

  • Ignorer les fondamentaux : Ne vous laissez pas guider uniquement par des rumeurs ou des tendances.
  • Sous-estimer les risques : Une entreprise prospère aujourd’hui peut rencontrer des difficultés demain.
  • Se concentrer uniquement sur un ratio : Combinez plusieurs indicateurs pour une vision globale.

4. Pourquoi l’analyse fondamentale est essentielle

En comprenant les bases de l’analyse fondamentale, vous pouvez prendre des décisions plus éclairées et éviter les écarts émotionnels. Ce type d’analyse est idéal pour les investisseurs à long terme qui cherchent à construire un portefeuille solide et durable.

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Disclaimer : Les informations fournies dans cet article sont à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils financiers, d’investissement ou juridiques. Parlons Finance ne peut être tenu responsable de toute décision d’investissement basée sur ce contenu. Avant de prendre toute décision d’investissement, il est recommandé de consulter un conseiller financier professionnel pour discuter de votre situation personnelle et de vos objectifs financiers. Les investissements en ETF et autres produits financiers comportent des risques, y compris la perte potentielle du capital investi. Assurez-vous de bien comprendre ces risques avant d’investir.